• Romans Historiques

     

    Romans Historiques

     

    SOMMAIRE ROMANS HISTORIQUES

     

    - A - 

    Ashford Lindsay, La Dame de l'Orient-Express

    Audouard Antoine, Adieu mon Unique 

    - B - 

    Baker Jo, Une saison à Longbourn 

    Barthel Jocelyne, Mademoiselle de Pâquelin 

    Benzoni Juliette, Ces Femmes du Grand Siècle 

    Benzoni Juliette, De Deux Roses l'Une 

    Benzoni Juliette, La Florentine, Intégrale, t1 : Fiora et la Vengeance

    Benzoni Juliette, La Florentine, Intégrale, t2 : Fiora et l'Amour

    Benzoni Juliette, La Guerre des Duchesses, t1 : La Fille du Condamné

    Benzoni Juliette, La Guerre des Duchesses, t2 : Princesse des Vandales 

    Benzoni Juliette, La Petite Peste et le Chat Botté 

    Benzoni Juliette, Les Chevaliers Intégrale 

    Benzoni, Un Aussi Long Chemin 

    Berest Claire et Anne, Gabriële

    Berest Claire, Rien n'est Noir

    Bourassa Marie, Le Maître des Peines, t1 : Le Jardin d'Adélie 

    Bourassa Marie, Le Maître des Peines, t2 : Le Mariage de la Licorne 

    Bourassa Marie, Le Maître des Peines, t3 : Le Salut du Corbeau

    Bourdon Françoise, Le Maître Ardoisier 

    Bourdon Françoise, Les Tisserands de la Licorne 

    Boysson (de) Emmanuelle, Le Temps des Femmes, t1 : Le Salon d'Emilie

    Boysson (de) Emmanuelle, Le Temps des Femmes, t2 : La Revanche de Blanche

    Boysson (de) Emmanuelle, Le Temps des Femmes, t3 : Oublier Marquise 

    Broca (de) Alexandra, Monsieur mon Amour 

    Brussolo Serge, Marion des Pierres, t1 : Pèlerins des Ténèbres 

    Brussolo Serge, Marion des Pierres, t2 : La Captive de l'Hiver

    - C - 

    Caillé-Bastide Virginie, Le Sans Dieu

    Calmel Mireille, La Marquise 

    Calmel Mireille, Les Lionnes de Venise, t1 

    Carolis (de) Patrick, Letizia R. Bonaparte : dans l'intimité de la mère de Napoléon

    Chandernagor Françoise, L'Enfant des Lumières 

    Charréard Alex, Philis : une Héroïne, une Femme 

    Chauveau Sophie, Fragonard, l'Invention du Bonheur 

    Chauveau Sophie, Le Siècle de Florence, t2 : Le Rêve Botticelli 

    Chauveau Sophie, Le Siècle de Florence, t3 : L'Obsession Vinci 

    Chevalier Tracy, A l'Orée du Verger 

    Chevalier Tracy, La Dernière Fugitive 

    Chouraqui Véronique, D'un Rouge Incomparable 

    Cilento Antonella, Lisario ou le Plaisir Infini des Femmes 

    Contrucci Jean, La Vengeance du Roi-Soleil 

    - D - 

    Dédéyan Marina, De Tempête et d'Espoir, t1 : Saint-Malo

    Dédéyan Marina, De Tempête et d'Espoir, t2 : Pondichéry 

    Dédéyan Marina, Moi, Constance, Princesse d'Antioche 

    Deschamps Fanny, La Bougainvillée, t1 : Le Jardin du Roi

    Deschamps Fanny, La Bougainville, t2 : Quatre-Épices 

    Desprat Jean-Paul, Les Couleurs du Feu, t3 : Rouge de Paris 

    Desprat Jean-Paul, Les Princesses Assassines

    Di Fulvio Luca, Le Gang des Rêves 

    Diwo Jean, Demoiselles des Lumières 

    Duchêne Jacqueline, La Dame de Vaugirard

    Duchêne Jacqueline, La Femme du Roi-Soleil 

    Duchêne Jacqueline, Madame l’Étrangère 

    Dufaux Jean et Delaby Philippe, Murena, t1 : La Pourpre et l'Or (BD)

    Dufaux Jean et Delaby Philippe, Murena, t2 : De Sable et de Sang (BD) 

