• Dracula ; Bram Stoker

    « Ne promettrons-nous pas tous, alors, d'aller jusqu'au bout de notre amère voie ? »

    Dracula ; Bram Stoker

     

     Publié en 1897 en Angleterre ; en 2009 en France (pour la présente édition) 

    Titre original : Dracula

    Editions Le Livre de Poche

    604 pages 

    Résumé :

    Jonathan Harker, jeune notaire, est envoyé en Transylvanie pour rencontrer un client, le comte Dracula, nouveau propriétaire d'un domaine à Londres. A son arrivée, il découvre un pays mystérieux et menaçant, dont les habitants se signent au nom de Dracula. 
    Malgré la bienveillance de son hôte, le jeune clerc ne peut qu'éprouver une angoisse grandissante. Très vite, il se rend à la terrifiante évidence : il est prisonnier d'un homme qui n'est pas un homme. Et qui partira bientôt hanter les nuits de Londres...Grand classique de la littérature de vampires, best-seller de tous les temps après la Bible, Dracula est une source d'inspiration inépuisable. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    Au lycée, j'ai lu une version abrégée de Dracula. Une lecture qui me suffisait amplement à cette date-là, je dois bien l'avouer. J'avais aimé cette lecture et, au départ, je n'ai ressenti aucun sentiment de frustration. Celle-ci est venue bien après, quand je me suis dit que c'était dommage, quand même, de n'avoir jamais eu la version intégrale entre les mains.
    Eh bien, voilà ! C'est chose faite ! J'ai ENFIN lu Dracula, le texte intégral et, bien sûr -ce dont je me doutais de toute façon avant même d'ouvrir le livre-, j'ai beaucoup aimé ! Ce roman est culte, c'est un classique de la littérature anglaise et de la littérature fantastique en général !
    Ai-je réellement besoin de vous présenter ce roman ? Je ne pense pas : sans l'avoir lu, je suis sûre que vous le connaissez, ne serait-ce qu'un petit peu, peut-être au travers du cinéma ou des diverses adaptations.
    Mais on va quand même en dire quelques mots. Au XIXème siècle, donc, un jeune notaire anglais, Jonathan Harker, est mandaté pour se rendre en Transylvanie, au beau milieu des Carpates, à la rencontre d'un mystérieux client ayant acheté une demeure à Londres. Là, il se heurte à un pays extrêmement différent du sien, encore très marqué par les superstitions et les croyances ancestrales, que le jeune homme n'est pas loin de prendre, au départ, pour de l'idolâtrie (« J'ai lu quelque part que toutes les superstitions du monde sont rassemblées dans le fer à cheval des Carpates, comme si elles formaient les limites d'un tourbillon où se concentrent les imaginations populaires. » ). Puis il arrive enfin au château du comte Dracula ou tout se complique. Prisonnier de cette vieille forteresse, Jonathan va assister à des choses qui dépassent son entendement... Et si les croyances ancestrales étaient finalement bien plus fondées qu'elles n'en ont l'air ?
