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Le salon des précieuses

#30 : 1620, l'arrivée du Mayflower aux Amériques

#30 : 1620, l'arrivée du Mayflower aux Amériques

Image illustrative de l’article Mayflower

 Le Mayflower dans le port de Plymouth par William Halsall (1882)

Au mois de novembre aux Etats-Unis a lieu une fête particulièrement importante, peut-être plus encore que les fêtes de Noël qui ont lieu un mois plus tard : c'est Thanksgiving, une célébration 100% américaine et qui trouve son origine dans sa lointaine histoire coloniale... Pour cela, il faut remonter jusqu'en 1620 et l'arrivée, dans ce qui sera les futurs Etats-Unis, d'un bateau entré dans l'histoire et que l'on appelle le Mayflower. Cette fête fait référence à l'aide que les émigrés Anglais reçurent des Indiens à leur arrivée dans la baie de Plymouth, sur les côtes américaines.
Mais d'abord, il faut revenir en Europe, pour comprendre ce qui a poussé ces hommes, ces femmes et ces enfants à quitter l'Angleterre pour les paysages hostiles du Nouveau Monde.
Au début du XVIIème siècle, l'Europe est encore secouée par les guerres de Religion. En France, si on considère traditionnellement que l'Edit de Nantes et la paix de Vervins avec l'Espagne, tous les deux ratifiés en 1598 sous le règne d'Henri IV (ancien huguenot converti au catholicisme lorsqu'il est investi de la couronne de France en 1589) mettent fin aux conflits civils qui ont bouleversé la seconde moitié du XVIème siècle, c'est en fait bien plus compliqué que cela.

Au XVIème siècle, le roi Henry VIII Tudor, suivant l'exemple des princes allemands qui se convertissent massivement à une nouvelle doctrine, prônée par le moine Luther, divorce d'avec Rome. Souhaitant se séparer de son épouse espagnole, la princesse Catherine d'Aragon, qui n'a pas pu lui donner de fils et très amoureux de sa concubine, Anne Boleyn, il espère que le pape lui accordera de se séparer de son épouse mais le Saint-Siège refuse. Il faut dire que la position du souverain pontife est délicate et qu'il ne veut pas prendre le risque de contrarier le puissant empereur Charles Quint, qui est un neveu de Catherine. Cette crise familiale marque la naissance de l'Eglise anglicane dont la reine Elizabeth II est, encore aujourd'hui, le chef spirituel. L'Angleterre ne reviendra jamais, ou presque, dans le giron catholique. Les successeurs d'Henry VIII (ses trois enfants) seront respectivement protestant pour Edward VI, catholique pour Marie Ière (que l'on surnommera Bloody Mary pour la sanglante répression des protestants qu'elle ordonne sous son règne) et, de nouveau, protestante pour Elizabeth Ière, qui meurt sans héritier après un long règne, en 1603.
Cette année-là, ironie du sort, c'est le roi d'Ecosse Jacques VI qui lui succède : il devient roi d'Angleterre et d'Irlande sous le nom de Jacques Ier. Celui-ci est le fils unique de la reine Marie Stuart, la grande rivale d'Elizabeth, qu'elle fait exécuter en février 1587. Contrairement à sa mère et à ses descendants (les rois Stuarts du XVIIème siècle, Charles Ier, Charles II et Jacques II), Jacques Ier n'est pas catholique ; il est protestant presbytérien avant de devenir anglican et se pose en défenseur de l'Eglise d'Angleterre contre les dissidents, considérés comme hors-la-loi. Il fait preuve notamment d'une intolérance notoire envers les puritains.
Il ne faut pas oublier que le protestantisme est une religion à part entière et que des courants vont en découler tout au long de son histoire : ainsi les presbytériens écossais, les puritains ou encore les quakers. Le puritanisme est un courant spirituel découlant de la pensée révolutionnaire de Calvin (pourchassés sous le règne de Mary Ière, ils s'exilent sur le continent et notamment en Suisse, où ils s'imprègnent des principes calvinistes) et qui s'est en effet développé dès les années 1560. Son nom, puritanisme, vient de la volonté de ses tenants que s'accomplisse entièrement la Réforme au nom du pur Évangile. Pour ce faire, la rupture avec les rites catholiques, dont certains sont encore observés en Angleterre, doit être totale. En somme, son but est de purifier l'Eglise d'Angleterre du catholicisme encore présent.

