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Le salon des précieuses

La légende de Grace Darling ; Hazel Gaynor

« Le passé est un drôle d'endroit, si lointain et pourtant toujours là, prêt à vous faire trébucher sous le poids des souvenirs et des regrets. »

La légende de Grace Darling ; Hazel Gaynor

 

 

     Publié en 2018 en Angleterre

  En 2019 en France (pour la présente édition)

  Titre original : The Lighthouse Keeper’s Daughter

  Éditions Milady

  442 pages

 

 

 

 

Résumé :

« On dit que je suis une héroïne, mais je ne mérite pas pareil éloge. Je ne suis qu'une jeune femme qui a accompli son devoir. »

1838, nord de l'Angleterre.
Fille de gardien de phare, Grace Darling est heureuse et ne veut pour rien au monde quitter le phare de Longstone. Lorsque son père et elle sauvent des victimes d'un naufrage, Grace devient malgré elle une véritable héroïne à travers tout le pays. Un jour, un peintre est mandaté pour faire son portrait et succombe à son charme...Un siècle plus tard, la jeune Matilda Emmerson tombe enceinte. Elle est alors envoyée auprès de Harriet, une gardienne de phare, jusqu'à ce que son bébé naisse. Lorsque la jeune fille tombe par hasard sur un portrait inachevé, elle comprend que sa famille lui cache un lourd secret...Alors qu'elles vivent à cent ans d'écart, ces deux femmes, partageant le même courage que leur inspire l'amour, se retrouvent liées pour toujours.

Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

Mon Avis :

Septembre 1838 : au large des îles Farne, au nord de l’Angleterre, une tempête nocturne se déclenche, aussi soudaine qu’inattendue. Témoin du naufrage du Forfarshire, un navire qui rallie l’Ecosse, la fille du gardien du phare de Longstone, Grace Darling, convainc son père d’aller porter secours aux naufragés. Par son courage et sa détermination, la jeune femme de vingt-deux ans parviendra à sauver plusieurs membres d’équipages ainsi que des passagers, s’attirant alors une gloire aussi soudaine qu’inconfortable.
Cent ans plus tard, la jeune Matilda Emmerson, âgée de dix-neuf ans, quitte son Irlande natale pour Newport, Rhode Island, où elle doit aller cacher sa grossesse chez une lointaine parente gardienne de phare. Là-bas, la jeune femme découvre que sa famille cache un lourd secret qui pourrait bien la concerner.
Alors que j’attendais à une banale romance historique, je me suis aperçue de mon erreur au fil de ma lecture. Si la forme du roman est somme toute assez simple (un secret de famille et une double-temporalité), j’avoue que je ne m’étais pas attendue à une telle histoire.
Tout d’abord, le roman d’Hazel Gaynor est basé sur une histoire vraie. Je ne sais pas si le personnage de Grace Darling est spécialement connu hors de l’Angleterre, mais on peut facilement trouver des informations sur elle pour peu que l’on prenne le temps de taper son nom dans un moteur de recherche.
Née le 24 novembre 1815 à Bamburgh, Grace est le septième enfant de William Darling et son épouse Thomasin Horsley. La famille est composée de quatre frères et quatre sœurs. Elle est âgée de quelques semaines seulement lorsque ses parents deviennent gardiens du phare de Brownsman, dans les îles Farne. Onze ans plus tard, en 1826, les Darling deviennent les gardiens du phare de Longstone. Si la vie y est rude à cause des conditions climatiques et de l’isolement, elle passionne Grace qui prête main-forte à son père et ne voudrait pour rien au monde changer de vie. Sa notoriété soudaine lui vient du sauvetage des rescapés du Forfarshire, qui avait trouvé refuge sur Harker’s Rock, en face de Longstone. Parmi eux, une femme, Sarah Dawson, l’arrière-arrière-grand-mère de Matilda Emmerson…
Morte en 1842 de la tuberculose, à l’âge de vingt-six ans, Grace Darling est inhumée à Bamburgh, sa ville natale : on peut encore y voir sa pierre tombale ainsi que son effigie, sous forme de gisant, dans l’église de la ville.
En parallèle, nous suivons donc Matilda, cent ans plus tard. Alors qu’une seconde guerre mondiale se profile à l’horizon, la jeune femme, elle, doit faire face à une grossesse non désirée, résultant d’une aventure sans lendemain. Afin d’éviter le scandale, elle est envoyée au loin pour passer le restant des mois avant l’accouchement, avant de proposer le bébé à l’adoption. C’est une lointaine parente qui l’accueille à Rhode Island, Harriet Flaherty et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle n’est rien moins qu’affable. Pourtant, Matilda va peu à peu apprivoiser cette femme qui semble vivre dans une grande solitude, se dévouant à son phare de Rose Island, aux marins et aux passagers qu’elle guide depuis si longtemps grâce à la lumière salvatrice du phare. Pourquoi Harriet a-t-elle quitté l’Irlande il y a si longtemps, sans jamais y revenir ? Qui est la jeune fille dont Matilda découvre des photos dans la maison de Newport ? Quel est lien entre sa famille et Grace Darling, qui semble finalement bien plus important que ce qu’on a bien voulu le dire et qui ne s’arrête peut-être pas simplement à la correspondance épistolaire entamée entre Grace et Sarah Dawson, après le sauvetage de cette dernière par la première ?

