13 Mars 2017
« Tu fais partie des bâbordais de la Diane, mon gars. C'est désormais ta seule famille, et pour un moment, crois-moi ! »
Publié en 2012
Editions Pocket
379 pages
Premier tome de la saga L’Énigme de la Diane
Résumé :
En cette nuit de 1781, Basile, jeune Breton, est entraîné dans les rues malfamées de Brest par son oncle. Pour cet orphelin appelé à prendre sa succession à la tête des Conserveries pontécruciennes, la virée tourne mal : après une nuit d'ivresse, le voilà embarqué de force à bord de la Diane, frégate française en partance pour les Caraïbes.
Sous les ordres du capitaine Selcy, le garçon va faire le dur apprentissage du métier de marin. Une grande aventure à travers les mers du monde entier s'ouvre alors à lui...
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
En 1781, le jeune Basile, douze ans, est élevé par son oncle et parrain. Habitant à Pont-Croix, en Bretagne, ce dernier est un bourgeois bien installé, propriétaire de conserveries prospères dont Basile est l'héritier.
Mais tout se complique lorsque, emmené par son oncle à Brest, celui-ci est arrêté par la maréchaussée. Échoué dans une taverne du port, Basile est saoulé par un marin puis se réveille le lendemain à bord d'un navire de la Royale, une frégate plus précisément, appelée la Diane et qui appareille de Bretagne vers les Antilles.
À bord, Basile va apprendre le fonctionnement d'un navire de guerre, il va apprendre à naviguer aussi, à vivre sur l'eau mais aussi à faire le deuil de son ancienne vie, qui le destinait à devenir un bourgeois, comme son parrain. Mais il se pourrait que Basile n'ait pas été embarqué sur la Diane par hasard... alors pourquoi le jeune garçon plutôt qu'un autre ? Quel est son secret ? Sur ce navire, au milieu d'hommes devenus peu à peu ses compagnons et faisant le coup de feu contre les Anglais, Basile pourrait bien apprendre des choses édifiantes sur lui-même mais aussi sur ses parents, Fanch et Chanig, qu'il a perdus petit et avec qui il vivait heureux à Audierne.
De l'Iroise aux Caraïbes est le premier tome de la saga en deux volumes L'Énigme de la Diane, écrite par Nicolas Grondin. Né en 1963, l'auteur a notamment été libraire avant de devenir auteur. Il a été découvert en 2010 par Les Nouveaux Auteurs, avec L'Énigme de la Diane, justement et est soutenu par Yann Queffélec lui-même, qui lui a permis de se faire connaître et n'hésite pas à dire ceci de ce premier tome : « J'ai été bluffé, happé par l'histoire...Que vous aimiez la mer ou non, ce livre est un formidable roman d'hommes et d'horizons lointains. [...] GENIAL. »
Alors, après lecture, suis-je aussi enthousiaste que lui ? Après avoir trouvé très belles les couvertures des deux romans (c'est vrai qu'elles sont belles, vous ne trouvez pas ?), ai-je bien fait de me laisser tenter ? Eh bien la réponse est un grand oui. Oui oui oui et encore une fois oui ! Je valide, j'achète, j'adhère. Il y'a longtemps que je n'avais pas été emportée aussi vite et aussi fort dans un roman d'aventures. Là, on a affaire à un roman peu connu mais qui a tout d'un grand, comme son auteur. Nicolas Grondin mérite d'être reconnu et d'être lu ! Bluffée ? Je l'ai été, indéniablement. Et je confirme : je crois que, que l'on aime la mer ou pas, on parviendra à se plonger dans l'ambiance de ce roman sans aucun problème. Qu'on s'y connaisse en navigation ou pas, on vibrera avec les héros de la Diane. Si au départ, j'ai été un peu perdue, par la grande multiplicité des personnages, qu'il m'a fallu un moment pour replacer et associer chacun à son nom et à sa fonction, une fois tout ceci mis à plat, ce fut un réel plaisir.

