22 Mai 2017
« Ma vie a été si brillante et si remplie de malheurs que le monde a dû s'en occuper. Il m'a louée, il m'a blâmée selon les circonstances, mais toujours avec exagération [...] Je crois n'avoir mérité ni un éloge trop flatteur, ni une critique trop sévère. Mon cœur m'a toujours guidée dans les moindres démarches et le cœur peut-il tromper s'il est pur ? »
Publié en 2016
Editions Perrin (collection Biographie)
380 pages
Résumé :
Hortense de Beauharnais a souvent été réduite au simple rôle de belle-fille de Napoléon. Mariée à un homme qu'elle n'aime pas, assujettie aux obligations de la vie officielle, soumise aux rigueurs de l'exil, frappée par la mort de deux de ses fils et l'éloignement de son amant, la vie de la jeune femme aux yeux bleus semble marquée du sceau du malheur.
Elle est pourtant loin de s'en tenir à un second rôle. Tour à tour princesse, reine, puis duchesse, endurcie par les épreuves, Hortense exercera son influence jusque dans l'exil où, retirée à Arenenberg, au bord du lac de Constance, elle reçoit les visiteurs qui affluent de toute l'Europe. Intensément mère, elle se bat en 1831, puis en 1836, pour sauver son fils, Louis-Napoléon, auquel elle inculque des valeurs qui contribueront à faire de lui l'empereur Napoléon III.
Puisant aux sources les plus larges, y compris les fonds d'archives d'Arenenberg et de Ravenne jusqu'alors inexploités, Marie-Hélène Baylac retrace avec brio la vie à la jonction de deux siècles de cette femme d'esprit au destin d'exception.
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
En refermant les ultimes pages de cette biographie, la première réflexion qui nous vient à l'esprit est la suivante : finalement, un destin tient à peu de choses. Et ce n'est que trop vrai, en ce qui concerne Hortense et son frère Eugène.
Évidemment, on ne peut refaire l'Histoire, mais se prêter au jeu des conjectures peut parfois s'avérer très intéressant.
Hortense de Beauharnais, épouse de Louis Bonaparte et reine de Hollande, aurait-elle connu une telle destinée sans l'accession au trône de Napoléon, son beau-père ? Assurément pas.
Née en 1783, du mariage de Rose Tascher de la Pagerie -la future impératrice Joséphine- et Alexandre de Beauharnais, Hortense, qui est la cadette d'Eugène voit le jour non seulement entachée des doutes de son père concernant sa paternité mais aussi au sein d'une famille, noble certes, implantée depuis plusieurs décennies aux Antilles, mais sans réelle importance. La Révolution éclatant six ans plus tard, il est fort probable que les enfants Beauharnais, à plus forte raison à la suite de l'exécution de leur père sous la Terreur, auraient été engloutis dans l'ombre et la fureur révolutionnaire. C'était sans compter sur la rencontre de leur mère, durant le Directoire, d'un petit général corse, appelé à de biens plus brillantes fonctions. Par extension, Eugène comme Hortense bénéficieront des mêmes largesses que le clan Bonaparte et Hortense deviendra même, par son mariage avec Louis, la belle-sœur de son beau-père ! Au sein de la nouvelle noblesse d'Empire, Hortense, qui a été éduquée dans l'institution de madame Campan et se verra confirmer son titre de duchesse de Saint-Leu par Louis XVIII, est l'une des dernières représentantes de cette vieille noblesse d'Ancien Régime.
Si vous me suivez depuis un moment, vous avez remarqué que j'adore l'Histoire, mais que le Premier Empire est relativement absent de mes lectures. Et pour cause : c'est l'une des périodes de notre Histoire qui ne me plaît pas, je ne dirais pas qu'elle est inintéressante mais, pour ma part, elle ne suscite pas mon intérêt et la figure de Napoléon Ier est pour moi assez subversive. Si je comprends l'admiration qu'il peut susciter, toutefois, je ne la partage pas et l'Empereur me reste assez indifférent : j'aurais tendance à voir son règne sous un jour bien plus négatif que positif, je l'avoue.
Pour autant, je trouve intéressantes les destinées féminines qui ont jalonné sa vie. Et quand on s'y intéresse de près, on se rend compte que l'existence de Bonaparte -bien qu'assez misogyne-, est pleine de femmes : il y'a d'abord la figure tutélaire de la mère, les sœurs, puis les épouses, les maîtresses... et Hortense. Hortense qui fut une fille et une sœur à la fois, étrangère au clan Bonaparte mais traitée sur un pied d'égalité avec les sœurs de Napoléon, ce que celles-ci ne lui pardonneront pas. Car il est vrai que, parfois, le pied d'égalité penche dangereusement en faveur d'Hortense pour qui Napoléon aura toujours une tendresse particulière.