    Dupuy Marie-Bernadette, Angélina, t1 : Les Mains de la Vie 

    Dupuy Marie-Bernadette, Angélina, t2 : Le Temps des Délivrances 

    Dupuy Marie-Bernadette, Les Enfants du Pas du Loup 

    - E - 

    Ebershoff David, Danish Girl

    - F - 

    Fajardie Frédéric H., La Lanterne des Morts 

    Fellowes Julian, Belgravia 

    Fernandez Dominique, La Course à l'Abîme

    Fischer Elise, Mystérieuse Manon 

    Ford Mackenzie, Un Amour Dérobé 

    Fraser Emma, Quand soufflera le Vent de l'Aube

    Frydman Sarah, La Saga des Médicis, t1 : Contessina

    Frydman Sarah, La Saga des Médicis, t2 : Le Lys de Florence

    Frydman Sarah, La Saga des Médicis, t3 : Lorenzo ou la Fin des Médicis 

    - G - 

    Glasfurd Guinevere, Les Mots entre mes Mains 

    Grèce (de) Michel, Le Rajah Bourbon 

    Grèce (de) Michel, Le Vol du Régent 

    Gregory Philippa, La Dernière Reine

    Gregory Philippa, La Princesse Blanche

    Gregory Philippa, La Reine Clandestine 

    Grissom Kathleen, La Colline aux Esclaves

    Grissom Kathleen, Les Larmes de la Liberté

    Grondin Nicolas, L’Énigme de la Diane, t1 : De l'Iroise aux Caraïbes

    Grondin Nicolas, L’Énigme de la Diane, t2 : Des Antilles aux Mascareignes 

    Gyasi Yaa, No Home

    - H - 

    Hermary-Vieille Catherine, La Bourbonnaise 

    Hermary-Vieille Catherine, Le Rivage des Adieux 

    Hope Anna, Le Chagrin des Vivants 

    Hug Nathalie, 1, Rue des Petits-Pas 

    - I - 

    - J -

    Janzing Jolien, Audrey et Anne 

    - K - 

    Keane Mary Beth, La Cuisinière 

    Kertanguy (de) Inès, Les Héritiers de Kervalon 

    Khadra Yasmina, Ce que le Jour doit à la Nuit 

    - L - 

    Lapierre Alexandra, Je te vois Reine des Quatre Parties du Monde 

    Le Nabour Eric, Retour à Tinténiac

    Lenormand Frédéric, Mademoiselle Chon du Barry ou les Surprises du Destin 

    Lesage Mireille, Les Ailes du Matin, t1

    Lesage Mireille, Les Ailes du Matin, t2 

    Leyshon Nell, La Couleur du Lait 

    Lyndon Robert, La Quête 

    - M -

     

    Marchal Eric, La Part de l'Aube 

    Marchal Eric, Le Soleil sous la Soie 

    Marcus Mary, Le Refuge des Souvenirs 

    Mansiet-Berthaud Madeleine, Les Nuits Blanches de Léna

    Mantel Hilary, Le Conseiller, t1 : Dans l'Ombre des Tudors

    Mantel Hilary, Le Conseiller, t2 : Le Pouvoir

    Mazetti Katarina, Le Viking qui voulait épouser la Fille de Soie 

    Michelet Claude, Des Grives aux Loups, t1

    Michelet Claude, Des Grives aux Loups, t2 : les Palombes ne passeront plus 

    Montaldi Valeria, La Rebelle : Femme médecin au Moyen Âge

    Moore Viviane, La Saga de Tancrède le Normand (Intégrale des trois premiers tomes)

    Morell Léon, Le Ciel de la Chapelle Sixtine 

    Mutch Barbara, Une chanson pour Ada 

    - N - 

    Noblet Maryvonne, Médiévales 

    Nohant Gaëlle, La Part des Flammes 

    - O - 

    - P - 

    Perez Chiara, Les Deux Orphelines 

    Perri Audrey, Une Bonne Âme 

    Pesnot Patrick, La Rose et le Bourreau 

    Peyramaure Michel, Le Roman de Catherine de Médicis 

    Poole Sara, Francesca, empoisonneuse à la Cour des Borgia, t1 

    Poole Sara, Francesca, empoisonneuse à la Cour des Borgia, t2 : La Trahison des Borgia 

