30 Juin 2023
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Portait en piedsde la reine Charlotte par le célèbre peintre de cour britannique Thomas Gainsborough (1781)
Alors que la série Netflix Les chroniques de Bridgerton a fait connaître au monde entier cette reine d'Angleterre, épouse de Georges III et mère de sa pléthorique progéniture - elle est aussi la grand-mère de l'une des plus célèbres reines d'Angleterre, Victoria -, et qu'une série dérivée met en scène la reine dans sa jeunesse, partons sur les traces de la reine Charlotte historique.
Née le 19 mai 1744 à Mirow (on peut encore y voir Unteres Schloß, sa maison natale), Sophie-Charlotte de Mecklembourg-Strelitz est la fille de Charles Ier de Mecklembourg-Strelitz, prince de Mirow et de son épouse Élisabeth-Albertine de Saxe-Hildburghausen. Le Mecklembourg-Strelitz est un ancien duché du Saint-Empire, aujourd'hui situé dans le nord-ouest de l'Allemagne.
Si elle compte dans sa lignée deux rois, Gustave Ier (1496 - 1560) de Suède et Frédéric Ier de Danemark (1471 - 1533) et que l'on peut compter dans sa filiation plus éloignée d'autres souverains, Charlotte de Mecklembourg-Strelitz étant d'ascendance moins prestigieuse que bien d'autres de ses contemporaines, c'est donc un mariage particulièrement avantageux qu'elle va contracter en épousant le roi George III du Royaume-Uni.
Charlotte a seize ans quand son frère, Aldophe-Frédéric et leur mère négocièrent son mariage avec le prince George du Royaume-Uni, héritier du roi George II. Ce dernier meurt brutalement en octobre 1760, quelques semaines avant son soixante-dix-septième anniversaire, faisant de son petit-fils le roi George III de Grande-Bretagne, à l'âge de 22 ans.
Même si la jeune fille était considérée comme particulièrement charmante et séduisante, elle n'était pas le premier choix du jeune roi, qui avait courtisé d'autres femmes. Mais n'ayant pas trouvé grâce aux yeux de sa mère, la princesse Augusta de Saxe-Gotha-Altenbourg, et par ses conseillers politiques, elles avaient été écartées.
Les jeunes promis partagent au moins un point commun : leurs origines allemandes. Si George III est né sur le sol britannique, en 1738 - il est d'ailleurs le premier de la dynastie des Hanovre à naître de l'autre côté de la Manche, tandis que tous ses ancêtres étaient nés dans leurs possessions continentales du Hanovre -, il est le petit-fils du roi George II, à qui il va succéder en 1760. Celui-ci, second roi de Grande-Bretagne de la dynastie des Hanovre, était né dans la ville du même nom en 1683. Comme son propre père George Ier, il passa peu de temps en Grande-Bretagne dont il ne maîtrisait pas la langue, préférant de loin séjourner au Hanovre, dont il restait le prince souverain, abandonnant la gestion de son royaume de Grande-Bretagne au Parlement britannique.
La jeune princesse Charlotte arrive finalement en Angleterre en 1761. Son mariage avec George III est célébré en la chapelle du palais royal de Saint James le 8 septembre de cette année.
Très vite, la jeune reine doit affronter l'hostilité de sa belle-mère, Augusta de Saxe-Gotha-Altenbourg, qui ne cachait pas l'animosité qu'elle nourrissait envers sa belle-fille.
L'union n'est pas un échec pour autant. On peut même considérer que, en dépit de la mauvaise entente avec sa belle-mère et le passé amoureux tumultueux de son époux, le mariage de Charlotte et George est relativement heureux et fructueux, puisqu'ils eurent quinze enfants, dont deux seulement n'atteignirent pas l'âge adulte. Leur fils Edouard-Auguste sera le père de la célèbre reine Victoria, dont le long règne n'est égalé et dépassé que par une seule de leurs descendantes, la reine Elizabeth II.
Le règne de George III et Charlotte est aussi marqué par le long calvaire de la maladie qui touche le souverain et conduit, à la fin de son règne, à l'établissement d'une régence, le pouvoir étant confié à leur fils aîné, le futur George IV.
On a souvent coutume de dire que George III était fou mais il apparaît que, encore aujourd'hui, il est difficile de poser un diagnostic certain et de déterminer exactement la maladie dont souffrait le roi, dont la santé commence à se détériorer dans les années 1780, après quelques alertes qui avaient eu lieu une quinzaine d'années plus tôt.
On peut seulement affirmer que le roi souffrait de troubles mentaux sévères, peut-être dûs à une maladie de sang appelée porphyrie, qui se traduit par des symptômes plutôt bénins en apparence et qui, encore aujourd'hui, peuvent conduire à une longue errance médicale et à la pose tardive d'un diagniostic.
En 2005, l'analyse d'une mèche de cheveux de George III a permis de découvrir dans la fibre capillaire un fort taux d'arsenic qui aurait pu causer la maladie du roi, mais sans que l'on puisse l'affirmer de manière certaine.
La maladie du roi commence véritablement en 1788, après un bref épisode en 1765 qui n'avait pas eu de conséquences. Cette année-là, après la session parlementaire, le roi quitte Londres pour Cheltenham, ville thermale où il compte aller se reposer. En novembre, son état se dégrade : le roi peut parler des heures durant, sans s'arrêter. De fausses informations circulent : on dit par exemple que George III avait confondu un arbre avec le roi de Prusse et absolument voulu lui serrer la main.
