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Le salon des précieuses

Aliénor d'Aquitaine, tome 1, L'été d'une reine ; Elizabeth Chadwick

« Si l'espoir s'en va, que reste-t-il, sinon le vide ? »

Couverture Aliénor d'Aquitaine (Chadwick), tome 1 : L'été d'une reine

 

  Publié en 2014 en Angleterre

  En 2021 en France (pour la présente édition)

  Titre original : Eleanor of Aquitaine, book 1,The    summer queen

  Éditions Hauteville

  668 pages

  Premier tome de la saga Aliénor d'Aquitaine

 

 

 

Résumé :

Votre père souhaitait pour vous un mariage qui fit honneur à votre personne et à l'Aquitaine, tout en vous hissant jusqu'aux plus hautes dignités. Dans ce but, il a arrangé un mariage entre vous et Louis, l'héritier du trône de France. Un jour, vous serez reine de France et, si Dieu le veut, à l'origine d'une dynastie de souverains dont le royaume s'étendra de Paris aux Pyrénées.

Jeune, belle et vive d'esprit, Aliénor est promise à un somptueux avenir en tant que future duchesse d'Aquitaine. Mais lorsque son père meurt subitement lors de l'été 1137, elle entre du jour au lendemain dans l'âge adulte. Contrainte d'épouser le jeune prince Louis de France, Aliénor peine à s'accoutumer à son nouveau rôle tandis qu'ils accèdent tous deux au trône de France. Aliénor devra renoncer à la vie qu'elle a menée jusque-là pour affronter les intrigues de la Cour.

Figure emblématique de l'histoire de France et de l'Angleterre, Aliénor d'Aquitaine fascine depuis plus de huit cents ans. S'appuyant sur les toutes dernières découvertes des historiens, Elizabeth Chadwick redonne vie à ce personnage d'exception comme jamais.

Ma Note : ★★★★★★★★★★

Mon Avis :

1137 : Aliénor a treize ans et cette année-là, elle devient duchesse régnante d’Aquitaine, après la mort de son père, le duc Guillaume X mais aussi reine de France, après son mariage avec Louis VII. Son destin est en marche…
Jeune reine vive et belle, elle suscite rapidement la désapprobation à la Cour de France mais Aliénor s’en moque. Les premières années de son mariage avec Louis sont harmonieuses et heureuses, si ce n’est l’absence de descendance. Mais le pire reste à venir : lors d’une campagne contre le comte de Champagne en 1142, Louis assiste à la destruction par les flammes de l’église de Vitry-en-Perthois, dans laquelle les habitants de la ville s’étaient réfugiés. Portant sur ses épaules le poids du drame, le jeune roi se replie sur lui-même et se tourne vers la religion. La mésentente entre Aliénor et Louis est en marche et la rupture est consommée, quelques années plus tard, lors de la désastreuse deuxième croisade, pendant laquelle on accusera la reine d’infidélité avec son oncle, Raymond d’Antioche. Mère de deux filles, elle ne donne pas l’héritier tant attendu à Louis. Cette absence de fils et la mésentente du couple, qui gagne en violence d’année en année conduira à la nullité de leur mariage, proclamée en 1152.
Née entre 1120 et 1124 (la date de 1122 est souvent retenue comme la plus plausible), surnommée éloquemment en occitan la « perpulchra » (la plus que belle) Aliénor d’Aquitaine est probablement l’une des reines de France les plus connues et les plus étudiées. On connait relativement bien le déroulé de sa vie, entre l’Aquitaine, le royaume de France et l’Angleterre bien que des parts d’ombre subsistent encore, ce qui forme finalement un formidable substrat pour le romancier qui peut alors s’infiltrer là où la preuve historique irréfutable montre ses limites. Et c’est ce que fait ici Elizabeth Chadwick avec, je dois bien le dire, pas mal de brio.
Dans la postface, l’auteure explique qu’elle a toujours eu beaucoup d’admiration pour le personnage d’Aliénor, sur lequel elle a beaucoup lu et ça se sent. De là, lui est venue l’envie d’écrire son propre roman lui étant consacré, ce qui donne lieu à la naissance d’une trilogie, qui commence avec L’été d’une reine (j’ai beaucoup aimé d’ailleurs que les trois tomes correspondent chacun à une saison – c’est assez convenu mais en même temps, assez habile et évocateur). On sent toute la passion d’Elizabeth Chadwick pour son objet d’étude et son enthousiasme transparaît dans le roman.

