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Le salon des précieuses

Une enquête du commissaire aux morts étranges, tome 5, Entretien avec le diable ; Olivier Barde-Cabuçon

« Partout, les gens se persuadent d'être confrontés à des miracles ou des événements surnaturels. Et lorsque l'on frôle l'au-delà, le diable n'est jamais loin. »

Couverture Le commissaire aux morts étranges, tome 5 : Entretien avec le diable

 

 

 

     Publié en 2018

  Éditions Babel (collection Noir)

  368 pages

  Cinquième tome de la saga Une commissaire aux morts    étranges

 

 

 

 

Résumé :

Une jeune fille possédée par le diable, des villageois qui meurent chaque jour, une abbaye hantée depuis la mort de son abbé, une mystérieuse Dame blanche errant dans la forêt… Le mal aurait-il envahi cette vallée perdue de Savoie ? Et qui est cette jeune fille à la capuche rouge qui semble ne pas avoir peur du loup ?
Sur le chemin qui les ramène de Venise à Paris, le commissaire aux morts étranges et son père vont profiter de leur étape dans ce lieu insolite et reculé pour opposer les préceptes de la raison aux manifestations de l’inexplicable. Temporairement aveugle, le chevalier de Volnay doit s’en remettre à l’ingénue Violetta et à ses sens exacerbés par la tension ambiante. Son père, quant à lui, cache tant bien que mal son excitation sous sa robe de bure : car quoi de plus tentant, pour un moine hérétique, que de s’entretenir avec le diable lui-même ?

Ma Note : ★★★★★★★★★★

Mon Avis :