La Lutine, une frégate française du XVIIIème siècle
Ce premier roman est d'une qualité époustouflante : fin, précis, le style est juste et racé. Les personnages, presque tous masculins, sont ciselés et finement travaillés. Le roman est extrêmement technique, peut-être trop pour quelqu'un qui, comme moi, n'y connaît rien en matière de navigation et d'organisation de la Marine Royale au XVIIIème siècle. Heureusement, un glossaire très détaillé est disponible en fin de volume. Je vous avouerais néanmoins que certains termes, même après lecture de la définition, sont restés quelque peu confus et abstraits pour moi. Pour autant, je n'ai pas été gênée plus que ça... le roman n'est pas totalement incompréhensible, malgré sa technicité. Il ne faut rien exagérer. Tout bien sûr, ne repose pas là-dessus... le roman est aventureux et les péripéties et rebondissements bien amenés, vraisemblables... quant à l'aspect humain du roman, je l'ai trouvé subtilement traité : Grondin parvient à retranscrire assez fidèlement ce que devait être la cohésion et la solidarité sur un navire de ce genre, l'union qui se crée entre des hommes des conditions et origines diverses, qui se battent pourtant et se démènent pour la même chose : pour survivre et pour servir le roi, malgré les doutes, malgré la peur, malgré les dangers innombrables, rendus plus effrayants encore sur les navires qu'au sol. Surtout, leur amour et leur respect pour le navire qui les porte, la Diane, est palpable, comme si elle était un camarade à part entière, dont il faut prendre un grand soin.
Petit à petit, Basile va s'habituer à cette vie bien particulière, va s'attacher lui aussi à la frégate, connaître le baptême du feu et montrer qu'il a toutes les qualités requises pour devenir un bon marin de la Royale et même s’éveiller pour la première fois aux délices de l'émoi amoureux... Aux Antilles, il découvrira aussi un mode de vie différent et la dure loi de l'esclavage et des plantations.
Le fait que le récit soit à la première personne nous rend Basile, le héros et narrateur, très attachant et ce, dès le départ. En ouvrant le livre, j'avais un peu peur, je ne savais pas si je parviendrais à m'attacher à un personnage si jeune, à peine un adolescent. Au final, oui, parce que c'est un Basile plus âgé qui se raconte. Parfois, la narration se fait plus omnisciente mais il s'avère que c'est toujours Basile qui raconte, comme s'il relatait alors des souvenirs auxquels il est étranger, qu'on lui a racontés, et qu'il retranscrit ensuite : j'ai aimé l'habileté de l'auteur à passer d'un style direct à un qui l'est subtilement beaucoup moins. Le style d'écriture de l'auteur n'en est pas simplifié ou réduit, au contraire, ce qui aurait pu advenir s'il avait prêté sa plume à un jeune narrateur : j'ai aimé la façon d'écrire de l'auteur, ses phrases sont dynamiques, elles virevoltent. Grondin est autant à l'aise avec les traits d'humour que dans la narration d'une prise de port. Sa plume sait se faire touchante ou plus incisive...
Bref, ce premier tome de L'Énigme de la Diane a été une bonne surprise. J'avais envie de voyager, j'avais envie d'exotisme. J'ai eu les deux, en me plongeant dans ce roman. Le fait que l'histoire se passe, avec en toile de fond, un contexte riche n'est bien sûr pas pour me déplaire. Nicolas Grondin situe son roman au début des années 1780, alors que la Guerre d'Indépendance américaine fait rage, Anglais et Français en profitant pour s'écharper sur les mers et se disputer leurs colonies respectives... C'est une époque riche mais pas souvent abordée depuis le point de vue choisi par l'auteur, à savoir, celui des marins.
Bref, vous aurez sûrement compris que j'ai été séduite par ce roman ! J'y ai tout aimé et n'ai pas trouvé le moindre petit défaut !
Alors vous m'excuserez mais il faut que je vous laisse maintenant pour aller me plonger sans plus tarder dans le deuxième tome !

Combat de la Belle Poule, navire français et de l'Arethusa, navire anglais, en 1778
En Bref :
Les + : un roman enlevé et précis, d'une grande technicité, ce qui le rend hautement crédible, bien évidemment ; le style de l'auteur également.
Les - : Aucun.