    Poole Sara, Francesca, empoisonneuse à la Cour des Borgia, t3 : Maîtresse de Borgia 

    - Q - 

    Quinn Kate, Borgia, t1 : Le Serpent et la Perle 

    Quinn Kate, Rome t2 : L'Impératrice des Sept Collines 

    Quinn Kate, Rome t3 : Les Héritières de Rome 

    - R - 

    Renucci Clélia, Concours pour le Paradis 

    Révay Theresa, L'Autre Rive du Bosphore 

    Rindell Suzanne, Fascinante Odalie 

    - S - 

    Sauvage-Avit Jeanne-Marie, Perline, Clémence, Lucille et les autres... 

    Schackis Jean-Pierre, Amitiés rouge Sang - Le Sang des Âmes 

    Signol Christian, Ce que Vivent les Hommes, t1 : Les Noëls Blancs

    Signol Christian, Ce que Vivent les Hommes, t2 : Les Printemps de ce Monde 

    Simonson Helen, L’Été avant la Guerre 

    Solomons Natasha, Le Manoir de Tyneford 

    Spitzer Sébastien, Ces Rêves qu'on Piétine 

    - T - 

    Troyat Henri, Les Semailles et les Moissons, Intégrale

    - U - 

    - V - 

    Vlérick Colette, L'Herbe à la Reine 

    - W - 

    Willocks Tim, Trilogie Tannhauser, t1 : La Religion

    Willocks Tim, Trilogie Tannhauser, t2 : Les Douze Enfants de Paris 

    Wood Barbara, Inavouable Héritage 

    Wood Barbara, La Fille du Loup 

    Wood Barbara, Séléné 

    - X - 

    - Y - 

    Young Robyn, Les Maîtres d'Ecosse, t1 : Avènement

    Young Robyn, Les Maîtres d'Ecosse, t2 : Renégat 

    Yvert Sylvie, Mousseline la Sérieuse 

    - Z - 

    Zusak Marcus, La Voleuse de Livres 

  • « Profitez seulement des moments que nous passons ensemble. Ne pensez pas à ceux qui nous séparent. C'est ainsi que l'on parvient au bonheur et que la paix peut gagner votre cœur. »

    Couverture Marco Polo, tome 2 : Au-delà de la Grande Muraille

     

     

         Publié en 2002

      Editions N°1/Stock

      361 pages 

      Deuxième tome de la saga Marco Polo

     

     

     

     

     

    Résumé :

    1278. Arrivé à Pékin depuis trois ans, le jeune Marco Polo est devenu un familier du Grand Khan Khoubilaï. Fasciné par cet empereur mongol dont les terres s'étendent sur la moitié du monde et flatté par l'estime qu'il lui porte, le Vénitien comprend qu'il a rencontré son maître. 

