17 Septembre 2026
« Écouter avant de parler, s'informer avant de juger, comprendre avant de décider, et garder toujours présent à l'esprit que dans chaque homme se trouvent ensemble les ressources des meilleures actions et des pires. »
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Les Rois Maudits (intégrale), tome 1 • Editions Plon • 2005 • 654 pages
Cette intégrale comprend les trois premiers tomes :
La Loi des Mâles (tome 3)
La Louve de France (tome 4)
Résumé :
Au début du XIVe siècle s'ouvre, contre les Templiers, le plus vaste procès dont l'Histoire ait gardé le souvenir. Jacques de Molay, le grand maître de l'Ordre, meurt sur le bûcher en lançant sa terrible malédiction contre le roi de France, le pape et les grands du royaume : Maudits, tous maudits jusqu'à la treizième génération de vos races !
Dès lors, le malheur s'abat sur la France. Les quatre derniers Capétiens directs meurent en moins de quinze années : adultères, meurtres, procès, trahisons ébranlent la dynastie, et mènent à la guerre de Cent Ans.
Cette extraordinaire saga a conquis des générations de lecteurs à travers le monde et a donné naissance à de formidables créations audiovisuelles.
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
En novembre 1314, Philippe le Bel est mort à quarante-six ans, laissant le pouvoir à son fils aîné, Louis. Mais, dix-huit mois plus tard, la mort vient à nouveau frapper, mettant un terme au règne brouillon de Louis X, surnommé le Hutin (le « Coléreux »). De son règne, on retient surtout qu’il fut piloté par son oncle Charles de Valois, ambitieux et avide de pouvoir et qui, par la main royale de son neveu, se vengea de son ennemi irréductible, Enguerrand de Marigny.
Quand Louis X s’éteint, après une courte maladie, au début du mois de juin 1316 (certains parleront de poison tant le roi fut emporté rapidement), une période chaotique et incertaine s’ouvre pour la France. Le « miracle Capétien » qui voulait que, depuis Hugues Capet, chaque roi ait un successeur mâle direct à qui transmettre la couronne à sa mort, se termine. Lorsque Louis X meurt, sa deuxième épouse, Clémence de Hongrie, est enceinte depuis quelques mois. Chacun espère la naissance d’un garçon, mais celle-ci ne surviendra qu’en novembre et d’ici là, la reine peut perdre son fruit, mettre au monde un enfant mort-né ou bien une fille… surtout, il existe dans l’ombre une petite héritière légitime, une enfant qui n’a pas dix ans mais qui, en quelques mois, a vu tout son univers s’effondrer : la petite Jeanne de Navarre est l’unique fille née de Louis le Hutin et de sa première épouse, Marguerite de Bourgogne. Or, celle-ci a été jugée et emprisonnée en 1314 pour avoir tromper son mari avec un écuyer, Philippe d’Aunay. Enfermée à Château-Gaillard en Normandie, Marguerite a fini par succomber, au début de l’année 1315, laissant sa fille orpheline et, surtout, le champ libre à son époux pour se remarier et tenter ainsi d’engendrer un autre héritier. Car la faute de la mère est passée sur la tête de la fille : puisque Marguerite trompait son époux, personne n’est en mesure de dire que sa fille est bien l’enfant légitime de Louis. Dès lors, il est hors de question de transmettre une couronne à un enfant sur lequel pèse un soupçon de bâtardise. Alors, ses oncles le comte de Valois et le comte de Poitiers, mais aussi les conseillers royaux et les légistes vont s’atteler à trouver un moyen pour écarter la petite Jeanne du pouvoir, sans savoir alors qu’ils allumaient la mèche d’une guerre qui durerait cent ans… contrairement à ce que l’on a souvent cru, les femmes n’étaient pas d’office écartées du pouvoir en France. Mais les rois s’étant succédé sur le trône depuis la fin du Xe siècle ayant toujours eu un héritier mâle, la question ne se posait pas. Cependant, en éloignant Jeanne, en réinterprétant la fameuse loi salique, les légistes royaux du début du XIVe siècle vont établir une règle qui deviendra intangible : contrairement à l’Angleterre, la couronne de France ne pourra pas être transmise aux femmes. Dès lors, on reste suspendu à l’avancement de la grossesse de la reine Clémence et, en attendant, le comte de Poitiers, avec patience mais aussi ruse, parviendra à doubler son oncle Valois et à s’attribuer la régence, en attendant la naissance d’un hypothétique neveu.
