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Le salon des précieuses

Bleu de Sèvres ; Jean-Paul Desprat

« D'ici à dix ans, la France produira en série, à Sèvres, une porcelaine de Chine aussi dure et résistante que celle que nous venons d'éprouver ce soir... Et, grâce au génie de nos peintres et sculpteurs, cette vaisselle sera la plus belle du monde ! »

 

 

  Publié en 2007

  Éditions Points (collection Grands romans)

  726 pages 

  Premier tome de la saga Les couleurs du feu

 

 

 

 

 

 

Résumé :

Louis XV, adroitement inspiré par Mme de Pompadour devient, en 1760, l'unique actionnaire de la Manufacture de Sèvres. Afin de percer le secret de la porcelaine dure, fabriquée en Saxe, il engage deux frères chimistes. Mais des coups bas se multiplient et des espions sortent de l'ombre... Écrit avec fougue et talent, voici la passionnante aventure d'une des premières affaires d'espionnage industriel.

Ma Note : ★★★★★★★★★★

Mon Avis :

Premier de l’An 1760. A Versailles, Louis XV offre à sa famille et ses plus proches amis de la porcelaine de Sèvres et en profite pour leur annoncer sa volonté de devenir seul et unique actionnaire de la Manufacture, faisant ainsi de Sèvres une Manufacture royale. Mais alors que Sèvres produit déjà une porcelaine très fine, aux couleurs inégalables, il manque une chose aux porcelainiers français : le secret de la porcelaine dure, comme la porcelaine de Chine et qui est déjà connue des Saxons, qui produisent une céramique dure réputée, dans leurs ateliers de Meissen.
Au même moment à Bort, aux confins du Limousin et de l’Auvergne, terre rude et granitique, les frères Masson, Anselme, Mathieu et Eustache, enterrent leur mère. Plus rien désormais ne retient les deux aînés sur leurs terres de naissance et Anselme et Mathieu projettent de quitter le Limousin pour Paris : là-bas, Mathieu, aveugle mais passionné de musique, espère bien pouvoir se faire un nom et parfaire sa technique, tandis que son aîné, Anselme, amoureux des pierres, géologue et minéralogiste amateur, espère à la capitale pouvoir se frotter à tout ce monde de scientifiques et encyclopédistes à la mode. Il ne sait pas encore que son intérêt pour les minéraux va l’amener à participer à l’une des plus folles aventures de la décennie 1760 : développer en France une porcelaine dure qui pourrait rivaliser avec celle de Saxe et même avec les céramiques asiatiques. Personne ne le sait encore mais un gisement de kaolin, une argile pure et blanche comme la neige, non loin de Saint-Yrieix, va lancer une aventure qui ne s’arrêtera plus jamais. La preuve, aujourd’hui la Manufacture de Sèvres existe toujours, produit toujours et forme de nombreux employés. Un complexe muséal a même été créé : il s’agit de la Cité de la céramique – Sèvres et Limoges, établissement public administratif sous tutelle du ministère de la Culture depuis 2010 et qui inclut depuis 2012 le musée Adrien-Dubouché à Limoges.
Dans cette folle épopée, l’historien et romancier Jean-Paul Desprat nous raconte les débuts de l’industrialisation de l’activité porcelainière en France, dans un contexte d’émulation culturelle et scientifique sans pareil. Ce milieu de XVIIIème siècle, alors que les règnes conjoints de Louis XV et de sa charismatique « amie nécessaire » Madame de Pompadour sont à leur apogée, est celui d’un bouillonnement, d’un foisonnement intellectuel où se côtoient musiciens, scientifiques, écrivains…on se bouscule dans les théâtres et les opéras et on lit l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Au même moment, de nouvelles disciplines se développent et elles sont le fondement de nos sciences actuelles (géologie, minéralogie, chimie etc).
En parallèle, nous suivons deux trajectoires : celle des frères Masson à Paris, de leur arrivée dans la capitale du royaume jusqu’au début des années 1770 et, en même temps, le développement de cette Manufacture vouée à devenir un fleuron français. C’est donc la grande Histoire et de plus petites histoires privées qui s’entremêlent ici pour former une fiction cohérente et qui pourrait presque être lue comme un livre d’Histoire, tant les plumes respectives du romancier et de l’historien se mettent au service l’une de l’autre.

