4 Septembre 2016
« La tristesse a chez elle quelque chose de voluptueux et de fatal. »

Publié en 1993
Editions Grasset
364 pages

Résumé :
De toutes les héroïnes imaginées par l'Histoire, Élisabeth d'Autriche fut, et reste, l'une des plus romanesques. Belle, mélancolique, rebelle, impératrice à seize ans, elle régna ainsi, jusqu'à son assassinat en 1898, sur des peuples aussi nombreux que ses songes. Or, de cette femme singulière, la légende n'a retenu, le plus souvent, que le profil mièvre de Sissi, et il fallait qu'une romancière telle que Nicole Avril proposât enfin sa véritable résurrection.
D'où ce récit, tout de passion et d'érudition. L'Impératrice, réanimée par le style d'un écrivain complice, retrouve les frémissements, les emportements qui firent son destin. Élisabeth : impériale et royale, poète, républicaine, éprise d'absolu, subjuguant l'Autriche-Hongrie par son charme sans pareil...
Mais, par-delà ce destin sublime et douloureux, c'est toute une Europe défunte qui est ici convoquée. Avec l'effervescence de ses nations. Avec ses drames. Avec son horizon aimanté par la violence et la guerre. Élisabeth sut traverser les tumultes de ce monde d'hier qui préfigure le nôtre. Sa lucidité serait-elle, avec sa grâce, le plus précieux des trésors qu'elle nous lègue ?
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
Quand on évoque l'impératrice Elisabeth d'Autriche, qu'elle nous apparaisse avec le visage peint par Franz Xaver Winterhalter ou avec celui de Romy Schneider, qui l'incarna pour Ernst Marischka ou Luchino Visconti, c'est toujours avec une certaine fascination que l'on pense à elle. Quelle femme ! Quelle passion ! Quelle histoire ! Sissi fait partie de ces personnages qui se transcendent par-delà la mort et qui deviennent des icônes, des dieux. Certainement n'a-t-elle jamais recherché une telle notoriété et pourtant : tout, en elle, préfigurait le destin d'exception et la chute fatale.
Née en 1837, Elisabeth de Wittelsbach est la fille de Max en Bavière et de Ludovika de Bavière. Elevée avec ses frères et soeurs dans la sérénité de Possenhofen, le domaine familial sur les rives du lac de Starnberg, son destin bascule alors qu'elle a quinze ans. En août 1853, elle accompagne sa mère et sa soeur aînée, Hélène, promise à François-Joseph, leur cousin germain et empereur d'Autriche. L'aînée de Sissi, âgée de dix-neuf ans, est promise à un brillant destin et au trône d'Autriche. Mais le fiancé de vingt-trois ans s'éprend de la petite sœur, Sissi, âgée de quinze ans. Sa vie prend alors un tournant qu'elle ne parviendra plus jamais à infléchir. Sissi, devenue impératrice d'Autriche l'année suivante, à presque seize ans, ne sera plus jamais libre. Enfermée par le protocole rigide de la Cour de Vienne, elle se languit de sa liberté perdue sous les ors et les lambris de la Hofburg ou de Schönbrunn. D'un tempérament psychique fragile, sujette à la dépression, en butte à l'hostilité haineuse de sa tante et belle-mère, l'archiduchesse Sophie, Sissi n'aura bientôt qu'une envie : fuir, s'enfuir, partir. Loin. Ses interminables pérégrinations, en train, à cheval ou en bateau, l'emmènent en Hongrie, son grand amour -on pourrait dire que l'impératrice fut bavaroise de naissance, autrichienne par obligation et hongroise de cœur-, en France, à Corfou, Madère, en Angleterre, pour s'achever brutalement sur un quai ensoleillé de Genève, le samedi 10 septembre 1898, quand un anarchiste italien, Luccheni, lui plantera un poinçon dans le cœur. Son assassin, en faisant disparaître un personnage public, voulait entrer dans la légende mais, ironie du sort, bien plus que lui-même, c'est la propre légende de sa victime qu'il conforte en en faisant une sorte de martyre pour bien des admirateurs, à commencer par son propre époux, qui l'aima jusqu'au bout d'un amour sincère et ardent. Mais il est presque certain que Luccheni a, en quelque sorte, rendu un service à l'impératrice : confrontée aux décès successifs des siens, son cousin Louis II, son père, le duc Max, sa sœur Hélène, son ami Andràssy, et surtout, à la perte terrible de son fils Rodolphe, retrouvé mort avec sa jeune maîtresse dans le pavillon de Mayerling, Sissi, en 1898, n'est plus qu'une vieille femme qui s'étiole, voûtée par la douleur. Obsédée par sa beauté au point d'en devenir anorexique, s'astreignant à des exercices réguliers de gymnastique, marcheuse et cavalière infatigable, elle ne voit plus de raison d'exister quand celle-ci a disparu et, quand à cette perte s'ajoutent celles, terribles, de ceux qu'elle a aimés plus qu'elle-même, la vie, pour Sissi, n'a plus aucune saveur, si tant est qu'elle en eut une pour cette grande dépressive devant l’Éternel.

