13 Mai 2022
« Oui, nous sommes innocents, mais cette innocence même est une charge de plus pour nos ennemis, qui haïssent tout ce qui n'est pas à leur stricte ressemblance. A leurs yeux, nous sommes coupables d'innocence. Ils ne nous le pardonneront jamais. »

Publié en 2020
Éditions 10/18 (collection Grands Détectives)
520 pages
Premier tome de la saga Occitania
Résumé :
Deux abbayes, deux jours, deux crimes.
An de grâce 1165. En terre d'Occitanie.
Un ange accroché dans un arbre. Mort. Le corps a été supplicié puis déguisé. Très vite, d'autres cadavres angéliques sont découverts. Les victimes travaillaient pour l'atelier de Jordi de Cabestan, tailleur de pierre. La panique se répand. Certains voient dans ces crimes la main du diable. D'autres soupçonnent les cathares, secte nouvellement apparue qui prétend représenter les Vrais Chrétiens.
Jeune noble, Raimon de Termes est missionné afin de découvrir l'assassin. Face à lui, et pour se disculper, les hérétiques cathares désignent une des leurs, Aloïs de Malpas. De son côté, Jordi de Cabestan veut venger ses compagnons. Trois enquêtes labyrinthiques vont les mener vers une vérité qu'aucun d'entre eux n'imaginait.
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
Automne 1165. Alors que la nature se pare de magnifiques couleurs et que les premiers froids rampent sur les pics pyrénéens tous proches, la région de Narbonne est le théâtre de crimes affreux : des anges sont retrouvés morts, suspendus dans un arbre ou encore, à la cloche d’une abbaye…très vite, on s’aperçoit que les victimes font partie de l’équipe des tailleurs de pierre de Jordi de Cabestan, maître imagier qui travaille avec ses employés et apprentis pour les églises et abbayes de la région. Qui peut bien en vouloir à ces modestes artisans qui vont et viennent de chantier en chantier ? Et surtout, pourquoi cette mise en scène sinistre ? Trois enquêteurs, missionnés pour diverses raisons, vont essayer de faire la lumière sur cette horrible affaire : Jordi de Cabestan lui-même, un jeune noble du Termenès, Raimon et une narbonnaise du nom d’Aloïs, qui a fait le choix d’embrasser la foi des Vrais Chrétiens, que l’on appellera plus tard les cathares…et bien évidemment, parce que ce courant religieux qui prône l’ascétisme et la perfection contrarie l’Église, on ne tardera pas à les considérer comme des hérétiques et les soupçons se tournent vers eux. Mais Jordi, Raimon et Aloïs vont découvrir une histoire bien plus compliquée et embrouillée qu’il n’y paraît, où il semblerait que l’Église de Rome ait une véritable responsabilité. Ambitions personnelles, conflits d’intérêt et vengeance sont les moteurs de cette affaire qui marquera durablement ceux qui enquêtent, mettant à mal leurs convictions les plus profondes.
Angélus est un roman policier extraordinaire, qui m’a happée de la première à la dernière page ! C’était une lecture formidable, un vrai coup de cœur, d’autant plus agréable qu’il était inattendu : en effet, j’aime beaucoup les romans policiers historiques en général, mais de là à avoir un coup de cœur. Mais là, je crois pouvoir dire sans exagérer que nous sommes à la hauteur d’un Nom de la Rose : l’ambiance, les abbayes, la relation maître-élève de Jordi de Cabestan et son jeune apprenti qui rappelle un peu celle de Guillaume de Baskerville et Adso de Melk…L’écriture magistrale de François-Henri Soulié ne gâche évidemment rien et apporte un plus non négligeable au livre. Non seulement l’intrigue policière est bien ficelée, cohérente, haletante et, franchement, on n’en demande pas moins à un roman de ce type ! Mais en plus c’est bien écrit, le récit est émaillé de mots médiévaux ou de vieil occitan, pour se plonger encore plus dans l’ambiance et le contexte, passionnant. En ce milieu de XIIème siècle, l’Eglise de Rome n’a jamais été aussi puissante et le royaume de France continue de se couvrir d’un « blanc manteau d’églises », comme le disait le moine clunisien Raoul Glaber. Le style roman est à son apogée et le gothique commence déjà à se développer au nord de la Loire. L’émulation constructrice génère évidemment du travail en quantité pour nombre de corps de métier, dont font partie les tailleurs de pierre, comme les ouvriers du maître Jordi de Cabestan, qui façonnent avec le marteau et le burin les images qui vont venir orner les cénotaphes, les tympans ou les nefs des églises, des abbayes et des cathédrales. Mais en Occitanie, terre d’entre-deux, où les influences espagnole et catalanes se font déjà sentir, dans les terres de puissants seigneurs locaux comme le comte de Toulouse, le vicomte de Béziers ou la vicomtesse de Narbonne, qui administrent leurs terres comme de véritables souverains, un nouveau courant chrétien est en train de voir le jour : ceux qui seront un jour appelés « cathares », tenants d’une théorie qui fait du monde matériel une création démoniaque. Les vrais croyants, qui sont parvenus à la Vérité suprême, sont appelés Parfaits et Parfaites ou encore Bons Hommes et Bonnes Femmes et peuvent administrer le seul sacrement reconnu par eux : le « consolament ». Aloïs de Malpas en est un bon exemple : jeune femme érudite et se contentant de peu, vivant modestement dans une maison de croyants de Narbonne, dotée d'une aura éthérée qui n'est plus tout à fait humaine, va pourtant mettre à mal ses croyances et sa foi au cours de cette enquête qui va lui révéler les limites du manichéisme et la beauté du monde qui, derrière la noirceur, existe bel et bien.
Quant à Raimon de Termes, il est le représentant de cette petite noblesse provinciale et pétrie de chevalerie et de chants des troubadours.
Les trois enquêteurs d’Angélus sont donc tous bien différents les uns des autres mais en même temps représentatifs de l’époque dans laquelle ils vivent.
Comme vous avez pu le comprendre, j’ai passé un excellent moment qui m’a replongée dans une époque passionnante et que j’adore : le Moyen Âge. C’est une époque pleine de richesses inépuisables pour qui s’intéresse à l’Histoire et c’est vraiment l’une des périodes historiques qui m’a toujours passionnée sans que je ne m’en lasse jamais. Dans ce roman, j’ai retrouvé un peu l’ambiance des romans de Bernard Mahoux (le côté fantastique en moins) qui se passent dans la même région et à peu près à la même époque et, comme je le disais plus haut, Angélus n'a rien à envier au chef d’œuvre d’Umberto Eco, Le Nom de la Rose. Comme son prédécesseur, ce roman nous montre bien que l’Église romaine qui se voulait pure et sans tâche n’était pas si irréprochable que cela et qu’elle a nourri, tout au long des siècles, bien des serpents en son sein. Et quitter le siècle n’était pas forcément le signe d’un esprit dénué de toute ambition personnelle ou toute révolte intérieure…
Je recommande chaudement ce roman à tous ceux qui adorent les romans policiers et historiques. Si vous voulez être baladés pendant 500 pages et découvrir une vérité tout à fait insoupçonnée, vous trouverez certainement votre bonheur avec Angélus. J’ai découvert pour mon plus grand plaisir qu’un deuxième tome fait suite à ce premier opus déjà très réussi et je me fais d’ores et déjà un plaisir de le découvrir.
En Bref :
Les + : une écriture magistrale, une intrigue policière qui flirte avec le thriller et un contexte formidablement restitué...pour moi, une réussite.
Les - : vraiment aucun et j'espère que vous serez autant conquis que moi à la lecture de ce roman.
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Coup de cœur