    Bram Stoker, comme beaucoup d'auteurs du XIXème siècle surfe en quelque sorte sur une vague qui marche très bien à l'époque : le fantastique. Edgar Allan Poe en est un bon représentant, Mary Shelley également... En France, ce sont des auteurs comme Maupassant, Gautier ou encore Barbey d'Aurevilly qui s'essaient aux romans ou nouvelles fantastiques. Même Dumas commettra une fameuse Dame des Carpates, preuve que le genre, alors, est florissant ! Fantômes, revenants, vampires, loup-garous et autres événements inexpliqués y ont la part belle et font vendre. Comme aujourd'hui. Personnellement, je ne suis pas fan de bit lit et ne l'ai jamais été. Le fantastique n'est pas mon genre de prédilection et, disons le tout de suite, si jamais je dois m'y frotter, je préfère encore la version de Stoker que celle de Meyer : je n'ai rien contre Twilight, ne l'ayant pas lu, mais cette version un peu trop contemporaine ne me tente pas. Quitte à lire une histoire de vampires, autant se tourner vers les classiques.
    Stoker s'inspire là d'un mythe bien connu et qui terrifie l'humanité depuis des siècles : celui du vampire, monstre à apparence humaine qui ne vit qu'une fois la nuit tombée et se nourrit du sang de victimes qu'il contamine peu à peu. Si les romans modernes ont participé à rendre le personnage presque glamour, je vous garantis qu'il n'en est absolument rien dans ce roman ! Dracula est terrifiant à souhait et correspond bien à l'archétype du vampire et à l'image qu'on se fait du personnage, même si, paradoxalement, c'est justement le Dracula de Bram Stoker qui a fixé l'image courante.
    L'auteur s'inspire là de légendes et croyances intemporelles parce que le vampire se retrouve, sous diverses formes, dans toutes les civilisations et régions du monde : il est très lié, notamment, au mystère du sang et à l'inquiétude de la mort et de l'après. Connu dès l'Antiquité, avec les personnages de Lilith ou Lamia, sensuels quand ils s'incarnent en figures féminines, le vampire se retrouve dans les civilisations pré colombiennes, comme en Afrique, en Amérique comme en Asie. En Europe, c'est surtout à partir du XVIIIème siècle que le mythe se popularise même si le vampire est présent dans les légendes slaves dès le Moyen Âge.
    Quant au fameux voïvode de Valachie, Vlad III, qui fit régner la terreur en Transylvanie sous son règne, empalant systématiquement ses ennemis, il reste très associé au mythe du vampire de part surtout la proximité de son surnom, dracul -qui signifie dragon en roumain-, et parce que Bram Stoker en a fait le modèle de son propre personnage. Le Dracula du roman est en effet censé avoir vécu au temps de la domination turque sur les Carpates et les avoir combattus, ce qui présente une certaine analogie avec le personnage historique et authentique. Le voïvode reste donc associé au mythe de part cet amalgame, sans l'avoir été de son vivant.
    Au XXème siècle, c'est ensuite le cinéma qui s'empare du mythe : en 1922, Murnau réalise le fameux Nosferatu ; Bela Lugosi interprétera un inquiétant suceur de sang dans le film de Tod Browning en 1931 ; Roman Polanski, dans les années 1960, met en scène sa jeune épouse Sharon Tate, dans Le Bal des Vampires tandis que le roman de Stoker est adapté à merveille par Coppola. Quant aux romans de Anne Rice, ils connaîtront un succès qui ne se dément pas, notamment grâce aux adaptations cinématographiques. Aujourd'hui, romans, films et séries télévisées, notamment destinés aux adolescents et qui donnent une vision plus positive des vampires ou à tout le moins, moins effrayante, se popularisent sans cesse.

