8 Décembre 2020
Bonsoir à tous !
Aujourd'hui, on se retrouve pour le premier article de Noël sur le blog ! Il y'en aura encore quelques uns d'ici le 25 décembre. Pour commencer ce petit marathon d'avant fêtes, on va partir en Provence, à la découverte d'une tradition bien particulière : celle des santons.

Une carte postale ancienne qui représente trois personnages emblématiques de la crèche provençale : le Boumian (ou Bohémien), la Margarido et lou Ravi (le Ravi).
Les santons sont de petites figurine d'argile très colorées et qui représentent bien souvent, dans la crèche de Noël la scène de la Nativité autrement dit : l'enfant Jésus, sa mère la Vierge Marie, son père, saint Joseph, l'âne et le bœuf, les deux animaux de la crèche, qui sont censés réchauffer le nouveau-né de leur souffle, les Rois Mages et les bergers. Mais on trouve aussi toute une série de petits personnages qui n'ont rien à voir avec l'épisode biblique mais qui figurent en fait les habitants d'un village provençal, avec les costumes et les métiers traditionnels. Tous ces personnages cheminent vers l'étable où l'enfant Jésus est né, pour lui apporter un présent. Le paysage est, généralement, constitué d'une colline, une rivière avec un petit pont et des oliviers. Quant l'étable est surmontée d'une étoile.
Les origines de la crèche de Noël remontent au Moyen Âge, au XIIIème siècle exactement, avec François d'Assise dont la mère était originaire de Tarascon et qui mit en place la première crèche vivante, en 1223 : le moine la mit en scène dans son église de Greccio, en Italie. Les personnages étaient alors joués par des gens du village et les animaux étaient réels. Cette crèche vivante a donné naissance à une tradition qui s'est ensuite perpétuée avec les siècles. Mais, aujourd'hui, même si les crèches vivantes existent encore, elles sont beaucoup plus rares et les acteurs en chair et en os ont été très largement remplacés par des personnages de bois, de cire, de carton pâte ou encore, de faïence ou de verre. Les premières crèches ressemblant à celles que nous connaissons font leur apparition dans les églises à partir du XVIème siècle seulement.
La première crèche connue date de 1775 et a été créée à Marseille, par un dénommé Laurent. Elle était constituée de mannequins articulés habillés de costumes locaux. Pour ajouter une touche d'exotisme à cette crèche, le créateur y avait placé des rennes, des girafes et même... des hippopotames. Jean-Paul Clébert raconte : « À l'époque du Concordat, Laurent montrait même un carrosse qui s'avançait vers l'étable ; le pape en descendait, suivi des cardinaux. Devant eux s'agenouillait toute la Sainte-Famille et le pape lui donnait sa bénédiction. Pendant l'adoration des bergers, un rideau se levait, dévoilant la mer sur laquelle voguait un bâtiment de guerre. Une salve d'artillerie saluait l'enfant Jésus qui, réveillé en sursaut, ouvrait les yeux, tressaillait et agitait les bras. ».
La Révolution, qui éclate en 1789 entraîne une vague de déchristianisation et de fermeture des églises : la messe de minuit est supprimée. C'est alors qu'apparaissent en Provence de petits personnages appelés là-bas les « santoun » ou « petits saints ». Ils permettaient qu'une crèche familiale puisse être élevée chaque année, au cœur de chaque foyer provençal pour respecter la tradition dans l'intimité.
En 1803, peu après la signature du Concordat entre Napoléon et le pape, la première foire aux santons a lieu à Marseille, où elle se tient d'ailleurs toujours, de fin novembre à début janvier, en haut de la Canebière. Outre les petits santons peints, on peut trouver à cette foire des santons habillés, c'est-à-dire en costume traditionnel provençal et portant chacun les insignes de son métier. On peut y acquérir également tout le décor nécessaire pour créer sa crèche : étable, puits, pont, étoile, du papier pour imiter le ciel et les rochers, de la mousse fraîche en guise d'herbe...