File:Ngv, jacques-françois Micaud, zuppiera e vassorio, porcellana di sèvres.JPG

Soupière en porcelaine de Sèvres par Jacques-François Micaud (XVIIIème siècle)


J’avais découvert Bleu de Sèvres un peu par hasard il y a dix ans : le sujet me plaisait bien et contre toute attente, j’avais ressenti un gros coup de cœur pour cette histoire. De même avec Jaunes de Naples et Rouge de Paris, les deux tomes suivants. Jean-Paul Desprat signe là une trilogie extraordinairement érudite et en même temps accessible, qui passionnera tous les amoureux de romans historiques pleins d’aventures. Certes, il y a beaucoup d’informations et il faut se concentrer pour arriver au bout de ce roman, mais les personnages attachants et bien brossés, que l’on voit évoluer comme dans un tableau de Watteau, les multiples rebondissements et l’essor de Sèvres, font que cette lecture est prenante de bout en bout. Certains lecteurs se sont plaints d’une plume un peu suffisante, voire trop érudite. Pour ma part, je n’ai rien ressenti de tout cela, au contraire : un peu comme le regretté Jean-François Parot, Jean-Paul Desprat a le don de faire revivre une époque. On s’y sentirait presque chez nous : des collines sèches et granitiques de Bort, au bord de la Dordogne, où Anselme s’essaie pour la première fois à la classification des minéraux et où Mathieu développe son oreille absolue, jusqu’à Paris, l’immense capitale du royaume de France, vibrante, mouvante, creuset d’une nouvelle société et d’un nouveau savoir, Bleu de Sèvres nous emporte dans un tourbillon aussi foisonnant que l’époque qu’il décrit.
Cette relecture a été une excellente redécouverte : non seulement je ne me rappelais pas de tout mais relire ce roman à l’aune de nouvelles connaissances me l’a rendu encore plus délectable. Je me suis lovée dans cette intrigue, en bonne passionnée de XVIIIème siècle que je suis, comme dans une couverture douillette et j’ai savouré chaque mot de cette lecture, avec le sentiment d’en être totalement partie prenante.
Il est des romans qui vous marquent ainsi tout au long de votre vie de lecteur : si je ne me souvenais pas exactement de tout, j’avais gardé de Bleu de Sèvres un souvenir ému, celui d’une révélation, l’impression d’avoir lu un roman qui n’est pas tout à fait comme les autres et j’ai retrouvé cela à la relecture, avec un plaisir non dissimulé. Je n’ai désormais qu’une hâte : malgré ma PAL qui ne cesse de grandir, me plonger – et ce sera probablement de nouveau avec délectation – dans Jaune de Naples et Rouge de Paris : j’ai déjà hâte de retrouver Anselme, Mathieu, Adèle et tous les autres.

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La Manufacture de Sèvres en 1756, quelques années avant la découverte du kaolin en France

En Bref :

Les + : à ma première lecture, il y a exactement dix ans, j'avais eu un coup de cœur pour ce roman. A la deuxième lecture, si je ne l'ai pas ressenti (ou différemment, dirons-nous), j'ai malgré tout passé un excellent moment en redécouvrant cette histoire de la porcelaine française. Le XVIIIème siècle y apparaît dans toute sa beauté et sa complexité.
Les - : pour moi, un roman qui a toutes les qualités d'un bon roman historique, érudit sans être pompeux et qui met en scène des personnages attachants et que l'on a hâte de retrouver.


Bleu de Sèvres ; Jean-Paul Desprat

 Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle

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