13 Février 2015
« Les affaires humaines sont parfois le jouet du hasard et le plus habile des hommes ne peut envisager les caprices du sort. »

Publié en 2011
Editions Le Masque (collection Labyrinthes)
479 pages
Premier tome de la saga Les Enquêtes de Louis Fronsac
Résumé :
1624. Tandis que se négocient âprement les conditions du mariage entre le prince de Galles et Henriette, la sœur du roi Louis XIII, le jeune Louis Fronsac, âgé de douze ans, entre en sixième au collège de Clermont. Louis va se lier d’amitié avec un enfant noble et découvrir une redoutable conspiration conduite dans le collège même. Cet ami est un jeune orphelin, pensionnaire comme lui, nommé Gaston de Tilly. Conduit par des jésuites hostiles à l’alliance anglaise, le complot vise à ruiner la confiance entre la France et l’Angleterre, au risque de blesser la reine de France, Anne d’Autriche.
Entre tavernes louches, pièces secrètes du collège et repaires de bandits, les deux adolescents mènent leur première enquête, cherchant par tous les moyens à prévenir a reine des dangers qui la guettent.
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
En 1624, deux grandes puissances européennes, la France et l'Angleterre, négocient en vue d'un mariage entre Henriette, sœur de Louis XIII et le prince de Galles, fils de Jacques Ier et futur Charles Ier -au funeste destin mais ceci est une autre histoire. Cette même année, en octobre, le jeune Louis Fronsac, fils d'un notaire de la rue des Quatre-Fils entre en sixième au collège de Clermont. Il a douze ans et commence sa scolarité chez les jésuites.
C'est donc la grande et la petite histoire qui vont ici se mêler étroitement puisque le jeune Louis va bientôt, en compagnie de son meilleur ami Gaston de Tilly, un jeune orphelin issu de la noblesse, se trouver mêlé, bien malgré lui, à un drôle de complot. En effet, les puissances européennes et catholiques, notamment l'Empire et l'Espagne des Habsbourg ainsi que la papauté voient d'un mauvais œil le mariage anglais entre la sœur du roi, bonne catholique et le futur Charles Ier, élevé dans la religion protestante. C'est alors que les jésuites et les Espagnols vont mettre en place un plan visant à discréditer l'Angleterre auprès du roi de France, complot qui se ferait aux dépens de la reine Anne d'Autriche, dans une mauvaise passe depuis de nombreuses années -son mariage était stérile-, et risquant la répudiation...Le complot va être éventé par Louis et, grâce à sa perspicacité et celle de son ami Gaston, n'aura finalement pas le retentissement escompté par les ennemis du mariage anglais.
Dans ce premier tome des Enquêtes de Louis Fronsac, Jean d'Aillon reprend un épisode qui parlera certainement aux lecteurs d'Alexandre Dumas : l'épisode des ferrets de la Reine. Véridique ou pas, il n'en est pas moins rapporté par certains mémorialistes contemporains -La Rochefoucauld et Loménie de Brienne entre autres-, d'Anne d'Autriche et Louis XIII.
Charles Ier d'Angleterre et la reine Henriette-Marie par Antoine van Dyck (XVIIème siècle)
A cette époque-là, l'envoyé de la couronne anglaise à l'occasion des négociations du mariage, est George Villiers, duc de Buckingham favori des rois Jacques et Charles Ier, -il est en binôme avec Henry Rich, comte de Holland, qui séduira l'amie de la reine, madame de Chevreuse. C'est une homme d'une trentaine d'années, plutôt séduisant et voilà qu'il se prend d'une violente passion pour la reine Anne, alors âgée de vingt-trois ans et dans tout l'éclat de sa beauté blonde. Bien que résistant aux avances du duc, la reine Anne lui aurait alors offert quelques ferrets de diamant qui lui venaient du roi. Partant de là, Dumas élabore une intrigue aventureuse et romanesque dans laquelle la sulfureuse et trouble Milady de Winter occupe une rôle de choix. Elle est l'espionne -son personnage est inspiré de celui, véridique, de lady Carlisle-, qui prévient le cardinal de Richelieu du honteux cadeau et elle est chargée par le ministre de subtiliser des ferrets au duc lors d'un bal, Richelieu voyant là un bon moyen de discréditer définitivement la reine Anne auprès du roi : le cardinal veut en effet pousser le roi à obliger son épouse à porter les ferrets lors d'une réception et le scandale éclaterait si la reine Anne ne portait pas tous les bijoux... Ce vol par l'espionne oblige alors le duc de Buckingham à faire fermer les ports afin d'empêcher Milady de ramener les bijoux au cardinal et à faire copier les bijoux pour que sa bien-aimée ne soit point compromise. Et, de son côté, Anne charge le fameux d'Artagnan de partir en Angleterre pour récupérer les bijoux.
