20 Septembre 2023
« Ainsi débutent ce soir même et ma Quête et le Livre de ma vie. Cela peut sembler grandiloquent ? Mais qu'y a-t-il de petit à échapper au commun des mortels ? »

Publié en 2021
Éditions Pocket
384 pages
Quatrième tome de la saga Mémoire froissée
Résumé :
Toulouse, 1444. La Renaissance pointe le bout de son nez, et avec elle, ce grand rêve humaniste d'explorer le monde selon ses dons.
De dons, Clara Chauverson est comblée : guérisseuse, herboriste, astronome, astrologue - tous hérités de sa grand-mère, Dame Anne. Un certain courage, aussi, qui lui fait prendre le Sud pour boussole : Carthagène, Cordoue, Grenade...Fuyant la perspective d'un mariage imposé, la jeune femme s'embarque bientôt pour un continent immense et mystérieux, cette terre rouge du sang des esclaves : Affrica et ses cités interdites aux chrétiens...
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
1444. Après avoir traversé un pays à feu et à sang, gangréné par la guerre interminable que la France livre à l’Angleterre depuis 1337, la jeune Clara Chauverson et sa grand-mère Anne, apothicaire et libraire de la ville de Troyes, se sont installées dans la ville rose au bord de la Garonne : Toulouse.
A la mort de sa grand-mère, la jeune Clara se retrouve seule : son père, Rémy Chauverson, est loin et la jeune fille, qui n’a pas vingt ans, décide de refuser la vie toute tracée des femmes en ce milieu de XVème siècle. Passionnée d’astrologie, d’astronomie et de mathématiques, Clara n’aspire qu’à apprendre, encore et encore et ses yeux se tournent vers les centres du savoir en ce Moyen Âge finissant…alors que la Renaissance se profile à l’horizon, Clara ne souhaite qu’une chose : visiter les villes d’Al-Andalus, Cordoue ou Grenade, dont les feux sont finissants. En effet, les royaumes chrétiens du nord de l’Espagne gagnent de plus en plus de terrain sur les royaumes arabes du sud et leurs connaissances sont menacées. Mais surtout, c’est vers les villes de la lointaine Afrique, le pays noir, que convergent les rêves de la jeune érudite. Malheureusement pour elle, la haute cité du savoir qu’est Tombouctou en cette fin de XVème siècle lui est interdite pour deux raisons : elle est femme et elle est chrétienne.
Mais c’est mal connaître Clara, qui va entreprendre un long voyage vers l’Afrique, à travers l’Espagne, l’Atlas puis le désert du Mali. Un voyage pas exempt de dangers ni même de désillusions mais qui va former la jeune femme au-delà de tout ce qu’elle aurait pu espérer en France. Dépaysant, son voyage va également lui permettre d’en apprendre beaucoup sur elle-même.
Après trois tomes pendant lesquels nous avons suivi Anne, de Bourgueil en Touraine jusqu’à Troyes en Champagne, où elle sera un témoin de premier ordre des événements qui bouleversent le début du XVème siècle en France (guerre civile des Armagnacs et Bourguignons, l’affaiblissement du pouvoir royal, la mort du duc de Bourgogne et le ralliement du fils de ce dernier aux Anglais, le traité de Troyes qui déshérite Charles VII au profit de son beau-frère Henri V de Lancastre, l'épopée de Jeanne d'Arc), celle-ci a tiré sa révérence. Nous l’avions découverte jeune apothicaire encore à la fin du XIVème siècle et nous la quittons avec sa mort, au milieu du XVème siècle.
Nul doute donc que ce quatrième tome est un tournant puisque la figure d’Anne s’efface au profit d’une autre figure féminine : sa petite-fille Clara, unique fille de son fils Rémy, née de l’union chaotique de ce dernier avec une femme qui est partie. Protégée de Jacques Cœur, qu’elle considère comme un père de substitution, la jeune Clara a hérité de son enfance et de sa grand-mère une détermination sans faille et une soif insatiable pour la connaissance. Alors que sa grand-mère s’est passionnée pour la médecine, les livres et la science des plantes, Clara, elle, n’a d’yeux que pour les étoiles, le ciel, les constellations et leur interprétation. Femme seule et très jeune dans un monde encore très masculin, où l’on n’attend pas des femmes qu’elles s’instruisent mais qu’elles soient seulement de bonnes épouses et de bonnes mères, Clara n’est pas conventionnelle, c’est le moins que l’on puisse dire.