    Marco Polo est appelé à vivre un destin fabuleux sur ces terres d'Asie qu'il sillonne jusqu'au Japon, l'île imprenable du shogun. Il devient tour à tour gouverneur d'une province chinoise et ambassadeur de guerre. Dans ses voyages tandis que Xiu Lan, une courtisane aux pieds bandés, l'initie à l'art délicat de l'érotisme, le Vénitien fait l'expérience de l'efficacité des postes aux dix mille relais et se passionne pour les prodiges de la médecine chinoise. Il va d'étonnement en fascination, apprend que la terre est ronde, découvre l'usage du papier-monnaie, l'invention de l'imprimerie et mille autres merveilles. Mais pour que s'accomplisse son destin, il lui reste à tenir une promesse sacrée : retrouver, au-delà de la Grande Muraille, un fils perdu, un fils dont il ne sait rien... 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Quand démarre l'intrigue de ce deuxième tome, Marco Polo, âgé de vingt-quatre ans, est à la cour du Grand Khan depuis trois ans. Il s'est familiarisé à ce nouvel environnement bien différent de sa Venise natale, il a appris la langue, a fait siennes les coutumes mongoles. Et surtout, il est devenu un personnage familier à la cour de Khoubilaï, qui se pose en plus grand empereur du monde. Malgré la défiance de certains, Marco a réussi à se faire une place et à devenir un personnage sur lequel l'empereur se repose.
    La Chine, en ce tournant du XIIIème siècle est un très vaste empire, dans lequel le moindre voyage devient une véritable épopée. Elle abrite des centaines de peuplades aux coutumes variées et aux langues différentes et attire les marchands : Européens, Moyen-Orientaux, originaires du sous-continent asiatique, de nombreux convois traversent pendant des mois les terres reculées de l'Asie médiévale pour gagner Khanbaliq, la capitale du Grand Khan (l'actuelle Pékin).
    Marco se verra confier un poste de gouverneur d'une province chinoise par Khoubilaï et entreprendra un long voyage qui l'emmènera des steppes du Nord jusqu'aux jungles du Sud, aux portes des empires khmer, birman et annamite. Il découvrira aussi la Corée et le Japon, mystérieux archipel au large du continent, qui tient la puissante armée mongole en respect depuis de nombreuses années et n'hésite pas à narguer le Grand Khan.
    Dans ce monde qui n'est pas le sien, pourtant, le Vénitien parvient à tirer son épingle du jeu et se faire une place : celle-ci n'est jamais stable ni acquise et c'est à force de diplomatie et de connaissances sans cesse accumulées sur sa terre d'élection et ses coutumes que Marco Polo parvient à devenir un personnage de premier ordre, dans cette Chine morcelée entre l'influence des Mongols et celle de ses dynasties ancestrales (à la fin des années 1270, Khoubilaï Khan combat en effet la dynastie des Song, à laquelle va succéder la dynastie mongole des Yuan, jusqu'en 1368).
    Marco Polo découvre un pays déjà en pleine expansion, particulièrement en avance sur l'Europe de la même époque : on connaît déjà en Asie le papier-monnaie, on maîtrise la poudre à canon et les armes à feu, la médecine est déjà particulièrement développée et s'appuie sur des principes de base qui sont encore ceux des médecines alternatives d'origine asiatique très prisées aujourd'hui comme l'acupuncture. 

     

    Les frères Polo reçus à la Cour du Grand Khan (illustration du Livre des Merveilles, vers 1410)


    Ce roman m'a dépaysée et fait voyager. J'ai pris un vrai plaisir à découvrir cette Chine médiévale que je ne connais pas bien mais qui est fascinante : on comprend donc légitimement l'attirance des Européens du Moyen Âge et de l'époque moderne pour ce continent pas si lointain mais mystérieux et qui est alors l'objet de tous les fantasmes. Il est vrai que le mode de vie des Asiatiques et, en particulier des Chinois, n'a absolument rien à voir avec les leurs. On découvre un monde saturé de parfums, d'épices, de couleurs, des villes grouillantes de monde et d'activité. Des coutumes qui peuvent nous paraître surprenantes aussi mais qui ont alors toute leur place dans la société chinoise, comme la tradition des pieds bandés chez les jeunes filles.
    A aucun moment, à la lecture de ce roman, je ne me suis ennuyée. Alors oui, si vous aimez les romans très rythmés, vous risquez peut-être de trouver le temps long, parce que le roman est au final assez lent : j'ai parfois eu l'impression qu'il était extrêmement visuel, ce sont des scènes pleines de couleurs et de senteurs qui se juxtaposent les unes aux autres. L'utilisation du présent, à la place du passé simple, donne aussi ce sentiment de lenteur... Pour autant, ce n'est pas gênant selon moi, parce que la force du roman réside ailleurs : c'est l'Histoire avec un grand H, le récit de voyage aussi, qui comptent. C'est ça qui m'a le plus captivée et je n'ai pas été gênée qu'il n'y ait pas énormément de rebondissements et d'aventures.
    Basé sur de solides recherches (historiques, cartographiques...), Au-delà de la Grande Muraille est un roman passionnant, comme le tome qui le précède, La Caravane de Venise, qui m'avait littéralement émerveillée (La Route de la Soie me fascinant, il est vrai que cela ne pouvait être autrement)... J'avais peur justement qu'après ce premier tome pour lequel j'avais un intérêt tout particulier (je ne peux vous dire pourquoi cette route commerciale mythique me passionne autant mais je suis extrêmement attirée par son Histoire et les différentes régions du monde qu'elle traverse), le deuxième, qui se passe essentiellement en Chine, me plaise moins. Au final, ça n'a pas été le cas et si je n'ai pas un intérêt forcément développé pour l'Histoire médiévale asiatique, j'ai pris un grand plaisir à ce voyage en plein cœur de la Chine du XIIIème siècle, qui m'a un peu rappelé l'atmosphère du roman Impératrice de Shan Sa.
    Même si, aujourd'hui, la véracité du Livre des Merveilles et du voyage en Chine de Marco Polo est fortement remise en cause (c'est un tournant récent de l'historiographie, les premiers chercheurs osant mettre en avant cette hypothèse se trouvant souvent mis au ban de la communauté historienne), à aucun moment je ne me suis posé la question en lisant ce roman : c'est peut-être faux mais j'ai pris plaisir à me laisser porter par cette intrigue. Peut-être aurons-nous dans les années à venir des preuves que Le Livre des Merveilles est un tissu de mensonges et que le voyage en Chine n'est qu'une chimère, ce que de plus en plus d'historiens considèrent comme avéré désormais, mais peu importe ! Après tout, l'avantage du romancier sur l'historien, c'est qu'il peut développer l'imaginaire. Marco Polo ou un autre, qu'importe ? Probablement que des Occidentaux, suivant la Route de la Soie, sont arrivés jusqu'en Asie à cette époque-là et même si l'on n'en garde pas de traces avérées, peu importe, au fond : ce qui est intéressant finalement c'est plus la découverte géographique et sociale de cette Asie mystérieuse et passionnante. Dommage d'ailleurs que cette saga ne soit pas très connue car elle le mérite pour la qualité de son récit.
    J'ai déjà hâte de lire le troisième tome !!

