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Le salon des précieuses

La Bougainvillée, tome 1, Le Jardin du Roi ; Fanny Deschamps

« Entre les deux exigences de son corps qui voulait toujours plus de femmes et de son esprit qui voulait toujours plus de connaissances, l'homme mûrissant avait choisi de plutôt satisfaire son esprit. »

La Bougainvillée, tome 1, Le Jardin du Roi ; Fanny Deschamps

 

 

  Publié en 2017

 Editions Le Livre de Poche

 864 pages

 Premier tome de la saga La Bougainvillée

 

 

 

 

 

 

 

Résumé :

1er avril 1762. Jeanne a quinze ans. Orpheline, elle a été recueillie quelques années plus tôt par la baronne de Bouhey au château de Charmont. Curieuse et intelligente, elle a attiré l'attention du médecin et botaniste Philibert Aubriot, qui lui a transmis sa passion des plantes. Et Jeanne, qui ne l'a pourtant pas revu depuis son mariage en 1760, est amoureuse de celui avec lequel elle parcourait les sentiers du pays de Dombes avec ses boîtes à herbes. Du moins le croit-elle, jusqu'à sa rencontre avec Vincent de Cotignac, un chevalier de l'ordre de Malte. 
Dans ce temps de la fin du règne de Louis XV où le plaisir de vivre est une religion, Jeanne, belle, vive, audacieuse autant que timide, sait croquer ses bonheurs. A la fois éducation sentimentale, roman historique, d'amour, d'aventures et de mœurs, l'œuvre de Fanny Deschamps, écrite dans une langue superbe, est peuplée de personnages colorés, sensuels et spirituels.

Ma Note : ★★★★★★★★★

Mon Avis :

