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Le salon des précieuses

Les Rohan Montauban, tome 3, Meurtres à Versailles ; Anne-Laure Morata

« Il est des vérités qu'il vaut mieux taire. »

Les Rohan Montauban, tome 3, Meurtres à Versailles ; Anne-Laure Morata

Publié en 2012

Editions du Masque (collection Labyrinthes)

253 pages

Troisième tome de la saga Les Rohan Montauban

Résumé : 

Henriette-Anne, fille du roi Charles Ier décapité sur ordre des parlementaires, a fui l'Angleterre avec sa mère, au moment de la guerre civile. Réfugiée au Louvre, la petite exilée se lie d'amitié avec un mystérieux garçon, Providence, qui devient son confident secret avant de disparaître. Vingt ans plus tard, elle épouse Philippe d'Orléans, frère de Louis XIV, avec lequel elle est en conflit permanent. Par bravade, Henriette-Anne met un point d'honneur à briller à la Cour où elle s'impose face à la reine et aux favorites, enhardie par le retour de Providence dans son existence. Mais bientôt un vent d'effroi souffle sur Versailles : des cadavres mutilés marqués d'un chiffre à l'épaule sont retrouvés dans les jardins. Le roi s'efforce d'étouffer l'affaire cependant les crimes continuent... La Reynie, lieutenant général de police, charge alors Malo de Rohan Montauban, son jeune commissaire, de confondre le coupable.

Entre complots politiques, mensonges et trahison, Malo devra, pour démasquer le meurtrier, affronter les fantômes du passé d'Henriette-Anne mais également les siens.

Après L'Héritier des pagans et Le Jeu de dupes, on retrouve le clan des Rohan Montauban au cœur d'une vengeance implacable menée contre Louis XIV.

Ma Note : ★★★★★★★★★ 

Mon Avis :

C'est parti pour le troisième tome de la saga Les Rohan Montauban !
Nous avons quitté nos héros en 1651, en pleine Fronde et nous les retrouvons en 1668, alors que Louis XIV règne sans partage sur la France depuis sept ans. Le château de Versailles est en plein travaux et la Cour le fréquente de loin en loin, notamment pour les réjouissances que le monarque se plaît à donner à ses courtisans. Seulement les débuts du futur flamboyant palais sont ensanglantés par des meurtres atroces et rituels : des cadavres sont retrouvés dans les jardins ou dans les couloirs inoccupés du château, affreusement mutilés et marqués à l'épaule d'un chiffre romain. Que se passe-t-il ? Et qui en veut ainsi au grand rêve de Louis XIV ?
Malo de Rohan Montauban, déjà découvert dans les deux premiers tomes, passe ici sur le devant de la scène. A trente cinq ans, l'ancien petit paysan breton, que son cousin François a pris sous son aile, a étudié à Paris avant d'intégrer l'armée royale puis la police parisienne sous les ordres du fameux Gabriel Nicolas de La Reynie. François et son épouse Nolwenn habitent toujours leur domaine auvergnat en compagnie de leurs deux enfants, les jumeaux Charlotte et Philippe. Mais voilà que pour se soustraire à une union qu'elle ne veut pas, la jeune Charlotte fugue et disparaît... Malo va donc devoir, de front, enquêter sur les meurtres de Versailles tout en recherchant sa jeune cousine.
S'il y'avait un seul tome à retenir dans cette saga, c'est bien celui-ci ! Après l'intrigue plus que moyenne du premier et la deuxième, déjà nettement meilleure, Meurtres à Versailles est certainement la plus captivante et la plus enlevée ! J'ai passé un réel bon moment de lecture avec cet ultime volume qui nous emmène au cœur des premières années de Versailles, avant que le château ne devienne résidence permanente de la Cour. Louis XIV est un jeune monarque tout-puissant, entouré d'une femme terne et effacée, d'une ancienne maîtresse, Louise de la Vallière, qui sert de paravent à ses nouvelles amours avec la charismatique marquise de Montespan. Et il y'a aussi la jeune et jolie -mais fragile- duchesse d'Orléans, la petite cousine Henriette-Anne d'Angleterre, née en 1644 et exilée de son pays natal avant l'exécution de son père le roi Charles Ier. Henriette-Anne, harcelée par la jalousie constante et mesquine d'un mari homosexuel et par les avanies du mignon de ce dernier, le chevalier de Lorraine et qui a noué une amitié quelque peu compromettante voire dangereuse...
Anne-Laure Morata utilise habilement un contexte intéressant et riche -et s'il y'a bien, en dehors du XVIIIème siècle, une période qui me passionne, c'est celle-là-, pour servir son intrigue entièrement fictive et ça fonctionne vraiment très bien. Si je pense qu'une vision un peu plus nuancée de Louis XIV n'aurait pas été de trop, je trouve malgré tout que l'auteure s'en sort bien, comme dans les deux précédents tomes, d'ailleurs. Car une chose est sûre : on ne peut pas lui reprocher d'avoir écrit au hasard. Ses recherches sont solides, il n'y a aucune erreur de dates, les faits sont très bien relatés.
Même le style, dans ce dernier volume, s'est affiné. J'ai été moins gênée par ces dialogues un peu lourds par exemple qui m'avaient dérangée dans le premier... Meurtres à Versailles est un bon roman historique dans lequel sont mélangés efficacement faits historiques et intrigue totalement imaginaire mais la première sert la seconde de manière tout à fait cohérente.