Eleonora van Aquitanië.jpg

Miniature médiévale représentant Aliénor d'Aquitaine


Ce premier tome est donc consacré à la jeunesse d’Aliénor : on la découvre encore adolescente (même si ce terme n’existe pas au Moyen Âge), en passe de devenir duchesse régnante d’Aquitaine et qui se retrouve tout d’un coup investie de son héritage familial mais aussi de la couronne de France, faisant ainsi d’elle l’une des princesses les plus en vue de la chrétienté en ce XIIème siècle. Puissants, les ducs d’Aquitaine possèdent un vaste territoire allant de l’Auvergne au Poitou et redescendant jusqu’aux Pyrénées, avec comme points de mire les villes de Poitiers et de Bordeaux, où ils résident. Fille du sud, profondément attachée à son duché, Aliénor est une reine presque étrangère lorsqu’elle arrive à Paris, la capitale du royaume des Francs : elle ne parle pas la même langue, par exemple, pratiquant dans son duché la lenga romana (que l’on appelle aujourd’hui l’occitan), mise à l’honneur par les troubadours. Très vite, un fossé se creuse entre cette jeune femme pétillante et Louis, fils et successeur du roi Louis VI le Gros mais qui ne devient héritier du royaume qu’en 1131, à la mort de son aîné, le prince Philippe. Imparfaitement préparé, relégué tout jeune dans un couvent, Louis est empreint d’une religiosité qui prend bientôt le pas sur tout le reste : dur, exigeant, d’une rigueur morale sans faille, le roi et sa jeune femme ne sont pas du tout sur la même longueur d’ondes. De là le début d’une mésentente irrattrapable, qui conduira à l’invalidation de leur union et au remariage d’Aliénor avec le jeune duc d’Anjou, Henri, futur roi d’Angleterre.
Tout cela est très bien relaté par Elizabeth Chadwick dans ce premier tome : on rencontre au départ un jeune couple relativement uni et qui se découvre avec plaisir. Louis et Aliénor ont sensiblement le même âge et partage le point commun d’avoir tous les deux perdu leur père à un âge tendre, ce qui les conduit à devoir endosser des responsabilités bien lourdes pour leurs jeunes épaules. La jeune duchesse découvre aussi un mode de vie bien différent de celui qu’elle a toujours mené en Aquitaine, dans la langueur et la chaleur du sud, mais s’en accommode bien, malgré l’hostilité de certains, à commencer par la reine-mère, Adèle de Maurienne, qui voit arriver cette intruse d’un bien mauvais œil et le lui fait sentir.
Mais les belles années filent en un clin d’œil et Aliénor devra par la suite faire appel à toute sa détermination pour supporter la violence qui s’installe dans son couple.
Le XIIème siècle est une époque passionnante et Aliénor en est un bel emblème, une belle représentation : loin des âges obscurs qu’on se plaît à imaginer pour qualifier le Moyen Âge, le XIIème siècle est une époque flamboyante, presque une « Renaissance », une époque d’émulation culturelle et de développement dont l’Aquitaine est le berceau (l’amour courtois, la poésie des troubadours etc…) Érudite, éclairée, jolie (ce qui ne gâche rien) ce n’est finalement pas un hasard le gisant d’Aliénor à Fontevraud tient entre ses mains un livre, symbole de la connaissance.
Et pourtant, de cette reine de France et d’Angleterre, on a souvent retenu (comme pour beaucoup de femmes, d’ailleurs) la légende noire : puissante, Aliénor n’a pas eu que des admirateurs mais aussi bien des détracteurs au fil des siècles, dont les écrits ont été popularisés, jusqu’à parfois devenir une norme, même en dépit des travaux des historiens. Si aujourd’hui, les historiens la présentent volontiers comme une reine cultivée, une bonne gestionnaire, Aliénor d’Aquitaine a longtemps traîné derrière elle le poids de la calomnie : elle aurait été une reine scandaleuse, dotée d’un grand nombre d’amants, pour ne pas dire une véritable nymphomane !
Ici, Aliénor est présentée avec nuance, comme un personnage face à son destin et forcée de faire des choix. Elizabeth Chadwick ne tombe ni dans l’écueil de vouloir à toute force réhabiliter son personnage, quitte à en gommer toutes les aspérités ni, justement, dans la légende noire. Aliénor est une jeune femme imparfaite, comme tout le monde : ni irréprochable ni putain, elle est une femme certes « de son temps » mais qui voit un peu plus loin aussi. Une femme qui, dans cette société médiévale très masculine, ne met pas de côté sa féminité mais s’en sert, en ne se cantonnant pas uniquement à un rôle représentatif et d’épouse et de mère et s’élève ainsi à la hauteur des hommes, prétendant jouer le même jeu ce qui, on peut s’en douter, fait grincer quelques dents, à commencer par celles de Louis VII.
On sent aussi le plaisir évident du romancier qui prend (mais toujours avec respect) le relais de l’historien, comblant avec l’imagination les « trous » laissés par l’Histoire : et quand on sait qu’Aliénor est née il y a près de neuf cents ans, on se doute qu’il y en a. Basé sur une solide recherche préparatoire, le travail de la romancière n’est en rien incohérent, au contraire et l’auteure utilise habilement tous les codes et les ficelles du roman historique, pour le plus grand plaisir des amateurs du genre (dont je fais partie).
Je dois avouer que le début m’a fait un peu peur : j’ai craint un moment que la romance ne prenne le pas sur le contexte historique et que celui-ci ne passe en second plan, servant uniquement de base à une romance historique lambda. Mais non heureusement, ce n’est pas le cas. Malgré des scènes érotiques parfois superflues, bien vite on est entièrement plongé dans le contexte des années 1130 – 1140 et le sentiment initial s’est vite dissipé. J’ai pris un grand plaisir à lire ce premier tome, qui est un bon pavé mais se dévore, vraiment. On ne voit pas le temps passer : j’ai englouti les uns après les autres les chapitres consacrés à la croisade, je n’arrivais plus à m’arrêter. C’est très visuel et très fluide, c’est un peu comme regarder une série et enchaîner les épisodes sans s’en rendre compte. L’écriture de l’auteure est simple, sans être pauvre et malgré l’utilisation de deux ou trois termes parfois un peu contemporains (l’utilisation du mot « nounou » au détour d’un chapitre m’a fait légèrement hausser les sourcils, j’avoue), le style n’est pas du tout désagréable.
Bref, ce premier tome a été une belle découverte. Pas un coup de cœur mais quand même une découverte agréable : j’ai passé quatre jours en compagnie d’Aliénor et des autres personnages du roman sans voir le temps passer, je les ai tous quittés à regret et attends déjà avec impatience de lire la suite car il est clair que je vais enchaîner rapidement avec L’automne d’une reine et L’hiver d’une reine. Il y a pléthore de romans prenant pour héroïne Aliénor, à différentes périodes de sa vie…Elizabeth Chadwick aurait pu apporter à l’édifice une pierre superflue mais ce n’est pas le cas : dans la lignée de Philippa Gregory, elle nous offre une saga pleine de souffle héroïque et romanesque.

