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Le salon des précieuses

Jaune de Naples ; Jean-Paul Desprat

«  L'homme est un animal malchanceux, au fond - toujours victime du contretemps-, il ne peut jamais jouir simultanément et pleinement des bienfaits que devrait lui procurer chaque âge de la vie. »

 

 

     Publié en 2011

  Éditions Points

  800 pages

  Deuxième tome de la saga Les couleurs du feu

 

 

 

 

 

Résumé :

Lorsqu'Anselme Masson, spécialiste de la porcelaine, se rend à Naples sur les ordres de Marie-Antoinette pour refonder la manufacture de Capodimonte, il n'a pas idée des difficultés qui l'attendent. Mais comment s'opposer aux volontés d'une reine ? Entre machinations politiques et jalousies royales, Anselme devra faire appel à toutes les ressources de la raison pour tenir sa promesse...

Ma Note : ★★★★★★★★★

Mon Avis :

1770. Fraîchement arrivée en France pour épouser le dauphin Louis-Auguste, la petite archiduchesse Marie-Antoinette découvre avec émerveillement la Manufacture de Sèvres. Grand oeuvre de Mme de Pompadour et de Louis XV, la Manufacture royale connaît un nouveau souffle depuis qu’elle est détentrice, à l’instar de sa grande concurrente saxonne, Meissen, du secret de la porcelaine dure. Depuis dix ans et son arrivée à Paris, fraîchement débarqué de son Limousin natal avec son frère cadet Mathieu, Anselme Masson, premier chimiste de Sèvres, est devenu la pierre angulaire de la manufacture. Désormais âgé de trente ans et père de l’attachante petite Adèle, parisien jusqu’au bout des ongles, Anselme rencontre à Sèvres sa future souveraine et se voit chargé de lui faire les honneurs du lieu…
Au même moment, dans le royaume des Deux-Siciles, l’aînée de Marie-Antoinette, qui a épousé le roi Ferdinand IV, s’ennuie. La jeune reine Marie-Caroline est mal mariée et mène une vie monotone auprès d’un mari qui préfère la chasse et la compagnie des lazzaroni dont il se plaît à parler la langue et adopter les coutumes. Elle se met alors en tête de relancer l’ancienne manufacture de porcelaine de Capodimonte, démantelée par le roi Charles à son départ pour l’Espagne : en effet, le souverain, en ceignant la couronne d’Espagne, a pris soin de faire détruire les infrastructures napolitaines et d’emmener avec lui les terres, le matériel et le personnel, pour les transplanter à Buen Retiro, non loin de Madrid. Surtout, Charles III d’Espagne a bien pris soin d’interdire à son fils Ferdinand de relancer la porcelaine dans son royaume des Deux-Siciles. Mais l’impérieuse fille de Marie-Thérèse s’en moque et demande l’aide de sa petite soeur de France pour lancer son grand rêve et produire à nouveau de la porcelaine dans son royaume italien. La dauphine charge alors Anselme de partir à Naples, pour aider Marie-Caroline à mener à bien son grand dessein.
Mais c’est sans compter sur l’Espagne, qui voit d’un bien mauvais œil cette nouvelle activité se profiler à l’horizon. Et il se pourrait bien que la mission d’Anselme à Naples ne soit pas de tout repos et qu’il en revienne changé à jamais.
Jaune de Naples est le deuxième tome de la trilogie porcelainière de Jean-Paul Desprat. Après Bleu de Sèvres, qui racontait les prémices de la Manufacture royale telle que Mme de Pompadour et le roi Louis XV l’avaient voulue et la grande découverte du kaolin de Saint-Yrieix qui, à la fin des années 1760, permit à la porcelaine française de devenir une porcelaine dure, comme celle de Chine ou de Saxe, Jaune de Naples raconte une nouvelle aventure exaltante quoique périlleuse : la remise sur pied de la Manufacture napolitaine de Capodimonte.
Tous les personnages que nous avions découverts dans Bleu de Sèvres ont grandi et gagné en maturité : beaucoup sont mariés et sont devenus parents, à l’instar d’Anselme et de son frère Mathieu, qui continue quant à lui son existence de musicien à Paris et son oeuvre auprès des jeunes aveugles de l’abbé de l’Epée. Quant à Eustache, le dernier de la fratrie Masson, il semble bien parti pour suivre les traces de son aîné à Sèvres…si le tourbillon diabolique de Naples ne vient pas lui tourner les sangs à jamais.

