• Romans Historiques

    Romans Historiques « Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux. »

    Jules Renard

     

    SOMMAIRE ROMANS HISTORIQUES

     

    - A - 

    Ashford Lindsay, La Dame de l'Orient-Express

    Audouard Antoine, Adieu mon Unique 

    - B - 

    Baker Jo, Une saison à Longbourn 

    Barthel Jocelyne, Mademoiselle de Pâquelin 

    Benzoni Juliette, Ces Femmes du Grand Siècle 

    Benzoni Juliette, De Deux Roses l'Une 

    Benzoni Juliette, La Florentine, Intégrale, t1 : Fiora et la Vengeance

    Benzoni Juliette, La Florentine, Intégrale, t2 : Fiora et l'Amour

    Benzoni Juliette, La Guerre des Duchesses, t1 : La Fille du Condamné

    Benzoni Juliette, La Guerre des Duchesses, t2 : Princesse des Vandales 

    Benzoni Juliette, La Petite Peste et le Chat Botté 

    Benzoni Juliette, Les Chevaliers Intégrale 

    Benzoni, Un Aussi Long Chemin 

    Berest Claire et Anne, Gabriële

    Berest Claire, Rien n'est Noir

    Bourassa Marie, Le Maître des Peines, t1 : Le Jardin d'Adélie 

    Bourassa Marie, Le Maître des Peines, t2 : Le Mariage de la Licorne 

    Bourassa Marie, Le Maître des Peines, t3 : Le Salut du Corbeau

    Bourdon Françoise, Le Maître Ardoisier 

    Bourdon Françoise, Les Tisserands de la Licorne 

    Boysson (de) Emmanuelle, Le Temps des Femmes, t1 : Le Salon d'Emilie

    Boysson (de) Emmanuelle, Le Temps des Femmes, t2 : La Revanche de Blanche

    Boysson (de) Emmanuelle, Le Temps des Femmes, t3 : Oublier Marquise 

    Broca (de) Alexandra, Monsieur mon Amour 

    Brussolo Serge, Marion des Pierres, t1 : Pèlerins des Ténèbres 

    Brussolo Serge, Marion des Pierres, t2 : La Captive de l'Hiver

    - C - 

    Caillé-Bastide Virginie, Le Sans Dieu

    Calmel Mireille, La Marquise 

    Calmel Mireille, Les Lionnes de Venise, t1 

    Carolis (de) Patrick, Letizia R. Bonaparte : dans l'intimité de la mère de Napoléon

    Chandernagor Françoise, L'Enfant des Lumières 

    Charréard Alex, Philis : une Héroïne, une Femme 

    Chauveau Sophie, Fragonard, l'Invention du Bonheur 

    Chauveau Sophie, Le Siècle de Florence, t2 : Le Rêve Botticelli 

    Chauveau Sophie, Le Siècle de Florence, t3 : L'Obsession Vinci 

    Chevalier Tracy, A l'Orée du Verger 

    Chevalier Tracy, La Dernière Fugitive 

    Chouraqui Véronique, D'un Rouge Incomparable 

    Cilento Antonella, Lisario ou le Plaisir Infini des Femmes 

    Contrucci Jean, La Vengeance du Roi-Soleil 

    - D - 

    Dédéyan Marina, De Tempête et d'Espoir, t1 : Saint-Malo

    Dédéyan Marina, De Tempête et d'Espoir, t2 : Pondichéry 

    Dédéyan Marina, Moi, Constance, Princesse d'Antioche 

    Deschamps Fanny, La Bougainvillée, t1 : Le Jardin du Roi

    Deschamps Fanny, La Bougainville, t2 : Quatre-Épices 

    Desprat Jean-Paul, Les Couleurs du Feu, t3 : Rouge de Paris 

    Desprat Jean-Paul, Les Princesses Assassines

    Di Fulvio Luca, Le Gang des Rêves 

    Diwo Jean, Demoiselles des Lumières 

    Duchêne Jacqueline, La Dame de Vaugirard

    Duchêne Jacqueline, La Femme du Roi-Soleil 

    Duchêne Jacqueline, Madame l’Étrangère 

    Dufaux Jean et Delaby Philippe, Murena, t1 : La Pourpre et l'Or (BD)

    Dufaux Jean et Delaby Philippe, Murena, t2 : De Sable et de Sang (BD) 

    Dupuy Marie-Bernadette, Angélina, t1 : Les Mains de la Vie 

    Dupuy Marie-Bernadette, Angélina, t2 : Le Temps des Délivrances 

    Dupuy Marie-Bernadette, Les Enfants du Pas du Loup 

    - E - 

    Ebershoff David, Danish Girl

    - F - 

    Fajardie Frédéric H., La Lanterne des Morts 

    Fellowes Julian, Belgravia 

    Fernandez Dominique, La Course à l'Abîme

    Fischer Elise, Mystérieuse Manon 

    Ford Mackenzie, Un Amour Dérobé 

    Fraser Emma, Quand soufflera le Vent de l'Aube

    Frydman Sarah, La Saga des Médicis, t1 : Contessina

    Frydman Sarah, La Saga des Médicis, t2 : Le Lys de Florence

    Frydman Sarah, La Saga des Médicis, t3 : Lorenzo ou la Fin des Médicis 

    - G - 

    Glasfurd Guinevere, Les Mots entre mes Mains 

    Grèce (de) Michel, Le Rajah Bourbon 

    Grèce (de) Michel, Le Vol du Régent 

    Gregory Philippa, La Dernière Reine

    Gregory Philippa, La Princesse Blanche

    Gregory Philippa, La Reine Clandestine 

    Grissom Kathleen, La Colline aux Esclaves

    Grissom Kathleen, Les Larmes de la Liberté

    Grondin Nicolas, L’Énigme de la Diane, t1 : De l'Iroise aux Caraïbes

    Grondin Nicolas, L’Énigme de la Diane, t2 : Des Antilles aux Mascareignes 

    Gyasi Yaa, No Home

    - H - 

    Hermary-Vieille Catherine, La Bourbonnaise 

    Hermary-Vieille Catherine, Le Rivage des Adieux 

    Hope Anna, Le Chagrin des Vivants 

    Hug Nathalie, 1, Rue des Petits-Pas 

    - I - 

    - J -

    Janzing Jolien, Audrey et Anne 

    - K - 

    Keane Mary Beth, La Cuisinière 

    Kertanguy (de) Inès, Les Héritiers de Kervalon 

    Khadra Yasmina, Ce que le Jour doit à la Nuit 

    - L - 

    Lapierre Alexandra, Je te vois Reine des Quatre Parties du Monde 

    Le Nabour Eric, Retour à Tinténiac

    Lenormand Frédéric, Mademoiselle Chon du Barry ou les Surprises du Destin 

    Lesage Mireille, Les Ailes du Matin, t1

    Lesage Mireille, Les Ailes du Matin, t2 

    Leyshon Nell, La Couleur du Lait 

    Lyndon Robert, La Quête 

    - M -

     