    En Bref :

    Les + : un récit basé sur des recherches historiques solides et qui met l'imaginaire du romancier au service de l'Histoire en venant combler ses lacunes. On voyage, c'est dépaysant, exotique, en un mot, passionnant.
    Les - :
    Aucun. J'ai passé un excellent moment.

     


    Marco Polo, tome 2, Au-delà de la Grande Muraille ; Muriel Romana 

      Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle


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  • « Tu as raison, Ruthie, on ne peut savoir qui est on qu'en connaissant ses racines. »

    Couverture L'américaine

     

     

     

      Publié en 2020

     Editions Pocket

     583 pages 

     Deuxième tome de la saga Les Déracinés

     

     

     

     

    Résumé :

    Septembre 1961. Du pont du bateau sur lequel elle a embarqué, Ruth tourne le dos à son île natale, la République dominicaine. En ligne de mire : New York. Elle en est sûre, bientôt elle sera journaliste comme l'était son père, Wilhelm. Très vite, elle devient une véritable New-Yorkaise et vit au rythme du rock, de l'amitié, des amours et des bouleversements du temps : l'assassinat de Kennedy, la marche pour les droits civiques, les frémissements de la contre-culture...
    Mais Ruth se cherche. Qui est-elle vraiment ? Dominicaine, née de parents juifs autrichiens ? Américaine d'adoption ? Dans cette période de doute, elle est entourée par trois femmes fortes et inspirantes : sa mère Almah en République dominicaine, sa tante Myriam à New York et sa marraine Svenja en Israël symbolisent son déchirement entre ses racines multiples. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Avec L'Américaine, Catherine Bardon nous offre la suite de saga familiale commencée avec Les Déracinés et qui couvre toute la seconde moitié du XXème siècle et les premières du XXIème siècle.
    Pour vous faire une rapide remise dans le contexte, si vous n'avez pas lu le premier tome, nous suivons la famille Rosenheck, de son exil à la fin des années 1930, jusqu'à son installation en République dominicaine. La saga, qui doit compter quatre tomes, va suivre les différentes générations de la famille, jusque dans les années 2010.
    Au début des années 1930, Almah et Wilhelm, deux jeunes Autrichiens, se rencontrent dans une Vienne florissante et brillante de culture. L'idylle qui les lie rapidement est consacrée par un mariage puis par la naissance d'un premier enfant, Frederick, en 1936. En somme, Almah et Wil ont tout pour eux, tout pour être heureux et l'avenir devant eux...mais les nuages noirs et menacants s'amoncellent déjà à l'horizon : en 1938, l'Autriche est annexée par l'ogre hitlérien et devient un satellite du Reich. Comme en Allemagne, des lois particulièrement dures sont promulguées contre la population juive qui s'élève, en Autriche, à plusieurs millions de personnes parfaitement intégrées. Et Almah et Wilhelm sont juifs. Ils n'auront d'autre choix, pour sauver leur peau et offrir un avenir à leur fils, que de partir, quitter l'Europe, pour échouer sur une petite île des Caraïbes, la République dominicaine : celle-ci est alors sous la coupe d'un dictateur, Trujillo, mais c'est le seul pays à avoir accordé des visas aux Juifs fuyant l'Europe... Almah et Wil, avec leurs fils et d'autres déracinés vont s'installer dans une petite communauté éloignée, Sosùa et tenter d'y reconstruire tant bien que mal leurs vies, loin des horreurs qui se déchaînent alors en Europe.
    C'est là que naît leur fille Ruth, dite Ruthie, en 1940. Contrairement à son frère né en Autriche, Ruth voit le jour à Sosùa. Elle naît donc dominicaine, de parents juifs autrichiens immigrés par la force des choses. Son pays, c'est la République dominicaine, sa terre natale, l'endroit où la rattachent tous ses souvenirs d'enfance. Au début des années 1960, pour marcher dans les pas de son père, journaliste, la jeune femme quitte son île paradisiaque pour New-York, afin de suivre des cours à l'université de Columbia. Ruth n'est plus une adolescente mais tout à fait une adulte et découvre une vie tourbillonnante, effervescente, loin de la tranquillité de la petite communauté de Sosùa, perdue dans la campagne dominicaine et bordée d'une idyllique plage de sable fin face à la mer turquoise. New-York est une ville en constante expansion, une ville grouillante de vie et de nouveautés, là où se font et se défont les modes. Ruth va être aux premières loges d'événements cruciaux de l'époque : la crise des missiles de Cuba, en 1962, en pleine guerre froide, l'assassinat de JFK l'année suivante, l'ascension d'un pasteur charismatique, Martin Luther King, les marches pour les droits civiques, les premières contestations contre la guerre au Vietnam, les débuts du mouvement hippie et de la contre-culture.

