16 Juillet 2017
« Ne t'en fais pas pour ça. Ne t'inquiète de rien. Nous sommes ensemble, c'est tout ce qui compte. Que sont quelques mois ? Qu'est-ce qu'une petite querelle avec nos parents ? Nous avons cinquante ou soixante ans devant nous, Lily. Ce n'est rien. »
Publié en 2014 aux Etats-Unis ; en 2016 en France (pour la présente édition)
Titre original : A Hundred Summers
Editions Pocket
480 pages
Résumé :
Lily, tenue par le charme discret de la timidité, et Budgie, débordante de cran et d'assurance, sont amies depuis l'enfance. Si différentes mais inséparables, elles traversent avec insouciance les années fac dans la bonne société new-yorkaise. Jusqu'à l'hiver 1931 où elles se perdent de vue.
Quand Budgie réapparaît, sept ans plus tard, c'est à Seaview au bras fier de son mari Nick Greenwald, celui que Lily a tant aimé, celui pour qui le coup de foudre avait été immédiat. Entre silences, accrocs et gênes, des liens vont alors se nouer, se renouer, des langues se délier révélant les trahisons, faisant émerger secrets enfouis et vérités nécessaires. Alors qu'au large menace la tempête...
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
En 1931, la jolie et timide Lily fait la connaissance de Nick. C'est le coup de foudre immédiat mais la jeune femme sait qu'il sera peut-être difficile de faire accepter son amour à ses parents, parce que le père de Nick est ruiné et...Nick, sans être très pratiquant, est juif.
Sept ans plus tard, à Rhode Island, Lily retrouve Nick...au bras de son épouse, Budgie, qui était aussi son ancienne meilleure amie lorsqu'elles étaient étudiantes à Smith.
Alors que s'est-il passé ? Pourquoi n'est-ce pas Lily qui a épousé Nick ? Pourquoi Budgie, qui filait elle-même le parfait amour avec Graham, un étudiant de Dartmouth, quand Lily a rencontré Nick, ne l'a-t-elle finalement pas épousé ?
C'est les questions que l'on se pose inévitablement et vont trouver une réponse en cet été 1938, alors qu'une tempête menace au large et qu'en Europe la montée des périls se fait de plus en plus inquiétante.
L'Été du Cyclone est à déconseiller à ceux qui aiment les histoires très romantiques, car, si à la lecture du résumé, on peut effectivement s'attendre à une telle histoire, on sera vite détrompé. Mais si vous aimez les histoires complexes et un peu dramatiques, alors jetez-vous dessus ! Ce roman saura assurément vous séduire.
Ça n'est pas qu'un roman d'été sentant bon la mer et le sable chaud. L'Été du Cyclone a quelque chose d'autre, qui lui donne l'étoffe d'un grand roman, avec en toile de fond un contexte historique, sinon plaisant, du moins intéressant.
Le duo féminin qui est au centre du récit y est aussi pour beaucoup dans l'intérêt qu'on porte au roman : immédiatement, dès les premières pages, alors qu'on rencontre Budgie et Lily, encore étudiantes à Smith, elles m'ont fait penser à Odalie et Rose, les héroïnes de Fascinante Odalie, le très bon roman de Suzanne Rindell, qui prend corps à peu près à la même époque. La différence est que nous avons là affaire à deux femmes faites, tandis que Lily et Budgie ne sont encore que de toutes jeunes femmes. Mais la relation est sensiblement la même : le caractère de l'une implique fatalement qu'elle soit dominée par l'autre, dans une relation inégalitaire qu'elle semble subir sans pour autant avoir envie de la remettre en question.
Lily n'en est pas moins attachante. Justement, la trop grabde exubérance de Budgie et sa grande confiance en elle nous font presque nous méfier d'elle, elle n'est pas vraiment attachante au final. Et puis Lily est la narratrice, l'histoire est vue à travers ses yeux. Difficile alors de ne pas se sentir proche d'elle un minimum.
