26 Août 2017
« Quel intérêt d'avoir une librairie, si on ne peut pas donner des livres aux gens qui les méritent ? »
Publié en 2015 en Suède ; en 2016 en France (pour la présente édition)
Titre original : Läsarna i Broken Wheel rekommenderar
Editions J'ai Lu
511 pages
Résumé :
Tout commence par un échange de lettres sur la littérature et la vie entre deux femmes que tout oppose : Sara Lindqvist, jeune Suédoise de vingt-huit ans, petit rat de bibliothèque mal dans sa peau, et Amy Harris, vieille dame cultivée de Broken Wheel, dans l'Iowa. Lorsque Sara perd son travail de libraire, son amie l'invite à venir passer des vacances chez elle. A son arrivée, une malheureuse surprise l'attend : Amy est décédée.
Seule et déboussolée, Sara choisit pourtant de poursuivre son séjour à Broken Wheel et de redonner un souffle à cette communauté attachante un brin loufoque...grâce aux livres, bien sûr.
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
Avec ce roman, je découvre la littérature suédoise mais aussi un récit dont on a beaucoup parlé ou du moins, dont j'ai beaucoup entendu parler mais pas toujours en bien.
J'ai eu la sensation qu'à sa sortie, le roman de Katarina Bivald était un petit phénomène. Il a été beaucoup lu et commenté. Mais, au contraire d'autres romans, il a peiné à trouver son public. Les ressentis que j'ai pu lire ici ou là ressemblaient sensiblement à cela : sympa pour l'été, une lecture légère mais qui ne casse pas trois pattes à un canard.
Mais que suis-je alors allée faire dans cette galère, me direz-vous, d'autant plus qu'à la base, je ne suis absolument pas fan de contemporaine ?
Eh bien ma curiosité a été piquée, voilà. Tout simplement. Le résumé m'a interpellée et je compte beaucoup sur ma première impression quand il s'agit d'un roman contemporain. Il faut que le résumé me plaise d'emblée, si ce n'est pas le cas, en général je n'y reviens pas.
Bref, ce roman-là a su me capter et j'ai eu très vite envie de le lire. Je m'attendais à un mélange de l'univers de Gilles Legardinier -il est question de personnages loufoques dans le résumé- et du Cercle Littéraire des Amateurs d’Épluchures de Patates. En gros.
Au final, La Bibliothèque des Cœurs Cabossés n'est pas vraiment cela, c'est un peu autre chose.
En 2009, une jeune libraire suédoise, Sara, se met à correspondre avec Amy, une retraitée américaine installée à Broken Wheel dans l'Iowa. Assez réservée, la jeune femme trouve refuge et réconfort dans ses livres, jusqu'au jour où elle décide de bouleverser son quotidien en acceptant l'invitation d'Amy de venir passer quelques semaines aux États-Unis. Mais quand Sara arrive à Broken Wheel, Amy vient de mourir brutalement. Pourtant, il n'est pas question pour elle de repartir et, installée dans la maison d'Amy au milieu de ses affaires -et surtout de ses livres- elle va apprendre à connaître Broken Wheel et ses habitants. Jusqu'à ce qu'une idée germe dans son esprit d'amoureuse des livres surgisse dans son esprit : et si, pour combattre son désœuvrement, il fallait faire lire la population de Broken Wheel ? Elle va alors se lancer dans une grande aventure, bien loin de sa Suède natale et de son quotidien policé et, surtout, routinier. Mais son amour des livres n'en sortira que grandi et peut-être même son amour de la vie.
La Bibliothèque des Cœurs Cabossés n'est pas un roman où il se passe fondamentalement quelque chose. D'ailleurs, je ne crois pas que ça ait été la volonté de l'auteure, du moins l'ai-je ressenti comme cela. Il n'y a pas besoin d'aventures et de rebondissements à n'en plus finir pour qu'un roman nous captive. L'argument qui revient souvent pour critiquer un livre qu'on a pas aimé : il ne s'y passe rien, me semble parfois un peu facile. On peut être déçu de voir qu'il ne se passe rien dans un roman qui le promettait. Difficile de le reprocher cependant à un roman qui ne le promet pas. Et ce livre ne le promet pas. Si vous vous attendez à une histoire très enlevée et dynamique, passez votre chemin. La Bibliothèque des Cœurs Cabossés est un roman lent, une tranche de vie et on sait bien que la vie quotidienne ne regorge pas de péripéties et autres aventures. Elle coule, tout simplement et est intéressante pour cela aussi.
