18 Mars 2015
« Quand on a le coeur, on a tout. » Devise de Jules Mazarin

Publié en 2005
Editions Le Masque (collection Labyrinthes)
358 pages
Deuxième tome de la saga Les Enquêtes de Louis Fronsac
Résumé :
En juin 1642, une copie du traité d'alliance passé entre le marquis de Cinq-Mars et l'Espagne arrive mystérieusement sur le bureau du cardinal de Richelieu. Dans le Paris de Louis XIII certains s'interrogent sur le rôle qu'aurait pu jouer la marquise de Rambouillet, surnommée Arthénice, durant les trois conspirations de 1641 : celle du duc de Vendôme, celle du duc de Soissons et celle du marquis de Cinq-Mars.
Le perspicace notaire Louis Fronsac, ami du poète Vincent Voiture et du commissaire-enquêteur Gaston de Tilly, recherche la vérité sur la mystérieuse chambre bleue d'Arthénice. Enquête pour laquelle il risque sa vie, mais heureusement il est protégé par Giulio Mazarini...
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
Le Mystère de la Chambre Bleue fait suite aux Ferrets de la Reine, premier volume de la saga Grand Siècle Les Enquêtes de Louis Fronsac. Nous faisons ici un bond dans le temps de dix-huit ans puisque Louis Fronsac quitté en 1624 alors qu'il avait onze ans et était pensionnaire au collège de Clermont, a aujourd'hui vingt-huit ans et exerce la profession de notaire assermenté auprès du Grand-Châtelet tandis que son meilleur ami, Gaston de Tilly, rencontré à Clermont, est commissaire auprès du lieutenant de police Laffemas -tiens, tiens...cela ne nous rappellerait-il pas un autre enquêteur, à quelques décennies de différence ?
Bref, on s'égare. Nous sommes donc en 1641 et, en France, ça sent la fin de règne...Richelieu, principal ministre de Louis XIII, est épuisé, aux portes de la mort. Il ne lui reste en effet qu'un peu plus d'un an à vivre et le roi n'est guère mieux. Le pays s'achemine tout droit vers une régence puisqu'on sait que le temps du roi est compté et que le futur petit roi n'a de toute façon que trois ans...
A ce moment-là, le favori auprès de Louis XIII n'est plus une favorite puisque Richelieu est parvenu, quelques temps auparavant, à évincer la belle mais trop dangereuse Marie de Hautefort et à placer auprès du roi l'une de ses créatures -ou du moins le croit-il-, le très beau mais trop fat et orgueilleux marquis de Cinq-Mars. Seulement, le fameux marquis commence à en avoir assez de n'être, justement, QUE la créature du Cardinal et alors, il complote. Devenu démesurément ambitieux depuis que les faveurs du roi pleuvent sur lui, voilà que celui qui est devenu Monsieur le Grand -Grand Écuyer de France-, a choisi d'épouser rien de moins que Marie de Gonzague, d'une éminente famille d'origine italienne. Mais, pour épouser une descendante des ducs de Nevers et des seigneurs de Mantoue, le petit marquis brigue un duché-pairie. Capricieux, il ne supportera pas que le Cardinal s'oppose à ses vœux et projette de le faire éliminer. Cette conspiration, connue d'ailleurs sous le nom de Conspiration de Cinq-Mars ou Conjuration de Cinq-Mars et qui impliquait notamment Gaston d'Orléans, propre frère du roi, Louis d'Astarac, vicomte de Fontrailles et même, indirectement, la reine, est véridique. Cinq-Mars, avec le magistrat François de Thou, paiera de sa tête cet affront et mourra, à vingt-deux ans, en septembre 1642, sous la hache du bourreau de Lyon. Au même moment, un conjuré de haut vol, le duc de Soissons, replié à Sedan, cherche également à traiter avec l'Espagne et le duc de Vendôme, fils bâtard d'Henri IV et Gabrielle d'Estrées, lui, calcule comment nuire et, éventuellement se débarrasser du roi, son frère qu'il déteste. On le voit, cette fin de règne n'est pas de toute repos ! !

L'Homme aux Rubans Noirs
Partant de ces conspirations historiquement valables, Jean d'Aillon brode ensuite, en utilisant personnages véridiques et fictifs pour nous livrer, encore une fois, une de ces enquêtes menées tambour battant et dont il a le secret. A partir de papiers particulièrement compromettants pour le marquis de Cinq-Mars et découvert par hasard dans un livre qu'on vient d'offrir à la marquise de Rambouillet, une proche de Louis, ce dernier, de concert avec son ami Gaston de Tilly va donc se lancer dans une course contre la montre pour découvrir quels sont les véritables secrets qui dorment sous ces fameux papiers et quels sont les liens entre toutes les conspirations qui visent le pouvoir et ne seraient, finalement, pas étrangères les unes aux autres.
Après les longueurs -cela dit nécessaires- du premier tome, qui posait les bases du récit et mettait en place l'ambiance de la saga, ce tome-là commence beaucoup plus rapidement et se déroule de façon très rythmique. Beaucoup de péripéties -parfois un peu téléphonées, mais bon-, des rebondissements, des méchants animés par les plus mauvaises intentions, un pouvoir à sauver, des conseillers retors...l'ambiance est carrément celle des grands romans de cape et d'épée et se déroule en plus dans un contexte historique très riche ! Coincé entre celui, riche et haut en couleurs de son père, Henri IV et celui, altier et flamboyant, de son fils Louis XIV, le règne de Louis XIII reste finalement assez inaperçu et méconnu des Français et c'est dommage parce qu'on se rend compte, en grattant un peu que cette période-là, époque charnière entre la Renaissance et le Grand Siècle, est riche d'enseignement, d'événements et de personnages aux destins exceptionnels -à commencer par celui du fameux ministre du roi, le cardinal de Richelieu.
J'ai par contre été un peu déroutée par le style, très direct du roman. Bien qu'on y retrouve la patte assez reconnaissable de Jean d'Aillon, l'auteur ici, au lieu d'immerger complètement son narrateur dans le contexte, dans l'intrigue, prend soin de le laisser très distancé des événements qu'il raconte et le fait même parfois s'adresser au lecteur, ce qui est finalement assez rare. Les bonds dans le futur, pour expliquer tel ou tel fait, sont fréquents et, si on peut en trouver parfois dans certaines biographies cela n'est pas souvent le cas dans les romans, mais bon, pourquoi pas, après tout ?
Le Mystère de la Chambre Bleue est un bon roman historique, efficace, servi par un style pas forcément hyper ciselé mais qui sert bien l'intrigue, sait se faire plus percutant ou plus doux au besoin. Une saga qui commence plutôt bien et me donne envie de poursuivre les aventures de Louis Fronsac, notaire du Grand Siècle plutôt attachant.

Gravure d'Henri Coiffier de Ruzé d'Effiat, marquis de Cinq-Mars
En Bref :
Les + : une bonne intrigue policière, un vrai roman de cape et d'épée !
Les - : quelques péripéties un peu téléphonées...