Fichier:Gisant d'Aliénor.jpg — Wikipédia

Près de de ceux de son époux et de son fils Richard Coeur-de-Lion, le gisant d'Aliénor d'Aquitaine est encore visible à l'abbaye de Fontevraud.

En Bref :


Aliénor d'Aquitaine, tome 1, L'été d'une reine ; Elizabeth Chadwick

 Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle

   

  • Pour découvrir une autre vision de la reine Aliénor, mon article sur le roman La Révolte, de Clara Dupont-Monod, est à retrouver ici.

 

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M
Oui, tu as raison pour la comparaison entre Chadwick et Gregory, j'aime beaucoup la direction que prend leur récit.<br /> Et l'une comme l'autre j'hésite à me lancer comme je vois qu'elles écrivent des pavés mais au final, une fois que je suis dans leur livre, je m'y sens bien et n'ai plus envie que ça s'arrête !<br />  <br /> Concernant la légende noire, je n'y crois pas personnellement, c'est trop facile d'entâcher la réputation d'une reine aussi influente avec quelques rumeurs..<br /> Et pour Louis VII (pardon, j'avais oublié un I), comme tu le dis le mystère reste entier.<br /> Et malheureusement pour Aliénor on sait déjà que ses relations avec Henri II vont mal se terminer..<br />  <br /> Je pense aussi lire la suite en automne et surveillerai attentivement ton futur article sur ce 2ème tome !
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M
Je viens de terminer ma lecture et j'ai beaucoup aimé cette histoire !<br /> Aliénor est une héroïne forte et déterminée, qui force le respect.<br /> J'ai éprouvé aussi beaucoup de compassion pour elle alors qu'elle devait supporter son mari Louis VI, totalement odieux..<br /> L'auteure a beaucoup de talent, j'avais vraiment l'impression de vivre au Moyen-âge aux côtés d'Aliénor... Vivement la suite !<br /> Merci beaucoup à toi pour tous ces beaux partages.
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M
Et voilà je l'ai emprunté à ma bibi numérique et je le lirai en août normalement .<br /> J'ai hâte !<br /> Une petite romance ne me dérange pas si elle ne prend pas le pas sur le contexte historique, comme tu l'as précisé.<br /> Est-ce que tu penses lire bientôt la suite ?
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M
Tu m'as donné trop envie de le lire !
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