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Le salon des précieuses

Lettres à Alexandrine 1876-1901 ; Emile Zola

« A demain, chère femme et bien tendrement à toi, de tout mon cœur.»

Lettres à Alexandrine 1876-1901 ; Emile Zola

 

 

 

     Publié en 2014

  Éditions Gallimard (collection Blanche)

  814 pages

 

 

 

 

 

Résumé :

Ces 318 lettres, adressées par Emile Zola à son épouse, Alexandrine, constituent le dernier grand inédit de l'écrivain, publié plus d'un siècle après sa disparition. Elles montrent le romancier face à ses contemporains, , placé au cœur de la vie littéraire parisienne, et affrontant ce qui a constitué le choix décisif de son existence : son engagement dans l'affaire Dreyfus. Elles retracent en même temps l'histoire intime d'un couple qui a réussi à surmonter la crise dont il a failli être victime.
Alexandrine fait plusieurs séjours en Italie, entre 1895 et 1901. Zola doit subir un interminable exil en Angleterre, à la suite de la publication de son «J'accuse». Pour lutter contre l'absence, ils se retrouvent à travers les lettres qu'ils échangent.
Dialoguant avec Alexandrine, Zola se livre entièrement. «J'ai la certitude intérieure qu'une fois encore, je vais à mon étoile», lui écrit-il, en lui confiant les raisons qui le poussent à se lancer dans son combat en faveur d'Alfred Dreyfus. Sa correspondance accompagne la longue marche qu'il a entreprise pour le triomphe de la vérité et de la justice.

Ma Note : ★★★★★★★★★★

Mon Avis :

 Publié plus d’un siècle après la mort de Zola en 1902, cette correspondance contient 318 lettres inédites du romancier à son épouse Alexandrine Zola.
Établi par Alain Pagès, professeur à la Sorbonne et par Brigitte Emile-Zola, arrière-petite-fille du romancier, ce recueil est autant un document scientifique qu’intime, porteur des souvenirs d’une famille.
Dans ce recueil, nous découvrons un Zola loin de l’image que ses romans peuvent véhiculer. C’est un homme déjà relativement âgé, installé dans le confort d’une vie bourgeoise, entre Paris et Médan, où il possède une maison. Sa réputation d’auteur n’est plus à faire et il fréquente les cercles artistiques et littéraires du Paris de la Belle-Époque.
Surtout, cette correspondance s’articule autour de deux temps forts de la vie des Zola : les voyages en Italie d’Alexandrine, en fin d’année, qui durent plusieurs longues semaines pendant lesquelles le romancier, resté à Paris, lui témoigne du manque qu’il ressent (« Chère femme, ton train est parti si vite, et d’une façon si imprévue, que je suis resté un instant sur le quai, un peu étourdi, le cœur gros. »), de la maison vide, tout en lui narrant son quotidien, ses sorties, les visites qu’il reçoit, l’avancée de son travail…et une grosse partie du recueil est aussi consacrée aux lettres que Zola, depuis son exil anglais après l’affaire Dreyfus, adressera à Alexandrine à Paris, qui ne l’a pas suivi pour continuer de s’occuper des affaires du couple en France. Après la parution de sa lettre en faveur d’Alfred Dreyfus, publiée dans L’Aurore en janvier 1898, l’écrivain est condamné pour diffamation par la Cour d’assises de Paris le 23 février suivant, jugement entériné par la Cour d’assises de Versailles en juillet. Pour éviter la prison, Zola n’a d’autre choix que de quitter la France. Il s’installe dans les environs de Weybridge puis non loin d’Addlestone, avant d’élire domicile à Upper Norwood, dont la plupart de ses lettres d’exil seront écrites et expédiées. Si ces lettres sont très marquées par la souffrance d’un homme brutalement coupé de son quotidien et de ses habitudes, qui doit vivre dans un pays étranger avec peu de possibilités de sortie et dont il ne maîtrise pas la langue, nous découvrons le récit d’un quotidien assez morne, rythmé par le travail et par les informations que Zola reçoit de France concernant l’avancée de l’affaire Dreyfus. Alexandrine viendra lui rendre visite plusieurs fois mais aussi leur ancienne bonne, Jeanne Rozerot et ses enfants, Denise et Jacques, nés respectivement en 1889 et 1891. Ils sont les enfants illégitimes de Zola, les seuls qu’il aura, car son mariage avec Alexandrine restera stérile. Ils recevront, à la demande de cette dernière, le nom de leur père après le décès du romancier en 1902.
Les voyages d’Alexandrine en Italie sont directement liés, au départ, par la découverte brutale de la double-vie de son époux et de l’existence de ses deux enfants. Il semble qu’elle les découvrît à la fin de l’année 1891 et réagit d’autant plus violemment qu’elle-même n’a pas pu en avoir. Pour autant, les Zola ne divorcent pas, l’écrivain s’étant engagé à ne pas abandonner son épouse. Elle exige en retour qu’il ne voie plus Jeanne Rozerot, promesse qu’il ne tiendra pas, ce qui le contraint au mensonge.
A partir du 28 octobre 1895, Alexandrine prend l’habitude de passer plusieurs semaines avant l’hiver en Italie, notamment à Rome, mais aussi à Tivoli ou encore Salsomaggiore, où elle fait du tourisme, où elle exercera aussi, au début des années 1900, sa passion nouvelle pour la photographie mais où elle profite aussi de cures thermales. Il semble que ces voyages aient été pour l’épouse trompée une compensation qui lui permet de supporter la découverte de la maîtresse de son mari et leurs enfants.
Les lettres qui sont échangées par les époux restent néanmoins empreintes d’affection, d’inquiétude mutuelle lorsque l’un deux présente quelques problèmes de santé. Zola continue, par courrier, d’informer Alexandrine des affaires courantes, sollicitant parfois ses lumières concernant le paiement de factures ou celui des salaires des domestiques.