 

 

La légende de Grace Darling ; Hazel Gaynor

 

Grace Darling at the Forfarshire, par Thomas Musgrave Joy : ce tableau illustre le sauvetage des rescapés du navire par William Darling et sa fille Grace


Alors que Matilda s’apprête à donner naissance à un enfant qu’elle n’est plus si sûre de vouloir laisser derrière elle et qu’un énorme cyclone menace les côtes d’Amérique (le 21 septembre 1938, un terrible ouragan touche la côte est des États-Unis, entraînant la mort de près de 700 personnes et des dégâts considérables – si vous avez lu L’été du cyclone, de Beatriz Williams, c’est celui-ci), l’écheveau des secrets familiaux commence à se déliter, laissant entrevoir à la jeune femme une vérité insoupçonnée.
Comme je le disais donc plus haut, en entamant la lecture de ce roman, je m’attendais à quelque chose de beaucoup plus léger : erreur. La légende de Grace Darling est bien plus que tout ce à quoi j’aurais pu m’attendre. Déjà, cette fameuse romance historique que j’attendais est quasi absente ou, du moins, le roman ne tourne pas autour d’elle. Enfin, j’ai été surprise, charmée mais aussi profondément peinée d’apprendre que l’histoire de Grace Darling est vraie, ainsi que celle du naufrage du Forfarshire. Même si c’est un drame terrible qui est survenu et a entraîné pour les rescapés des blessures profondes et souvent inguérissables (comme pour Sarah Dawson) et pour Grace une notoriété souvent malsaine dont elle se serait bien passée, j’ai trouvé que le fait que le roman soit basé sur des faits authentiques lui apporte une réelle valeur ajoutée. Vous me direz, une histoire totalement imaginaire, pour peu qu’elle soit bien racontée, peut être aussi très touchante et source d’émotion chez le lecteur. Bien sûr. Mais quand les faits sont vrais, je trouve que cela apporte un supplément d’âme, une vérité, qui donne du poids au livre. J’ai très certainement vu autrement Grace Darling en sachant qu’elle était un personnage réel et que ses « faits d’armes » l’étaient aussi.
Je dois dire que, si j’ai bien aimé Matilda, j’ai malgré tout préféré les chapitres consacrés à Grace. Certes, le roman s’articule très bien et les deux personnages féminins se complètent mais c’est véritablement Grace qui m’a le plus intéressée : sa simplicité, son irritation devant le bouleversement de son quotidien et quand elle se rend compte que la curiosité humaine s’accompagne aussi de beaucoup de voyeurisme sordide, la blessure sincère qu’elle ressent devant la souffrance et le chagrin des rescapés qui, pour certains, ont tout perdu dans le naufrage. Enfin, son destin aussi fugace que tragique (même si la mort par la tuberculose était relativement répandue à l’époque victorienne) est très touchant aussi.
Ce roman m’a rappelé, par certains aspects, Prodigieuses créatures de Tracy Chevalier : il est très dépaysant car nous sommes réellement isolés à Longstone ou à Rose Island, sur deux îles au large du continent, dans des conditions de vie complexes : au quotidien, la vie des gardiens de phare et de leur famille est soumise à bien des écueils, c'est le cas de le dire. Le style de l’autrice est immersif, on s’imagine aisément les phares, l’air iodé et le sel qui s’immiscent partout, le grondement incessant de la mer, les cris des mouettes… comme