    Marchal Eric, La Part de l'Aube 

    Marchal Eric, Le Soleil sous la Soie 

    Marcus Mary, Le Refuge des Souvenirs 

    Mansiet-Berthaud Madeleine, Les Nuits Blanches de Léna

    Mantel Hilary, Le Conseiller, t1 : Dans l'Ombre des Tudors

    Mantel Hilary, Le Conseiller, t2 : Le Pouvoir

    Mazetti Katarina, Le Viking qui voulait épouser la Fille de Soie 

    Michelet Claude, Des Grives aux Loups, t1

    Michelet Claude, Des Grives aux Loups, t2 : les Palombes ne passeront plus 

    Montaldi Valeria, La Rebelle : Femme médecin au Moyen Âge

    Moore Viviane, La Saga de Tancrède le Normand (Intégrale des trois premiers tomes)

    Morell Léon, Le Ciel de la Chapelle Sixtine 

    Mutch Barbara, Une chanson pour Ada 

    - N - 

    Noblet Maryvonne, Médiévales 

    Nohant Gaëlle, La Part des Flammes 

    - O - 

    - P - 

    Perez Chiara, Les Deux Orphelines 

    Perri Audrey, Une Bonne Âme 

    Pesnot Patrick, La Rose et le Bourreau 

    Peyramaure Michel, Le Roman de Catherine de Médicis 

    Poole Sara, Francesca, empoisonneuse à la Cour des Borgia, t1 

    Poole Sara, Francesca, empoisonneuse à la Cour des Borgia, t2 : La Trahison des Borgia 

    Poole Sara, Francesca, empoisonneuse à la Cour des Borgia, t3 : Maîtresse de Borgia 

    - Q - 

    Quinn Kate, Borgia, t1 : Le Serpent et la Perle 

    Quinn Kate, Rome t2 : L'Impératrice des Sept Collines 

    Quinn Kate, Rome t3 : Les Héritières de Rome 

    - R - 

    Renucci Clélia, Concours pour le Paradis 

    Révay Theresa, L'Autre Rive du Bosphore 

    Rindell Suzanne, Fascinante Odalie 

    - S - 

    Sauvage-Avit Jeanne-Marie, Perline, Clémence, Lucille et les autres... 

    Schackis Jean-Pierre, Amitiés rouge Sang - Le Sang des Âmes 

    Signol Christian, Ce que Vivent les Hommes, t1 : Les Noëls Blancs

    Signol Christian, Ce que Vivent les Hommes, t2 : Les Printemps de ce Monde 

    Simonson Helen, L’Été avant la Guerre 

    Solomons Natasha, Le Manoir de Tyneford 

    Spitzer Sébastien, Ces Rêves qu'on Piétine 

    - T - 

    Troyat Henri, Les Semailles et les Moissons, Intégrale

    - U - 

    - V - 

    Vlérick Colette, L'Herbe à la Reine 

    - W - 

    Willocks Tim, Trilogie Tannhauser, t1 : La Religion

    Willocks Tim, Trilogie Tannhauser, t2 : Les Douze Enfants de Paris 

    Wood Barbara, Inavouable Héritage 

    Wood Barbara, La Fille du Loup 

    Wood Barbara, Séléné 

    - X - 

    - Y - 

    Young Robyn, Les Maîtres d'Ecosse, t1 : Avènement

    Young Robyn, Les Maîtres d'Ecosse, t2 : Renégat 

    Yvert Sylvie, Mousseline la Sérieuse 

    - Z - 

    Zusak Marcus, La Voleuse de Livres 

  • « Apprends à considérer la vie comme un don précieux et pas comme une chose de rien, comme font les imbéciles et les désespérés. »

    Couverture Le soleil des rebelles

     

     

            Publié en 2015 en Italie 

       En 2019 en France (pour la présente édition)

       Titre original : Il Bambino che trovo il Sole de       Notte

       Editions Pocket

       830 pages

     

     

     

     

    Résumé :

    Royaume de Saxe, 1407. Marcus II, prince héréditaire, grandit choyé dans son château, nourri de tartes aux pommes, vêtu de fourrures épaisses le protégeant du froid. Au début de l'hiver, tandis que l'enfant s'émerveille de la tombée des premières neiges, l'impitoyable Agomar, seigneur du royaume voisin, pénètre avec ses troupes dans l'enceinte fortifiée. Sous les yeux impuissants du jeune Marcus, les membres de sa famille et de la Cour sont massacrés. 
    Grâce à la fille d'une domestique il parvient à s'enfuir et trouve refuge chez les serfs. Une nouvelle vie commence pour le prince. Mais l'héritier saura-t-il oublier d'où il vient pour survivre ? 