    Bela Lugosi dans le film de Tod Browning (1931) : son costume évoque celui des nobles austro-hongrois du XIXème siècle 


    Le vampire est donc un personnage très connu mais qui ne cesse de susciter chez nous une certaine angoisse et Bram Stoker sait distiller celle-ci à merveille. Il joue sur nos peurs les plus enfouies, tout cela dans une ambiance noire et tendue qui participe bien sûr à créer un certain malaise chez le lecteur, malaise qui ne nous quitte plus. Et pourtant, l'histoire de Dracula est archi-connue : même sans avoir lu le roman on connaît l'histoire. Et pourtant, on ne peut s'empêcher de se faire happer par l'ambiance et tout le brouillard qu'elle véhicule... On ressent la même angoisse que les personnages, notre esprit rationnel est mis à aussi rude épreuve que la leur !
    C'est là justement l'un des tours de force de l'auteur : son intrigue est, en elle-même, tellement vraisemblable au départ qu'on finit par se dire : est-ce que ça pourrait exister ? Est-ce qu'une telle chose pourrait réellement, rationnellement exister ? L'auteur arriverait presque à nous faire douter !
    Les personnages, justement, luttent justement tout au long du roman, entre leur esprit pragmatique et leur rationalité fondamentalement humaine -qui est aussi une manière de protection-, et l'idée irrépressible que tout ce à quoi ils sont confrontés est vrai, complètement réel. Ils sont tiraillés entre ce que leur dicte leur esprit et ce qu'ils ressentent au fond d'eux mais qu'ils rejettent, comme un relent d’idolâtrie ou de superstitions. La phrase de Van Helsing, prononcée alors qu'il se bat pour sauver Lucy, est éloquente : « Ne craignez même pas de  considérer l'impossible ! »
    On suit donc tout au long du roman leur prise de conscience, qui se fait progressivement et les terrifie ( « Parfois, vous ne permettez pas à vos yeux de voir ni à vos oreilles d'entendre et vous ne vous encombrez pas de tout ce qui transcende votre vie quotidienne. Ne croyez-vous pas qu'il existe des forces que vous ne pouvez comprendre - ce qui n'exclut pas leur existence ? » ). Nous, en temps que lecteurs, nous sommes vite happés par l'ambiance et la tension : tout y est pour nous faire froid dans le dos... Le château en ruines perdu au fin fond de la forêt des Carpates, les loups, le brouillard, des vaisseaux fantômes, d'immenses chauve-souris, des fous à lier... Bram Stoker maîtrise son intrigue à merveille, ainsi que ses personnages. Ils sont tous attachants pour diverses raisons et, au - dessus d'eux, domine le comte, qu'on ne peut assurément pas qualifier d'attachant mais qui est fascinant de charisme. Dracula est sans nul doute terrifiant mais il a aussi quelque chose de très attirant et on finit par rechercher sa présence, tout en la redoutant.
    En même temps, au sein même du marasme, on sent vite l'espoir poindre, notamment grâce à la science, qui se développe beaucoup à l'époque et notamment la médecine, représentée par le professeur Van Helsing et le docteur Seward. Le vampirisme qui atteint successivement Lucy Westenra puis Mina Harker, la femme de Jonathan est abordée comme une maladie, sérieuse, certes, mais pas incurable. A travers la figure des deux médecins, c'est finalement le triomphe de la modernité sur les croyances anciennes et sur les peurs les plus enfouies et surtout sur l'idée que tout est fatalité : rien n'est impossible, pas même le fait de lutter contre un vampire, à partir du moment où la science se met au service d'un tel combat.
    Seward et Van Helsing ne sont pas des super héros et ils ne sont pas exempts de périodes de doutes, d'impuissance et de terreurs, mais ils ont aussi la conviction inébranlable qu'ils peuvent faire quelque chose, qu'ils en ont les moyens, ce qui est une arme puissante.
    J'ai aussi aimé le personnage de Mina, peut-être parce qu'elle est le seul personnage féminin que l'on suit jusqu'au bout et qui est partie prenante de la lutte contre Dracula. Elle est forte et a beaucoup de courage : en cela, elle est admirable. J'ai aussi apprécié la relation qui l'unit à son mari, Jonathan.
    Dracula est un roman très abouti, certainement l'un des meilleurs romans fantastiques du XIXème siècle. Bram Stoker a effectué là un excellent travail et son roman est servi par un style unique où dominent tour à tour la gravité et l'humour, la terreur la plus noire puis l'espoir. Il maîtrise aussi très bien l'art de la description : les paysages grandioses et sauvages de Transylvanie se déploient sous nos yeux. Puis c'est le Londres victorien qui s'offre à nous.
    Cette lecture ne laisse assurément pas indifférent. On aime ou pas... C'est vrai que certains passages sont peut-être un peu longs parfois, bien que, personnellement, je n'ai ressenti aucune lassitude au cours de ma lecture.
    J'ai vraiment eu l'impression de redécouvrir le texte et j'ai beaucoup aimé l'alternance des points de vue grâce à la présentation en forme de journaux intimes ! Je le connaissais déjà un peu, ce texte, mais je me suis aperçue que les versions abrégées suppriment aussi des passages extrêmement importants et pour lesquels un résumé de quelques lignes ne suffit pas. Dracula est un tout,on ne peut réellement dissocier ce qui est important de ce qui ne l'est pas. Au final, tout, dans l'intrigue, présente un intérêt pour nous, lecteurs, pour notre compréhension.
    Je me suis vraiment laissée allée dans cette intrigue, non sans délices. J'ai tellement aimé frissonner et avoir peur ! J'ai tourné la dernière page ravie d'avoir enfin lu une version intégrale de ce roman. Je déplore quelques coquilles d'impression. A part ça, rien à dire. 