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    Le New-York des années 1960, dans lequel évolue Ruthie le temps de ses études de journalisme


    Ruth vit une époque bouleversée, pleine de changements, entre un XXème siècle encore pétri de traditions mais qui a déjà basculé dans la modernité galopante des Trente Glorieuses, leur économie triomphante, le capitalisme érigé quasiment au rang d'une idéologie, en opposition au communisme du bloc de l'Est, les grandes puissances qui se regardent en chiens de faïence et dont on craint le moindre faux-pas, qui serait alors le signe d'un embrasement général. Le milieu du XXème siècle annonce le nôtre : la surconsommation, les innovations, le toujours plus vite, le toujours plus loin...et pourtant, on n'est pas encore guéri des traumatismes des dernières décennies et pour des jeunes gens qui ont une vingtaine d'années alors, la génération directement impactée par la Seconde guerre mondiale, c'est celle des parents. Et on doit se construire avec ça, parfois avec des souvenirs qui ne sont pas les siens mais que l'on se traîne malgré tout ou alors vivre avec des non-dits qui n'en sont pas moins dévastateurs parfois...
    Ruth est un peu le symbole de cette époque contrastée : plus émancipée, plus libre mais se cherchant toujours... qui est-elle vraiment ? Une Européenne parce que ses parents le sont, une Autrichienne même si elle n'a jamais mis les pieds dans ce pays ? Ou une Dominicaine, ce qu'elle est au plus profond d'elle, parce qu'elle a toujours vécu là-bas, parce qu'elle maîtrise autant l'espagnol que l'allemand, parce que tous ses souvenirs la rattachent à cette terre, comme ses parents, par leurs souvenirs, sont rattachés à l'Autriche ? Et puis il y'a aussi cette judéité qui les conditionne malgré eux, parce qu'elle a finalement impliqué des changements et des bouleversements irrémédiables pour chacun... Difficile de se construire avec ces questionnements, quand plusieurs héritages se confondent en une même personne, quand l'un n'est pas simple à porter et quand, au final, on n'en sait pas grand-chose...difficile, dans ces conditions, de savoir qui on est et ce qu'on veut, surtout que l'époque ne s'y prête pas vraiment.
    Un peu moins riche peut-être que Les Déracinés, qui était un gros pavé et posait les bases de l'univers, L'Américaine n'en est pas pour autant décevant. Je l'ai tout autant aimé et je me suis attachée à Ruthie dans laquelle j'ai pu me retrouver : j'ai eu beaucoup d'affection pour cette jeune femme qui se cherche, à l'impression de ne pas faire les bons choix, de ne pas avancer alors que, vu de l'extérieur, elle est forte et déterminée.
    Enfin, je crois que Catherine Bardon a le don de faire vibrer une corde sensible chez moi...laquelle, je ne sais pas exactement mais j'ai refermé Les Déracinés en versant des torrents de larmes et j'ai aussi souvent été émue en lisant L'Américaine...j'ai trouvé que l'auteure excellait encore une fois à décrire et décortiquer la complexité de l'âme humaine, elle le fait vraiment avec brio et ces récits résonnent vraiment en moi et me touchent beaucoup.
    J'avais déjà pressenti avec Les Déracinés que cette saga familiale entre l'Europe des années 1930, l'Amérique des années 1960 et les Caraïbes, jusqu'à nos jours, serait prometteuse. Inutile de dire que L'Américaine me l'a confirmé et de la plus belle des manières. Mon ultime objectif de lectrice est donc d'attendre les deux derniers tomes, même si je ne vais pas les lire tout de suite, histoire de faire durer le plaisir. Je suis en tout cas déjà nostalgique de cet univers dans lequel je me sens si bien