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    L'année dernière après avoir vu ce roman partout, je décide de lire enfin Le Gang des Rêves, assurée, par tous les commentaires dithyrambiques que j'avais pu lire ici ou là que je serais très emballée, voire que j'aurais un coup de cœur comme beaucoup de lecteurs, qui ne juraient plus que par cet auteur. Donc en janvier, je lis Le Gang des Rêves, que j'ai aimé : dire le contraire serait mentir. Mais il m'a manqué le petit truc, la petite étincelle qui fait que... en revanche, quelle merveilleuse plume que celle de Luca Di Fulvio, auteur que je découvrais et qui, en effet, est extrêmement talentueux.
    Cette année, j'ai décidé de retenter l'expérience : après tout, ce n'est pas le coup de cœur qui fait forcément une bonne lecture. On peut beaucoup aimer un roman sans éprouver de coup de foudre, au contraire on peut lui trouver des défauts et en même temps en garder un très bon souvenir. Donc j'ai décidé de me lancer dans Le Soleil des Rebelles dont le résumé m'attirait plus, peut-être de part l'époque choisie, le lieu aussi...
    Ici, nous ne sommes pas à New York dans les années 1920 mais en plein cœur de l'Europe au début du XVème siècle. Le jeune Marcus II de Saxe, âgé d'une dizaine d'années mène une vie extrêmement protégée dans le château paternel, ne se confrontant ni au froid ni à la misère qui est celle du peuple à l'époque. Mais tout bascule lorsque, au début d'un hiver particulièrement précoce et rigoureux, ses parents sont assassinés par un seigneur voisin convoitant leurs terres. Sauvé in extremis par Eloisa, la fille de la sage-femme, Marcus doit disparaître de la circulation pour sauver sa vie. Rebaptisé Mikael, élevé près d'Eloisa par la mère de cette dernière, Agnete, une femme sage mais rude, le jeune garçon doit apprendre la résilience, la patience et la vie, en général. Cela ne se fera pas sans mal, mais un jour Mikael deviendra un homme, en mesure de tenir tête à l'ennemi de son père et de venger ce dernier.
    Sublime roman sur la résilience, l'amour, filial ou charnel et la liberté, Le Soleil des rebelles nous transporte littéralement, dans tout un monde et toute une époque.
    Si, comme dans Le Gang des Rêves, j'ai eu du mal à entrer dans l'histoire, je crois que j'ai été plus emballée par Le Soleil des Rebelles : comme je le disais plus haut, je pense que c'est essentiellement le lieu et l'époque qui ont plus correspondu à ce que j'aime. Je n'ai rien contre le New York des années 20 et Luca Di Fulvio en fait une formidable description...mais j'ai plus facilement voyagé dans cette Raühnvahl, vallée perdue aux confins des terres italiennes et impériales, perdue dans les rudes montagnes de l'Europe centrale. Nous ne savons pas exactement où nous sommes, les noms se mélangent, germaniques, slaves, italiens...on sait que Mikael est né Marcus de Saxe, on peut supposer qu'il appartient à cette ancienne maison royale (même si je n'ai rien trouvé dans l'Histoire qui puisse rappeler cette intrigue) et donc, que l'intrigue se situe quelque part entre la future Allemagne et les terres d'Europe centrale. Les personnages, à un moment donné, voyagent à Constance où se tient un concile : on sait alors que nous sommes entre 1414 et 1418, années durant lesquelles se déroule ce fameux concile qui, au début du XVème siècle, mettra fin au Schisme qui déchire l'Eglise catholique depuis cent ans. A part ça, peu d'indications concernant les lieux, le temps et si, en temps normal, cela me gêne un peu (j'aime pouvoir me situer), ce ne fut pas le cas ici : au final, cela donne beaucoup d'universalité au récit, qui pourrait se passer n'importe où, en Espagne, en Angleterre, en France, en Scandinavie, peu importe ! Et s'il y'a bien une chose que j'aime dans les romans, c'est justement lorsqu'on se rend compte de cet universalité qui lie les hommes depuis des siècles et que nos mécanismes les plus profonds ne sont pas beaucoup plus différents de ceux de nos lointains ancêtres.
    A part ça, j'ai retrouvé l'univers de Luca Di Fulvio, très personnel et, à mon avis, inimitable : cette histoire, personne d'autre que lui n'aurait pu l'écrire ou alors, certainement moins bien. S'il y'a bien une chose que j'avais remarquée dans Le Gang des Rêves, c'est que Di Fulvio est un excellent analyste du genre humain et un portraitiste hors pair et j'ai retrouvé cela dans Le Soleil des Rebelles, avec beaucoup de plaisir, cela va sans dire. Tous les personnages du récit sont importants et y ont leur place, les plus sympathiques comme les plus désagréables voire ceux qui semblent avoir une âme très noire pour espérer la voir un jour se purifier. Personne n'est bon ou mauvais par essence et celui qui est mauvais peut s'amender et s'améliorer, voilà ce qui transparaît de ce récit et qui finit par se vérifier.
    Si j'ai vraiment craint, au début, de ne pas réussir à aimer cette intrigue, de ne pas réussir à y rentrer, ne sachant franchement pas où l'auteur allait m'emmener, heureusement ce sentiment un peu désagréable pour un lecteur s'est vite dissipé et le roman s'est déroulé tout seul, avec fluidité, avec simplicité. Je me suis entièrement plongée dans ce roman, je ne le posais qu'avec regret et je suis aussi arrivée à regret aux dernières pages.
    Mené de main de maître, ce roman d'apprentissage qui n'est pas tendre pour son héros et le fait tomber plusieurs fois durement mais pour mieux le relever est formidablement porteur d'espoir, d'optimisme et est une bulle de positif dans un monde qui semble courir à sa perte, jeté en pâture à un seigneur cruel et sans scrupules. Peut-être que, des fois, c'est un peu cliché...peut-être que, dès le début (allez, la moitié) du livre on sent arriver le happy end qui semble inévitable. Ok. Mais en même temps, c'est tellement bien écrit, tellement captivant, on se prend tellement d'amitié pour les personnages qu'on oublie tout ça. Une lectrice a soulevé de troublantes analogies entre ce roman et Le Trône de Fer, la fameuse saga de G.R.R Martin. Personnellement, n'ayant pas lu l'oeuvre de ce dernier, j'accorde le bénéfice du doute à Luca Di Fulvio et je recommande mille fois ce roman : même si vous n'aimez pas les romans historiques ou qu'ils vous font peur, ici, nous sommes plus dans un roman de l'humain que dans un roman historique. Cette histoire, comme je le disais plus haut, pourrait se passer n'importe où...je pourrais ajouter qu'elle pourrait se passer n'importe quand. Peut-être n'aurions plus à faire, au XXIème siècle, à des serfs se dressant contre un système féodal qui rappelle inévitablement une histoire médiévale ou, du moins, relativement ancienne. Mais je crois qu'il existe encore, aujourd'hui en 2020, des Mikael et des Eloisa, qui luttent pour leur liberté et prouver qu'ils existent. Alors ne vous laissez pas impressionner par l'époque, au final, elle n'est qu'un faire-valoir, un appui pour le récit et le contexte historique est peu présent.
    Si vous aimez déjà Luca Di Fulvio, peut-être n'aurez-vous pas besoin de lire mes mots pour vous sentir convaincus. Mais si vous le connaissez pas encore, si vous hésitez ou si, comme moi, vous avez lu d'abord son immense succès, Le Gang des Rêves, mais sans l'aimer autant que la grande majorité des lecteurs, certainement Le Soleil des Rebelles pourra vous réconcilier avec son univers, infiniment tendre et philosophique comme immensément froid et cruel quand il faut.
    Si je n'ai pas éprouvé de coup de cœur (le début un peu laborieux et quelques longueurs en milieu de récit me l'ont fait louper, je pense), j'ai malgré tout passé d'excellentes heures de lecture avec ce roman et j'en garderai bien évidemment un très bon souvenir.

    En Bref :

    Les + : roman d'apprentissage faisant la part belle à l'amour, l'optimisme, la liberté et la résilience, Le Soleil des Rebelles est un roman sur l'humain, qui fait réfléchir.
    Les - :
    quelques longueurs en milieu de récit et un début un peu laborieux pour moi, mais heureusement, ce n'est que passager.

     

    Les soeurs Brontë : la Force d'Exister ; Laura El Makki

    Thème de juin, « La Felicità », 6/12


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  • « Mon nom dans sa bouche...jamais je ne l'avais entendu prononcer ainsi. Comme s'il me liait à son territoire, me marquait de son chiffre ; comme si mon âme devenait sienne, et mon corps son jouet. Au simple énoncé de mon nom, il animait ma chair froide et la rendait brûlante. »

     

    Couverture La Sultane Andalouse

     

     

     

     Publié en 2011

     Editions First

     300 pages 

     

     

     

     

     

     

    Résumé :

