18 Septembre 2017
« Que voulait dire aimer quelqu'un ? Pourquoi l'amour prenait-il fin ou pas ? Là étaient les vraies questions et qui pouvait y répondre ? »
Publié en 1952 aux Etats-Unis ; en 2015 en France (pour la présente édition)
Titre original : The Price of Salt
Editions Le Livre de Poche
315 pages
Résumé :
Thérèse, vendeuse dans un grand magasin, rencontre Carol, qui est belle, fascinante, fortunée. Elle va découvrir auprès d'elle ce qu'aucun homme ne lui a jamais inspiré : l'amour.
Une passion naît, contrariée par le mari de Carol, lequel n'hésite pas à utiliser leur petite fille comme un moyen de chantage.
Second roman de Patrica Highsmith, Carol fut refusé en 1951 par son éditeur américain en raison de la hardiesse du sujet. Ce livre est la preuve que l'auteur n'est pas seulement un maître du genre policier, mais avant tout une romancière de premier ordre, qui, avec pudeur et sensibilité, nous parle ici d'un amour revendiquant sa liberté.
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
Lorsque Patricia Highsmith rédige le manuscrit de Carol, au début des années 50, elle n'est pas une novice. Elle a déjà été repérée pour un roman policier, dont les droits ont même été achetés par Hitchcock, en vue d'une adaptation au cinéma.
Et pourtant, son deuxième roman est rejeté par sa maison d'édition, parce que le sujet principal est l'homosexualité et, qui plus est, les protagonistes du récit sont deux femmes. Scandale ! Oser parler d'homosexualité et d'une relation charnelle entre deux femmes ! L'Amérique puritaine se choque et il faudra plusieurs mois avant que l'auteure ne parvienne finalement à faire aboutir son projet.
Carol fait partie de ces romans que je voulais lire, peut-être pas forcément parce que l'histoire me parlait mais parce qu'il me semble que c'est un texte majeur du XXème siècle, peut-être pas un classique mais un de ces romans que j'avais envie de découvrir...Pour voir. Un roman dépeignant une histoire d'amour entre deux femmes, qu'est-ce que ça donne ? Comment un auteur va-t-il choisir d'aborder ce sujet ? Si l'homosexualité est aujourd'hui bien mieux acceptée qu'il y'a soixante ans, ces histoires là ne font pas partie des plus répandues, alors, imaginez dans les années 50 !
C'est aussi par le biais du film de Todd Haynes sorti il y'a quelques années que j'ai découvert le texte, un peu comme pour Danish Girl : je n'ai pas vu le film mais j'en ai entendu parler, j'en ai vu des extraits... Cate Blanchett y interprète une très charismatique Carol et Rooney Mara une touchante Therese. J'ai alors eu envie de découvrir le texte original.
Alors en refermant ce livre, que puis-je en dire ? Je crois que c'est très difficile de poser des mots sur les sensations provoquées par une lecture pareille. En tous cas, elles ont été très palpables, très présentes, Carol a su faire naître quelque chose en moi, peut-être pas vraiment de l'attachement, mais, au moins, un certain intérêt.
Je ne me suis pas attachée aux deux personnages. J'ai aimé cependant la manière dont l'auteure les a construits en miroir : la femme faite opposée à la jeune femme, un caractère sûr opposé à un autre qui doute encore. La femme, spectaculaire physiquement, qui en impose, tandis que l'autre l'est beaucoup moins. J'ai aussi aimé l'histoire qui s'instaure entre Carol et Therese. Les personnages sont extrêmement aboutis, l'auteure les aborde dans leur globalité, pas seulement au travers de leur histoire commune et j'ai aimé connaître leur passé, cela m'a permis de mieux les comprendre et de m'expliquer aussi pourquoi soudainement ces deux femmes se découvrent une attirance pour les autres femmes : attirance innée et inexplicable, certes, mais pas que...

Cate Blanchett et Rooney Mara dans le film de Todd Haynes (2015)
Leur histoire est belle, difficile, mais forte et avec beaucoup d'émotion même si, en soi, elle ne m'a pas fait vibrer. J'ai aimé les voir s'aimer, leur couple est sincère et puissant mais ça s'arrête là.
Carol fait partie de ces livres dont je sors mitigée et avec une drôle d'impression... globalement, j'ai aimé ce livre. J'en ai aimé le style, l'histoire...Les personnages aussi, quelque part, même si je ne me suis pas vraiment attachée. J'ai aimé aussi que l'auteure ne fasse pas de militantisme : c'est bien, mais parfois, c'est bien aussi de laisser cet aspect - là de côté. Carol n'est ni un roman féministe, ni un roman homosexuel, du moins ne l'ai - je pas perçu comme ça. C'est une belle histoire, une transmission d'amour entre deux êtres, point.
En fait ce qui m'a dérangée, ce sont surtout des longueurs, qui sont apparues au premier tiers du roman et m'ont un peu déstabilisée parce que j'étais bien partie : le début du roman me plaisait beaucoup et j'ai vraiment aimé le style dès les premières pages -ce qui ne s'est pas démenti par la suite d'ailleurs.
Ensuite, j'ai aussi été gênée par le caractère et le comportement de Therese. Pourtant, au départ, je l'ai aimée cette petite Therese : dix-neuf ans, plus vraiment une adolescente, pas encore une femme, une jeune femme indépendante par la force des choses, avec une carence affective certaine et un besoin de reconnaissance, qui a encore des rêves mais plus vraiment d'illusions. Mais parfois, j'ai eu le sentiment qu'elle se débattait dans un marasme tel que cela m'en faisait peur, m'en mettait presque mal à l'aise. Ce n'est pas qu'elle n'est pas attachante ou touchante, mais il y'a eu soudainement en Therese quelque chose que je n'ai plus aimé, comme si elle devenait d'un coup étrangère alors que je l'avais bien aimée jusque là et, oui, je crois que parfois, ses sentiments extrêmes m'ont fait peur : j'avais soudain l'impression de suivre un tourbillon sans but et l'errance de Therese m'a mise à l'aise.
A part ça, je n'ai que peu de choses à reprocher à Carol... C'est un roman que je ne regrette pas d'avoir lu, au contraire. Je suis contente d'avoir découvert la plume de Patricia Highsmith par le biais de ce roman. C'est une très belle histoire et l'auteure a su décrire avec brio les sentiments unissant Carol et Therese, des sentiments extrêmement forts, beaux et purs. Oui, n'ayons pas peur des mots : à ce jour je crois que c'est l'un des plus beaux romans d'amour que j'aie pu lire. Il m'a seulement manqué quelques petites choses pour que j'apprécie cette lecture pleinement. Je n'y ai pas tout aimé mais, dans sa globalité, elle m'a plu. C'est déjà pas mal, non ?
En Bref :
Les + : le style, l'intrigue et la manière dont l'auteure l'aborde.
Les - : quelques longueurs et des personnages difficilement attachants, dont les attitudes parfois m'ont gênée, surtout en ce qui concerne Therese.

Thème de septembre, « Grande découverte », 9/12