Au départ, je n'ai pas su si j'allais aimer ce roman ou non. Il y'en a certains qui suscitent directement un sentiment chez le lecteur. Du moins, moi, je fonctionne souvent comme ça. Et là, rien. Mais alors, quand je dis rien, c'était rien de rien.
Et finalement, malgré ce manque de ressenti au départ, je ne peux dire qu'une chose : j'ai aimé L'Été du Cyclone ! J'ai dévoré ce roman ! J'y ai tout aimé... l'intrigue, les personnages, la façon qu'a l'auteure de raconter une histoire, qui me donne d'ailleurs très envie de lire ses autres romans.
Comme je le disais plus haut, ce livre n'est pas qu'un roman d'été, l'auteure ne tombe jamais ni dans la mièvrerie ni dans la facilité.
L'histoire d' amour ou plutôt devrais-je dire les histoires, qui forment la base du récit, sont complexes, bien menées, suffisamment en tous cas pour donner envie de tourner les pages, de connaître exactement le fin mot de l'histoire. J'ai aimé les flash-back qui nous promènent entre 1932 et 1938 et toute la tension dramatique, qui atteint finalement son paroxysme au moment du cyclone, qui est un fait véridique d'ailleurs. Le 21 septembre 1938, la côte de la Nouvelle-Angleterre fut en effet dévastée par un cyclone d'une force exceptionnelle, baptisé plus tard le Long Island Express, qui raya des cités balnéaires de la carte et tua sept cents personnes.
J'ai surtout aimé les personnages, je les ai pris comme ils étaient, avec leurs doutes, leurs défauts, leurs qualités aussi et leurs erreurs... parce qu'ils sont très humains et donc accessibles, ils nous donnent, assez inévitablement, envie de les aimer et de les soutenir. Même Budgie, le personnage qu'on a, peut-être, le moins envie de comprendre et de connaître, apparaît touchante par certains aspects de son existence, dévoilés petit à petit et qui, on le comprend, on fait d'elle ce qu'elle est devenue.
Au-delà de ça, l'auteure aborde une quantité de sujets -trahisons, secrets familiaux, adultère, l'amour plus fort que tout- tous bien ancrés dans un contexte riche et intéressant : l'intrigue démarre au moment des faillites engendrées par le krach boursier de 1929 et s'achève en juin 1944, au moment du débarquement allié en Normandie. L'auteure aborde aussi la question juive, très importante en cette période d'avant-guerre et donc, l'antisémitisme, au travers de l'un de ses personnages. Et c'est toujours avec beaucoup de justesse et d'à-propos que le fait l'auteure, au travers de ses personnages qui, on le sent, comptent beaucoup pour elle.
C'est aussi toute une société qui est savamment décrite, celle des classes aisées new-yorkaises, celle des industriels et des entrepreneurs. Une société très codifiée et conventionnelle où les apparences sont reines mais où il se passe parfois les choses les plus laides ou les plus sales.
Beatriz Williams n'a rien à envier à une Kate Morton, par exemple. Elle a le don de raconter une histoire qui s'avère addictive très rapidement mais qui, surtout, est maîtrisée et bien mené. On a le sentiment que rien n'a été laissé au hasard, l'intrigue est assise sur des bases solides et le talent de conteuse de l'auteure est indéniable.
Donc, si vous n'avez pas encore compris, allez tout de suite vous jeter sur L'Été du Cyclone ! Vous ne verrez pas les pages défiler et vous passerez assurément un bon moment. Une lecture pour l'été mais qui peut se faire à n'importe quel moment de l'année aussi ! Ce roman fait partie de ceux qui font une forte impression et qu'on a envie de conserver précieusement dans sa bibliothèque.
En Bref :
Les + : une très bonne surprise, un bon roman, trop complexe pour être mièvre et au centre duquel prend corps une belle histoire d'amour.
Les - : Aucun.

Thème de juillet, « Lecture sur le sable », 7/12