    Grenade, XVe siècle.
    Fille du désert, Samara danse parmi les dunes chaque matin. Lorsque le calligraphe du sultan la surprend ainsi au lever du jour, fasciné, il décide de la ramener en son palais, au pied de l’Alhambra. Et de l’y garder.
    Derrière les hauts murs ajourés, Samara découvre un univers dominé par les trois femmes du calligraphe. Nul ne lui révèle le mystère qui hante cette cage dorée. Son maître moins que quiconque. Il a besoin de sa silhouette effilée, de ce ventre qu’il laissera vide pour jouir de ses projets… aussi sombres que son encre.
    Mais la danseuse n’est pas une proie ordinaire.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Au XVème siècle en Andalousie, la jeune Samara vit dans un village modeste au milieu des dunes, où elle danse chaque matin, admirant les traces éphémères laissées par son corps dans le sable. Elle s'accommode d'une vie simple, presque miséreuse, aux côtés d'une mère forcée de gagner sa nourriture en vendant ses charmes.
    Un jour, alors qu'elle danse dans le désert, Samara est repérée par un riche étranger de passage. Hypnotisé, ce dernier décide de la ramener à Grenade, où il vit.
    Samara découvre alors la vie de harem dans un splendide palais près de l'Alhambra : la vie exclusivement féminine, à l'ombre des moucharabieh, délicieusement languissante dans les coussins moelleux et les tapis épais, les mets sucrés et dégoulinants de miel, les dessins au henné sur la peau, les odeurs d'épices et d'agrumes... au XVème siècle, l'Andalousie qui n'a pas encore été reprise par les Rois Catholiques, Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon, est un petit bout d'Orient, un petit bout de terre musulmane en Espagne. Grenade est alors une ville prospère dirigée par un sultan vivant derrière les superbes murs rouges du palais de l'Alhambra où le temps semble s'être arrêté, seulement scandé par les appels à la prière lancé par le muezzin depuis le haut de son minaret.
    Bientôt cependant, Samara s'aperçoit que le palais où elle vit désormais recèle bien des secrets : très vite, elle apprend des femmes qui y vivent, servantes, épouse ou favorite du maître (Seher, la première épouse, Azula, la favorite d'origine chrétienne, Orphir, la plus jeune, jalouse de sa position d'autant plus que celle-ci est la moins assurée de toutes), qu'il ne faut pas poser de questions et ne pas se montrer trop curieuse. Mais c'est mal connaître Samara...pourquoi élude-t-on toutes ses questions concernant les danseuses qui l'ont précédée et semblent avoir toutes disparu mystérieusement ? Pourquoi un petit oratoire, dans les appartements du maître, est entièrement interdit d'accès, sous peine de mort ? La jeune fille est bien décidée à comprendre où elle est tombée, ce qu'on lui cache et surtout, ce que l'on veut faire d'elle.
    J'ai lu ce roman une première fois en 2012. Après avoir terminé cette relecture, j'ai relu mes impressions de l'époque et je dois dire que la lectrice que j'étais il y'a huit ans a éprouvé les mêmes ressentis que la lectrice que je suis aujourd'hui. Je parlais alors de roman envoûtant et c'est effectivement ce qui m'a sauté aux yeux de nouveau, immédiatemment. Surtout, je me suis rendu compte que, si je gardais un souvenir global du roman, je ne me souvenais pas de tous les détails et j'ai donc pris un grand plaisir à me replonger dans cette histoire et à m'en souvenir, à mesure que j'avançais dans ma lecture.
    J'ai toujours pensé qu'une relecture, c'était quitte ou double : soit on aime de nouveau, soit on aime moins. En ce qui concerne La Sultane Andalouse, c'est la première option qui s'est présentée et j'en suis heureuse. J'ai retrouvé une ambiance que j'aime, dans la chaleur de l'Andalousie médiévale, j'ai été dépaysée, j'ai voyagé. En même temps, une certaine tension s'instaure petit à petit, quand Samara commence à vouloir comprendre ce qui se passe au palais et pourquoi personne ne veut rien lui dire. La jeune fille qu'on sent au départ fragile, affaiblie peut-être par une vie relativement modeste auprès d'une mère qu'elle voit chaque jour devoir vendre son corps et s'avilir pour pouvoir vivre, se transforme peu à peu et montre tout son courage et sa détermination, notamment à ne pas se laisser faire, quels que soient les desseins que le maître -dont on ne connaît pas le nom- nourrit pour elle.
    Le résumé présente ce roman comme une réécriture du fameux mythe de Barbe-Bleue et effectivement, ça y ressemble. La Sultane Andalouse, pour rester dans l'ambiance Mille et Une Nuits, m'a aussi rappelé l'histoire de la princesse Shéhérazade, quelque peu remaniée toutefois.
    Finalement, j'ai relu ce roman en m'y plongeant comme si c'était une totale découverte et c'est ça, je crois, qui m'a beaucoup plu et m'a de nouveau captivée. J'ai eu l'impression de naviguer dans les tableaux chaleureux et évocateurs des peintres orientalistes, d'Ingres à Delacroix, de poser mes pieds dans les tapis moelleux et de goûter aux gâteaux aux amandes et au miel au milieu des femmes du harem. Ce roman m'a entièrement dépaysée et peut-être plus encore que la première fois. Loin de l'agitation de l'Europe médiévale du XVème siècle, en proie à de nombreux conflits, religieux ou territoriaux, on a l'impression de fermer la porte sur le monde et de s'enfouir dans une bulle de langueur où, malgré tout, rôde une ombre inquiétante.
    Si vous aimez les romans historiques et le voyage, se roman est fait pour vous et, certainement, ne vous décevra pas. Certains lecteurs ont déploré que le récit soit un peu lent. Pour moi, je trouve que cela fait sa force et sa substance. Bref, après cette relecture de La Sultane Andalouse, je suis bien décidée à lire la trilogie de Muriel Romana sur Marco Polo qui, sans nul doute, va m'offrir aussi un beau moment d'évasion.

    En Bref :

    Les + : « Un livre vraiment envoûtant...on est entraîné dans le monde des sérails médiévaux de l'Espagne maure...une plongée dans un monde étrange mais intéressant. Belle lecture » : en 2012, voilà ce que j'écrivais sur ce roman. Après relecture, je ne peux que confirmer ce premier avis. Une lecture envoûtante et qui invite au voyage. J'y étais, dans ce harem maure plein de mystères. Un beau roman.  
    Les - :
    deux ou trois termes qui m'ont paru un peu anachroniques pour un récit se passant au XVème siècle, mais sinon, rien de grave.


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  • « Dans toute cette histoire, mon cher vicomte, nous n'aurons été finalement que des pantins dont plus malin et plus puissant que nous maniait les fils. »

     

    Couverture La vengeance du Roi-Soleil  

     

     

      Publié en 2013

     Editions JC Lattès 

     441 pages 

     

     

     

     

     

     

    Résumé : 