En 1603, quand le roi Jacques d'Ecosse accède au trône anglais, les puritains exigent de lui, par la Millenary petition (Pétition millénaire), l'abolition pure et simple de tous les rites catholiques encore observés par l'Eglise anglicane. Leur demande rencontre un certain succès parmi une fraction du clergé anglican, chez les universitaires mais aussi dans la bourgeoisie et l'artisanat urbains. Reconnaissables à leur austère tenue noire, portant bien souvent de curieux chapeaux pointus, les puritains basculent petit à petit de l'opposition simplement religieuse à une opposition politique. La rupture sera définitivement consommée sous le règne du successeur de Jacques Ier, son fils Charles Ier, dont les fils (Charles II et Jacques II) renoueront d'ailleurs avec le catholicisme de leurs ancêtres. 
En juillet 1620, un groupe de puritains anglais, souhaitant librement pratiquer sa religion, choisit d'émigrer pour l'Amérique du Nord. Connu depuis plus de cent ans par les Européens, le Nouveau Monde n'est, paradoxalement, peuplé et exploré par les Anglais que depuis les années 1580...leur base est alors une île aux larges de la Caroline, l'île de Roanoke (la colonie perdue). Deux vaisseaux sont armés pour les conduire vers leur nouvelle vie : le Mayflower, qui comptera 65 passagers à bord et un autre vaisseau, le Speedwell, venant de Hollande, avec des passagers puritains aors réfugiés aux Pays-Bas, appartenant notamment à la communauté de Leyde. Le rendez-vous des deux navires est fixé au large de Southampton, pour un départ début août mais une avarie du Speedwell nécessite une réparation à Dartmouth. Après un second départ, une nouvelle avarie du Speedwell conduit à l'abandon du bateau : les deux navires rejoignent Plymouth et certains passagers du Speedwell gagnent le Mayflower tandis que d'autres choisissent de rentrer en Hollande.
Finalement, c'est le 6 septembre 1620 que le Mayflower appareille de Plymouth, dans l'intention de rejoindre les côtes de Virginie où, depuis 1607, s'est développée une colonie anglaise. Le Mayflower est un navire imposant à trois-mâts, de 180 tonneaux et équipé de canons. Il mesure 27 mètres de long et peut accueillir à son bord 102 passagers, hommes, femmes et enfants, dont 35 puritains environs et plus d'une trentaine d'hommes d'équipage.
Le trajet jusqu'en Amérique est long et s'effectue en plus à une période de l'année difficile, en plein automne. Pendant la traversée, le bateau est pris dans une tempête et, le 9 novembre, atteint enfin les côtes américaines : le Mayflower touche le sol au cap Cod, dans l'actuel Massachussetts, en Nouvelle-Angleterre. Une tentative de rallier la Virginie comme prévu initialement est compromise par le mauvais temps ; le Mayflower revient donc jeter l'ancre, le 11 novembre 1620, dans la baie de cap Cod.
On peut noter, quelques jours plus tard, la naissance du petit Peregrine White, à Provincetown, en Nouvelle-Angleterre : fils de William et Susanna White, il est le premier enfant à naître parmi les Pilgrim Fathers (nom donné aux puritains du Mayflower à partir du XIXème siècle) au Nouveau Monde.
Avant de débarquer est signé le Mayflower Compact, qui fixe les statuts de la future colonie. 41 des passagers masculins en sont les signataires. Ceux-ci font allégeance au roi Jacques Ier d'Angleterre et conviennent solennellement devant Dieu et devant chacun d'entre eux de se constituer en un corps politique civil destiné à concevoir des lois équitables pour le bien de toute la colonie, auxquelles ils promettent de se soumettre.
