26 Septembre 2023
« Un meurtre est toujours monstrueux, quelle que soit la manière dont il a été commis. »
Publié en 2021 en Angleterre
En 2022 en France (pour la présente édition)
Titre original : The Truth-Seeker's Wife
Éditions 10/18 (collection Grands Détectives)
360 pages
Huitième tome de la saga Lizzie Martin
Résumé :
Printemps 1871. Lizzie Martin accompagne sa tante dans la New Forest pour se mettre au vert. Au lendemain d'un dîner chez Sir Henry Meager, un riche propriétaire terrien, ce dernier est retrouvé assassiné. Plus personne ne se sent en sécurité. D'autant que les ennemis et potentiels meurtriers sont nombreux. Lizzie, secondée par son époux, se lance dans une sombre enquête destinée à révéler les secrets de Sir Henry et à démasquer un tueur aussi impitoyable que vengeur.
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
Printemps 1871 : c’est sans enthousiasme que Lizzie accepte d’accompagner Tante Parry, dont elle a été provisoirement la dame de compagnie avant son mariage, dans un voyage sur la côte sud de l’Angleterre, dans la région de la New Forest, très exactement. Région bucolique où les poneys sauvages s’ébattent dans la lande, c’est un endroit tout indiqué où prendre du repos. Mais la région évoque à Lizzie de mauvais souvenirs : en effet, quelques années plus tôt, la jeune femme a été confrontée à une affaire criminelle dans cette même région. Seule et ne sachant à quel saint se vouer, Lizzie avait fait appel à son ami Ben Ross, de Scotland Yard – qu’elle va épouser quelques temps plus tard.
Voilà donc Lizzie et Tante Parry installées dans la maison d’Old Excise, qui domine la côte. Peu de temps après leur arrivée, elles sont conviées à un dîner par Henry Meager, un riche propriétaire terrien qui est leur proche voisin pendant leur séjour. Observatrice, Lizzie n’est pas sans remarquer qu’une certaine tension semble opposer les convives du repas, à commencer par Andrew Beresford, le neveu et héritier de Sir Henry et Robert Harcourt, son régisseur…quels liens et surtout quels secrets lient ces trois hommes ? Dans la nuit qui suit cette réception, Sir Henry est retrouvé mort dans son lit. Alors que tout semble indiquer un suicide, bien des points laissent la police locale perplexe. Dépêché depuis Londres, Ben, l’époux de Lizzie, va devoir faire la lumière sur une affaire qui ressemble de plus en plus à un « sac de nœuds ».
Huitième enquête de Lizzie et Ben, dans ce tome nos deux limiers se délocalisent vers la côte sud pour une enquête sur la corde raide. En effet, il semblerait que Sir Henry ne semble pas être – ou n’a pas toujours été – le gentleman qu’il affecte de paraître en société et que bien des secrets l’entourent ainsi que son héritage. Entre des domestiques hystériques, un vieux majordome qui n’a plus toute sa tête et des villageois méfiants, dont deux étranges sœurs qui poursuivent Lizzie de leurs superstitions, l’appelant « la femme du chercheur de vérités », l’enquêteur officiel comme l’enquêteur officieux auront fort à faire pour résoudre cette énigme.
Moins systématiquement centrées sur l’aspect social, comme peuvent l’être les romans d’Anne Perry, les enquêtes d’Ann Granger n’en sont pas moins intéressantes. Comme dans les célèbres enquêtes de Charlotte et Thomas Pitt, nous retrouvons ici un duo d’enquêteurs formé d’un inspecteur de Scotland Yard et de son épouse. Nous retrouvons aussi une époque similaire, l’époque victorienne, à quelques dix ans près : les enquêtes de Lizzie et Ben sont antérieures de dix ans à celle de Charlotte et Thomas qui se passent dans les années 1886. Pour autant, la réalité de l’Angleterre et, de façon plus large, d’une bonne partie de l’Europe à cette époque-là, est sensiblement la même dans les années 1870 comme dans les années 1880. L’industrialisation a apporté un progrès fulgurant, enrichissant certains, mais plongeant beaucoup d’autres dans une terrible misère. Les bas quartiers de Londres sont surpeuplés, les familles extrêmement nombreuses et la mortalité particulièrement élevée. Les maladies font des ravages, ainsi que l’alcoolisme. C’est l’époque où Zola, en France, décrira la dure réalité des ouvriers parisiens ou des mineurs du Nord, où Elizabeth Gaskell situera l’intrigue de son roman Nord et sud, qui raconte les conditions de vie des mineurs de la région de Manchester, où Dickens lui, fait un portrait horrifiant et sans concession des sinistres workhouses, où les pauvres sont entassés dans des conditions de vie déplorables.