    Alors qu'elle était restée sage durant la Fronde, la bouillante Marseille prend feu dix ans plus tard contre le jeune roi Louis XIV. La noblesse, qui tient la cité, suscite une révolte populaire, mettant la ville à feu et à sang. 
    Venu assister au départ de la galère que commande son frère, le jeune Guillaume de Montmirail se trouve pris dans le tourbillon des événements qui bouleversent la ville. Amoureux fou d'une jeune Marseillaise enlevée sous son nez, pourchassé par une bande de malfrats qui a juré sa perte, le chevalier prendra le parti des insurgés, jusqu'à ce que le destin consente à réunir enfin les amants séparés par l'Histoire. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    A l’été 1659, après s’être tenue tranquille pendant la Fronde, Marseille prend feu et se soulève contre le pouvoir royal. La ville se rebelle violemment, contestant le pouvoir du duc de Mercœur, gouverneur de Provence et des consuls marseillais. C’est dans ce contexte bien trouble que Guillaume de Montmirail, jeune noble champenois venu dire adieu à son frère s’embarquant dans le port de la cité phocéenne, arrive dans cette cité inconnue mais qu’il va apprendre à connaître et à aimer. Se prenant d’amitié pour un pêcheur du quartier Saint-Jean, lou Rousset, surnommé ainsi du fait de sa flamboyante chevelure rousse, partisan notoire de Gaspard de Glandevès, meneur de la contestation marseillaise, Guillaume va finalement embrasser la rébellion et si c’est en plus pour les beaux yeux verts de l’une de ses habitantes, alors là, il n’hésitera plus.
    Ce roman est un véritable roman de cape et d’épée, comme on les aimait au XIXème siècle ! Face à Dumas ou Paul Féval, Jean Contrucci soutient la comparaison sans rougir et nous livre un roman finement écrit et très bien documenté qui captive dès les premières pages. On retrouve l’ambiance aventureuse des Trois Mousquetaires, les senteurs provençales du Comte de Monte-Cristo, les fines lames du Bossu. On est là dans l'un de ces romans qui font si bien revivre le XVIIème siècle de Louis XIII ou Louis XIV, mêlant habilement fiction et réalité.
    Ici, l’histoire privée de Guillaume de Montmirail, personnage fictif, se mêle à celle, plus grande, de la ville de Marseille. Car cette fronde, que Louis XIV écrasera finalement de toute sa grandeur naissante, faisant plier la ville, a bel et bien existé. Le personnage de Glandevès, déjà cité plus haut, aussi. Né en 1620 et mort en 1714, Glandevès reste pour toujours associé à cette opposition marseillaise, défendant bec et ongles ses privilèges contre la mainmise royale. Elle pliera l’échine devant la volonté du roi et on peut presque considérer que l’assujettissement de Marseille est l’un des premiers coups de force de celui qui deviendra un jour aussi incomparable que le Soleil, comme l’amorce de son règne personnel qui doit prendre son envol un an plus tard (les événements de Marseille ont lieu en 1659 et au début de 1660, un an avant la mort de Mazarin et l’annonce du roi de gouverner par lui-même, sans premier ministre).
    J’ai aimé suivre le déroulé de ce roman qui n’ennuie pas une seule seconde. Le style est riche, alternant gravité et humour. Le duo au centre du récit, Guillaume et son ami lou Rousset, le pêcheur, m’a rappelé celui formé par Louis Fronsac et Gaston de Tilly dans Les Enquêtes de Louis Fronsac et, justement, La Vengeance du Roi-Soleil, transposé, avec une touche d’enquête policière en plus, chez Jean d’Aillon, autre auteur provençal que j’apprécie particulièrement, ne déparerait absolument pas, bien au contraire !
    J’ai passé un excellent moment, d’autant plus, je crois, que je ne m’y attendais pas. Entendons-nous bien, je ne pensais pas en démarrant ce roman que je n’allais pas aimer…mais je ne m’attendais pas à un roman d’un tel potentiel, si intéressant historiquement et vraiment servi par une histoire parallèle qui reprend tous les codes des romans historiques dont on a un peu perdu le goût et la maîtrise : aventures rocambolesques, histoire d’amour passionnée, duels et autres combats entre de fins bretteurs et j’en passe… Oui, clairement, La Vengeance du Roi-Soleil est un très bon roman, qui nous transporte hors des dorures de la Cour du Louvre ou de Saint-Germain : découvrir l’Histoire ailleurs qu’à Paris nous change un peu, je trouve, des parti-pris habituels qui mettent la capitale au centre de tout. Ici, on découvre une cité jalouse de son indépendance, née du fait de sa situation particulière et de son avantage indéniable, lui permettant de tenir la dragée haute au pouvoir royal et ne s'en privant pas, d'ailleurs : sa situation sur la mer, à une époque où la monarchie française cherche à dominer la Méditerranée (comme le dit Jean Contrucci, à en faire un « lac français »), fait de Marseille une place stratégique. Mais rétive et bouillonnante, l’ancienne cité des Phocéens n’est pas prête à se soumettre et il faudra toute l’autorité d’un monarque dont le caractère est en train de s’affirmer et en passe de devenir le grand souverain que l’on connaît, pour l’y contraindre. L’histoire de la province est tout aussi édifiante et éclairante que l’histoire parisienne et c’est un peu réducteur, d’ailleurs, de n’aborder l’Histoire de France qu’au travers le prisme parisien. Certes, c’est la capitale qui fut la première secouée par la Fronde mais celle qui agita Marseille à la fin des années 1650 n’est pas en reste. J’ai apprécié ce voyage provençal qui n’a rien d’un voyage touristique fleurant bon la lavande, au contraire. Vraiment, j’ai été plus qu’agréablement surprise et si vous aimez les romans historiques haletants et bien menés, si vous avez lu Dumas avec intérêt et tremblé avec Paul Féval décrivant les exploits de Lagardère et du duc de Nevers, alors sans nul doute, vous aimerez le roman de Contrucci et ses personnages qui n'ont rien à envier à d'Artagnan et aux Mousquetaires !!

    En Bref :

    Les + : Digne successeur des romans de cape et d'épée, La vengeance du Roi-Soleil m'a agréablement surprise. Je crois qu'on peut dire que Jean Contrucci est sans nul doute l'héritier littéraire des grands auteurs classiques de romans de cape et d'épée... Si vous aimez les romans historiques pleins d'aventures, vous aimerez celui-ci, qui nous transporte en pleine révolte marseillaise, en 1660. 
    Les - :
    Aucun, pour moi !


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  • « Frida peint d'un seul tenant, comme on recouvre un petit mur blanc d'une fenêtre en trompe-l'oeil. Elle commence par le haut et déroule son tissu en vagues comme pour ajuster au regard des autres ce qu'elle voit dans sa tête. »

     

    Rien n'est Noir ; Claire Berest 

     

       Publié en 2019  

      Editions Stock (collection La Bleue) 

      250 pages 

     

     

     

     

     

     

     

    Résumé :

    « A force de vouloir m'abriter en toi, j'ai perdu de vue que c'était toi, l'orage. Que c'est de toi que j'aurais dû vouloir m'abriter. Mais qui a envie de vivre abrité des orages ?

    Et tout ça n'est pas triste, mi amor, parce que rien n'est noir, absolument rien. 

    Frida parle haut et fort, avec son corps fracassé par un accident de bus et ses manières excessives d'inviter la muerte et la vida dans chacun de ses gestes. Elle jure comme un charretier, boit des trempées de tequila, et elle ne voit pas où est le problème. Elle aime les manifestations politiques, mettre des fleurs dans les cheveux, parler de sexe crûment, et les fêtes à réveiller les squelettes. Et elle peint. 