L'hiver 1620-1621 étant particulièrement rigoureux, les passagers restent à bord du navire mais les maladies, les températures très basses et le manque de vivres rendent leur quotidien infernal. Plus de la moitié de la colonie est décimée et l'équipage est aussi atteint par les épidémies. En mars 1621, au début du printemps, les survivants débarquent enfin et s'installent dans des huttes sommaires, tout en organisant leur défense contre les attaques éventuelles des Indiens qui peuplent la région. L'établissement de la colonie se fait sous la direction de Myles Standish et de Christopher Jones, capitaine du Mayflower. En avril, le navire s'apprête à repartir vers l'Angleterre, emportant à son bord les membres d'équipage survivants. Les colons se retrouvent seuls au monde, sur une terre inhospitalière qu'ils ne connaissent pas et qu'ils ne savent pas comment cultiver.
Par chance, les Indiens Wampanoags qui peuplent la région sont pacifiques et vont nouer avec les colons des relations cordiales : les Indiens enseigneront ainsi aux anciens passagers du Mayflower la culture du maïs et des rudiments de pêche. Les colons donnent à leur implantation le nom de New Plymouth (ou Plimoth Plantation) qui deviendra Plymouth, du nom du port anglais de départ. La colonie naissante se dote d'un gouverneur : le premier élu est John Carver, qui meurt toutefois rapidement, au cours de l'année 1621. Homme d'affaires, il avait participé à l'organisation de l'expédition. Le suivant est William Bradford, qui vient des Pays-Bas : élu en 1621, il sera ensuite toujours réélu au poste de gouverneur, jusqu'en 1644. C'est lui qui, à l'automne 1621, organise une grande fête à l'occasion du premier anniversaire de la colonie et pour remercier Dieu et les Indiens d'avoir pu obtenir leur première récolte. Il institue alors un jour de repos pour la colonie : c'est Thanksgiving, fête incontournable aux Etats-Unis célébrée le quatrième jeudi du mois de novembre. C'est une fête familiale, de remerciement et d'actions de grâce, marquée notamment par la traditionnelle grâce présidentielle d'une dinde. Il est probable que ses origines puisent dans une lointaine coutume paysanne européenne : on se réunissait en fin d'année pour remercier Dieu des bienfaits que l'on avait reçus au cours de l'année. Thanksgiving est aussi une célébration canadienne, qui a lieu le deuxième lundi d'octobre, comme une fête des récoltes.
La colonie créée par les passagers du Mayflower n’est pas la première implantée sur la côte est de l’Amérique du Nord. Mais elle est considérée comme un épisode fondateur de la nation américaine parce que, plus que les autres, elle était porteuse d’un véritable idéal de liberté.
De plus, l’influence biblique des puritains a fortement imprégné la culture américaine : ils comparaient la traversée de l’Atlantique à celle de la mer Rouge par les Hébreux et leur installation à celle des Hébreux en Palestine.
Le Compact a inspiré la Constitution des États-Unis. Le président George Washington (1732-1799) choisit le Thanksgiving pour célébrer la ratification de la Constitution et, en 1863, le président Abraham Lincoln (1809-1865) fixe sa célébration au 4e jeudi de novembre. Le Thanksgiving est férié depuis 1941.

De nombreuses personnalités américaines sont des descendants directs de passagers du Mayflower : plusieurs présidents américains (John Adams, John Quincy Adams, Ulysses S. Grant, George Bush...), des acteurs tels que Marilyn Monroe, Orson Welles, Clint Eastwood, Richard Gere, Alec Baldwin ou encore Humphrey Bogart ou encore l'écrivaine Laura Ingalls Wilder comptent parmi leurs ancêtres des passagers du Mayflower, fondateurs de la colonie de New Plymouth.

Fichier:Thanksgiving-Brownscombe.PNG — Wikipédia

La première fête de Thanskgiving dans la colonie de Plymouth en 1621 (Jennie Brownscombe, 1914)

© Le texte est de moi, je vous demanderais donc de ne pas le copier, merci.

Pour en savoir plus : 

- Le Mayflower en Amérique (1620), article du site Musée protestant (museeprotestant.org
- Histoire des Etats-Unis, Bernard Vincent (dir.). Essai historique. 

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