6 Février 2015
« Une femme qui avait passé sa vie à se consumer d'amour. »

Publié en 2009
Editions Pygmalion (collection HISTOIRE)
234 pages
Résumé :
La reine Marguerite de Valois - Margot comme l'avait baptisée son frère, le roi Charles IX, et comme continuera de l'appeler Alexandre Dumas - est entrée de son vivant dans la légende. Cette fille de la grande Catherine de Médicis, soeur de trois rois tragiques et épouse du Vert Galant, réunissait la tendresse et la séduction, l'ambition et le pouvoir, la passion et la violence. Superbe princesse, elle fut aussi courtisée que rarement rebelle aux hommages : le chroniqueur Brantôme l'a qualifiée de « plus belle femme de son temps ». Elle est parvenue à traverser vaille que vaille le siècle des guerres de Religion, un des plus chaotiques de notre histoire. Des massacres d'Amboise jusqu'à l'assassinat d'Henri IV, en passant par la Saint-Barthélémy et les horribles morts de ses nombreux amants, sa vie s'est écrite à l'encre rouge. Michel de Decker ressuscite à bride abattue le destin de cette femme rebelle qui sut toujours se relever des heures le plus noires grâce à un appétit de vivre insatiable.
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
Le 27 mars 1615, la dernière représentante des Valois s'éteint, à près de cinquante-huit ans, usée, fatiguée, ayant laissé derrière elle depuis de nombreuses années sa beauté légendaire. Cette femme, c'est Marguerite de Valois, ancienne reine de France et de Navarre, la célèbre reine Margot de Dumas, la dernière fille vivante d'Henri II et Catherine de Médicis, née le 14 mai 1553. Sacrifiée par sa mère et ses frères à leur politique, telle une moderne Iphigénie, en s'éteignant, elle était aussi le dernier témoin de cette époque mouvementée et sanglante que fut la seconde moitié du XVIème siècle. Margot était le dernier trait d'union entre cette Renaissance qui avait tourné à la barbarie et à la guerre civile et ce Grand Siècle, ce beau XVIIème siècle qui, à sa mort, ne faisait que commencer...

Marguerite à l'âge de sept ans (tableau de François Clouet, vers 1560)
Margot est donc la fille de deux souverains des plus emblématiques du XVIème siècle : Henri II, fils de François Ier et son épouse florentine, la non moins célèbre Catherine de Médicis. Elle a pour sœur une duchesse de Lorraine, une reine d'Espagne, elle fut la belle-sœur de Marie Stuart, personne à l'aura aussi romantique si ce n'est plus, que la sienne. Et surtout, elle eut comme frères Charles IX, fragile psychologiquement et un peu bipolaire, François d'Alençon, aussi laid qu'ambitieux -et il avait beaucoup d'ambition- qui faillit devenir roi d'Angleterre et Henri III, un peu schizophrène sur les bords. Née dans cette famille d'Atrides modernes, Margot va devenir à dix-neuf ans l'épouse du roi de Navarre dans une tentative de rapprochement des deux religions : le catholicisme et le protestantisme. Mariage qui ne sera pas forcément heureux, les deux époux se trompant mutuellement et allègrement et qui n'eut pas l'effet escompté puisque ces noces vermeilles devaient conduire à l'horrible massacre de la Saint-Barthélémy, duquel Margot fut aux premières loges. Et rien, ensuite, ne lui sera épargné : ni les humiliations, ni l'exil, ni la détention. Elle vit mourir ses frères, elle vit son pays se déchirer, les catholiques assommant les protestants et les protestants écharpant les catholiques. Et elle, pion politique bien plus que membre de la famille à part entière, peu aimée et estimée de sa mère, qui disait aimablement d'elle qu'elle était le fléau qu'elle devait porter sur la terre, se retrouvait écartelée dans ses guerres intestines entre le parti des siens et celui de son époux, le Béarnais, futur Henri IV. Elle fut reine de France à la mort de son frère mais une bien malheureuse reine, enfermée derrière les murs humides et médiévaux du château d'Usson en Auvergne. Elle n'eut pas d'enfants même si elle eut un nombre relativement important d'amants et tout son héritage revint, ironiquement, à l'héritier de son ex-époux, ce petit enfant né comme elle d'une Florentine et qui devait un jour ceindre la couronne de France sous le nom de Louis XIII. On ne lui épargna rien et, quelques mois avant sa propre mort, elle devait aussi connaître celle d'Henri IV, cet homme qu'elle avait si peu aimé mais qu'elle avait su soutenir quand il le fallait. Ironie du sort, Ravaillac porta ses coups mortels au roi le jour même de l'anniversaire de Margot, le 14 mai de 1610.
