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Le salon des précieuses

La Reine Clandestine ; Philippa Gregory

« Vous êtes née dans un royaume déchiré, souvenez-vous-en. Votre chemin sera teinté de sang, pavé de douleur. »

La Reine Clandestine ; Philippa Gregory

 

Publié en 2009 en Angleterre ; en 2014 en France (pour la présente édition)

Titre original : The Cousins' War, book 1 : The White Queen

446 pages

Premier tome de la saga The Cousin's War

Résumé : 

1464. L'Angleterre se déchire. La maison d'York, avec à sa tête le roi Edouard IV, s'oppose à la maison de Lancastre, qui souhaite lui reprendre le trône. 

Le jeune roi fait alors la connaissance d'Elisabeth Woodville, veuve et mère de deux garçons. Séduit par son extrême beauté, il l'épouse en secret. 

Richard Neville, comte de Warwick, cousin et principal conseiller du roi, réprouve cette union qui contrecarre ses desseins politiques. Il voit de plus son influence décroître au profit des proches d'Elisabeth. Neville passe alors à l'ennemi et rejoint la maison de Lancastre. 

Autour d'un épisode méconnu de la guerre des Deux-Roses, Philippa Gregory met en scène une héroïne inoubliable au milieu de la tourmente, prête à tout pour l'honneur des siens...

Ma Note : ★★★★★★★★★ 

Mon Avis :

En 1464, Elizabeth Woodville, fille de Richard Woodville, baron de Rivers, sollicite une faveur du jeune roi Édouard IV : après la mort de John Grey, son époux, à la bataille de St-Albans (1461), elle se voit spoliée des terres formant son douaire. Avec elle, ce sont aussi ses deux fils, Thomas et Richard, qui se trouvent démunis.
La démarche, pourtant, ne va pas de soi, parce qu'Edouard et Elizabeth n'appartiennent pas au même parti : lui est un roi yorkiste, elle, la fille et l'épouse d'hommes qui ont soutenu le parti lancastrien.
York...Lancastre... ça ne vous dit rien ? Mais si, bien sûr, la Guerre des Deux-Roses, ce fameux conflit qui enflamma et ensanglanta l'Angleterre en cette fin du XVème siècle.
Replaçons nous dans le contexte. Alors que l'interminable Guerre de Cent Ans s'achève enfin, l'Angleterre, loin de lécher ses plaies et se remettre de sa défaite, tombe dans un conflit civil d'une rare violence, opposant deux branches de la famille royale, les Lancastre et les York, donc, dont l'emblème est deux roses, une rouge pour le parti lancastrien et blanche pour les yorkistes, d'où le nom du conflit. Les Lancastre descendent de Jean de Gand, deuxième fils du roi Édouard III et les York de son dernier fils, Edmond, duc d'York.
Au début des années 1460, le roi légitime est un Lancastre, Henri VI, arrière-petit-fils de Jean de Gand. Par sa mère Catherine de Valois, il est le petit-fils de Charles VI et d'Isabeau de Bavière et a, malheureusement pour lui, hérité de la fragile santé psychologique de son grand-père français. Devenu inapte à régner, le pauvre roi Lancastre voit son épouse, Marguerite d'Anjou tenter comme elle peut de maintenir un semblant de royaume en rassemblant les lambeaux de l'Angleterre et ses cousins York lui disputer la couronne. En 1464, quand Elizabeth rencontre Édouard, il y'a deux rois en Angleterre et une reine en déroute, réfugiée en Écosse avec un prince héritier dont on doute de la légitimité.
Vous pouvez voir que le tableau n'est pas reluisant et ne devrait pas l'être du tout pour la famille Woodville, de tout temps acquise à la cause lancastrienne.
Mais c'est sans côté sur l'ingéniosité de Jacquette de Luxembourg, la mère d'Elizabeth, qui se targue d'avoir le sang de Mélusine coulant dans ses veines et étant, à ce titre, un peu magicienne. Est-ce à cause de ses pouvoirs et de quelques philtres dont elle a le secret ou bien le charme naturel de sa fille, toujours est-il que le jeune roi Édouard, âgé de vingt-deux ans, tombe follement amoureux de la belle veuve de vingt-sept ans venue humblement lui demander une faveur, au point de souhaiter en faire sa reine, en dépit des aspirations de sa mère ou de celles de son ami et mentor, le comte de Warwick, surnommé « le faiseur de rois » et qui voit d'un mauvais œil son souverain épouser une jeune femme désargentée, sans influence et surtout, issue du clan ennemi.
Cela fait beaucoup de handicaps qu'Elizabeth, que rien ne prédestinait à un tel destin, devra surmonter pour se montrer à la hauteur de la nouvelle dignité qui lui échoie.
Mais qui est-elle, cette Elizabeth Woodville, née en 1437 et qui, comme Anne Boleyn bien plus tard, n'aurait jamais dû ceindre la couronne anglaise ? Autant le dire tout de suite : une parvenue. Et elle se conduisit comme telle une fois sacrée. Paradoxalement, elle est pourtant issue d'une prestigieuse lignée par sa mère, Jacquette de Luxembourg, aux origines bourguignonnes et italiennes et qui épousa en premières noces le duc de Bedford, issu de la lignée Lancastre et descendant en droite ligne de Jean de Gand. Mais voilà, les enfants de Jacquette ne sont pas issus de cette première union mais de la seconde, contractée certes par amour mais qui est clairement une mesalliance, le baron de Rivers appartenant à la petite gentry campagnarde. Elizabeth et ses frères et soeurs ne sont donc ni plus ni moins considérés que comme les rejetons d'un gentilhomme campagnard.
Et pourtant, Elizabeth a connu une ascension fulgurante et fut la mère des petits princes au destin shakespearien, Édouard et Richard, disparus probablement en 1483, à la suite de la mort de leur père et, sûrement, sur ordre de leur oncle, Richard III. Elle eut aussi des filles, dont celle qu'on retiendra le plus : la petite Bessie, surnommée ainsi parce qu'elle portait le même nom que sa mère et qui, devenue grande, épousa le représentant d'une autre lignée incontournable de l'Histoire anglaise, les Tudor, Henri VII. Ils devinrent les parents du fameux Henri VIII. Elizabeth, la petite Elizabeth aux sangs mêlés et qu'on considérait comme un peu magicienne ou sorcière est donc la grand-mère maternelle de ce fameux roi de la Renaissance

