27 Novembre 2016
« Le malheur de cet aimable funambule fut de ne jamais avoir su discerner les limites de sa puissance. »

Publié en 2005
Editions Perrin (collection Tempus)
607 pages
Résumé :
Fouquet, l'un des personnages les plus fascinants du siècle de Louis XIV. Surintendant des Finances, fut-il un financier douteux puisant dans les caisses de l'Etat ou fut-il accusé par jalousie ? Juriste éminent, habile financier, diplomate avisé, ami fidèle, grand mécène et bâtisseur (à Vaux-le-Vicomte et à Belle-Île), il a eu un rôle politique capital dans la période difficile qui va de la fin de la Fronde à la mort de Mazarin. Rongé par la chimère et l'ambition, rêvant de devenir un nouveau Richelieu, ce fastueux ministre ne pouvait que se heurter à l'autorité naissante du jeune Louis XIV. L'ouvrage de J.-C Petitfils apporte un éclairage nouveau sur ce personnage complexe et sur la France baroque.
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
De Nicolas Fouquet, on connait surtout la chute fulgurante, qui prend racine dans la fameuse et grandiose fete donnée pour le roi à Vaux-le-Vicomte, le 17 août 1661. Tout s'enchaîne très vite par la suite, son arrestation à Nantes, le 5 septembre, le procès retentissant puis la sentence d'exil commuée en emprisonnement à perpétuité par le roi lui-même. Fouquet purgera sa peine dans la sinistre forteresse de Pignerol dans les Alpes, où il meurt en 1680.
Mais pour qu'il y'ait eu chute, il y'a eu aussi ascension, une ascension extraordinaire d'ailleurs, dans le cas de Nicolas et qui ne fait pas mentir la devise latine de la famille : Quo non ascendet ? ( « Jusqu'où ne montera-t-il pas ? » )
Né en 1615 à Paris, de François Fouquet et Marie de Maupeou, Nicolas est issu de la noblesse de robe par sa mère et d'une famille de parlementaires dont l'ascension est croissante, par son père. Il est loin le temps où l'ancêtre Foucquet, originaire d'Angers, était marchand drapier. Au XVIIeme siècle, la famille veut réussir et c'est Nicolas qui va personnifier cette réussite en gravissant peu à peu les échelons de l'administration royale, jusqu'au poste de surintendant des Finances. Il va s'illustrer sous la régence d'Anne d'Autriche, dont il est le protégé, il ne sera pas exempt d'erreurs mais saura toujours se les faire pardonner. Il sera remarque par Mazarin, qui le trouve lui aussi compétent -ce qu'il est, on ne peut pas le nier.
Lorsqu'il atteindra les hautes arcanes de la finance royale, qui va mal, en cette période de guerre extérieure et d'agitation intérieures, Fouquet, comme ses collègues, va se rendre coupable de trafics et malversations en tous genres mais encore une fois, ni plus ni moins que les autres. Les Finances allaient mal, étaient fragiles et devenaient donc un terreau fertile pour tout un tas de trafics illicites. On peut en tirer la conclusion que Fouquet en paya les pots cassés sans être l'unique coupable. Si on est enclin aujourd'hui à le voir comme une victime de l'absolutisme louis-quatorzien, on ne peut raisonnablement penser qu'il fut blanc comme neige et totalement innocent de ce dont on l'accusait. Il ne fut pas non plus uniquement condamné à cause de sa riche demeure de Vaux, comme on le lit parfois. La grandiose fête du 17 août fut un élément déclencheur mais pas une cause. Bref, on peut dire que Fouquet n'était pas innocent, que les chefs d'accusations qu'on lui reprochera étaient pour la plupart fondés -et ne découlaient pas uniquement de la jalousie du roi et de l'ambition de Colbert- mais qu'il n'était sûrement pas plus coupable que d'autres qui eurent la chance de passer à travers les mailles du filet.

Thierry Frémont (Colbert) et Lorànt Deutsch (Fouquet) dans le téléfilm Le Roi, l'Ecureuil et la Couleuvre (2011)
Sous la plume de Petitfils, historien renommé qu'on ne présente plus, c'est un personnage complexe et multi-facettes qui nous apparaît loin de l'image communément admise.
Tour à tour, c'est un Fouquet mécène, séducteur, bâtisseur, administrateur compétent quoique pas exempt d'entourloupes qui nous apparaît. En un peu moins de 600 pages -les 80 dernières pages étant consacrées aux annexes, glossaires et table des matières ainsi qu'à la conséquente bibliographie utilisée par l'auteur-, Jean-Christian Petitfils nous dresse le portrait exhaustif d'un personnage qui est une clé, à mon avis, pour comprendre les premières années du règne personnel du Roi-Soleil mais qui symbolise aussi tout une époque ; en effet, Fouquet est un pur produit de cette administration d'Ancien Régime, complexe à aborder parfois parce que tellement différente de celle que nous connaissons aujourd'hui.
Sa biographie est servie par son style précis sans être pompeux, très chaleureux, avec des pointes d'humour voire de poésie toute romanesque, bien éloignés de la distante un peu froide de l'historien.
Je ressors de cette lecture très dense avec beaucoup de nouvelles connaissances mais aussi des confirmations de ce que je savais déjà... j'ai apprécié les derniers chapitres qui se concentrent sur la vie en détention de Fouquet dans le donjon de Pignerol... l'auteur revient à cette occasion sur la fameuse légende du Masque de Fer qui, quoique bien élucidée aujourd'hui, n'en continue pas moins de faire couler beaucoup d'encre et d'inspirer les imaginations fertiles des romanciers !
Dans cette biographie neutre et objective, Fouquet nous apparaît sous une image qui est certainement la plus proche de la réalité. Il est très difficile, même pour le meilleur des historiens, de saisir l'essence même d'un personnage disparu depuis de longs siècles. Il lui est difficile également de démêler le vrai du faux quand l'objet de son étude, à l'instar de Fouquet, a tant suscité de passions. Il n'y avait pas de doutes qu'un chercheur aussi réputé que Petitfils ne relève pas le défi haut la main. Pour ma part, je suis convaincue, cette biographie est à mon sens un incontournable : elle permet au moins de remettre les pendules à l'heure et de sortir le personnage du carcan de légendes et d'idées reçues qui l'enserrent complètement au risque, du coup, d'avoir une idée fausse ou tronquée, de son existence.
À conseiller à tous ceux qui s'intéressent au règne du Roi-Soleil.
En Bref :
Les + : une biographie exhaustive, extrêmement complète, servie par une bibliographie conséquente et le style chaleureux quoique rigoureux de Jean-Christian Petitfils.
Les - : peut-être quelques passages un peu trop techniques mais...ça fait aussi partie du jeu ! Je dirais donc qu'il n'y en a pas vraiment, cette biographie est incontournable !