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Le salon des précieuses

Au bord de la rivière Cane ; Lalita Tademy

«  Parfois, y vous arrive des choses si terribles qu'on peut pas les dire à une autre âme. »

Couverture Au bord de la rivière Cane

 

 

 ,   Publié en 2001 aux Etats-Unis

  En 2020 en France (pour la présente édition)

  Titre original : Cane river 

  Éditions Charleston

  601 pages 

 

 

 

 

Résumé :

« Le matin de son neuvième anniversaire, le lendemain du jour où Madame la gifla, Suzette pissa sur les rosiers. La coche de la plantation n'avait pas encore sonné quand elle se réveilla en sursaut, tendit l'oreille pour écouter la respiration insouciante de Mam'zelle qui dormait au-dessus d'elle dans le lit à baldaquin, guetta d'éventuels mouvements ailleurs dans la maison endormie et, sans se bruit, se leva de sa paillasse posée à même le sol. »

Un premier acte de rébellion pour cette jeune esclave qui a grandi à l'ombre de la grande maison, tiraillée entre sa famille, là-bas dans le quartier des esclaves, et son amitié avec la fille des maîtres. Pourtant, la route vers l'émancipation est encore longue...
De mère en fille, quatre générations de femmes noires utiliseront les seules armes dont elles disposent : patience, endurance, ruse et séduction pour survivre aux heures les plus sobres de l'histoire américaine et élever leurs enfants dans la promesse et l'espoir de la liberté. 

Ma Note : ★★★★★★★★★★

Mon Avis :

Saga familiale et féminine, avec un aspect autobiographique (la romancière Lalita Tademy s’est inspirée de documents familiaux pour remonter sa lignée et découvrir les destins des ses aïeules dans la Louisiane du XIXème siècle), Au bord de la rivière Cane avait, sur le papier, tout pour me plaire. Finalement, ce fut une autre histoire et je ressors de cette lecture un peu mitigée, mais nous aurons l’occasion d’en reparler.Le roman débute dans les années 1830, dans les plantations françaises de Louisiane. Bien que partie intégrante des États-Unis depuis que la Louisiane a été cédée par Napoléon Ier, cet état du sud est encore marqué par son héritage français : on continue à y parler la langue et les liens avec l’ancienne métropole ne sont pas complètement coupés puisque beaucoup de Français continuent à y venir, pour y trouver une vie meilleure ou ponctuellement, pour commercer. C’est dans une plantation de riches français, les Derbanne, que nous découvrons Suzette, une petite esclave d’une dizaine d’années. Et si, chez ces colons, on ne violente pas les esclaves, on ne les considère pas non plus. Les familles sont séparées au gré des ventes et l’esclave est d’abord un bien meuble, dont l’importance dépend de la force de travail. Suzette, qui travaille avec sa mère Elisabeth dans la « Grande Maison », autrement dit la maison des maîtres, se retrouve dans un entre-deux pas toujours confortable, puisqu’elle est l’amie de la jeune nièce des maîtres, Oreline, avec qui elle partage une vraie complicité mais sait pourtant que son destin est tout tracé : il sera fait de travail pour autrui, sans rétribution, sans liberté et la permanence de la menace de dépendre de gens plus puissants et qui peuvent tout. Séduite par un jeune Français fraîchement arrivé de Bordeaux, enceinte, Suzette, à peine sortie de l’enfance, se promet une chose : ses enfants seront plus libres qu’elle. Mais, si la guerre de Sécession une vingtaine d’années plus tard, abolit l’esclavage dans les États du Sud, elle ne supprime pas pour autant le racisme et l’interdiction tacite de se mélanger. Gare aux Blancs qui frayent officiellement avec les Noirs et évidemment pour ceux-ci, la liberté reste bien plus un concept qu’une réalité.
C’est grâce à des documents de famille que Lalita Tademy va lancer le projet à l’origine de ce roman : la romancière descend en effet de Suzette, Elisabeth, Philomène, Emily, toutes ces femmes qui jalonnent le roman, des années 1830 au début du XXème siècle. Mais pour certaines, les informations sont plus que lacunaires et c’est donc via un roman que l’auteure a choisi de raconter cette histoire, comblant les failles de l’Histoire avec un récit certes fictif mais cohérent. On découvre ainsi en à peu près soixante-dix ans, les destins de Suzette et de ses descendantes, toutes mères jeunes, dont la peau, à chaque génération, s’éclaircit de plus en plus. Et pourtant, l’obsession de la couleur reste prégnante à cette fin de XIXème et début du XXème… la tolérance n’est pas née de l’abolition (au contraire, elle va même engendrer une nouvelle forme de violence) et la fracture entre colons blancs et anciens esclaves ou descendants d’esclaves reste bien présente. Chacune à sa manière amènera une pierre à l’édifice et connaîtra son destin propre, pas dénué de malheurs et d’épreuves mais aussi de joies. Véritables matriarches, les descendantes de Suzette forment une lignée de femmes fortes et déterminées, de mères, d’épouses et d’amantes dont l’aura semble rayonner jusqu’à Lalita Tademy.
Mais voilà…malgré un potentiel fou, ce roman ne m’a pas emportée autant que je le pensais. Une chronologie par moments un peu trop floue, des chapitres courts parce que pour traiter soixante-dix ans en un seul roman, forcément il faut aller vite et donc les personnages sont plus survolés que creusés… bref. Il m’a réellement manqué quelque chose pour aimer pleinement ce roman, qui n’a pas été une torture, entendons-nous bien, mais que j’ai eu l’impression de découvrir un peu « à côté ». Et pourtant, force est de constater que ce roman a un véritablement supplément d’âme, par rapport à d’autres. Lalita Tademy partage avec nous tout un pan de l’histoire louisianaise des femmes de sa famille, elle partage avec son lectorat une véritable partie d’elle-même, parce que finalement, elle est le produit de toutes ces femmes qui sont les héroïnes de ce roman, les Noires, les métisses, les Blanches… Elle est leur descendante directe et choisir de raconter leur histoire dans un roman, leur redonner une voix, est un bel hommage.
On ne peut pas dire non plus que le roman soit mal écrit, mais voilà…je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages, je me suis parfois perdue dans les dates, la chronologie. Je suis la première déçue parce que j’aurais voulu aimer ce roman, vraiment. Cette authenticité, cette sincérité de l’auteure, qui est la base du récit, me séduisait. C’est important de connaître ses racines, autant que faire se peut et quelles que soient les difficultés traversées par nos aïeux. Donc je me suis plongée dans cette lecture pleine d’enthousiasme, pensant retrouver une intrigue à la Kathleen Grissom (La Colline aux Esclaves) et puis…non, malheureusement ça n'a pas marché avec moi. J’espère cependant que, si vous vous lancez dans ce roman, vous serez séduits. Amateurs de sagas familiales historiques, vous y trouverez forcément votre content.  

Lieux de mémoire français en Louisiane : La Maison Chenal et Julien (...) -  Consulat Général de France à la Nouvelle-Orléans

Les anciennes demeures des colons françaises, modestes ou plus luxueuses, jalonnent le paysage de Louisiane (ici, la maison Chenal et Julien)

En Bref :

Les + : le point de départ autobiographique du roman, l'écriture fluide et agréable de l'auteure, que j'ai réellement appréciée.
Les - :
 malgré beaucoup de potentiel, une belle écriture et le sujet de ce roman, je n'ai malheureusement pas été emportée : des personnages souvent survolés, une chronologie parfois un peu confuse. 


Au bord de la rivière Cane ; Lalita Tademy

Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle

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