    Frida aime par-dessus tout Diego, le peintre le plus célèbre du Mexique, son crapaud insatiable, fatal séducteur, qui couvre les murs de fresques gigantesques. »

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

     Frida et Diego. Diego et Frida. Dans ce roman d'un peu plus de deux cents pages, le couple est au centre du récit. Il est le récit. Couple hors norme et destructeur que se propose de nous raconter ici Claire Berest, l'arrière-petite-fille du peintre Francis Picabia qui avait déjà narré dans un précédent récit la vie passionnante et surréaliste (c'est bien le mot) de Gabriële Buffet, la muse et l'épouse de Francis, cette arrière-grand-mère qu'elle n'a jamais connue.
    Ici, on la retrouve dans le monde de la peinture. Encore, toujours et sans surprise, j'ai envie de dire, comme si raconter l'art pictural faisait écho à l'art bien réel de l'écrivain, que Claire Berest exerce avec brio. Je n'ai pas été surprise, l'an dernier, quand j'ai vu que son nouveau roman traitait de Frida Kahlo et si sa peinture ne m'a jamais spécialement parlé et que je ne connaissais que vaguement sa vie, ce roman s'est aussitôt retrouvé dans ma Wishlist puis dans ma PAL parce qu'il me semblait impensable de passer à côté. Mais, me direz-vous, si je n'ai pas spécialement d'intérêt pour Frida Kahlo, pourquoi avoir envie de lire ce livre à tout prix ? Déjà, pour en apprendre plus sur elle, d'une part. Et ensuite, parce qu'après avoir lu Gabriële en août dernier, il était assuré que je lirai de nouveau Claire Berest. Et le coup de foudre littéraire s'est vraiment confirmé avec Rien n'est Noir. Mon seul regret en terminant ce roman c'est qu'il soit déjà fini, j'en aurais encore lu des pages et des pages. Ils sont rares les auteurs qui maîtrisent si bien la langue et ne se laissent pas mener par elle mais l'emmènent bel et bien là où eux veulent en venir. Le style, la manière d'écrire de Claire Berest sont particuliers et surtout uniques. Si j'avais déjà aimé sa prose dans Gabriële, ici, mon plaisir de lectrice a été particulièrement contenté : ça saute, ça bondit, ça percute, ça redescend, ça chute et ça remonte, et ça re-pétille et ça sautille... Si le personnage de Frida Kahlo est indéniablement le gros point fort du livre -on n'a jamais autant parlé d'elle ni utilisé son image que ces dernières années-, la plume de l'auteure n'est pas en reste et fait de ce livre non pas un roman ordinaire mais un roman extraordinaire et particulièrement formidable, auquel j'ai adhéré dès le premier mot et jusqu'au dernier.
    Parlons maintenant du deuxième point fort du livre, Frida donc. Frida Kahlo dont le nom évoque immédiatement quelque chose à chacun d'entre nous : le physique particulier, la peinture tourmentée, la liaison avec Diego Rivera ou la Casa Azul, au choix.
    Pour moi, Frida Kahlo, c'est l'accident. L'Accident, d'ailleurs, avec un grand A dans le roman, cet accident de bus qui à dix-huit ans la détruit et détruit sa vie. Etudiante en médecine à La Preparatoria de Mexico, jeune femme ordinaire, Frida ne sera jamais plus la même et conservera toute sa vie des douleurs liées à cet accident dont elle ne se remettra jamais vraiment malgré les longs séjours à l'hôpital et les corsets qu'elle devra porter. Brisée, Frida, comme sa peinture ou du moins comme ce qu'elle insuffle dans sa toile et qui transpire profondément le désespoir, l'horreur, le corps prison et souffrant. Plus que sa peinture qui m'a toujours un peu dérangée, j'associais immédiatement Frida Kahlo à cet accident qui finalement la définit beaucoup parce qu'il impliquera sa vie d'artiste.
    Pour le reste, j'ai pas mal appris sur sa vie et notamment sur son union houleuse avec Diego Rivera, peintre mexicain et communiste spécialiste des murales, de grandes fresques qui caractérisent la peinture mexicaine du début du XXème siècle : Rivera reste d'ailleurs le chef de file de ce mouvement que l'on appelle le muralisme mexicain, à l'instar de José Clemente Orozco ou encore, David Alfaro Siqueiros. Ses oeuvres sont indissociables de ses convictions communistes et de son intérêt pour les civilisations du Mexique de l'époque pré hispanique, qu'il partage avec Frida.

    Le couple photographié en 1932


    Beaucoup plus jeune que lui, celle-ci est née en juillet 1907. Plus tard, elle changera sa date de naissance en 7 juillet 1910 pour la faire coïncider avec le début de la révolution au Mexique. Frida est mexicaine par sa mère, Matilde Calderón y González et allemande par son père, Guillermo Kahlo né Carl Wilhelm Kahlo, qui changera de nom à son arrivée au Mexique à l'âge de dix-neuf ans. Une fois adulte, Frida hispanise le prénom germanique Frieda en enlevant le e et utilise aussi son deuxième prénom, Carmen. Elle grandit au milieu d'une fratrie uniquement féminine, composée de quatre autres sœurs. A six ans, Frida est victime de la poliomyélite, qui la laisse boiteuse d'une jambe. Douze ans plus tard, le terrible accident de bus qui faillit lui coûter la vie la laisse handicapée à vie : multiples fractures, abdomen percé d'une barre de fer qui entraînera plus tard un syndrome d'Asherman se traduisant par des adhérences utérines qui l'empêcheront de mener à terme ses grossesses...
    Frida est un corps et une âme souffrants. Mais paradoxalement, ces blessures vont la nourrir et nourrir sa peinture. Son accident est quasi omniprésent dans son oeuvre, elle se représente cassée, cabossée comme dans La Colonne Brisée, où sa poitrine ouverte révèle une colonne antique brisée qui sert de colonne vertébrale : c'est éloquent, non ? Sa relation houleuse et chaotique avec Rivera dont elle divorcera avant de l'épouser une seconde fois la nourrit aussi tout en la détruisant : l'amour qu'elle porte à Diego est fou, passionnel, jaloux alors que lui continue à papillonner et à accumuler les conquêtes. Cette relation est au centre du récit de Claire Berest comme elle est au centre de la vie de Frida, comme elle lui devient nécessaire au fil des années malgré l'amertume qu'elle en tire, plus que de la satisfaction d'ailleurs. Consubstantielle à son existence, cette relation qui semble fragile durera jusqu'au bout, jusqu'à la mort de Frida. La solidité dans la fragilité. Consubstantialité aussi de la peinture et de l'âme torturée de l'artiste...et cela nous donne un récit brillant, lumineux et coloré comme les titres des chapitres choisi avec à-propos par Claire Berest.
    Vous l'aurez sûrement compris, j'ai beaucoup aimé ce roman. Je suis presque déjà à attendre le prochain roman de Claire Berest, car finalement plus que Frida Kahlo, c'est vraiment la plume de l'auteure que j'ai aimée dans ce roman, une plume merveilleuse et que j'ai envie de suivre.
    Pour ce qui est du personnage de Frida Kahlo, j'ai apprécié d'en savoir un peu plus sur elle, c'est sûr, même si sa peinture ne m'attire toujours pas et me dérange même un peu. Décalée, affranchie des normes de son époque, un peu à part, excentrique, Frida Kahlo dans Rien n'est Noir m'a fait penser à La Casati, par exemple où à ces femmes extravagantes du début du XXème siècle. J'ai compris pourquoi elle est une icône pour beaucoup de gens, même si en ce qui me concerne, je n'arrive pas à me retrouver en elle. Une icône féministe aussi. Claire Berest a réussi la prouesse de me passionner pour un destin qui, au départ, ne m'intéressait pas plus que ça. Bref, je termine ce roman totalement enchantée par ma lecture