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    Le 28 août 1963, à Washington, le pasteur Martin Luther King s'adresse à la foule : c'est à cette occasion qu'il prononce son fameux « I have a dream. »

     

     

    En Bref :

    Les + : le mélange bien dosé d'histoires individuelles et de grande Histoire, le personnage de Ruth, qui se cherche et se trouve à la croisée des chemins, l'univers sans développé qui fait des Déracinés et de sa suite un univers dense, riche et dans lequel on se sent bien. 
    Les - :
    Aucun.


     

    L'Américaine ; Catherine Bardon 

    Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle


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  • « Lorsque le commun des hommes croit pouvoir agir ainsi, sans la moindre crainte, alors peu importe ce que juges et prêtres ont à dire sur le sujet. C'est trop tard. »

    Couverture La Cité de feu

     

     

     Publié en 2018 en Angleterre 

     En 2021 en France (pour la présente édition)

     Titre original : The Burning Chambers

     Editions Pocket

     736 pages 

     

     

     

     

    Résumé :

    France, 1562. De Toulouse à Carcassonne, l'intolérance est la plaie du temps. Hors les murs, les troupes du cruel duc de Guise aiment à faire couler le sang protestant, au grand dam du prince de Condé...C'est dans cette atmosphère de massacre que Marguerite Joubert, catholique, fille d'un libraire livré à l'Inquisition, fait la connaissance d'un fugitif huguenot -que l'on dit mêlé à la disparition d'une mystérieuse relique...Réunis par le destin, traqués l'un et l'autre pour un secret qui les dépasse, leur chemin sera semé d'embûches et de complots, jusqu'à l'ardente Cité de feu... 