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Groupe sculpté en porcelaine représentant le Jugement de Pâris (Capodimonte, vers 1801)


Ce deuxième volume, s’il est étayé tout au long du récit par la nouvelle vie de la manufacture de Capodimonte, est aussi plus politique : jeux d’influence et autres complots, dans les couloirs des palais royaux napolitains ou les couloirs feutrés d’ambassades sont au coeur du récit de Jaune de Naples. On y fréquente ainsi les sbires de l’Espagne, missionnés par le roi Charles III pour protéger sa fragile manufacture de Buen Retiro du mirage ô combien dangereux de sa belle-fille Marie-Caroline… on y croise aussi le cardinal de Bernis, très galant et très mondain ami de Mme de Pompadour, devenu ambassadeur de France à Rome, les souverains de Naples, si différents l’un de l’autre et qui semblent, comme les futurs Louis XVI et Marie-Antoinette, voués à ne se retrouver jamais sur rien de commun. Enfin, la seconde partie du roman nous raconte avec beaucoup de justesse la chute progressive de Marie-Antoinette qui, de dauphine, est devenue une reine dissipée et dépensière, s’étourdissant dans de trop nombreuses fêtes pour oublier son malheureux mariage et l’absence cruelle d’enfants. Anselme, revenu de Naples en y ayant perdu bien plus qu’il n’y a gagné, est aux premières loges de ce lent « suicide social » de la reine de France qui, d’abord adulée des masses, devient un objet de haine à mesure que son comportement se fait de plus en plus frivole et dispendieux, alors que la jeune femme ne cherche qu’à oublier dans des plaisirs fugaces les déconvenues qui sont les siennes, sa solitude et la mélancolie insidieuse qui la guette. Assujettie à ses favoris et à ses caprices, Marie-Antoinette devient progressivement l’Autrichienne honnie, cause des malheurs du peuple de France et dont on se souviendra, le temps venu, de ses péchés de jeunesse. Moins technique que Bleu de Sèvres, Jaune de Naples s’attardera peut-être un peu trop, au goût de certains, sur la chronique du temps : alors que Louis XV, sa famille, Mme de Pompadour étaient présents dans le premier tome mais plutôt en arrière-plan, laissant le devant de la scène à la découverte industrielle inégalée que sera celle du kaolin, dont découlera l’élaboration de la première porcelaine dure française, ici, nous passons beaucoup de temps dans les petits appartements de Versailles, au plus près de la jeune reine Marie-Antoinette. Je ne me souvenais pas de cet aspect du roman mais cela ne m’a pas déplu même si certains personnages m’ont un peu manqué : par exemple, j’aurais aimé voir un peu plus Mathieu et sa famille dans ce tome-ci.
Pour autant, j’ai passé un agréable moment avec cette relecture qui – sans surprise –, ne m’a pas déçue. Encore une fois, ma lecture a été longue (une quinzaine de jours) parce que le roman est dense, très riche. Il requiert un minimum de concentration pour bien tout assimiler et je ne regrette pas, d’ailleurs, d’y avoir consacré le temps nécessaire.
Toujours bien écrit et finement appuyé par les connaissances historiques de l’auteur qui, d’historien se fait ici romancier, Jaune de Naples est un grand roman, porté par le souffle de l’authentique Histoire – qui a dit que la fiction dépassait la réalité ? Pas moi, en tout cas. Et l’amoureuse du XVIIIème que je suis a trouvé parfaitement son compte là encore. Je n’ai plus qu’une hâte : lire le troisième tome, qui nous emmènera en pleine tourmente révolutionnaire.

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Portrait de la famille royale des Deux-Siciles par Angelica Kauffmann (1782)

En Bref :

Les + : cette relecture a été aussi passionnante que la découverte, il y a dix ans, de cette saga porcelainière hors du commun. On a le sentiment de retrouver une famille et le contexte historique (fin du règne de Louis XV puis celui de Louis XVI et Marie-Antoinette) à l'aube de la Révolution est captivant. Bref, pour moi, toujours une réussite.
Les - : quelques longueurs. 

 


 

Jaune de Naples ; Jean-Paul Desprat

  Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle

 

  • Envie d'en savoir plus sur le premier tome ? Retrouvez mon avis juste ci-dessous :

Bleu de Sèvres, ou le début de l'aventure porcelainière en France

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