Est-ce pour autant j’ai aimé ce personnage ? Non, je vais le dire tout net, je n’ai pas vraiment aimé Clara, je ne suis pas parvenue à m’attacher à elle alors que j’avais beaucoup aimé sa grand-mère, Anne, dont j’ai vraiment apprécié de suivre les traces pendant trois tomes.
D’ailleurs, je me suis vraiment ennuyée ferme dans les premiers chapitres du roman, à tel point que je me suis même demandé si Mémoire froissée n’aurait pas mérité d’être une simple trilogie et de s’arrêter avec la mort de son héroïne. Il est parfois difficile de savoir à quel moment s’arrêter et si un univers mérite d’être développé ou non. Très franchement pendant, je dirais, les 150 premières pages, je me suis vraiment posé la question de la pertinence de ce quatrième tome qui traînait en longueur…ce n’est qu’à partir du moment où Clara entame son voyage que je me suis sentie plus investie, plus passionnée.
Je me rends compte que j’aime de plus en plus ces romans historiques qui, non contents de nous faire voyager dans le temps, nous font aussi voyager dans des mondes qui sembleraient tout droit sortis de l’imagination, alors que ce n’est pas le cas. Même si le Moyen Âge est moins immobile que nous le pensons (les Vikings ont ainsi voyagé jusqu’en Amérique, bien avant que Christophe Colomb ne « découvre » le Nouveau Monde, les pêcheurs basques remontaient l’Atlantique jusqu’en Islande…), découvrir l’Afrique pour une Occidentale du XVème siècle est aussi dépaysant qu’un voyage sur la Lune aujourd’hui.
En Al-Andalus, Clara découvre les portes de l’Orient : colonisé depuis le début du Moyen Âge par des dynasties berbères ou arabes, le Sud de l’Espagne est alangui sous un soleil de plomb dont on se protège derrière les moucharabiehs des immenses palais d’une richesse inouïe. Elle découvre une terre cosmopolite, où se mêlent les nationalités, les peuples et les langues. Elle découvre surtout une nouvelle religion, l’Islam.
De l’autre côté de Gibraltar, c’est un pays encore plus étonnant qui s’ouvre à elle, porteur de rites surprenants, peuplés d’animaux étranges…une terre de fantasmes pour les Occidentaux. Pour Clara, en bonne érudite, l’Afrique du XVème siècle abrite le Graal de sa vie de sa scientifique : la ville de Tombouctou, renommée pour son université et les livres qu’elle contient. La construction de la mosquée de Sankoré et d’une médersa (école coranique) qui formera des générations entières d’érudits musulmans permet l’expansion d’une université islamique réputée dans toute l’Afrique de l’ouest. On oublie souvent que l’Afrique eut un véritable rayonnement sur le commerce et le savoir à cette époque et pourtant, c’est le cas. Là-bas, Clara découvre aussi une réalité plus sombre, celle du trafic d’êtres humains et de l’esclavage, qui connaîtra une sinistre expansion avec la première mondialisation à l’époque moderne.
Cet aspect dépaysant du roman m’a beaucoup plu, après ma lecture en demi-teinte des premiers chapitres, qui se passent à Toulouse dans la relative monotonie du quotidien et j’avoue que cela a bien changé mon ressenti global. Car je peux le dire maintenant, Mémoire de sable et de vent n’aura pas été la lecture laborieuse et peu intéressante que je craignais en la démarrant. Elle n’aura pas non plus été le tome « de trop » même si je pense que, clairement, la série aurait pu s’arrêter avec le tome précédent.
Deux bémols : mon manque d’attachement pour Clara (mais ceci est subjectif) et la chronologie que j’ai trouvée un peu compliquée voire incohérente par moments, un peu comme dans le premier tome d’ailleurs.
Passés ces deux écueils, je dirai que ce roman a le mérite d’orienter notre vision de lecteur occidental vers une réalité que nous occultons souvent et que nous n’étudions pas et c’est regrettable : la grandeur de l’Afrique des siècles qui ont précédé les colonisations européennes qui, malheureusement, ont gommé ce passé glorieux et qui mériterait pourtant d’être mieux connu. Je ne crois pas avoir souvenir d’avoir voyagé si loin, dans un roman, dans l’Afrique médiévale et rien que pour cela, je ne peux que dire merci à l’autrice parce que c’était vraiment un moment dépaysant et qui m’a permis d’apprendre pas mal de choses.
En Bref :
Les + : après un début laborieux et peu intéressant, un voyage quasi initiatique et envoûtant dans l'Afrique du XVème, que j'ai beaucoup aimé.
Les - : une chronologie difficile à suivre, qui m'a donné l'impression d'être confuse, brouillonne et le personnage féminin principal qui ne m'a pas séduite.
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