18 Juin 2018
« Elle avait eu l'occasion d'observer que certaines routes que l'on empruntait au départ par choix dans la vie menaient à des fins très différentes de ce qu'elles auraient pu être si l'on avait pris le risque de prendre un autre tournant. »
Publié en 2008 au Canada ; en 2017 en France (pour la présente édition)
Titre original : The Winter Sea
Editions Pocket
576 pages
Résumé :
Au printemps 1708, une flotte de soldats français et écossais échoue à faire revenir James Stewart, le roi exilé, sur ses terres d'Ecosse afin de réclamer sa couronne.
De nos jours, Carrie McClelland, écrivain à succès, s'inspire de cet épisode historique pour son nouveau roman. Installée aux abords du château de Slains, au cœur d'un paysage écossais désolé et magnifique, elle crée une héroïne portant le nom d'une de ses ancêtres, Sophia.
Très vite, les lignes se brouillent entre fiction et faits historiques. Tandis que les souvenirs de Sophia attirent Carrie encore plus au cœur de l'intrigue de 1708, elle découvre une histoire d'amour fascinante, oubliée avec le temps.
Après trois cents ans, le secret de Sophia doit être révélé...
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
A notre époque, Carolyn McClelland, jeune auteure à succès se rend en Ecosse, sur la côte ouest, pour des recherches en vue de l'écriture d'un roman traitant du soulèvement jacobite -manqué-, de 1708. A cette date, avec l'aide du roi de France, des partisans de Jacques Stuart, opposés à l'union, signée l'année précédente, ont tenté de le faire revenir en Ecosse, estimant qu'il était le roi légitime.
Carolyn s'installe dans la petite ville côtière de Cruden Bay, surplombée par les impressionnantes ruines de grès rouge du château de Slains. Inspirée par ces ruines romantiques, Carolyn imagine alors une intrigue au centre duquel se trouve une jeune femme, Sophia, du nom de l'une de ces ancêtres. Or, à mesure qu'elle écrit, qu'elle avance, qu'elle se documente, Carolyn découvre avec effarement que fiction et réalité se mêlent étrangement. Quelle est la part de faux ? Et, au contraire, quelle est la part de vrai ?
Tout se mêle et s'entremêle dans ce roman, qui est finalement assez hors norme : roman historique mais pas que, véritable mise en abyme qui nous perd pour mieux nous retrouver, La Mer en Hiver est un roman plus qu'efficace, il est vraiment abouti et maîtrisé de bout en bout.
Si, au départ, je pensais lire un roman à la sauce Kate Morton ou Katherine Webb, j'ai été forcée de constater que ce n'est pas vraiment le cas. Certes, on retrouve les deux époques, le secret etc mais je crois que la comparaison s'arrête là. Susanna Kearsley a une façon bien à elle d'amener son intrigue, de créer un lien entre ses deux héroïnes, Carrie à notre époque et Sophia, au XVIIIème siècle. Ce n'est finalement pas une simple enquête, de simples recherches qui lient les deux jeunes femmes et si, au départ, j'avoue avoir été un peu dubitative et si j'ai eu peur de ne pas être vraiment convaincue, au final cette appréhension s'est révélée infondée parce que j'ai réussi à passer au-delà et à me dire que c'est...logique. Vraisemblable, disons.
En fait, si je devais établir un parallèle avec un autre auteur, un autre univers, je crois que c'est finalement à Diana Gabaldon que je penserais. Difficile de toute façon de faire autrement, quand on a lu Outlander : les soulèvements jacobites, les clans, la sauvage Ecosse du XVIIIème siècle... Tout nous rappelle un tant soit peu Outlander.
