28 Février 2018
« Le seul espoir de remporter d'impossibles victoires consistait à y croire avec la foi des sages et des fous. »
Publié en 2015
Editions Pocket
510 pages
Résumé :
1918, la guerre se termine et les frontières se redessinent. Traversée par le Bosphore, Istanbul est déchirée entre Orient et Occident. Désormais aux mains des Alliés, la ville mythique devient plus que jamais un carrefour cosmopolite.
Leyla, jeune épouse d'un secrétaire du sultan, élevée selon les coutumes ancestrales, assiste impuissante au démantèlement de l'Empire ottoman. Mais la résistance s'organise.
En la rejoignant, Leyla va s'engager dans la plus belle et dangereuse des luttes : celle pour l'amour, l'indépendance et la liberté.
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
En novembre 1918, l'armistice est signée et la Turquie se retrouve dans le camp des vaincus. Sa capitale, Istanbul, l'ancienne Constantinople, se voit alors occupée par les troupes alliées victorieuses : françaises, anglaises et italiennes. Les maisons sont réquisitionnées, les navires de guerre bloquent le Bosphore. La population doit s'habituer à cette occupation, ravaler son humiliation, tandis que l'empire ottoman vacille sur ses bases. Mais parmi les Turcs, partagés entre modernité et traditions, la résistance s'installe doucement et émerge alors une figure charismatique, Mustafa Kemal, le fameux Atatürk, qui sera élu premier président de Turquie, en 1923.
A Instanbul, dans les beaux quartiers vit Leyla, une jeune mère de famille qui, en cette fin de guerre se révèle à elle même en entrant en résistance. Elle sera notre héroïne et, même si on suit une multitude d'autres personnages, historiques ou pas, Leyla reste au centre du récit jusqu'au bout. On aura l'occasion d'en reparler, mais ce personnage fait certainement beaucoup pour le roman ; il a en tous cas participé à mon intérêt pour lui, c'est indéniable.
Avant de parler du livre, une petite digression, pour parler de l'auteure, Theresa Révay, que je découvrais à l'occasion de cette lecture. Pour moi, lire L'Autre Rive du Bosphore, c'était découvrir un roman mais aussi un univers, un auteur. J'avais repéré Theresa Révay depuis un moment mais avais fait passé des lectures avant et finalement, le temps a passé sans que je la lise...
Pendant un moment, j'ai pensé que l'auteure était anglo-saxonne, je ne sais pas pourquoi... enfin, si... l'univers de ses livres, qui transparaissait à la lecture de leurs résumés me faisait aussitôt penser à celui des auteurs anglophones à la mode : Judith Lennox, Kate Morton et j'en passe, enfin tous ces auteurs chez qui une trame historique vient servir une histoire humaine. J'ai été agréablement surprise de voir qu'en fait, non, Theresa Révay est française ! En soi, ça ne change rien, ce n'est pas la nationalité de l'auteur qui fait son talent mais c'est sympa aussi de découvrir des plumes de son pays, avant d'aller en chercher ailleurs.
Ce qui m'a séduite d'emblée avec L'Autre Rive du Bosphore, c'est la très jolie couverture, avec les coupoles de Sainte-Sophie en arrière plan. Puis le résumé. La première m'a donné envie de retourner le livre et de lire le deuxième. Le contexte m'a plu aussitôt : la fin d'une guerre n'est jamais une période facile, parfois il peut s'avérer qu'elle soit même totalement effroyable... Et en Turquie, le conflit mondial laisse place à une situation extrêmement complexe. L'empire ottoman séculaire agonise à Paris, alors que les vainqueurs dépècent méthodiquement les vaincus et, sur sa place, la résistance, comme celle qu'on connaîtra en France dans les années 40, se met en place. Les traditions sont mises à mal par le contexte compliqué et les femmes, comme Leyla notre héroïne ou, du moins certaines femmes en profitent pour s'émanciper, se mettant à écrire dans les journaux ou entrant en résistance à leur manière.
L'Autre Rive du Bosphore est un roman très dense et abouti, qui m'a agréablement surprise. J'ai aimé découvrir cet Orient du début du XXème siècle, qui se fissure doucement et se trouve en proie à des troubles violents. Mais j'ai surtout aimé les histoires humaines qui s'y chevauchent et apportent, évidemment, beaucoup de teneur au roman.
Justement, j'aimerais vous parler de l'héroïne, cette fameuse Leyla déjà citée plus haut. Leyla Hanim -Hanim n'est pas un nom de famille mais un témoignage de respect, comme on rajoute Bey à un nom masculin- est un personnage dont j'ai ressenti très rapidement, quasiment dès les premières pages, toute la profondeur. Leyla m'a énormément plu, j'ai vite pressenti qu'elle était d'une trempe assez extraordinaire, peut-être parce que chez elle se rencontrent traditions et modernité, parce qu'elle a soif d'indépendance tout en respectant ce qui est sacré pour les Turcs. C'est un personnage très profond et tellement bien ciselé qu'elle vit presque sous nos yeux, s'envole des pages du livre pour vivre sa vie, c'est assez fou... Mariée, mère de famille, la guerre et les troubles qui suivent et conduiront à la mise en place de la République en Turquie vont permettre à Leyla de devenir une autre, même si cela ne se fera pas sans mal ni sans drames. Mais non sans rencontres, qui vont bouleverser la vie de Leyla, la faire grandir, lui faire voir la vie autrement. Une lectrice a écrit sur Livraddict qu'elle se souviendrait longtemps de Leyla et, je confirme, elle fait partie de ces héros de roman que l'on n'oublie pas de sitôt, c'est sûr...
L'Autre Rive du Bosphore est une grande fresque historique exactement comme je les aime : des destins qui se croisent et se décroisent sur une trame vraiment intéressante. L'histoire de la Turquie est pour moi quelque chose d'inconnu : à part Soliman le Magnifique, mes connaissances sont très succinctes. Du coup, grâce à ce roman j'ai appris pas mal de choses, assez éloignées en plus de toutes ces idées reçues que l'on peut avoir sur l'Orient, qui ne sont pas toutes fausses mais souvent exagérées.
J'ai retrouvé cependant cette ville déjà découverte dans d'autres romans et qui est très bien décrite par l'auteure : ses odeurs, ses couleurs, ses populations bigarrées. Une ville très cosmopolite, aux portes de l'Europe mais déjà très orientale dans beaucoup de ses aspects. Après la Grande Guerre, elle s'ouvre néanmoins petit à petit au monde, un peu comme Leyla le fait en parallèle. La guerre civile turque est un contexte riche, immensément intéressant et permet de situer le roman dans un décor changeant et dépaysant.
Ce roman est à conseiller à tous les amoureux du genre : historique, grands destins humains...
En Bref :
Les + : le contexte, le style et l'univers de l'auteure, la manière dont elle traite son sujet, entre drames humains et grande fresque historique.
Les - : pas vraiment de points négatifs à soulever...