Portrait d'Henriette-Anne d'Angleterre par Pierre Mignard : la présence de ce personnage historique sert de colonne vertébrale au récit


Le rythme du roman est dynamique, enlevé. Il est mené tambour battant et on a du mal à lâcher le livre. Si L'héritier des Pagans m'est souvent tombé des mains, une chose est sûre, ça n'a pas été le cas avec ce roman-là qui a réussi à m tenir en haleine. L'intrigue policière est intéressante et, pour l'aspect aventureux du récit, j'ai retrouvé du Juliette Benzoni ou du Jean d'Aillon, sans aucun doute !
L'auteure nous emmène où elle veut, en brouillant les pistes, nous emmène souvent sur des fausses, en nous livrant le fin mot de l'histoire au moment où on s'y attend le moins, insinuant le doute dans notre esprit de lecteur. Il faut dire que, si j'adore les romans policiers, en général, je suis vraiment une bille pour découvrir le coupable avant la fin. Je n'ai pas un esprit spécialement logique et je pense que c'est pour ça... je ne suis pas un fin limier mais j'apprécie de me faire balader d'une hypothèse à une autre, à plus forte raison quand l'intrigue est maîtrisée et bien menée et c'est le cas de celle qui sert de fil conducteur à Meurtres à Versailles. Je ne m'attendais pas du tout à cela, je dois bien l'avouer, surtout après la grande déception ressentie à la lecture de L'Héritier des Pagans. Qui aurait pu pressentir que j'aimerais autant ce troisième et ultime volume ? Sûrement pas moi, en tous cas.
J'ai aimé aussi que le récit se recentre sur Malo, découvert gamin dans L'Héritier des Pagans, puis mis en retrait. Âgé maintenant de trente-cinq ans et commissaire au service de l'un des plus fameux lieutenants de police de l'Ancien Régime, c'est un jeune homme attachant et touchant, par certains aspects. J'ai apprécié qu'il soit le véritable héros de Meurtres à Versailles, plus que François, au final, qu'on a suivi dans les deux tomes précédents et qui est, certes, un personnage assez intéressant mais qui m'a laissée bien plus de marbre que Malo, que j'ai senti plus complexe, un peu moins lisse peut-être, quoique lisse ne soit pas vraiment le terme approprié...Enfin bref, je l'ai préféré à son cousin et j'ai trouvé que c'était un bon policier, au raisonnement sûr, qui n'est pas sans rappeler le fameux commissaire en tricorne de Jean-François Parot, mon cher Nicolas que, vous le savez si vous me suivez depuis longtemps, j'aime d'amour.
Mais revenons-en à Meurtres à Versailles. A part ça, j'aimerais aussi parler de l'autre personnage qui est au centre du récit, dès le début d'ailleurs et qui est un personnage authentique : Henriette-Anne d'Angleterre, la fille infortunée d'Henriette-Marie de France et de Charles Ier d'Angleterre. Née en 1644, cinq ans à peine avant l'exécution de son père, la petite princesse, réfugiée en France avec sa mère, sera longtemps traitée comme la parente pauvre, avant qu'elle n'épouse le frère du roi, Philippe d'Orléans. Union fragile gangrenée par la jalousie paranoïaque de Monsieur, qui ne cesse d'épier son épouse tout en s'affichant sans vergogne avec ses mignons et notamment le premier d'entre eux, le chevalier de Lorraine. La vie de la princesse, relativement courte puisqu'elle meurt à vingt-six ans, fin