21 Mars 2018
« La connaissance est préférable à l'ignorance. »
Publié en 2015
Editions 10/18 (collection Grands Détectives)
504 pages
Premier tome de la saga Les Chroniques d'Edward Holmes et Gower Watson
Résumé :
Le 21 mai 1420, la reine de France signait un traité par lequel le roi Charles VI reconnaissait son gendre Henri V d'Angleterre héritier de la couronne de France. Un an plus tard, l'eau d'une fontaine voisine de la porte Saint-Honoré devint rouge et le peuple resta convaincu qu'il s'agissait du signe précurseur de quelque désastre. Au même moment, Edward Holmes, clerc et demi-frère du baron de Roos tué à la bataille de Baugé, est chassé de l'hôtel parisien de son seigneur. Ne pouvant rentrer en Angleterre, Holmes trouve logis chez maître Bonacieux, greffier au Châtelet et zélé partisan bourguignon, où il partage la chambre de Gower Watson, un archer blessé à la bataille d'Azincourt.
Dans un Paris où règnent la faim, le froid et la misère, Edward Holmes devra mettre au jour un terrible complot dans lequel les conjurés veulent entraîner son ami Watson.
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
Si, comme moi, vous avez eu l'occasion de lire plusieurs romans de Jean d'Aillon, vous saurez que ses deux principales inspirations sont Alexandre Dumas, et Conan Doyle, le père de Sherlock Holmes. Dumas pour l'Histoire et Conan Doyle pour le policier, bien évidemment. D'ailleurs, pour cette saga, l'auteur se serait inspiré d'un texte médiéval qui aurait même servi de modèle à Conan Doyle... : bon, personnellement, je n'y crois pas vraiment mais Jean d'Aillon parvient à faire habilement planer le doute !
Quand le premier tome des Chroniques d'Edward Holmes et Gower Watson est sorti, beaucoup de lecteurs se sont insurgés contre ce qu'ils considéraient comme un vulgaire pastiche de leur héros préféré, ou même pire, comme un plagiat. Personnellement, n'ayant pas lu les enquêtes de Sherlock Holmes, je ne peux pas comparer mais, connaissant l'oeuvre de Jean d'Aillon, je ne crois pas qu'il ait voulu uniquement copier Conan Doyle, au contraire. Il faut plus voir Edward Holmes comme un hommage qu'une copie, à mon avis. Ceci étant dit, ça ne veut pas dire pour autant que le roman en vaut la peine.
Alors, justement, est-ce que Une Etude en Ecarlate vaut la peine d'être lu ? Ma réponse est oui, malgré quelques petits défauts sur lesquels je reviendrai.
Parlons d'abord des aspects positifs du roman. Il est clair que le premier tome des Chroniques d'Edward Holmes et Gower Watson a beaucoup de potentiel ! C'est un roman historique efficace et qui plaira aux amateurs du genre, ainsi qu'à ceux qui aiment les romans policiers. Pour moi, le gros point positif de ce roman et par là même, de la saga, c'est son contexte : la Guerre de Cent ans et surtout la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons sont peu traitées dans les romans. Et pourtant, s'il y'a bien une époque du Moyen Âge qui, après le Moyen Âge central, Aliénor d'Aquitaine, les troubadours etc etc me plaît, c'est celle-ci : le règne trouble de Charles VI, accablé très jeune par une forme de folie particulièrement invalidante, dominé par des figures masculines importantes -Louis d'Orléans, Jean sans Peur et j'en passe-, mais surtout par celle d'une femme, encore très controversée : la reine Isabeau de Bavière. Je crois que, au-dela de la curiosité que cette saga un peu particulière a fait naître chez moi, c'est aussi ce contexte historique intéressant qui a fini par emporter tous mes suffrages. Et je ne regrette effectivement pas parce que, même si le contexte est particulièrement compliqué, on sent le travail de recherche de l'auteur. Jean d'Aillon est un auteur rigoureux, qui force parfois un peu le trait, quitte à ne pas être forcément objectif, mais en ce qui concerne les informations historiques, en général, elles sont vérifiées et assises sur des bases solides : ensuite, évidemment, qu'une touche de romanesque vienne se mêler à ça, c'est normal et je n'y trouve rien à redire même si je ne suis pas toujours en accord avec la vision de tel ou tel personnage par l'auteur : c'est le cas ici avec Isabeau de Bavière, dont j'ai une image plus nuancée et peut-être plus indulgente que celle de Jean d'Aillon mais peu importe. Cela ne m'a pas empêchée d'apprécier le roman, au contraire.
J'ai aimé l'intrigue policière, parfaitement bien intégrée dans le contexte avec lequel elle interagit tout le temps. J'ai aussi apprécié découvrir les nouveaux héros de Jean d'Aillon : jusque là, je ne découvrais plus, je ne faisais que continuer des sagas. Avec Edward Holmes, je fais la découverte d'une ambiance, d'une saga qui, connaissant Jean d'Aillon va être conséquente et...d'un nouveau héros et cela n'est pas pour me déplaire !
Plus qu'aux héros victoriens de Conan Doyle que je ne connais de toute façon pas, c'est à Louis Fronsac et Gaston de Tilly, deux autres personnages de Jean d'Aillon que j'ai comparé Edward et Gower qui, au premier abord, n'ont rien du héros au sens où on l'entend : le premier est un simple clerc anglais, bâtard de naissance, demi - frère du baron de Roos dont il a été intendant avant d'être limogé par le nouveau baron, après la mort de Roos à la bataille de Baugé. Quant à Gower Watson, c'est un archer anglais, installé à Paris, blessé à Azincourt et qui a trouvé à se loger chez un couple de bourgeois répondant au nom de Bonacieux : tiens tiens, cela ne vous dit-il rien ? Si vous avez lu Dumas, certainement.
Bref, rien que du très banal, si on omet la capacité de réflexion assez importante de Holmes qui, encore une fois, m'a rappelé Louis Fronsac et ses déductions épatantes !
Edward Holmes et Gower Watson ont quelque chose d'assez attachant et j'ai apprécié les découvrir. Cela aura été une belle rencontre ! Et j'ai aimé retrouver des personnages historiques déjà rencontrés et d'autres, totalement inconnus !
L'intrigue policière, sur fond de complot anglais et guerre civile française, est bien ficelée et nous promène, nous balade dans un Paris particulièrement éprouvé et dans lequel le printemps semble avoir disparu au profit d'un hiver interminable !
Mais, si j'ai globalement aimé le roman certaines petites choses m'ont gênée et je crois que des erreurs décelées ici ou là auraient pu être évitées... Je crois que ce sont surtout des erreurs d'étourderie mais qui, malheureusement, enlèvent un peu de crédibilité à un roman qui, par ailleurs, se veut extrêmement fiable historiquement. Je déplore donc quelques approximations sur la généalogie de la royauté anglaise et le nom d'un personnage changeant systématiquement, passant de Guillaume à Simon sans aucune raison.
Le roman a heureusement suffisamment de points positifs pour tempérer ces quelques petits problèmes qui le rendent un peu inégal. C'est dommage mais pas catastrophique non plus.
Bref, pour conclure, Une Etude en Ecarlate est un roman historique et policier plutôt sympa, pas parfait et un peu longuet au départ mais qui pose bien la saga et donne envie de découvrir la suite des aventures de notre perspicace clerc anglais et de son acolyte archer.
En Bref :
Les + : sans aucun doute, le contexte historique sur lequel s'appuie une enquête policière plutôt efficace et bien menée.
Les - : quelques longueurs au début et des approximations qui rendent le récit un peu inégal, c'est dommage.