Au début des années 1760, Jeanne a quinze ans et vit dans la quiétude du domaine de la baronne de Bouhey, sa bienfaitrice, au milieu des paysages verdoyants de la Dombes, où elle a appris, enfant, à herboriser avec le docteur Aubriot. Le docteur pour lequel elle a conçu un doux sentiment juvénile que le prochain passage à l'âge adulte rend plus fort encore. Et, alors que certaines de ses amies se marient, que d'autres professent, en bonnes égéries de leur temps, une liberté de mœurs à l'égale des hommes, Jeanne fait la connaissance d'un mystérieux chevalier de Malte, Vincent, qui, sans détrôner dans son cœur Philibert Aubriot ne la laisse pas pour autant indifférente.
Puis c'est Paris... ! La capitale grouillante du royaume de France est une grande ville tentaculaire où se font et défont les mondes, un mode de bouillonnements intellectuels et philosophiques sans précédent. Au Jardin du Roi, Jeanne herborise au milieu des sommités de son temps, de Jussieu à Buffon et rencontre Diderot, d'Alembert, Crébillon fils mais aussi Casanova...Jeanne découvre une nouvelle vie loin de sa province natale, une vie passionnante et citadine où tous les rêves semblent permis et surtout, qui semble diablement leste et libertine. Et toujours, cette valse des sentiments et cette oscillation de son cœur tout neuf entre deux hommes, celui qui, de part sa vie de corsaire fleure bon les mers du Sud, les conquêtes et les épices et celui qui incarne la stabilité de l'enfance et, d'une certaine manière, une figure paternelle rassurante et protectrice. Dans un monde en pleine mutation, encore fabuleusement aristocrate mais qui penche déjà dangereusement et inéluctablement vers la Révolution, Jeanne quitte son adolescence de sauvageonne pour devenir une jeune Parisienne à la mode et une jeune femme qui va devoir faire des choix pour être heureuse.
Le Jardin du Roi est le premier tome d'une saga en deux tomes, La Bougainvillée. Écrits dans les années 1980, ces deux romans m'étaient entièrement inconnus et ils ont été réédités il y'a un peu plus de deux ans chez Le Livre de Poche, ce qui m'a permis de les découvrir, un peu par hasard, dans les rayonnages d'une librairie. Je ne connaissais pas du tout Fanny Deschamps et encore moins cette saga, qui a pourtant tout pour me plaire. Si je n'ai pas vraiment hésité, au vu du résumé, à ajouter d'emblée les deux tomes à ma PAL, ceci dit, j'avais un peu peur, en en démarrant la lecture, de m'enferrer dans une romance historique un peu trop facile et décevante, comme Les Ailes du Matin, où le contexte historique finement restitué n'avait pu compenser le caractère absolument insupportable d'une héroïne profondément désagréable.
Dès les premières pages, cela dit, j'ai été détrompée. Certes, la romance est extrêmement présente et ce, quasiment dès le début du roman. Mais elle est savamment dosée et fait partie intégrante du récit sans être mièvre ou cucul, au contraire. La langue est belle, très travaillée... Je suis sensible aux dialogues en général et j'ai trouvé que l'auteure les privilégiait autant que les parties narratives : les longues conversations des personnages, loin d'ennuyer, reflètent pour moi parfaitement bien cet esprit de salon très présent au XVIIIème siècle, où l'on aime bien discuter de tout et de rien pendant de longues heures.
Les premiers chapitres qui se passent en province, en plein cœur de la Dombes -une région naturelle qui se trouve dans le département de l'Ain, pour vous situer-, évoquent ce retour à la nature prôné notamment par Rousseau, j'y ai retrouvé l'ambiance également du film Mademoiselle de Jonquières, que j'ai vu il y'a quelques mois et que j'ai beaucoup aimé. A Paris, c'est une ville sulfureuse à la Liaisons Dangereuses, que découvre Jeanne, émerveillée en même temps qu'effrayée par cette ferveur qu'elle ne connaît pas. Autant vous dire qu'on est immédiatement plongé dans l'ambiance paradoxale d'une époque qui se cherche et est annonciatrice de bien des bouleversements. La fin du règne de Louis XV est éclairante pour nous qui avons aujourd'hui un recul de plus de deux cents ans : ce sont les dernières véritables années d'insouciance, alors que les nuages commencent à s'amonceler déjà dans le ciel, que le peuple gronde déjà. On commence déjà à critiquer le régime, la royauté, la personne même du roi...le feu couve doucement sans que personne ne s'en rende compte, ou presque.
A Paris, Jeanne découvre plusieurs mondes, celui des scientifiques, auteurs de L'Encyclopédie ou encore de L'Histoire Naturelle, qui font un travail colossal pour apporter le savoir au plus grand nombre mais se heurtent notamment aux préceptes rigoristes d'une Eglise encore très puissante ; celui des intellectuels, des philosophes, qui se battent pour des causes considérées comme justes : Calas, le chevalier de La Barre etc... et puis elle touche aussi du doigt, notamment en la personne du maréchal-duc de Richelieu, la grandeur et parfois la corruption des grands de ce monde qui ne reculent devant rien et s'étourdissent d'argent, d'alcool et de sexe.
Le XVIIIème siècle est une époque à nulle autre pareille et c'est bien ce qui transparaît dans ce roman. Je me suis passionnée pour ce Paris de roman mais tellement vraisemblable, un Paris multi-facettes et qui nous emmène loin des fastes et des dorures de Versailles. Paris où l'Histoire commence à s'écrire doucement.
Si j'ai été tout à fait conquise par ce roman, malgré tout, j'ai quelques petits bémols à soulever : c'est un gros pavé et, fatalement, il y'a quelques longueurs. Oui, je ne vais pas vous mentir mais j'ai trouvé que parfois le récit s'essoufflait un peu, et puis d'un coup ça repart !
Mais surtout, c'est la trop grande maturité des jeunes héroïnes en début du roman qui m'a laissée absolument perplexe. Nous avons affaire à des jeunes filles qui ont quatorze ou quinze ans, seize tout au plus, mais qui vivent et réagissent comme des femmes faites. Les propos lestes dans la bouche de trop jeunes et trop jolies chanoinesses, leur implication dans les cercles des causeries des plus âgées... on est loin de l'image douce et ingénue d'une Cécile de Volanges à peine sortie du couvent ! Toutes ces jeunes filles qui sont encore des enfants ou tant s'en faut, vivent et parlent comme des marquises de Mertueil ! Alors oui, j'avoue que cela m'a surprise un peu même si, on en conviendra, certains sont plus matures que d'autres et que l'adolescence n'est pas l'âge bête pour tout le monde.
Malgré cela, j'ai trouvé que Jeanne était un personnage intéressant et plein de profondeur, loin des héroïnes parfois un peu écervelées des romans historiques : j'adore Juliette Benzoni, par exemple, mais il arrive que ses héroïnes n'aient pas beaucoup plomb dans la cervelle. Ici, Fanny Deschamps fait de Jeanne un personnage bien de son temps, une jeune fille puis une jeune femme qui se passionne pour les sciences et notamment pour la botanique qu'elle pratique avec beaucoup de ferveur et d'intérêt. Personnellement, je ne suis pas spécialement fan de botanique mais je me suis complètement retrouvée dans la passion de Jeanne et j'ai aimé qu'elle s'intéresse à autre chose qu'à ses amours ou aux bals -même si, on ne va pas se mentir, la romance est quand même très présente.
Bref, ce premier tome de La Bougainvillée a été une vraiment bonne surprise, je ne m'attendais pas à ça ! C'est vrai que la langue est belle et que j'ai pris un grand plaisir à la lire ! C'est vrai aussi que Jeanne est un personnage attachant et que l'on a envie de suivre, c'est indéniable. Le résumé était prometteur et ce qu'il m'a promis, je l'ai eu donc c'est parfait. La preuve ? J'ai enchaîné directement avec le tome deux et je suis toujours aussi captivée. Après le Paris des Lumières, l'exploration et le récit de voyages, que je rattache aussi beaucoup au XVIIIème siècle m'assurent aussi de bons moments.

En Bref :

Les + : une langue belle et travaillée, des personnages bien de leur époque qui se passionnent pour les sciences ou les lettres, une romance bien plus profonde que ce à quoi on pourrait s'attendre. 
Les - :
des personnages adolescents peut-être un peu trop matures à mon goût, en début de roman. A part ça, je n'ai rien à reprocher à ce premier tome de La Bougainvillée.

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L
Je pense que je pourrais beaucoup m'identifier à cette héroïne provinciale partie vivre à Paris et j'adorerais découvrir sa passion pour la botanique alors je note ce titre ! :-))
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M
Je suis d"accord avec toi sur les descriptions et les dialogues, ainsi que le rendu du XVIIIe. Par contre, je vais me permettre de te rappeler que l'adolescence est une "invention" du XXe (et même d'après la 2nde GM). Bien des jeunes filles de 15 - 16 ans du siècle des Lumières étaient mariées, mères de famille … et le sexe loin d'être aussi tabou qu'on veut bien le croire (surtout à la campagne). Pour moi c'est tout aussi crédible que la naïveté et la crédulité d'une Cécile de Volanges ;)<br /> Bonne fin de deuxième tome !
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