Loin de l'imagination débordante de Dumas, Jean d'Aillon essaie, lui, de donner une version un peu plus plausible de l'épisode, si nous admettons que cet épisode ait une origine historique sûre. Rapporté par des contemporains, il est tout à fait possible qu'il soit vrai mais il a pu être inventé également, les contemporains n'étant pas souvent les juges les plus objectifs d'une époque.
Quoi qu'il en soit, en adaptant à sa sauce ce très célèbre épisode des Trois Mousquetaires, Jean d'Aillon lui donne un parfum de véracité indéniable. En s'appuyant sur des bases historiques solides, il parvient finalement à retourner la situation et à faire d'un épisode purement romanesque jusqu'ici -le doute sur son authenticité planant toujours-, un épisode qui aurait tout à fait pu arriver.
George Villiers, duc de Buckingham par Pierre Paul Rubens (XVIIème siècle)
Dans Les Ferrets de la Reine, ce sont les Espagnols et les jésuites qui décident de faire offrir, par l'intermédiaire de l'ambassadeur anglais en France, lord Carlisle, de splendides ferrets à la reine Anne, présent échangé avec d'autres à l'occasion des noces entre la princesse Henriette et le prince de Galles. L'ambassadeur d'Espagne, mis dans la confidence, doit publiquement constater la fausseté des pierres lors d'un bal et ainsi, faire éclater un scandale qui rejaillirait sur les Anglais, accusés alors de malhonnêteté, accusation qui compromettrait fortement le traité de mariage. Les jésuites et leurs alliés espagnols, hostiles au mariage anglais, voient le moyen idéal pour discréditer complètement le royaume d'Angleterre et peu importe si le scandale doit aussi éclabousser la reine qui risque dans l'histoire son trône et son titre -mais aussi son honneur.
Avec tout le zèle de l'enfance, Louis et Gaston vont alors décider de sauver leur reine et vont éventer le complot, notamment avec l'aide du comte de Moret, Antoine de Bourbon, fils légitimé d'Henri IV. Et, dans la version de Jean d'Aillon c'est finalement le duc de Buckingham qui est habilement joué par la reine...
Au milieu de cela, c'est la vie quotidienne au collège jésuite de Clermont qui est relaté dans ce roman. Malgré les longueurs du début, qui s'avèrent nécessaires, ce roman est tout à fait efficace et c'est une bonne entrée en matière pour la série des Enquêtes de Louis Fronsac. L'enquête en elle-même est aussi très originale puisque menée par des enfants et non pas par des policiers chevronnés, prévôts ou autres. Alors que rien ne prédestine Louis et son ami Gaston de Tilly à devenir des enquêteurs voilà qu'ils se lancent avec beaucoup de brio dans cette affaire des plus complexes ! Et...ça marche. Absolument pas cousue de fil blanc, l'intrigue tient en haleine et, malgré quelques lourdeurs de style, je l'ai trouvée particulièrement fluide et se déroulant sous les yeux des lecteurs avec une facilité déconcertante. Au milieu de cela, on en apprend également beaucoup sur le système scolaire de l'époque, régi par les congrégations religieuses et notamment la Compagnie de Jésus, qui faisait régner une discipline de fer dans ses établissements. Le collège de Clermont, futur lycée Louis-le-Grand faisait partie de ces établissements prestigieux et réputés mais où on ne devait pas rire beaucoup. Même si l'enquête est longue à démarrer, les premiers chapitres étant surtout consacrés à l'arrivée de Louis, le héros de ces aventures, dans son nouveau collège et à l'organisation de l'enseignement, c'est tout de même un récit aux références historiques de qualité et qui m'a permis d'en apprendre pas mal sur le système scolaire de l'époque finalement peu étudié et relativement méconnu. A côté de ça, Jean d'Aillon nous livre sa version de l'épisode des ferrets, vision exhaustive, moins romanesque et qui tient la route, l'auteur expliquant à raison, à la fin du roman, que la reine Anne, fille, sœur et épouse de rois aurait tout de même manqué de bien de jugement pour offrir à un homme qui lui faisait la cour des bijoux qui lui venaient directement du roi, au risque d'un énorme scandale qui aurait pu lui valoir la répudiation. Du coup, selon d'Aillon, ces bijoux offerts par la reine Anne -si tant est que l'on pense cet épisode véridique-, ne seraient pas ceux qu'elle tenait du roi et donc, l'histoire rapportée dans son enquête tient tout à fait la route.
Personnellement, j'ai trouvé ce premier tome tout à fait intéressant, original et très agréable à lire. Il m'a demandé envie de me plonger dans la reste de la saga.

Illustration de Maurice Leloir (1894) pour Les Trois Mousquetaires : Anne d'Autriche au Bal des Échevins, portant les fameux ferrets de diamant
En Bref :
Les + : une enquête passionnée et enlevée, des personnages plutôt attachants.
Les - : des longueurs au début, mais qui s'avèrent finalement nécessaires.