Hortense par Gérard, au début du XIXème siècle.
Cette biographie de Marie-Hélène Baylac, entièrement consacrée à la figure d'Hortense est riche et intéressante. Abordée souvent au travers de celles de sa mère, Joséphine, de son beau-père, l'Empereur, ou de son fils, Napoléon III, Hortense passe souvent au second plan, du moins est-ce le sentiment que j'ai.
Avec ce livre, j'ai beaucoup appris sans m'ennuyer pour autant, bien au contraire. Chaque chapitre est ensuite divisé en plusieurs parties courtes et qui s'enchaînent rapidement. J'ai aimé aussi que l'auteure se concentre vraiment sur Hortense, une Hortense intime, en n'abordant jamais vraiment de façon centrale la politique ou la diplomatie de l'époque. J'ai aimé cet aspect presque domestique de la biographie et le parti-pris de Marie-Hélène Baylac qui nous rend ainsi bien plus proche de la reine de Hollande.
Je ressors de cette lecture avec un aperçu un peu plus global du personnage, peut-être un peu plus juste aussi, débarrassé de certaines idées reçues, qu'elles soient positives ou négatives. Hortense de Beauharnais s'avère être un personnage à multiples facettes, au caractère pas forcément facile à analyser. L'historienne apporte un nouvel éclairage sur le mariage d'Hortense et Louis, malheureux certes mais peut-être pas aussi catastrophique qu'on a bien voulu le croire - il faut cependant noter que les exigences jalouses et l'autorité maladroite de l'époux seraient difficiles à supporter à toute épouse- et sur l'influence politique de la jeune femme, qui est à nuancer elle aussi.
Hortense de Beauharnais fait partie intégrante d'une riche période de notre Histoire, elle a connu l'emballement de la Révolution quoiqu'encore toute enfant, mais cette épreuve l'a faite grandir et mûrir : voir mourir son père sur l'échafaud et devoir prendre la défense d'une mère emprisonnée et en passe de suivre son mari est une épreuve initiatique particulièrement difficile. Par la suite, Hortense connaîtra le faste un peu tapageur de l'Empire et à nouveau l'amertume de n’être plus rien et proscrit partout, à la chute de Napoléon. Les épreuves traversées suscitent chez le lecteur une certaine sympathie pour Hortense. Elle nous apparaît sous un jour positif. La biographie de Marie-Hélène Baylac n'est pas une hagiographie loin de là : l'auteur n'hésite pas à souligner les erreurs ou faux pas d'Hortense. Pour autant, cette femme nous apparaît très vite comme une figure sympathique, simple et attachante. Déjà intéressée par elle sans connaître tout de sa vie, je dois dire que la relative bonne opinion que j'avais déjà s'est confirmée avec cette lecture. Hortense fut une enfant courageuse, une jeune femme attachante et une mère dévouée.
Enfin, autre chose à souligner : voilà enfin une vraie bonne biographie, travail de vulgarisation certes, mais sérieux et bien maîtrisé par son auteure. J'ai tellement été déçue par des biographies qui me paraissaient valables au premier abord et ne l'étaient finalement pas que, lorsque l'on tombe sur l'une d'entre elles qui est irréprochable, c' est bien de le souligner. Marie-Hélène Baylac nous livre là un travail vraiment digne d'intérêt. On en ressort avec une somme de connaissances neuves ou, somme toute, rafraîchies.
Bref, cette biographie est une valeur sûre.
En Bref :
Les + : une bonne biographie, qui fait la part belle à l'intime. La figure de la reine Hortense y apparaît, dans toute sa globalité et toute sa complexité.
Les - : les notes, très nombreuses, qui se trouvent en fin de volume. Pas très pratique, mais pas grave en soi.

Bingo littéraire du printemps

Thème de mai, Thème « Têtes couronnées », 5/12