Elisabeth lors de son couronnement comme reine de Hongrie en juin 1867
La biographie de Nicole Avril est intéressante et plutôt agréable à lire. Présence de deux ou trois coquilles sur l'ensemble du volume, mais ce n'est vraiment pas la mort. J'ai aimé l'orientation que l'auteure a donné à son livre en se concentrant beaucoup sur l'humain. Il est vrai que Sissi est ce genre de personnages tourmentés qui appelle une analyse psychologique, voire psychanalytique. Nicole Avril n'hésite pas cependant à se libérer de la légende qui entoure d'un halo très romantique le personnage d'Elisabeth et notamment son union avec François-Joseph n'hésitant pas à avancer que, sur le tard, si l'empereur était encore très épris de son épouse, l'impératrice, elle, ne l'était plus, si tant qu'elle ne le fût jamais ; Nicole Avril semble également tenir pour avéré que l'histoire, bien que platonique, qui unissait Sissi au comte hongrois Gyula Andràssy n'était pas qu'une relation politique de confiance mais peut-être un amour contrarié. Bien sûr, l'auteure replace également le personnage dans son contexte, ce qui exclut bien sûr de ne pas parler un tant soit peu de géopolitique ou diplomatie, d'autant plus que le XIXème siècle, surtout dans cette partie de l'Europe, fut le théâtre de bien des événements et bouleversements qui préfiguraient le XXème siècle et ses sanglants conflits. Ces passages-là restent cependant très abordables, faciles à lire et à comprendre et n'opèrent aucune cassure dans le récit. C'est avec beaucoup de chaleur, héritée de sa plume de romancière, que Nicole Avril nous dresse un portrait de l'emblématique impératrice d'Autriche et de son quotidien, loin de la rigueur -et donc de la froideur- d'une biographie scientifique. On sent au contraire toute l'empathie de l'auteure pour son objet d'études et même, comme elle le dit elle-même dans la préface, son obsession. Visiblement, Nicole Avril n'a pas été à l'abri du phénomène : il semblerait en effet que Sissi se mette à fasciner voire à obséder tous ceux qui s'intéressent à son destin et il est vrai qu'il est difficile de se la sortir de la tête. Cette femme, morte depuis plus de cent ans, nous reste cependant très familière. Elle a dépassé les frontières et elle est devenue une sorte d'ancêtre commune à tous les Européens du XXIème siècle. Sissi n'est pas seulement Bavaroise, Autrichienne et Hongroise, elle est déjà très européenne et préfigure justement l'union, effective après la Seconde Guerre Mondiale, des pays d'Europe. Moderne, émancipée, libre et belle -ce qui ne gâche rien-, Sissi fait partie de ces personnages qui survivent à tout, même au-delà de la mort et pour qui l'admiration et la ferveur ne diminuent pas. Contrairement à sa lointaine cousine, la pauvre Marie-Antoinette, honnie de son vivant puis portée aux nues après sa mort, Sissi fut toujours aimée, sa mort fut un véritable bouleversement pour son peuple, même pour ceux qui n'hésitaient pas à critiquer son mode de vie. Les Viennois avaient sûrement conçu leur dépit du fait justement du dédain de l'impératrice à leur égard parce qu'ils l'aimaient trop. L'Empire la pleura comme il se doit et l'on continue encore aujourd'hui, parce qu'avant d'être une tête couronnée, Sissi était avant tout une femme qui ne demandait rien d'autre que de pouvoir vivre sa vie de femme.
L'Impératrice est une donc une bonne biographie, abordable et agréable à lire, émouvante à bien des moments. Une lecture à conseiller que vous connaissiez déjà bien le personnage ou bien, justement, pour le découvrir.
En Bref :
Les + : une bonne biographie, on sent que l'auteure a su prendre la mesure de son personnage et le rend fascinant.
Les - : Aucun.