Mais le comte de Poitiers a, dans l’ombre, un mauvais génie. Ce prince pondéré, intelligent, est le seul des fils de Philippe le Bel à avoir hérité des aptitudes de son père : tandis que Louis X était réputé pour ses colères et son esprit brouillon et que Charles, le dernier fils, ne brille pas par son intelligence, Philippe, lui, avance avec assurance. Mais il a pour belle-mère Mahaut d’Artois et celle-ci, pour se favoriser elle-même, favorise son gendre, l’homme qui a épousé sa fille Jeanne, qu’elle veut voir devenir reine de France. Après le scandale de la Tour de Nesle, qui a vu les belles-sœurs de Jeanne convaincues d’adultère et emprisonnées à Château-Gaillard, cette dernière, accusée seulement de complicité, a connu une détention plus souple, à Dourdan, non loin de Paris. Grâce à des philtres, Mahaut s’est assuré le retour de flamme de Philippe de Poitiers pour Jeanne et, lorsque celle-ci rejoint la cour puis tombe enceinte et met au monde un garçon, pour Mahaut, c’est le moment de mettre en branle un projet vaste et ambitieux : faire table rase devant le comte et la comtesse de Poitiers et éliminer les obstacles qui pourraient encore les empêcher de ceindre la couronne. Quand, au début du mois de novembre 1316, l’enfant posthume de Louis X naît, c’est un garçon : le petit Jean Ier le Posthume est roi dès sa naissance. Il ne le restera que cinq jours…au moment de son baptême, l’enfant trépasse mystérieusement. Sa nourrice, une jeune noble désargentée, mère d’un enfant illégitime, est renvoyée chez elle, un bébé dans les bras, tandis que le petit roi est aussitôt porté en terre aux pieds du gisant de son père à Saint-Denis. Mais l’enfant avec lequel Marie de Cressay s’en retourne vers son petit manoir de Neauphle est-il bien son enfant naturel, devenu ainsi le frère du lait de l'infortuné petit roi ? Ne porte-elle pas dans ses bras la preuve du secret qu’elle scellera ensuite toute sa vie dans son cœur ? Et si le petit Jean Ier de France n’était pas mort le 19 novembre 1316 ?
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Julie Gayet incarne la reine Isabelle de France dans l'adaptation des Rois Maudits par Josée Dayan en 2005
Philippe de Poitiers monte ainsi sur le trône de France en 1316, sous le nom de Philippe V. Il règnera six ans avant de s’éteindre de la dysenterie en 1322. Sans héritier pour lui succéder, ayant de facto écarté ses propres filles en promulguant une loi qui écartait sa nièce Jeanne. Le trône échoit alors pour six ans à Charles, le dernier fils, un jeune homme aussi beau que stupide, entièrement gouverné par le comte de Valois.
Mais alors que le royaume des lys se disloque doucement, emmenant progressivement à son terme la grande lignée des Capétiens directs, en Angleterre aussi la situation se dégrade. Philippe le Bel avait marié à Edouard II sa fille unique, Isabelle. Mais celle-ci est une reine malheureuse et isolée, dans une cour où son époux affiche officiellement ses favoris, Pierre Gaveston puis Hugh le Despenser. Dans les années 1320, une révolte des barons, soutenue par la reine et par le baron Roger Mortimer de Wigmore, destitue Edouard II et fait exécuter Hugh le Despenser et son père, ouvrant la voie au règne d’un garçon jeune encore mais qui témoignera lui aussi – comme son grand-père maternel avant lui – des capacités politiques exceptionnelles : Edouard III. Surtout, France et Angleterre, liées par des alliances matrimoniales et par des territoires enclavés les uns dans les autres, s’acheminent doucement vers un conflit de grande ampleur, puisque moins de dix ans après la destitution d’Edouard II éclatera la Guerre de Cent Ans, qui ne prendra fin qu’au siècle suivant, en 1453.