Philippa Gregory, qui aime son pays et son Histoire, se propose de nous faire partir ici à la découverte de personnages un peu méconnus pour nous, lecteurs français. Il est vrai que ses personnages de Deux soeurs pour un roi, Anne et Mary Boleyn, nous parlent un peu plus que la pauvre Elizabeth, perdue dans les brumes du Moyen Âge finissant et ne fut finalement qu'une reine consort, comme bien d'autres avant et après elle. Oui, mais...elle eut tout de même un destin assez hors du commun, vous ne trouvez pas, elle dont l'avenir était celui d'une jeune veuve sans histoire, reléguée au fin fond du pays et administrant les biens de ses fils.
Il est vrai qu'une telle destinée nous surprend, nous lecteurs français : aucun exemple similaire n'existe dans notre Histoire, hormis chez les premiers rois capétiens et encore... en France, un roi se mariait par intérêt et pour nouer des alliances avantageuses et se choisissait une maîtresse par amour. En Angleterre, les souverains ne s'embarrassaient pas et confondaient allègrement les deux. Elizabeth profita de cette conjoncture pour faire sa fortune et celle de sa famille.
Pour autant, sa vie de reine aux côtés d'Edouard ne fut pas si simple. Non seulement le contexte ne s'y prêtait pas, on s'en doute et son existence n'est encore qu'un bon exemple de ce que l'on sait : l' Histoire n'a jamais été tendre avec les femmes. Certaines connurent des destins extraordinaires mais plus dure fut la chute lorsqu'elles se brûlèrent les ailes.
D'emblée, Elizabeth dut faire face à l'hostilité de la Cour, celle de la mère d'Edouard, de lord Warwick, des familles qui avaient escompté marier l'une des leurs au roi. Elle dut aussi faire oublier aux York qu'elle était une Lancastre.