Au final, La Mer en Hiver est un roman qu'on pourrait comparer avec beaucoup d'autres mais qui s'avère être unique. J'ai aimé le parti-pris de l'auteure de faire de son roman une vraie mise en abyme : cela brouille encore plus les pistes mais cette idée s'avère être assez habile. Les chapitres se passant à notre époque sont directement racontés par Carolyn, surnommée Carrie et les chapitres historiques sont en fait écrits par elle. Évidemment, l'amour des livres et des mots de l'héroïne nous la rend proche, on se retrouve en elle et j'imagine que Susanna Kearsley a mis aussi d'elle-même dans le personnage de Carrie, s'est peut-être inspirée de sa propre expérience, certainement même, d'ailleurs, ce qui donne, peut-être pas un surcroît de sincérité au livre -parce que toute démarche d'écriture est sincère, à mon sens- mais quelque chose en plus, comme si l'auteure se livrait au travers de son héroïne. Personnellement je me suis retrouvée en Carrie, clairement, dans son côté le plus simple finalement, dans son côté jeune femme d'aujourd'hui, ni banale ni extraordinaire non plus : une femme comme les autres, quoi, ce qui fait à mon avis les vraies héroïnes au fond !

Les ruines du château de Slains, à Cruden Bay
J'ai aussi aimé Sophia, l'héroïne historique qui s'avère être une ancêtre de Carrie, réservée tout d'abord puis déterminée et courageuse : certains de ses choix m'ont brisé le coeur pour elle mais je n'ai pas pu m'empêcher de l'admirer pour ça. Et j'ai évidemment apprécié le contexte, que je ne connaissais pas en détail mais sur lequel j'ai beaucoup appris, à l'occasion de cette lecture et qui m'a fait arriver à la conclusion que les Stuarts étaient, sinon maudits, du moins particulièrement malchanceux. Complexe mais intéressant, il nous permet finalement de comprendre tout le XVIIIème siècle britannique et surtout écossais et préfigure de façon assez sinistre le grand désastre de Culloden, en 1746.
Enfin, mention spéciale à l'histoire d'amour historique, qui apporte finalement au livre un soupçon de romance assez bienvenu : elle est tellement belle ! Aucune niaiserie, au contraire. J'ai suivi cette histoire et ses rebondissements, le cœur battant.
La Mer en Hiver est un roman très complet et vraiment bien écrit. Nul doute qu'il aurait été moins intéressant si l'auteure avait choisi une manière de faire plus conventionnelle. Nul doute aussi que l'histoire aurait été peut-être moins haletante si le roman avait été un simple roman historique, si on avait seulement suivi le point de vue de Sophia. Découvrir les secrets de cette jeune femme qui a assisté au soulèvement raté de 1708 et qui en a souffert, par le biais des recherches et des romans de Carrie est évidemment un gros point fort du roman.
Je ne me suis pas ennuyée une seule seconde. J'ai lu ce roman sans m'en rendre compte, sans ennui. J'ai tourné les pages et me suis laissée porter, tout simplement, par une ambiance unique et un style de qualité. Ces 500 pages m'ont fait voyager, dans un autre pays et une autre époque : j'ai ri, j'ai parfois eu les larmes aux yeux et souvent, j'ai retenu mon souffle. Roman habile qui mêle savamment le vrai et le faux, nous perd et nous retrouve pour mieux nous surprendre, La Mer en Hiver est assurément une de ces lectures qui restent en tête, de ces lectures qui marquent et qu'on ne ferme qu'à regret, un vague sourire aux lèvres, à moitié ravi et à moitié nostalgique. On laisse courir nos doigts sur la couverture une dernière fois en se disant qu'on vient de passer un vrai bon moment.
A conseiller à tous les amoureux des mots, de la littérature et de l'Histoire.
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Harbour Street à Cruden Bay, village où se passe l'intrigue de La Mer en Hiver
En Bref :
Les + : un récit maîtrisé, abouti, un style de qualité, des personnages ciselés et complexes, une mise en abyme parfaite. Dynamique et soutenu, le roman mêle habilement plusieurs genres...
Les - : quelques choix de traduction qui m'ont laissé un peu perplexe...