    Keanu Reeves (Jonathan Harker) et Gary Oldman (Dracula) dans le film de Francis Ford Coppola (1993)

    En Bref :

    Les + : un roman bien mené, effrayant à souhait. Bram Stoker sait assurément parfaitement jouer avec nos peurs les plus enfouies. 
    Les - :
    quelques coquilles d'impression. 

     

     

     


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  • Commentaires

    1
    Mélissa
    Mercredi 18 Octobre à 15:26

    Bonjour,

    je l'ai lu en version intégrale au lycée, comme lecture personnelle, et j'avais eu un énorme coup de coeur.  Terrifiant, assurément. La scène où Jonathan voit Dracula qui escalade son mur avec un petit bohémien dans son sac ( pour ensuite le dévorer ) m'a marquée. Le personnage est vraiment effrayant. Je me souviens d'une ambiance très pesante. En tout cas c'est une totale réussite littéraire et j'ai du mal à comprendre qu'on se plaigne des " longueurs " dans ce livre. Elles sont nécessaires à mon sens pour instaurer l'ambiance glaciale et horrifique. De toute façon , en règle générale, je suis contre les versions abrégées : c'est dégradant que de faire un travail de  " coupe " dans le récit de l'auteur. 

    Les adaptations : à mon sens elles ne font pas hommage au roman. Mais j'ai envie de retenir celle de 1922 qui reste une adaptation assez libre ( " Nosferatu le vampire " ). 

    Une belle critique pour un livre culte. cool

    Mélissa. 

      • Mercredi 18 Octobre à 17:01

        Merci ! ! Elle est très longue, cette chronique et peut-être tout le monde n'aura-t-il pas le courage de la lire en entier... mais j'ai pris plaisir à l'écrire, c'est l'essentiel ! ^^ J'avais envie de dire quand même quelques mots sur le mythe du vampire et ses origines. 

        Tout est terrifiant dans ce roman et c'est justement ça qui fait toute sa force et sa puissance. Je ne suis pas fan du tout des trucs qui foutent la trouille : je n'aime pas les films d'horreur, je n'en regarde pas, je ne lis pas vraiment de romans qui font peur. Ce n'est pas mon truc. Mais la version abrégée de Dracula m'avait déjà fascinée, alors j'avais très envie de lire la version intégrale, je savais que je serais séduite et que, malgré la peur que je ressentirais sûrement, je ne pourrais m'empêcher de prendre la mesure d'une telle oeuvre ! Dracula, c'est un classique de la littérature anglaise, mais mondiale, aussi ! Ce roman est connu partout, il a été adapté des dizaines de fois, il a inspiré d'autres personnages de vampires, de manière plus ou moins heureuse... le côté culte du roman me donnait envie, aussi, au-delà du fait que c'est un livre fantastique et que je n'aime pas ça, à la base. Effectivement, avec une lecture comme celle-là, mon esprit cartésien a été mis à mal mais j'ai trouvé que Stoker rendait son intrigue tellement vraisemblable et on finirait presque par y croire et à se retourner en croyant voir Dracula derrière son épaule ! ! winktongue Et je suis d'accord avec toi, ces longueurs que certains déplorent (si tant est qu'on puisse appeler ça des longueurs) sont nécessaires. Sans ça, comment instiller la peur et l'angoisse ? C'est justement en le faisant tout doucement qu'elles s'installent bien sûrement !  sarcastic

        Quant aux adaptations, je ne les ai pas vues, je ne suis pas du tout cinéphile et n'en ressent pas le besoin. Je les connais, parce que j'ai eu une période où je me suis beaucoup renseignée sur les mythes liés à Dracula, ça me plaisait beaucoup, justement après ma première lecture. ^^ Je pense que c'est difficile d'adapter une telle oeuvre. Il paraît que, même si elle prend quand même quelques libertés, la version de Coppola est assez fidèle au roman. Personnellement, je crois que je vais m'en tenir à l'oeuvre originale. Stoker a un talent fou et son roman se suffit à lui-même. Il n'a pas besoin d'être adapté en film pour être magnifié. ^^

        Merci pour ton passage ici ! cool

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