    The Broken Column.jpg

    La Colonne Brisée (1944) l'une des œuvres les plus connues de Frida Kahlo

     

    En Bref :

    Les + : merveilleuse évocation de la vie d'une artiste hors normes, servie par le style unique et absolument parfait d'une auteure talentueuse et que je ne vais pas cesser de suivre de sitôt ! 
    Les - :
    absolument aucun ! Ce roman a été un coup de cœur, un coup de foudre.

     

     

    Coup de cœur 

     

     

     

     


    2 commentaires
  • « Si tu dois commettre des crimes mortels, fais-le pour toi seul, pas pour quelqu'un d'autre, ni pour sa foi, ni pour sa couronne, ni ses faveurs. Comme ça, au moins, nous pourrons être damnés en tant qu'hommes, pas en tant que putain. »

     

    Couverture Les Douze enfants de Paris 

    •    

                Publié en 2013 en Angleterre 

         En 2015 en France (pour la présente édition)

         Titre original : Tannhauser trilogy, book         2, The twelve children of Paris

         Editions Pocket

         1053 pages 

         Deuxième tome de la saga Trilogie                 Tannhauser

     

     

     

     

    Résumé :

    Août 1572. Un cavalier s'avance aux portes de Paris. Sur sa chemise : la croix de Malte. Mattias Tannhauser, chevalier de l'Ordre, se perd bientôt dans les ruelles putrides, à la recherche de sa femme. Quelle folie a pu conduire Carla, seule et enceinte, à accepter l'invitation au mariage de Marguerite de Valois et d'Henri de Navarre ? Dans cette cité fébrile, déchirée entre protestants et catholiques, où tout indique l'imminence d'un massacre, Mattias est plongé dans un océan d'intrigues et de violences, et ne dispose que de quelques heures pour lui éviter un funeste destin...

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

     Au printemps 2017, sans grande conviction, je démarre la lecture de La Religion, un bon gros pavé dont j’avais beaucoup entendu parler et que j’hésitais à lire. Un swap avec une copinaute a fini de me décider, deux ou trois ans plus tôt, puisque j’ai découvert ce roman dans le paquet : cela dit, l’hésitation est encore là et je vais mettre un petit moment à le lire. Ce roman me faisait peur et je m’y suis lancée en me disant qu’il y’avait de fortes chances que je n’aime pas.
    Au final, j’ai été surprise par le livre autant que par moi-même : moi qui n’aime pas la violence, le sang, la baston, je me retrouvais face à ce roman qui contenait tout ça. Il partait donc avec un gros handicap. Mais finalement, la richesse de La Religion, c’est que ce n’est pas que ça, justement. Et heureusement, d’ailleurs… En fait, c’est un roman historique mené tambour battant, qui ne vous laisse pas une minute de répit, vous retourne et vous secoue et, clairement, on ne sort pas de cette lecture indemne. C’est le genre de roman dont on ne dit pas, quelques années plus tard, en s’en souvenant : « Ah oui, je l’ai lu, mais je m’en rappelle mal… » Non. Quand vous avez lu La Religion, vous ne l’oubliez pas.
    Il m’a semblé évident, donc, de lire la suite, Les Douze Enfants de Paris, qui se passe sept ans après le siège de Malte, théâtre de l’intrigue du premier tome. Nous sommes en août 1572, à Paris : vous voyez où je veux vous emmener ? Mattias Tannhauser arrive débarque dans la capitale pour chercher son épouse, Carla, invitée aux festivités du mariage royal qui a eu lieu le 18 août entre Marguerite de Valois et Henri de Navarre. Il arrive dans une atmosphère électrique et dangereuse, alors que les protestants menacent de se révolter suite à l’attentat perpétré contre l’un de leurs chefs de file, l’amiral Gaspard de Coligny. Sans le vouloir, il va se retrouver pris dans la nasse, au milieu d’un massacre qui échappe à ses instigateurs et va ensanglanter les derniers mois de l’années 1572, rallumant une guerre de religion alors que le mariage de Marguerite et Henri était justement censé entériner la paix entre catholiques et protestants. Ce massacre, c’est celui de la Saint-Barthélemy, véritable déchaînement de violence et de folie dans un Paris tentaculaire et labyrinthique où Dédale lui-même ne retrouverait pas ses petits ! Peu à peu surtout, Mattias va comprendre qu’une force plus puissante encore que l’hostilité des catholiques envers les huguenots le poursuit, ainsi que Carla, enceinte, près d’accoucher et perdue dans une ville inhospitalière et inconnue, dans laquelle s’engage une véritable course contre la montre : Mattias va défier les institutions parisiennes, tuer et semer la terreur mais aussi rencontrer des êtres aux belles âmes et des soutiens là où il ne les attendait pas.
    Les Douze Enfants de Paris ne m’a pas dépaysée et j’ai retrouvé presque immédiatement l’ambiance de La Religion, peut-être même en pire : c’est ultra-violent et je dirais même, n’ayons pas peur des mots, franchement dégueulasse. Mattias, au fil du récit, sème la mort derrière lui, tel un ange vengeur et c’est très sanglant. Pour autant, si parfois je me suis sentie un peu nauséeuse devant certaines descriptions, à aucun moment je n’ai eu envie de reposer le livre en me disant : non, c’est trop, je ne peux pas. Les Douze Enfants de Paris est un vrai bon roman historique, on ne s’ennuie pas une seconde et on est rapidement emportés dans un tourbillon dont il est difficile de sortir. Malgré des scènes parfois difficilement soutenables, on tourne les pages, on s’enfonce dans le marasme du massacre, dans le noir des ruelles parisiennes sur les portes desquelles sont dessinées des croix blanches marquant l’emplacement des demeures huguenotes, dans les remous de la Seine transformée en fleuve de sang, dans l’hostilité des Cours, les fameuses cours des Miracles où s’entassent mendiants, pauvres et estropiés, dans des zones de non-droit où même la police parisienne ne s’aventure pas… J’ai trouvé que l’auteur avait bien su saisir ce Paris de la Renaissance, ville immense, véritable pieuvre insatiable qui ne cesse de grandir et de dépasser ses propres faubourgs, une ville encore médiévale, ramassée en un entrelacs étourdissant de rues et de venelles sombres, portes ouvertes à tous les crimes. Les derniers Valois, enfermés dans le Louvre, qui nous apparaît bien sinistre sous la plume de Willocks, sont des Atrides dominés par la puissante figure tutélaire de la mère, la reine Catherine, gouvernant un roi instable et déséquilibré mentalement, Charles IX. Une famille dangereuse et avide qui manœuvre les Parisiens comme des marionnettes. L’auteur force-t-il le trait ? Peut-être…et en même temps on se dit, et c’est cela finalement qui est le plus inquiétant, que peut-être n’exagère-t-il pas autant qu’on ne pourrait le croire. La seconde moitié du XVIème siècle français est extrêmement violent et met définitivement fin à la Renaissance glorieuse et italianisante de Louis XII ou François Ier, dans un déluge de sang et un déchaînement de violence, quand les conflits religieux deviennent trop importants pour être contenus. La Saint-Barthélemy, on le sait, est un fait avéré. Dix ans plus tôt, les Guerres de Religion avaient été allumées par un premier massacre, instigué par le duc de Guise, François de Lorraine, à Wassy. Plusieurs autres phases de conflits vont se succéder jusqu’aux années 1590, jusqu’à la fin des Valois et l’avènement d’Henri IV qui ramènera une paix fragile et qui ne durera pas. Des années 1560 aux années 1600, la France se gorge de sang et se déchire elle-même dans des guerres intestines et qui semblent ne pas devoir finir. Cette violence, que les livres d’Histoire et les romans plus soft taisent pudiquement, Tim Willocks lui en fait son instrument, sa base, sa matière… loin de la dissimuler, au contraire, il l’exacerbe, la met en scène sous toutes les coutures. Et en même temps, ce livre n’est pas dénué d’espoir, comme l’était La Religion, aussi. Le bien, parfois, peut se cacher dans la noirceur, c’est ce qu’on lit entre les lignes de ce pavé de plus de mille pages. Mattias comme son épouse Carla ne vont pas rencontrer qu’ennemis et embûches sur leur chemin mais parfois, l’aide ne viendra pas de ceux dont on serait en droit de l’attendre. Willocks créé des personnages cabossés, bosselés, absolument pas aseptisés mais qui sont tous de bons représentants, des symboles de cette société où il faut batailler pour survivre, où la vie, parfois, offre plus de gifles que de caresses et endurcit, sans pour autant annihiler entièrement toute humanité. La rédemption peut parfois se trouver au cœur de la plus sombre des nuits, au centre de la plus laide des violences : ce roman prouve clairement qu'elles ne sont pas antinomiques et que ce sont parfois dans les êtres dont on n'attend rien et à qui on ne croit rien devoir que l'on trouvera ce que l'on cherche et même plus encore. Voilà finalement ce qu’on retire d’un livre comme celui-là.