Marguerite de Navarre, vers l'âge de vingt ans (dessin de François Clouet, 1573)
Son destin fut repris, remanié, comme celui de ses frères et mère, au XIXème siècle, par les historiens de l'époque, plus friands de sensations que de véracité, les romanciers et les musiciens -de nombreux opéras lui furent dédiés à ce moment-là. Il ne faut alors pas s'étonner si le destin de la reine Margot est encore aujourd'hui entouré d'un voile légendaire très difficile à lever. Comme sa mère Catherine, comme ses frères, elle souffre d'une légende noire qui fait d'elle une nymphomane insatiable. Mais ne fut-elle que ça, Margot ? Assurément pas. Belle, certes, elle l'a été. Très belle, même, à en croire les chroniqueurs contemporains. Qu'elle ait eu des amants ne fait aucun doute mais de là à faire d'elle une mangeuse d'hommes, peut-être pas. Le drame personnel de Margot, c'est qu'elle avait besoin d'aimer et qu'on l'aimât mais que jamais personne ne prit le temps de lui donner ce qu'elle demandait. Sa mère ne l'aimait pas, elle n'était rien d'autre qu'une fille à marier avantageusement pour son frère Charles IX, elle aima Henri III mais fut terriblement déçue par lui et ne trouva pas dans l'amour conjugal le réconfort dont elle aurait pu avoir besoin. Alors, elle aima d'autres hommes et laissa son époux, qui n'était pas moins sensuel qu'elle, aimer d'autres femmes. Et surtout, Margot fut une femme lettrée, intelligente et cultivée, comme avait pu l'être l'autre Marguerite de Valois, elle aussi reine de Navarre, sa grand-tante, sœur de François Ier. Celle que l'on surnommait la Marguerite des marguerites, auteure de L'Heptameron aurait d'ailleurs pu être fière de sa descendante, femme déterminée et à l'esprit délié. Margot, c'est tout ça à la fois...un personnage de légende, qui a malheureusement pris le pas sur le personnage historique, qui n'en est, pourtant, pas moins intéressant. Margot avait soif de vivre, mais elle ne fut pas épargnée. Elle vit le sang de ses amants couler, elle vit le sang de son peuple, de sa famille...elle ne fut pas heureuse mais tenta, tant bien que mal, de se construire une vie pas trop mal et prouve à ceux qui pourraient encore en douter que naître princesse n'implique pas forcément un bonheur assuré. Libertine, la reine Margot ? Assurément, mais terriblement attachante également.
C'est donc entre légendes et véracité historique que Michel de Decker louvoie dans sa biographie. Auteur qui se démarque assurément des autres, il sait nous livrer des biographies aussi vivantes et passionnantes qu'atypiques. Pour ceux qui connaissent déjà sa plume, vous savez quel style truculent il a, quelle manière il a de faire revivre l'Histoire d'une seule phrase bien tournée -et pour ceux qui ne le connaîtraient pas encore, eh bien c'est le moment de se lancer, je vous garantis que vous ne serez pas déçus. Truffées d'humour et de mots qui font mouche, c'est toujours un grand plaisir de découvrir ses biographies. Pas vraiment scientifiques dans leur tournure, il n'empêche qu'elles s'appuient sur des bibliographies exhaustives et des sources historiques qui, même si elles ne sont pas toujours très objectives, sont de première importance. Et même si la plupart des légendes entourant le personnage de Margot sont énoncées ici comme des vérités, c'est aussi pour mieux déconstruire ces histoires calomnieuses et forgées de toute part. Encore une fois j'ai passé un très bon moment de lecture et ne peux que vous conseiller ce livre, bien sûr, que vous connaissiez déjà Margot...ou pas.
Isabelle Adjani dans le rôle de Margot dans le film La Reine Margot de Patrice Chéreau (1994)
En Bref :
Les + : une biographie riche, d'un personnage attachant entre légende et réalité.
Les - : Aucun, comme souvent !