Mary Anning dans Prodigieuses créatures, Grace se plaît à ramasser pierres et fossiles rejetés sur le rivage par les flots. Hazel Gaynor décrit la vie certes rude des insulaires, entièrement dédiée aux phares, mais aussi quelque part passionnée, car n’est pas gardien de phare qui veut, pour cela il faut du cœur et du dévouement. Pour Grace, c’est une véritable vocation, d’autant plus frustrante qu’en 1838, il est difficile pour une femme, malgré son courage, d’être gardienne en titre. Très souvent, même si elles sont autant dévouées que les hommes, les femmes ne sont que les épouses des gardiens.
De l’autre côté, on suit donc Matilda, peut-être moins attachante que Grace, mais qui est un peu la clef du récit, puisque c’est par elle que le secret va finir par se révéler. L’aurait-il été, sans cette grossesse et son exil loin de sa ville natale, où le scandale menace la carrière politique de son père ? A Rose Island, Matilda découvre les souvenirs des Flaherty, présentés comme de lointains cousins : par ennui, elle se met à trier ces vieux papiers, qui sont en quelque sorte la mémoire du phare, dont Harriet a la charge. La découverte d’un tableau inachevé, qui pourrait bien être le portrait inachevé de Grace Darling, réalisé quelques mois après le naufrage du Forfarshire, amène Matilda à se questionner sur la relation de sa famille, les Emmerson, avec les Darling, par le biais de Sarah Dawson mais aussi de son frère, George Emmerson, qui fut un artiste peintre de l’époque victorienne.
Les chapitres sont peut-être un peu courts : je pense que le roman aurait pu mériter d’être plus dense, car son histoire est vraiment passionnante. Au risque de me répéter, vraiment je ne m’étais pas du tout attendue au développement de tels sujets dans un roman somme toute très facile à lire : la maternité sous toute ses formes, celle que l’on vous impose, celle que vous n’aurez jamais par choix ou par fatalité, celle que vous perdez…le secret, qui peut insidieusement grignoter une famille, à force de non-dits, à plus forte raison dans une époque comme celle où évolue Matilda, l’intérêt sordide mais malgré tout terriblement humain pour les catastrophes, le sens du devoir. Le roman m’a bien souvent émue, touchée, peut-être justement par la simplicité du propos.
J’aurais vraiment, sincèrement, aimé en avoir plus. C’était une si belle lecture. Pas de coup de cœur pour moi – peut-être justement parce que je n’ai pas été vraiment captivée par la double-temporalité – mais une véritable bonne surprise, car le résumé ne me laissait pas forcément entrevoir ce que j’ai finalement eu entre les mains et lu. Un roman empreint d’une profonde beauté et que je recommande chaudement.

La légende de Grace Darling ; Hazel Gaynor

Le phare de Longstone sur les îles Farne, au large de l'Angleterre

En Bref :

Les + : une belle histoire, profondément touchante et basée sur des faits historiques avérés, qui plus est. Que demander de plus ?
Les - : la partie consacrée à Matilda m'a moins captivée mais ceci n'est qu'un ressenti subjectif et qui ne m'a pas empêchée d'apprécier réellement ma lecture.


La légende de Grace Darling ; Hazel Gaynor

Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle  

 

 

 

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