Ça ne veut pas dire que j'ai été pour autant très captivée : certains chapitres m'ont paru parfois superflus, mais j'ai réussi à passer au-dessus pour me concentrer sur le fond. L'idée de départ est bonne et cette mise en abyme livresque ne pouvait que plaire à l'amoureuse de la littérature que je suis ! Difficile aussi de ne pas se retrouver un tant soit peu en Sara, quand on est lecteur. Son comportement va forcément nous parler à un moment ou un autre ou nous faire sourire, parce que ce qu'elle fait, on l'a tous fait un jour ou l'autre ! Alors c'est vrai qu'elle est parfois un peu excessive mais moi, je n'ai pas pu m'empêcher de m'attacher à elle et j'ai presque eu parfois l'impression de la connaître.
Alors oui, il est temps de le clamer haut et fort maintenant : J'AI AIMÉ LA BIBLIOTHÈQUE DES CŒURS CABOSSÉS ! Oui oui oui. Ça n'est pas un roman exceptionnel certes mais j'ai aimé le style de Katarina Bivald et sa manière de raconter son histoire.
La Bibliothèque... est un roman extrêmement positif et qui fait du bien. Sara arrive pourtant en Amérique alors que la personne avec qui elle correspondait depuis plusieurs mois vient de mourir ce qui, en soi, n'est pas très joyeux mais Sara va réussir à en faire quelque chose d'incroyablement positif et optimiste ! Elle va fédérer une ville entière autour de son amour de la lecture -qu'elle partageait avec Amy- et trouver par la même occasion un sens à sa vie.
Cette lecture légère était tout ce dont j'avais besoin en cette fin d'été. Je crois que j'aurais pu la lire à n'importe quelle période de l'année mais c'était une petite lecture comme cela qu'il me fallait maintenant. J'aime ces romans dont je ressors avec le sourire et le sentiment de ne pas avoir perdu mon temps. Alors oui, on peut dire qu'il ne s'y passe rien et, en effet, c'est vrai en partie mais La Bibliothèque... est une belle réflexion sur la vie, les autres, les livres. J'ai aimé ce roman en partie parce qu'il tourne autour de la littérature et d’œuvres que j'ai lues, aimées, qui m'ont marquée... Katarina Bivald doit être une lectrice passionnée, elle aussi, avant d'être une auteure. Elle a une solide culture littéraire et en même temps un amour des livres qui transparaît dans le personnage de Sara. Je ne serais pas étonnée d'ailleurs que l'auteure ait mis beaucoup d'elle-même dans son personnage. En parlant des protagonistes d'ailleurs, je les ai tous trouvés sympathiques, à divers degrés. Je m'attendais, au vu de résumé, à des personnages bien plus loufoques peut-être mais dans l'ensemble, je les ai appréciés et ils m'ont souvent fait sourire parce qu'il n'y en a aucun de parfait. Et c'est ça pour moi le véritable héroïsme : peu importe que le personnage soit sans faille. C'est au contraire toutes les petites aspérités, les petits défauts dans l'armure qui sont intéressants.
Alors c'est vrai que ce roman ne paye pas de mine, mais j'ai vraiment apprécié son univers très personnel et même s'il est peut-être un peu convenu et parfois prévisible, il est, comme une comédie romantique, une valeur sûre : le genre de livres qu'on a envie de lire avec un thé ou un chocolat pas loin, quelques bonbons peut-être... c'est de la douceur à l'état pur, un vrai bon moment malgré ses défauts.
Je comprends cependant qu'il ait pu décevoir, peut-être les lecteurs ont-ils eu, à l'origine, une trop grande attente ? Personnellement, je n'en avais aucune et je ne remercierai jamais assez les gens qui n'ont pas hésité à partager un abus mitigé voire carrément négatif ! Je n' attendais rien de ce roman et je ne m'attendais à rien... la découverte alors n'en a été que meilleure.
Une petite lecture d'été sympathique, légère, pas forcément exceptionnelle, certes, mais qui nous fait positiver. Je ne demandais rien de plus.
En Bref :
Les + : une histoire légère, originale et positive qui redonne le sourire. Que demande le peuple ?
Les - : quelques chapitres peut-être un peu superflus, mais dans l'ensemble, je n'ai trop rien à redire.