Portrait de la reine Elizabeth Woodville 

De Philippa Gregory, je ne connaissais que ses romans sur les Tudors, notamment le plus célèbre, Deux soeurs pour un roi, qui m'avait bien plu puis L'Héritage Boleyn, dont l' héroïne était Anne de Clèves.
Pour cette saga, intitulée The Cousin's War en anglais et qui est en train d'être éditée et traduite en France, j'ai surtout été séduite par le contexte historique. Parce que j'aime l'Histoire, je connaissais le personnage d'Elizabeth Woodville mais je pense qu'aujourd'hui elle est oubliée et c'est dommage.
Il est sûr que beaucoup de romanesque entre dans la composition du livre mais Philippa Gregory nous brosse ici un portrait très vraisemblable de cette reine de la fin du Moyen Âge
L'époque n'etait franchement pas tendre pour les femmes, à plus forte raison si elles étaient reines et devaient, alors, défendre des intérêts qui les dépassaient elles-mêmes. 
Elizabeth a aujourd'hui une légende noire qui lui colle à la peau -notamment une réputation de sorcière ou de magicienne- et l'auteure, dans son roman, minore un peu cette réputation négative sans excuser Elizabeth non plus ou en faire une sainte. Comme je le dis plus haut, il est clair qu'Elizabeth usa de sa nouvelle position à la Cour en parvenue et comprit très vite quel outil efficace était l'amour que le roi lui portait. Pas dénuée d'ambition, elle a su adroitement placer son clan autour d'Edouard IV, ses frères jouissant des meilleures places et ses sœurs appelées à épouser les meilleurs partis.
Certes, mais elle fut aussi une épouse aimante et une mère soucieuse du bien-être et de la sécurité de ses enfants. Elle éleva elle-même les enfants royaux, sans nourrices ou une pléthore de gouvernantes et il semblerait qu'elle ait porté beaucoup d'amour tant aux petites princesses qu'à ses deux fils. 
En somme, c'est un portrait assez objectif que Philippa Gregory nous propose de lire ici et je dois dire que j'ai pris plaisir à découvrir le destin d'Elizabeth qui m'a paru, en plus de ça, assez attachante.
Ce qui m'a gênée, maintenant, serait plus la forme que le fond, celui-ci répondant aux normes d'un roman historique efficace. La présence récurrente du passé simple dans les dialogues m'a donné à la longue un sentiment de lourdeur et j'avais l'impression de lire des échanges trop artificiels, dénués de la spontanéité qu'on peut attendre des vraies conversations. De fait, les derniers chapitres ont été assez laborieux et j'ai un peu traîné pour les finir, n'arrivant pas à bien me concentrer. Dommage que la traduction ait fait le choix de changer de titre en français, le titre original étant bien plus cohérent et surtout, une traduction littérale était faisable, sans aucun problème. Autre problème : on retrouve souvent le terme de dauphin pour désigner l'héritier du roi, or c'est une traduction trop française, qui m'a gênée, le titre de Dauphin du Viennois étant un titre très français et le terme générique de dauphin, souvent utilisé de nos jours, trop contemporain, à mon sens, pour un roman se passant dans les dernières années du Moyen Âge, mais ce n'est là que mon avis. Les parti-pris des traducteurs sont ce qu'ils sont, il faut que nous, lecteurs, fassions avec. Il n'empêche que je n'ai pas toujours été raccord avec eux. 
Pour ce qui est du fait, maintenant, que le roman est à la première personne ne m'a pas spécialement déplu d'autant plus que, pour décrire certains événements auxquels Elizabeth n'assista pas, l'auteur revient à un narrateur omniscient : certaines lectrices ont été gênées qu'Elizabeth soit le narrateur principal, moi pas. Je n'ai pas été gênée non plus par la succession de bataille ou d'intrigues que l'on trouve dans la seconde partie du roman. Certains lecteurs ont soulevé cela, pour ma part, je trouve assez normal que, en plein conflit civil, l'existence des héros ne se déroule pas de façon très paisible. C'est même normal et Philippa Gregory ne fait là que respecter une chronologie historique et authentique

En revanche, j'ai moins aimé que la légende de Mélusine, autour de laquelle le récit s'articule comme autour d'une colonne vertébrale, donne parfois lieu à des passages quelque peu surnaturels... que la mère d'Elizabeth soit un peu sorcière sur les bords, prépare des philtres ou des potions étranges passe encore... mais qu'elles invoquent depuis Londres une tempête censée se déchaîner sur la Manche m'a...comment dire ? Laissée un peu (voire carrément) dubitative. Qu'Elizabeth ou sa mère aient pris pour argent comptant leur possible filiation avec la nymphe mi-femme mi-serpent des légendes anciennes ne me choque pas parce que le merveilleux était très présent dans le quotidien médiéval mais que cela donne lieu à des passages un peu équivoques dans un roman qui ne se réclame pas du fantastique m'a un peu dérangée, je dois bien l'avouer. 
Pour le reste, j'ai trouvé cette lecture agréable et surtout, le roman a le mérite de présenter de façon très claire un contexte des plus embrouillés. On sent que Philippa Gregory a bossé son sujet.
Alors, Elizabeth Woodville, une reine des circonstances, naviguant à vue dans le brouillard dense des dernières années de la Guerre des Deux-Roses ? Une aventurière ambitieuse n'hésitant pas à renier le parti de Lancastre pour la rose blanche yorkiste ? Peut-être, mais elle fut aussi une mère attentive doublée d'une épouse fidèle et dévouée à un homme qu'elle n'abandonna jamais. Quant aux accusations de sorcellerie, qui relèvent essentiellement de l'imaginaire médiéval, on ne peut évidemment aujourd'hui l'imputer à Elizabeth comme un gage de mauvaise réputation. 
Moi, j'ai eu sous les yeux, tout au long de ma lecture, une reine fascinante et une battante. Belle et intelligente, Elizabeth Woodville personnifie bien à elle seule ces femmes de la fin du Moyen Âge, ces reines surtout qui furent confrontées à des conflits dans lesquels elles eurent une place pleine et entière et dont elles eurent à souffrir jusque dans leur chair, avec la perte de leurs enfants notamment -et Elizabeth ne fut pas épargnée, c'est le moins qu'on puisse dire. J'ai aimé ce roman pour ça. Après, il n'est pas parfait et présente quelques petites inégalités mais je l'ai apprécié et ai passé un bon moment : à mon sens, c'est tout ce qui compte. 