En partant d’une malédiction qui aurait été lancée par le Grand-Maître des Templiers sur le bûcher (« Pape Clément !… Chevalier Guillaume !… Roi Philippe !… Avant un an, je vous cite à paraître au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste jugement ! Maudits ! Maudits ! Maudits ! Tous maudits jusqu'à la treizième génération de vos races ! »), Druon aborde donc le poids de la fatalité à une époque où, souvent, fautes de clés, l’irrationnel questionne et explique le rationnel. De là, il dévide un riche écheveau où vont se mêler réflexions sur l’exercice du pouvoir, la froideur des autres se heurtant à l’imprévisibilité des autres, où ambitions et cynismes de tous poils se mêlent et confortent le fameux adage : « La fin justifie les moyens ». Au-delà de ça, l’auteur nous présente aussi une société en profonde mutation, que celle-ci soit politique, religieuse et sociale… Le XIVe siècle fut un siècle sombre, chaotique, violent, marqué par des successions royales nombreuses et qui entraînent des crises institutionnelles, l’émergence d’un long conflit, l’apparition d’une pandémie qui décimera une partie de l’Europe (en six ans, elle fera environ 25 millions de morts) un bouleversement climatique…de là à voir quelques échos avec notre propre époque, il n’y a qu’un pas, assez facile à franchir…
Que dire, hormis que cette saga est absolument magistrale de bout en bout ? Toujours fidèle à lui-même, Druon mêle avec un plaisir manifeste fiction, romanesque et faits historiques avérés pour aboutir à un résultat comparable à nul autre. A mon sens, sa prouesse est véritablement de nous faire croire que tout est vrai, alors que ce n’est pas le cas. Et, je dois dire que les libertés prises avec la réalité sont tellement bien amenées que ça n’est absolument pas gênant pour le lecteur, même si on est un peu à cheval sur l’importance des dates, de la chronologie et des événements. On sent vraiment toute la force de cette œuvre intemporelle, qui parle certes d’une époque mais qui parle aussi de nous, rendant ces personnages inoubliables et proches à la fois (Mahaut et Robert d’Artois, la tante et le neveu qui s’opposent dans une lutte sans merci, la reine Isabelle de France, le jeune Siennois Guccio Baglioni qui donne aux Rois Maudits ce faux-air de roman d’apprentissage, son oncle, le fourbe et rusé Spinello Tolomei, la douce et désarmante Marie de Cressay), par leurs espoirs, leurs envies, leurs ambitions et parfois aussi leurs erreurs, leur cynisme, parfois aussi leur cruauté, en un mot, leur profonde imperfection humaine.
Pas étonnant donc que Druon ait inspiré de nombreux auteurs par la suite, à commencer par Robert Merle, qui, en s’attelant à la rédaction de Fortune de France dans les années 1970, ne s’est pas caché de vouloir donner une « suite » aux Rois Maudits, en consacrant une grande série romanesque à la France du XVIe et du début du XVIIe siècle. Que ce soit Merle ou Druon, il est certain que tous deux ont apporté une pierre significative à l’édifice des grandes sagas historiques.
Bref, vous l’aurez compris, La loi des Mâles et La Louve de France, les deux tomes contenus dans ce deuxième volume, sont toujours aussi bons que les précédents tomes. A consommer sans aucune modération.
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Convoi funéraire de Jean Ier le Posthume, en novembre 1316
Le mot de la fin :
Toujours aussi magistral et passionnant, il n'y a pas d'autres mots !
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