Les premiers santons ont été confectionnés avec de la mie de pain mais, petit à petit, c'est avec de l'argile rouge de Provence qu'on les fabrique. Au début, les santons étaient réalisés avec de l'argile crue et étaient donc très fragiles. Aujourd'hui, l'usage d'argile cuite s'est largement répandu. Le véritable santon de Provence, confectionné en argile non cuite, a été créé pour la première fois à Marseille par Jean-Louis Lagnel au XVIIIème siècle. D'abord concurrencé par les santibelli, d'origine italienne, fabriqués en plâtre et vendus par des marchands napolitains sur le Vieux-Port de Marseille, les santons ont fini par se vendre très bien et il existe encore aujourd'hui une forte concentration de santonniers sur la Côte d'Azur, entre Marseille, Aubagne, Aix-en-Provence, Arles. La tradition se retrouve également dans les départements du Vauculuse, du Var, des Alpes-de-Haute-Provence ou encore, les Alpes-Maritimes.
Pour réaliser un santon parfait, les santonniers passent par sept étapes bien précises : d'abord ils réalisent un modèle dans de l'argile crue, placé ensuite sur un socle qui fera partie du sujet. Puis a lieu la fabrication du moule coulé en plâtre. Le moulage se fait en pressant un morceau d’argile fraîche dans une moitié du moule qui a été talqué. Après une pression à la main des deux parties, le surplus est ébarbé et le santon sorti du moule est mis à sécher. La dernière opération manuelle consiste en un ébarbage plus fin pour ôter toute trace de moulage. Puis le santon est remis à sécher avant d'être cuit dans un four à 800 °C. L'ultime opération est la décoration qui se fait toujours à la main.
Aujourd'hui, la fabrication des santons s'est diversifiée. « On en fabrique des grands de plus de 10 centimètres dont les bras sont collés après la cuisson et d'autres en fil de fer habillés de tissus dont seuls les mains et la tête sont en argile. La fabrication des santons qui sont habillés étaient à l'origine confiés à des familles qui confectionnaient leurs vêtements. »
Dans la crèche provençale, on trouve différents groupes de santons, qui complètent les personnages de la Sainte-Famille, les Rois Mages, l'âne et le boeuf, qui sont les personnages traditionnels. Les santons sont divisés en plusieurs catégories : ceux qui apportent les cadeaux à l'enfant Jésus, ceux qui figurent les différents métiers de Provence, les animaux et enfin, les accessoires nécessaires pour constituer un village provençal typique (étale, maison, rivière, pont, moulin, église...).
Apparaissent donc, auprès des personnages classiques et religieux, le vieux et la vieille, lou Pistachié (le un valet de ferme), le ravi, le tambourinaire mais aussi le pêcheur, la poissonnière, le porteur d'eau, le bûcheron, la jardinière, la fermière (qui porte les produits de la ferme), le meunier (avec son sac de farine), le boulanger, le vannier, le rétameur, le rémouleur, la lavandière, le chasseur et le ramoneur. On peut aussi voir, dans certaines crèches, le curé, le moine et le Maire associés à l'Arlésienne (qui porte le costume traditionnel de la ville d'où son nom), les Bohémiens (le boumian et la boumiane), l'aveugle et son fils. Et, bien sûr, il ne faut pas oublier les bergers, personnages bibliques mais aussi incontournables de la vie traditionnelle provençale. Le berger est représenté enveloppé d'une cape, tenant à la main un bâton et parfois accompagné de son chien.
En ce qui concerne les animaux, l'âne et le bœuf sont bien évidemment immanquables dans une crèche provençale ! Couchés dans l'étable près du nouveau-né installé dans la mangeoire, il le regardent et sont censés le réchauffer de leur souffle. Les moutons sont également essentiels : ils représentent les troupeaux des bergers venus offrir à la crèche un agneau. Parfois, on peut aussi trouver un chien de berger ou de chasse, des poules et des coqs et un âne portant la farine du meunier.
L'ange de la crèche, en Provence, se nomme Boufarèu et c'est lui qui guide les bergers vers la crèche, annonçant la naissance de l'enfant Jésus.

En Provence, on ne plaisante pas avec les santons ! Ainsi, un écomusée du santon a été créé en 1987 à Fontaine-de-Vaucluse. Il regroupe environ 2 000 pièces, dont une des plus petites crèches au monde, qui tient dans une demi-coque de noix. Outre ce musée, il existe un musée du Santon à Le Val, aux Baux-de-Provence et au musée du Terroir Marseillais à Château Gombert ainsi qu'un musée de la Crèche Provençale à Cavaillon et un musée des santons animés à Maussane-les-Alpilles, enfin le musée du santon Marcel Carbonel, à Marseille, regroupe plus de 2 400 pièces de la fin du XVIIIème à nos jours et présente des pièces du monde entier.
Quant au Conservatoire du Santon d'Arles, il présente une collection de 2 000 santons exposés depuis les moules originaux de Jean-louis Lagnel aux principaux santonniers actuels. On peut y voir deux crèches complètes ayant valu à leurs créatrices la médaille d'or au concours de meilleur Ouvrier de France.