3 Août 2024
Bonjour à tous ! C'est déjà l'heure de notre cinquième rendez-vous estival, Voyageons en livres. Après la Scandinavie début juillet, puis l'Angleterre, la Provence et l'Océanie, il est temps de partir vers les Caraïbes et, plus précisément, la République dominicaine, avec l'autrice Catherine Bardon.
Une véritable plongée dans l'histoire contemporaine de la République dominicaine
¤ L'autrice en quelques mots

Autrice française, Catherine Bardon se consacre pleinement à l'écriture après une carrière dans la communication. Elle vit entre la France et la République dominicaine, dont l'histoire l'a inspirée pour sa quadrilogie Les Déracinés, qui a rencontré un beau succès, se vendant à plus de 600 000 exemplaires et distinguée par de nombreux prix, comme celui du Festival du premier roman de Chambéry en 2019.
¤ Le président Trujillo et les Juifs d'Europe : le point de départ d'une formidable saga familiale
Alors que les lois antisémites se multiplient en Allemagne et en Autriche, le président dominicain Trujillo, propose alors 100 000 visas pour que des familles, qui ne sont plus les bienvenues en Europe, viennent s'installer en République dominicaine (sur ces 100 000 visas promis, ce sont finalement 5000 qui seront véritablement accordés dans les faits). Altruiste, me direz-vous. Que nenni ! En réalité, le président - qui est plutôt un dictateur notoire - a comme idée de blanchir son île en accordant autant de visas à une population européenne, censée venir contrebalancer le sang « indigène » - paradoxe de celui qui, d'une main offrait l'asile à des populations menacées, tout en massacrant de l'autre plusieurs milliers de réfugiés haïtiens en République dominicaine. C'est ainsi que va naître la communauté de Sosùa, territoire abandonné au Joint (l'American Jewish Joint Distribution Committe, une ONG humanitaire juive) par la United Fruit Company et où Catherine Bardon situe l'intrigue de sa saga familiale qui suit, sur plusieurs générations, la famille Rosenheck, des Juifs exilés de Vienne en 1938 et qui partirent faire leur vie en République dominicaine. D'Almah et Wil à la génération de leurs arrière-petits-enfants de nos jours, on découvre ainsi la réalité de la vie des déracinés, obligés de quitter leur terre, leur famille et leur quotidien pour sauver leur vie, sans aucune possibilité de retour en arrière. Ainsi, Almah et Wilhelm fuient, laissant tout derrière eux. Mais ils ne sont pas encore au bout de leurs peines : il va encore leur falloir traverser toute l'Europe de l'ouest qui, petit à petit, tombe à son tour sous la coupe de Hitler, traverser un océan, s'échouer sur Ellis Island aux portes de New York, face à une Amérique qui les nargue, avant de rallier une petite île des Caraïbes, la République dominicaine du dictateur Trujillo, qui a promis aux Juifs exilés d'Europe des visas. Là, avec d'autres, Almah et Wilhelm posent leurs valises : il y'a tout à faire, tout à découvrir et surtout tout à reconstruire, à commencer par leurs propres vies, complètement bouleversées.
Catherine Bardon a donc utilisé l'histoire authentique de ces colons Juifs partis d'Europe et qui ont finalement fait souche dans les Caraïbes pour imaginer la vie, sur plusieurs décennies, de cette famille viennoise qui s'acclimate finalement au bout du monde sans pour autant renier ses racines et qui vivra au plus près tous les grands événements de la seconde moitié du XXème siècle et du début du XXIème, de la guerre au Vietnam en passant par les premiers pas de l'homme sur la Lune, les luttes pour les droits civiques, les premiers conflits entre Israël et ses voisins au Proche-Orient, les attentats du 11-Septembre, le séisme d'Haïti en 2012...

Une planche de la bande-dessinée Les Déracinés, adaptée du roman de Catherine Bardon par Winoc
¤ Et si Christophe Colomb était enterré en République dominicaine ?

Construction moderne, le Phare de Colomb est le lieu de sépulture de Christophe Colomb revendiqué par la République dominicaine
On le sait, lorsque Christophe Colomb pose le pied pour la première fois en Amérique, croyant débarquer en Asie, il le fait sur l'île d'Hispaniola (futures Haïti et République dominicaine), alors terre des Indiens Tainos.
Mais ce n'est pas sur ces terres que l'explorateur missionné par Isabelle la Catholique et Ferdinand d'Aragon rend son dernier souffle, quelques années auparavant. Et, comme plusieurs pays se disputent le lieu de naissance de Christophe Colomb (de l'Italie en passant par la Corse, qui se veulent toutes deux terres natale du découvreur des Amériques), l'Espagne et la République dominicaine se disputent son lieu de sépulture. En réalité, nous ne savons pas où Colomb a été inhumé après sa mort, même si une cathédrale de Séville revendique aujourd'hui d'être la dernière demeure du célèbre marin d'origine génoise. Les tests ADN pratiqués ne sont toutefois pas parvenus à lever définitivement le voile sur ce mystère et, en République domincaine, le Phare de Colomb (Faro a Colón en espagnol), situé à Santo Domingo Este est parfois considéré comme lieu supposé de la tombe de Colomb. Ce phare est encore en service aujourd'hui et projette un feu cruciforme si puissant qu'on peut le voir depuis Porto Rico !
Alors, qui de l'Espagne ou de la République dominicaine détient-elle les restes de l'explorateur, dont les missions sont aujourd'hui controversées ? Et si son corps avait été divisé, comme cela se faisait beaucoup à l'époque, pour qu'une partie repose en terre d'Espagne et une autre sur l'île où il avait accosté pour la première fois à la fin de l'année 1492 ? Le mystère reste entier.