A la fin du XVIIIème siècle, on ne sait pas soigner les maladies mentales et les traitements sont particulièrement primitifs voire brutaux : ainsi, afin de calmer le roi, on l'immobilise pendant de longues heures, jusqu'à ce que la crise passe, ou bien on lui applique des cataplasmes caustiques censés chasser les « mauvaises humeurs ».
La maladie du roi s'accompagne de forts accès de violence dont ses proches ne sont pas épargnés, à commencer par la reine, qui doit alors espacer ses visites, sans pour autant avoir jamais abandonné son mari qu'elle entoure et soutient jusqu'au bout.
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La reine Charlotte et ses deux fils aînés en 1765 par Johann Zoffany
Le roi lui survit deux ans : en effet, la reine Charlotte meurt en 1818, soutenue par son fils aîné, le prince régent, qui lui tenait la main. Elle avait soixante-quatorze ans et a traversé une époque d'une richesse incroyable : de la guerre de Sept Ans jusqu'à la chute du Premier Empire en passant par les soubresauts de la Révolution française (proche de la reine Marie-Antoinette avec laquelle elle partageait de nombreux centres d'intérêt, comme la musique, les deux souveraines conservent une relation épistolaire pendant les premières années de la Révolution ; l'exécution de la reine de France en octobre 1793 bouleverse Charlotte, alors fortement éprouvée par la maladie de son époux)...
Elle meurt à Dutch House, dans le Surrey (aujourd'hui connue sous le nom de Kew Palace) avant d'être inhumée en la chapelle Saint-Georges de Windsor.
La reine Charlotte de Mecklembourg-Strelitz laisse le souvenir d'une reine passionnée par les arts et notamment par la musique : Mozart, âgé de huit ans, lui dédie par exemple six sonates. Mécènes enthousiastes au contraire des premiers rois hanovriens, George III et Charlotte se distinguèrent ainsi de leurs prédécesseurs. En 2004, la Galerie de la Reine à Buckingham Palace accueille une exposition illustrant le patronage du couple royal, qui soutint particulièrement l'ébéniste William Vile, l'orfèvre Thomas Heming ou encore le célèbre paysagiste britannique de la seconde moitié du XVIIIème siècle, Capability Brown, architecte du parc du palais de Blenheim par exemple. George III et Charlotte soutinrent aussi la carrière du peintre allemand Johann Zoffany, qui réalisa de nombreux portraits de la famille royale.
La reine Charlotte laisse également son nom à la plus vieille maternité du Royaume-Uni, fondée en 1769 et qu'elle soutiendra tout au long de son règne. C'est son fils, le duc de Sussex, qui avait persuadé la reine de donner son nom à cet établissement, qui existe encore de nos jours.

Les actrices britanniques Golda Rosheuvel et India Amarteifio interprètent la reine Charlotte dans Les Chroniques de Bridgerton et La reine Charlotte : Un chapitre Bridgerton, pour Netflix
La mise en avant de la reine Charlotte, personnage historique peu connu jusqu'ici, dans la série Les chroniques de Bridgerton (où elle est interprétée par l'actrice Golda Rosheuvel) puis dans le préquel La reine Charlotte : un chapitre Bridgerton, centré sur sa jeunesse et celle de George III (où la jeune actrice britannique India Amarteifio l'incarne aux côtés de Corey Mylchreest dans le rôle de George III) a de nouveau soulevé la question de l'ascendance noire de la reine. Alors, Charlotte de Mecklembourg-Strelitz était-elle la première reine noire du Royaume-Uni, comme certains articles le laissent entendre ?
Si certains portraits d'époques laissent apparaître une peau légèrement plus foncée que les canons eurocentrés de l'époque et des traits qui pourraient évoquer un métissage, aucune preuve historique ne permet aujourd'hui d'affirmer - ni d'infirmer d'ailleurs- avec certitude que Charlotte de Mecklembourg avait bien une ascendance noire et, si tel était le cas, elle était bien trop lointaine pour que la reine ait eu un physique métissé. La thèse de Mario de Valdes y Cocom, datant de 1997 et attribuant à Charlotte de Mecklembourg une ancêtre mauresque ou mozarabe en la personne de Madragana (née vers 1230), maîtresse du roi Alfonso III du Portugal que l'historien considère comme noire, paraît aujourd'hui une interprétation génétiquement peu plausible : quelles qu'aient été les origines de cette femme, plus de dix générations la séparent de la reine Charlotte.
Quoi qu'il en soit, on garde la reine Charlotte le souvenir d'une reine amoureuse des arts et de la culture, dévouée à son mari qu'elle soutint jusqu'au bout dans sa maladie, des bienfaits dont aucune couleur de peau au monde n'a le monopole et c'est bien là le plus important.
© Le texte est de moi, je vous demanderais donc de ne pas le copier, merci.
Pour en savoir plus :
- Britain's Royal Families : The Complete Genealogy, Alison Weir. Biographie.
- George the Third, Stanley Ayling. Biographie.
- The Lives of the Kings and Queen of England, Antonia Fraser. Biographie.