    Une scène de la Saint-Barthélemy : L'assassinat de Briou, gouverneur du prince de Conti, 24 août 1572 par Joseph Nicolas Robert-Fleury (XIXème siècle)


    Un peu plus haut, je parlais des personnages et justement, ils sont une grande force du récit. J’ai retrouvé avec plaisir Mattias, personnage charismatique dont le caractère s’est forgé tout au long des pages de La Religion. Celui que l’on a découvert adolescent, blessé par la vie, dans un petit village de l’Europe de l’Est des années 1530/1540 puis qui est devenu janissaire, au service de l’empereur ottoman, est un homme campé dans la vie, amoureux d’une épouse rencontrée dans les horreurs du siège de Malte et qui porte leur enfant. Un homme qui n’hésitera pas, malgré les embûches qui ne manqueront pas d’apparaître sur sa route au cours de cette nuit fatale et des journées qui suivront. En même temps, il fait des rencontres, des personnes placées sur sa route et qui marqueront sa vie à leur manière. Du précédent récit, on retrouve Mattias et Carla, le duo central et Orlandu, le fils de Carla. Les autres personnages sont tous nouveaux et, comme je le disais, assez symboliques : que ce soient les jumelles prostituées à peine sorties de l’enfance, livrées à elles-mêmes et aux appétits de maquereaux à peine plus vieux qu’elles mais déjà vénaux, les jeunes protestants qui se trouvent confrontés à l’anéantissement de leurs familles dans l’horreur la plus complète, les enfants abandonnés et maltraités par la vie. On est dans un tableau de Jérôme Bosch, on a peur, on frissonne, on se retrouve face à face avec des personnages qui ont toute leur place dans ces rues sales et qu’on n’aimerait vraiment pas rencontrer au détour d’un bois et puis contre toute attente on s’attache à ceux qui, de prime abord, semblent être les pires, les plus dangereux, ceux pour qui l’absolution semble absolument impossible et montre en fait la plus belle grandeur d’âme.
    Comme en 2017 avec La Religion, il est clair que je ne vais pas ressortir indemne de cette lecture, elle risque de marquer durablement mes souvenirs de lectrice. Pour autant, je ne peux que la conseiller, comme je recommande La Religion. D’ailleurs, si vous lisez Les Douze Enfants de Paris, c’est que vous aurez sûrement lu avant La Religion et que vous l’aurez aimé… vous saurez donc à quoi vous attendre et vous aurez déjà eu un petit aperçu de l’univers de Tim Willocks. Mais, parce que je pense que c’est tout à fait possible pour la compréhension de l’intrigue, si vous choisissez de ne lire que Les Douze Enfants de Paris, préparez-vous : ce n’est pas une promenade de santé. Préparez-vous à être légèrement secoués et parfois dégoûtés par des descriptions assez gores. Préparez-vous surtout à vivre une expérience unique et à vous plonger dans un livre unique qui, pour moi, n’a pas encore trouvé de véritable concurrence. Un critique a dit que Tim Willocks signe là son « grand œuvre » et je ne peux que lui donner raison. Je ressors de cette lecture soulagée et en même temps, j’ai l’impression de descendre d’un grand huit, d’avoir vécu quelque chose d’absolument…grandiose et cela tient surtout au style de l’auteur, toujours fin, toujours ciselé -desservi par quelques partis-pris de traduction ceci dit mais vraiment rien de grave. Oui je crois pouvoir dire que j’ai vraiment aimé ce roman, je n’ai ressenti aucun ennui et ce pavé ne contient aucune longueur. Il est mené tambour battant, c’est une véritable épopée qui prend corps dans une époque qui s’y prête. A lire, si vous aimez les romans historiques qui ne laissent aucun répit, de ses premiers jusqu’à ses derniers mots. Un monument du genre.

    Un tableau très connu, intitulé Un matin devant la porte du Louvre, du peintre Edouard Debat-Ponsan (1880) et illustrant l'un des épisodes les plus célèbres de la Saint-Barthélemy : Catherine de Médicis se penchant au-dessus des massacrés, entérinant sa culpabilité devant l'Histoire. 

    En Bref :

    Les + : une intrigue de qualité, menée tambour battant, qui n'ennuie pas une seule seconde. On est littéralement emporté dans ce Paris en proie aux haines religieuses, dans le sillage de Tannhauser et de ses acolytes.  
    Les - :
     
    pour moi, absolument aucun.


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