 

Lettres à Alexandrine 1876-1901 ; Emile Zola

Photographie d’Émile Zola et de son épouse Alexandrine


Une correspondance est une lecture exigeante. Forcément lacunaire, elle ne possède pas toujours les réponses du destinataire ou de façon incomplète – ici malheureusement, nous ne pouvons nous faire une idée des réponses d’Alexandrine que lorsque Zola rebondit sur certaines des choses qu’elle lui a écrites. On ne peut donc qu’imaginer ce que pense Alexandrine, la façon dont elle gère une situation somme toute assez compliquée, socialement comme personnellement. Si Zola montre beaucoup d’affection et de préoccupation envers son épouse, est-ce véritablement sincère ou y a-t-il aussi une part, peut-être inavouée, de mauvaise conscience ? De l’autre côté, on ne sait pas si Alexandrine a réellement pardonné où si elle reste dans un prudent quant-à-soi…
Pour autant, les lettres de son époux nous éclairent quand même pas mal sur leur quotidien, très bourgeois et assez ritualisé, comme je le disais plus haut. A l’abri du besoin, possédant une maison parisienne et une maison secondaire à la campagne (dans les Yvelines), les Zola sont socialement bien installés, fréquentant, du fait des activités de Monsieur, les cercles intellectuels de la Belle-Époque (écrivains, critiques d’art, dramaturges etc…). Très engagé dans ses romans, dits naturalistes, Zola avait pris fait et cause pour les mineurs, décrivant leur quotidien dans Germinal ou encore, pour les classes laborieuses dans L’Assommoir… cet engagement littéraire, il le transforme en véritable cause lorsqu’il s’agit de défendre Dreyfus, officier français accusé de trahison, dans un fort contexte d’antisémitisme.
L’homme privé et l’homme public cohabitent dans cette correspondance, sans cesse liés l’un à l’autre, l’un s’effaçant au profit de l’autre par moments et ainsi de suite.
J’ai mis près de deux ans à lire ce gros volume (plus de 800 pages avec les notes et les annexes, un peu plus de 790 si l’on compte uniquement les lettres et la présentation – à lire pour bien comprendre dans quel contexte, historique mais aussi familial, ces lettres ont été rédigées). Je l’ai maintes fois abandonné, puis repris…pas par manque d’intérêt, mais parce que je n’ai pas envisagé une seule minute de le lire d’une traite. J’y aurais passé des semaines ou peut-être des mois et je ne me serais pas vue ne lire que ça pendant tout ce temps. Pour autant, je n’ai pas détesté, bien au contraire : admiratrice de l’œuvre de Zola, dont j’ai dévoré tous les Rougon-Macquart il y a une douzaine d’années, il me semblait presque logique que je lise un jour cette correspondance. Alors certes, je ne peux m’empêcher de ressentir comme un léger sentiment de « voyeurisme » lorsque je lis une correspondance, mais c’est aussi – et bien mieux qu’une biographie ou une autobiographie, destinées à être publiées et donc parfois orientées – un bon moyen d’en apprendre un peu plus sur la personne qui se cache derrière un écrivain ou tout autre personnage public.
Oui vraiment, c’était assez passionnant. Pas tout le temps, je dois bien l’avouer : certaines des lettres envoyées depuis l’exil anglais et traitant de l’affaire Dreyfus m’ont parue parfois assez ardues. Comme je le soulignais un peu plus haut, le fait de ne pas avoir les réponses d’Alexandrine aux lettres peut aussi donner une impression de monotonie. Je crois que c’est aussi pour cette raison que j’ai ressenti le besoin de m’arrêter, parfois pendant très longtemps, avant de reprendre ma lecture.
Mais si vous aimez Zola, si vous avez dévoré ses romans et que vous voulez en savoir plus sur lui et sur son quotidien, alors ces lettres vous éclaireront sans nul doute.

 

Lettres à Alexandrine 1876-1901 ; Emile Zola

« J'Accuse ! » la lettre de Zola en première page de L'Aurore, le 13 janvier 1898 : sa prise de position en faveur d'Alfred Dreyfus lui vaudra l'exil en Angleterre

En Bref :

Les + : une correspondance peut être ardue à lire mais elle en dévoile beaucoup, tant sur le destinataire des lettres que sur le rédacteur. Une façon de voir au plus près un des auteurs dont l’œuvre me passionne.
Les - : pas vraiment de points négatifs à soulever.


Lettres à Alexandrine 1876-1901 ; Emile Zola

Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle

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L
Comme toi je suis admirative de l'oeuvre de Zola, c'est même sans doute mon écrivain préféré. Pour autant, en ayant lu ton avis, je me demande si j'ai bien fait d'acheter ce livre-ci. Côté forme, je déteste les pavés. Ça m'effraie et si tu as mis deux ans à le lire... Après, j'ai acheté tous les livres même autres que romans de Zola...<br /> Mais par ailleurs, je suis fan du genre épistolaire et j'ai envie d'en savoir le plus possible sur ce grand auteur alors pourquoi pas ? Je vais essayer de ne pas angoisser face à ce livre qui m'attend dans ma PAL :-S mais il me fait très peur !
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