24 Janvier 2017
« Ce sentiment-là est plus fort que moi, que toi, que toutes les choses humaines. Rien ne peut rompre de pareils liens ; le mariage de la nature ne laisse point aux coeurs qu'il a unis le pouvoir de divorcer. »

Publié en 2011
Editions Le Livre de Poche (collection La Lettre et la Plume)
151 pages
Résumé :
A l'âge de cinquante-sept ans, après une vie amoureuse déjà fort remplie, Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais rencontre Amélie Houret de La Morinaie, qui sera sa dernière maîtresse. Il s'éprend follement de cette femme qui excite le désir et feint la vertu. Leur liaison, à laquelle ne manqueront ni les scènes de jalousie ni les déclarations torrides, s'éclaire grâce à la correspondance, longtemps inédite, que les amants échangèrent pendant plus de dix ans. « Nos corps, doux instruments de nos jouissances, n'auraient que des plaisirs communs sans cet amour divin qui les rend sublimes. »
Ma Note : ★★★★★★★★★★
Mon Avis :
En 1799, Pierre Caron de Beaumarchais, le célèbre dramaturge dont les œuvres furent jouées par Marie-Antoinette elle-même, meurt, cinq mois avant sa dernière maîtresse, Amélie Houret de la Morinaie. Cette même année est découverte la correspondance qu'ils échangèrent entre 1787 et 1799.
Vendue en 2005 aux enchères, cette correspondance, qui contient des lettres de Pierre, d'Amélie mais aussi de madame de Beaumarchais à la maîtresse de son mari, permet d'éclairer cette liaison passionnée mais qui était relativement méconnue jusque là.
Madame de la Morinaie entre en contact avec Beaumarchais, pour lui demander aide et conseils, dans le courant de l'année 1787. Ils ont vingt-deux ans d'écart ; si Madame de la Morinaie est encore relativement jeune, Beaumarchais, lui, a près de soixante ans et un passé de libertin derrière lui. Son cœur s'est enflammé à de nombreuses reprises et, depuis dix ans, il est marié à l'une de ses anciennes maîtresses, qui lui a donné une fille, prénommée Eugénie. Parce qu'il adule cette enfant, il a voulu lui donner un statut, la sortir de l'illégitimité, en épousant sa mère. Mais le couple n'en est plus vraiment un et le dramaturge vieillissant mais au cœur prompt à s'enflammer, va tomber amoureux fou de la belle Amélie de la Morinaie, si touchante et séduisante dans sa détresse et son désarroi.
Cette correspondance est rassemblée par Maurice et Evelyne Lever. Le premier a écrit, il y'a une vingtaine d'années, une biographie de Pierre Caron de Beaumarchais. Quant à Evelyne Lever, on ne la présente plus, évidemment... j'ai souvent présenté de ses ouvrages sur le blog. Historienne reconnue du XVIIIeme siècle et spécialiste de Marie-Antoinette, elle a beaucoup écrit sur celle-ci et intervient parfois dans des émissions télévisées.
Les deux historiens nous la présentent dans une introduction relativement courte donc au final, on entre dans cette lecture avec quelques éclairages, mais sans plus.
Il apparaît très vite que la dernière liaison de Beaumarchais est tout sauf un long fleuve tranquille. Il semblerait qu'Amélie, toute femme en détresse qu' elle est, possède aussi un caractère affirmé qui ne la fait pas hésiter à riposter et vertement encore, quand elle se sent maltraitée par son inconséquent amant.
J'ai balancé tout au long de ma lecture, ne sachant que penser de cette Amélie. Séductrice et donc manipulatrice ? Véritable amoureuse ? Y'a-t-il, au contraire, un peu des deux en elle ? Honnêtement, je n'ai pas réussi à trancher. Certaines de ses lettres sont belles et semblent très sincères, notamment lorsqu'elle se plaint, au début des années 1790, des injustices que Beaumarchais semble avoir commis à son égard. Elle apparaît dans toute sa dignité de femme bafouée et elle a alors une certaine grandeur. Mais il semble aussi probable que la dernière conquête du père de Figaro et du Barbier de Séville ait bien connu les hommes. Il n'est pas son premier amant (dans leur correspondance il est question d'un dénommé Pontois, ancien amant de la jeune femme et d'un vieux noble sur le retour si amouraché d'elle qu'il lui a même promis de l'argent et de lui faire un enfant !) et il ne sera pas son dernier non plus puisqu'elle entretiendra une relation avec un député de la Révolution, Manuel et avec un homme plus jeune qu'elle, dans les années 1793-1796, alors que Beaumarchais a quitté la France.