Dans la série The White Queen, Elizabeth Woodville est interprétée par Rebecca Ferguson

 

En Bref :

Les + : un roman historique efficace et cohérent, comme je les aime, qui a le mérite de nous présenter une héroïne au destin fascinant, tragique mais si intéressant. Elizabeth Woodville revit sous nos yeux. 
Les - : quelques parti-pris de traduction avec lesquels je ne suis pas d'accord, mais cela n'appartient qu'à moi ; l'omniprésence du passé simple dans les dialogues, ce qui implique des lourdeurs à la longue. 

 

 

 

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M
Bonsoir !<br /> Cela fait longtemps que j'ai envie de lire des romans de Philippa Gregory mais je commencerais par " Deux soeurs pour un roi " ( pour faire original... lol ). J'ai vu qu'elle a écrit des suites à ce roman, faudra que je les lise dans l'ordre chronologique mais je sens que je vais aimer ! Ta critique en tout cas me donne bien envie !  La vie de cette reine m'intrigue beaucoup et je crois qu'une série assez récente est sortie sur le sujet également ?<br /> Tu fais référence à Mireille Calmel, on dirait que tu as pris " en grippe " cette auteure ? D'ailleurs elle va sortir un nouveau roman au mois de Mai : " Les lionnes de Venise " mais je ne sais pas s'il y aura du fantastiques dans cette nouvelle saga-assez courte car en deux tomes je crois. <br />  <br /> Bonne semaine et en te souhaitant de bonnes lectures. 
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C
J'ai seulement lu Deux sœurs pour un roi mais le roman m'avait beaucoup plu ! J'aime bien Philippa Gregory, je la trouve agréable à lire, elle propose des récits intéressants, assez documentés j'ai l'impression mais pas rébarbatifs pour autant ! Je pense néanmoins que je lirai L'Héritage Boleyn en priorité car même si je me ferai mon avis par moi même, tu soulèves des points qui peuvent me poser souci, notamment la petite touche de fantastique que je n'aime vraiment pas retrouver dans ce genre de romans historiques !
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H
J'ai Deux soeurs pour un roi dans ma wish-list depuis très longtemps, il va falloir que je découvre cette auteure et vite :D
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U
Oui ça faisait un petit moment que j'y pensais et je me suis lancé ! J'ai commencé sur blogger mais ça me convenait moyennement et je me suis vite mis trop de pression donc j'ai repris de zéro sur wordpress à mon image et tout simplement ! Je n'aurais jamais quelque chose d'aussi aboutie que d'autres blogs qu'on peut croiser. Le temps me manque et j'ai pas fait de longues études donc parfois les mots me manquent et c'est très frustrant et j'ai souvent tendance à complexer  Et comme toi j'ai peu de lecteurs mais je préfère la qualité à la quantité ! C'est aussi pour ça que mon compte instagram reste privé  <br /> Pour ce qui est de Philippa Gregory j'ai déjà vu le film "Deux sœurs pour un roi" donc je commencerai certainement par celui-ci peut-être, à voir ...<br /> En tout cas, on se dit à très vite, je garde ton blog dans mes favoris ! 
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U
Tout d'abord, je tiens à te remercier pour tous les commentaires que tu m'as laissé et qui m'ont fait grand plaisir :) Je suis novice dans la blogosphère ;) Et ça fait très plaisir de rencontrer quelqu'un qui aime également l'Histoire <3<br /> Pour en revenir à "La reine clandestine", je ne l'ai pas lu ni aucun livres de Philippa Gregory bien que j'en ai beaucoup entendu parler. C'est toujours intéressant de découvrir un pan de l'Histoire méconnu à travers un roman et j'apprécie qu'un auteur bosse son sujet et que le contexte historique soit particulièrement bien dépeint, ce qui a l'air d'être le cas ici ! Je le note si j'ai l'occasion de le lire, je sais maintenant à quoi m'attendre :)
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