Si Ann Granger le fait moins franchement que sa consœur, elle instille malgré tout quelques éléments du contexte historique dans ses enquêtes : la question des fille-mères au XIXème siècle, la pauvreté des dockers de l’East End, par exemple ou encore, au travers du personnage de Ben, originaire comme Lizzie du Lancashire, de la réalité du travail des enfants dans les usines ou dans les mines.
Ici, l’enquête n’est pas à proprement parler ancrée dans le contexte historique et pourrait se situer à n’importe quelle époque. Mais cela ne m’a pas gênée, c’était un plaisir de retrouver Lizzie et Ben dans ce tome si on peut dire délocalisé et qui nous emmène dans le sud de l’Angleterre. Le temps d’un séjour, Lizzie renoue avec ses anciennes activités en redevenant la dame de compagnie de Tante Parry, pour le moins tyrannique. Alors que cette atmosphère de vacances pourrait s’avérer légère, ce n’est pas le cas ! C’est même une atmosphère assez tendue qui se met petit à petit en place, comme un brouillard qui recouvrirait doucement la lande : la vieille demeure de Sir Henry et sa folie romantique en ruines, ses vieux murs datant des Tudors et qui ont probablement vu les répressions religieuses du XVIème siècle, n’incitent pas forcément à la quiétude et quand Lizzie se retrouve confrontés à deux inquiétantes sœurs dont l’une se dit sorcière et lui annonce, comme une prophétie que la mort est attachée à ses pas, la jeune femme va devoir faire un véritable effort pour ne pas se laisser gagner par la panique qui semble régner dans la région.
Même si l’enquête met du temps à se mettre en place et qu’on la suit de deux manières différentes et parallèles, à travers le regard de Lizzie mais aussi celui de Ben, je me suis régalée de cette lecture, j’ai pris mon temps, sans essayer d’échafauder plein de conjectures différentes…je me suis laissée imprégner par l’atmosphère assez mystérieuse et parfois presque inquiétante de ce huitième tome que j’ai beaucoup aimé. J’ai l’impression qu’Ann Granger a le don d’associer ses enquêtes à des ambiances climatiques parfois extrêmes ou des endroits, des lieux un peu atypiques, comme pour ajouter une tension supplémentaire : ici, la lande désolée de la New Forest semble propice au développement de légendes et autres superstitions, qui trouvent leur acmé dans la mort violente et visiblement criminelle d’un notable de la région, comme dans comme une précédente enquête, un Londres figé sous la neige et la glace, apportait un surcroît de difficultés et de complications aux enquêteurs.
Sur fond de vengeances familiales et de non-dits, L’héritage de Sir Henry interroge aussi sur les apparences, la vénalité, l’envie avec brio. L’enquête est toujours bien menée, bien ficelée et cohérente, je n’ai envie de dire qu’une seule chose : vivement la suite !
En Bref :
Les + : j'apprécie toujours autant de retrouver Lizzie et Ben Ross. Dans cette enquête quasi dépaysante, qui se passe au bord de la mer, ils sont encore une fois très en forme. Une ambiance un peu sombre et mystérieuse qui m'a beaucoup plu.
Les - : quelques longueurs, j'ai trouvé que ce tome mettait un peu de temps à démarrer.
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