C'est une relation en dents de scie que cette correspondance qui, malheureusement, possède beaucoup trop de lacunes pour paraître cohérente, nous laisse voir. Amélie n'est pas celle à se laisser faire et dit ce qu'elle pense. Beaumarchais n'est visiblement pas du genre à se laisser gouverner non plus. C'est certainement une relation passionnée mais destructrice qui va s'instaurer entre eux et qui leur fera laisser quelques plumes à tous deux. Pour Amélie, il semble que Beaumarchais ait été celui qu'elle admirât le plus et il la fait souvent souffrir. Leur relation sera éprouvante à tel point qu'elle tentera vraisemblablement en 1790 de mettre fin à ses jours.
Pour Beaumarchais, vieillissant et qui s'ennuie dans sa vie bourgeoise auprès d'une femme qu'il a épousée non par véritable amour mais par souci des convenances, sa liaison avec Amélie, tant spirituelle que charnelle (certaines lettres reproduites ici sont très érotiques voire pornographiques) est la dernière et on dirait qu'il en a la prescience. Il mourra cinq mois avant elle et, entre 1787 et 1799, si d'autres hommes jalonnent la vie amoureuse de sa jeune maîtresse, aucune autre femme qu'Amélie n'est mentionnée. Libertin notoire, Beaumarchais semble s'assagir par la force des choses et le poids des ans. Il y'a dans leurs lettres quelque chose de beau parce qu'inévitable, la prémonition d'une fin.
Quant aux lettres de madame de Beaumarchais à sa rivale, elles sont d'une grandeur digne et une preuve que, si son époux l'appelle sa ménagère, avec tout le mépris que peut receler un tel mot, elle-même se considère avant tout comme l'épouse, la première femme, la légitime et qu'elle entend exercer ses devoirs comme jouir de ses droits, consciente qu'elle est de son atout maître : elle est la mère de la fille de Beaumarchais, fille qu'il adore.
Cette correspondance est intéressante parce qu'elle permet de lever un pan du rideau qui masque la vie privée de l'homme public que fut Beaumarchais. Dramaturge réputé, dont les pièces Le Barbier de Séville et Le Mariage de Figaro eurent un grand succès au XVIIIeme siècle -et scandalisèrent aussi-, au final on ne connait pas vraiment l'homme qui se cache derrière l'écrivain. J'ai donc appris avec surprise que Beaumarchais était un grand libertin alors que je ne le soupçonnais absolument pas !
Pour autant je n'ai pas été totalement emballée. J'ai aimé, mais sans plus. Je me suis parfois surprise à lire certains passages de façon mécanique. Le style est très précieux très ampoulé et le fait que beaucoup de lettres manquent enlève de la cohérence et de la fluidité au recueil. Sans m'être ennuyée, je ne me suis pas sentie vraiment intéressée par l'histoire d'Amélie et Pierre, d'autant plus que beaucoup de lettres sont des lettres de reproches et de récriminations acerbes notamment de la part de la jeune femme qui, parfois, m'a paru un peu hypocrite (même si, comme je le disais plus haut, certaines de ses lettres ont un caractère sincère et touchant).
Bref je ressors mitigée de cette lecture : je n'ai pas passé un mauvais moment mais je n'ai pas été totalement emballée non plus. Mon voyage au XVIIIème n'aura pas tenu toutes ses promesses !
En Bref :
Les + : une correspondance qui éclaire un aspect de la vie privée d'un grand dramaturge qu'on connaît surtout au travers de ses pièces.
Les - : un style parfois un peu trop ampoulé, compliqué, qui peine à captiver.