Au retour de Venise en route pour Paris, Volnay et le moine hérétique sont contraints de s’arrêter dans une vallée isolée de la Savoie pour soigner les yeux malades du jeune commissaire. Alors qu’un hiver tardif recouvre de neige le village et l’abbaye qui le domine, les deux enquêteurs parisiens sont loin d’imaginer ce qu’ils vont y trouver : une abbaye démunie après le décès soudain de son abbé et que l’on dit hantée, une Dame blanche accompagnée d’un loup qui sillonne les chemins de la vallée, une jeune villageoise possédée par le Diable et insensible à l’exorcisme des moines… et quand en plus de cela des habitants disparaissent soudainement, manifestement victimes d’un mauvais sort, il n’en faut pas plus pour Volnay et le moine pour revêtir à nouveau leurs vêtements d’enquêteurs du roi afin d’élucider les nombreux mystères qui terrorisent cette vallée et qui n’ont, probablement, rien de surnaturel ni de merveilleux…
Ce cinquième volume des Enquêtes du commissaire aux morts étranges, le toujours très secret et charismatique Volnay, est encore une fois un très bon cru. Je dois avouer que je n’ai pas autant aimé que le tome 4, qui m’avait vraiment beaucoup surprise mais j’ai passé malgré tout un excellent moment. L’intrigue de ce roman correspond absolument à l’idée que je me fais d’une lecture d’automne : un peu effrayante, brumeuse, mystérieuse, avec une couverture qui met mal à l’aise… bref, tout y est ! Et l’idée que le roman tournait autour de superstitions anciennes me plaisait bien : il faut bien l’avouer, nous sommes humains et dès qu’on parle de fantômes, de revenants, de lieux hantés, de dames blanches et de possédés du démon, on sent un petit frisson nous remonter le long de l’échine mais on ne peut pas s’empêcher pour autant d’être fasciné.
Comme dans les tomes précédents, l’enquête permet encore une fois d’aborder le contexte historique, passionnant – je suis une fan absolue du XVIIIème siècle et je ne me lasse pas d’explorer tous ses aspects, en long, en large et en travers. Après les convulsionnaires, au centre de l’enquête de Messe noire, le deuxième volume, ici nous abordons une autre facette d’un siècle ô combien paradoxal : alors que les philosophes des Lumières commencent à faire allégeance à la déesse Raison, où l’on fait de l’esprit critique le premier instrument de l’intellectuel, où l’on commence à expliquer le monde à l’aide de la science et de sa réflexion rationnelle et objective, les superstitions anciennes et la religiosité la plus rigoureuse n’en sont pas moins puissantes dans le peuple.
Imaginez cette vallée savoyarde isolée de tout, où la première ville est à plusieurs kilomètres. Quand on connaît la rigueur de la vie des montagnards il y a encore soixante ou soixante-dix ans, l’isolement, la rudesse d’un quotidien soumis aux caprices du climat, on peut aisément imaginer ce que c’était il y a près de deux-cent-soixante ans… et dans ces communautés refermées sur elles-mêmes, tout semble exacerbé : on taxera une femme usant de simples de sorcière, une jeune fille victime d’un viol collectif et qui semble avoir perdu la raison est en fait possédée par le diable ou ses démons, une autre cachée sous un capuchon blanc sera une revenante tandis que l’esprit crédule des moines monte en épingle le simple bruit de pierres roulant sur les toits de leur abbaye, tandis que la forêt devient le réceptacle de toutes les peurs et de toutes les croyances.
Il y a dans ce roman quelque chose d’éminemment moderne – le règne de Louis XV n’est finalement pas si éloigné de nous que cela à l’échelle de l’Histoire –  c’est l’opposition des croyances populaires et de l’opinion froide et rationnelle du scientifique, représenté notamment par le moine hérétique qui revendique son athéisme. Et puis il y a malgré tout quelque chose de médiéval dans ce récit, comme si cette vallée n’était pas sortie des limbes brumeux d’une époque plus sombre, marquée par les chasses aux sorcières, les esprits, les revenants et les peurs irrationnelles qui sont celles de tout un chacun, une société fortement dominée par la mainmise des clercs et des prélats, une abbaye sinistre et isolée dans les neiges alpines, qui ne serait pas sans rappeler une certaine abbaye de Ligurie mise en scène par Eco dans son magistral Nom de la Rose
Tout ceci participe donc à donner au récit quelque chose de très particulier : comme je le disais plus haut, je n’ai pas aimé autant que le quatrième tome, qui m’avait vraiment contre toute attente, absolument captivée (alors que cette délocalisation à Venise m’inquiétait un peu au départ je dois l’avouer) mais j’ai été malgré tout accrochée assez rapidement : j’ai beaucoup aimé l’ambiance lourde et épaisse de ce village où tout semble fruste et sinistre, où les hivers interminables semblent confire et nourrir les haines et les rancœurs… C’est encore une fois finement écrit, les connaissances solides du sujet par l’auteur transparaissent dans le récit et on sent que celui-ci s’appuie sur une recherche documentaire solide.
Cette saga se démarque décidément pas mal de ce que l’on a l’habitude de lire en termes de sagas policières et historiques. Il y a ce petit truc qui fait toute la différence mais qu’on n’arrive pas forcément à expliquer, l’ingrédient secret en quelque sorte.  En un mot, Entretien avec le diable sera une lecture idéale pour l’automne, inquiétante sans être ni violente ni horrifique pour autant. J’ai passé un très bon moment de lecture et, encore une fois, je me suis laissée porter volontiers au gré des circonvolutions des réflexions de Volnay et du moine hérétique, décidément un duo de choc.

En Bref :

Les + : toujours aussi plaisant de suivre Volnay et le moine hérétique dans leurs enquêtes. Une bonne lecture d'automne avec ses revenants et sa Dame Blanche, même si j'ai préféré le précédent, Humeur noire à Venise.
Les - :
peut-être quelques longueurs par moments qui ont légèrement ralenti mon rythme de lecture.


Une enquête du commissaire aux morts étranges, tome 5, Entretien avec le diable ; Olivier Barde-Cabuçon

 Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle

 

  • Envie de découvrir d'autres enquêtes de Volnay et du moine hérétique ? Retrouvez ici mes avis sur les quatre premiers tomes : 

 

Casanova et la femme sans visage (tome 1)

Messe noire (tome 2) 

Tuez qui vous voulez (tome 3)

Humeur noire à Venise (tome 4)

 

 

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