juin 1670, ne fut qu'une longue suite de déconvenues et de souffrances. Fut-elle la maîtresse de Louis XIV ? On n'en sait rien, mais elle eut au moins l'affection de son beau-frère. La personnalité de Madame est particulière, cette princesse est assez ambivalente et toujours traitée différemment par les romanciers. Pendant longtemps, j'ai gardé d'elle l'imagine d'une flamboyante rousse très sûre d'elle, tirée je crois bien d'un roman de Juliette Benzoni, assez éloignée de la vérité, je suppose. Mon avis s'est affiné, nuancé et la vision, pas bien reluisante mais malheureusement assez vraisemblable, livrée ici par Anne-Laure Morata me paraît la plus proche de ce que l'on sait de cette jeune princesse. Henriette-Anne est touchante, jolie et fragile. Elle ne fut pas heureuse mais s'employa à faire croire le contraire et, en cela, elle est donc infiniment courageuse et mérite que l'on parle d'elle. J'ai aimé la retrouver, parfois en retrait mais toujours omniprésente, dans ce récit où elle a toute sa place.
Pour conclure, si je devais donner un avis global sur cette saga, je dirais : étonnant. Surprenant. Oui, la saga des Rohan Montauban est étonnante. On démarre avec un premier tome plus que moyen à mon goût et puis la saga s'améliore significativement jusqu'à devenir très bonne. Mieux vaut cela que l'inverse, me direz-vous et vous avez raison. Je suis ravie d'avoir persévéré et surtout, de ne pas avoir laissé dormir les deuxième et troisième volumes dans ma PAL de longs mois encore, parce que je crois que je n'aurais plus ressenti l'envie de les en sortir et c'aurait été dommage parce que j'ai finalement été agréablement surprise et notamment par Meurtres à Versailles, qui est un très bon roman et duquel mes exigences de lectrices ressortent parfaitement satisfaites.
Une saga que je ne déconseille pas du tout ! Si jamais, comme moi, vous étiez déçu par le premier tome, ne vous arrêtez pas à cet avis mitigé et continuez, vous verrez, ça vaut le coup ! Vraiment. Parole de lectrice.

En Bref :

Les + : une enquête policière vraiment aboutie et bien menée, qui nous balade complètement et parvient à nous captiver de bout en bout avant de nous surprendre.
Les - :
encore quelques termes un peu modernes, mais nettement moins présents que dans les deux autres tomes ; un contexte historique bien relaté mais qui mériterait peut-être, notamment au niveau de la description des personnages authentiques, d'être nuancé, sinon minoré.

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S
Moi aussi, je pensais après ta première chronique que cette saga n'était pas pour moi, mais tu me fais douter, maintenant  Surtout que j'aime beaucoup la période du Grand Siècle et j'ai lu une biographie d'Henriette-Anne d'Angleterre il y a quelque temps qui m'a beaucoup plu... Bref, je vais essayer de voir si je peux me procurer au moins ce tome :) 
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C
Je viens de lire ta critique et du coup tu me fais hésiter ! Après ton avis plus que mitigé sur le premier, j'étais certaine que cette trilogie n'était pas pour moi mais finalement... Le résumé de ce 3ème tome et ton avis plus que positif donnent à réfléchir !
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