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    1562, dans le Midi de la France. Marguerite Joubert, surnommée Minou, est la fille d'un libraire carcassonnais sans histoires. Elle mène une vie tranquille entre son père, son jeune frère et sa petite sœur de sept ans, Alis, qu'elle élève depuis la disparition de leur mère. Mais cette existence pourrait bientôt se trouver troublée, d'abord par le contexte général en France à l'époque (le début des années 1560 marque aussi le début des Guerres de Religion, qui ne prendront fin qu'en 1598) et aussi par un secret vieux de vingt ans qui semble bien près d'être révélé... Minou va apprendre un secret qui la concerne et qui pourrait bien remettre en question tout son avenir tandis qu'elle se lie d'amitié avec un jeune huguenot d'origine hollandaise, Piet, recherché pour le vol d'une mystérieuse relique. Dans ce Midi de la France prompt depuis le Moyen Âge à abriter ceux qui ne pensent pas comme les autres et qui sera d'ailleurs une terre d'élection pour les protestants comme elle avait pu l'être au XIIème siècle pour les cathares, une course contre la montre s'engage entre Minou, Piet et leurs poursuivants ; une véritable course contre la montre pour faire triompher la liberté de culte et le désintéressement face à la corruption, les ambitions viles et la mauvaiseté.
    Kate Mosse aurait pu faire le choix de raconter uniquement la grande Histoire, qui est alors très riche, non seulement en événements mais aussi en personnages intéressants (et j'avoue que j'aime aussi beaucoup ce type de romans, étant une grande passionnée d'Histoire) : quand elle fait démarrer son récit, à la fin de l'hiver 1562, la France ne le sait pas encore mais elle s'achemine vers un premier conflit qui sera le point de départ de plusieurs autres. Tandis que l'Angleterre est déjà tombée dans les bras des protestants et que l'est de l'Europe ne cesse de se convertir, en France, la liberté de culte qui essaime aussi conduira à une longue guerre civile émaillée de trêves plus ou moins longues et plus ou moins respectées qui reste aujourd'hui étroitement liée aux règnes des derniers Valois et à la régence de Catherine de Médicis, dont la légende noire est encore de nos jours particulièrement vivace. Ces conflits ne prendront effectivement fin qu'à la signature de l'Edit de Nantes, à l'initiative d'Henri IV, en 1598. Cette époque est ponctuée d'événements suffisamment marquants pour être développés dans des romans historiques ou des romans d'aventures, le romancier a matière aussi dans les personnages : les Guise, l'amiral de Coligny, les rois Valois, du faible Charles X manipulé par sa mère à son frère Henri III qui paiera de sa vie l'instabilité politique et religieuse de son royaume, la trop belle et trop sensuelle Marguerite de Valois, sacrifiée comme un pion politique et dont les noces restent marquées du sang de la Saint-Barthélémy,...oui, franchement il y'a matière.
    Mais elle a décidé de faire autrement et d'intégrer une petite histoire dans la grande, celle de Minou Joubert et de Piet Reydon, symboles à leur manière des deux camps en présence à l'époque (elle est catholique, il est protestant) et qui se retrouvent subitement à lutter pour une cause qui les dépasse. Elle aurait pu faire le choix de nous raconter, comme c'est bien souvent le cas, l'Histoire depuis Paris, elle nous emmène en fait dans le Midi, entre Carcassonne, Toulouse et le village de Puivert, en pleine montagne, dans cette ancienne région des Cathares (Puivert fut d'ailleurs un repaire cathare avant d'être pris par Simon de Montfort en 1210 et intégré au royaume). Et le moins que l'on puisse dire, c'est que ça fonctionne et que je me suis prise au jeu de cette quête effrénée : une mystérieuse relique volée, un testament susceptible de changer bien des choses, une guerre civile violente qui commence à se répandre comme un poison, un prêtre sans scrupules et avec trop d'ambition, une belle châtelaine qui est la monstruosité incarnée... c'est très romanesque mais ça fonctionne si bien ! C'est plein de souffle, c'est épique et après m'être prise au jeu, j'ai été piquée jusqu'aux dernières pages.
    Le début a été un peu long pour moi, un peu laborieux et, oui, n'ayons pas peur des mots, je me suis légèrement ennuyée pendant les cent premières pages. Puis le récit s'emballe, devient plus dynamique et se déroule avec fluidité. Pour moi qui ne connaissais pas Kate Mosse, c'est vraiment une belle découverte et j'ai passé un excellent moment. L'auteure mélange avec passion faits historiques avérés et fiction et elle maîtrise parfaitement bien l'Histoire de France, suffisamment en tout cas pour la mettre au service de son récit, qui est particulièrement cohérent et addictif. Un poil manichéen aussi, il faut bien le dire, sans que cela ne m'ait gênée outre-mesure.
    Si vous aimez les romans où le souffle de l'Histoire se mêle à celui de destins privés et plus confidentiels, si cela ne vous déplaît pas de voir le contexte s'effacer au profit de la fiction, si les personnages déterminés et pleins d'idéaux vous séduisent, alors vous ferez sûrement une bonne pioche avec ce premier roman, qui est suivi d'un autre, se passant dix ans plus tard, La Cité des Larmes.

    En Bref :

    Les + : un récit historique et d'aventures, dans une région grandiose. Une plume avertie et une auteure qui maîtrise bien son sujet dont on sent transparaître la passion pour l'Histoire de France et le Midi, qu'elle met régulièrement en lumière dans ses romans. 
    Les - :
    un début un peu long...


     

    La Cité de Feu ; Kate Mosse 

    Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle

     


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  • « A nouveau, Berry contempla les membres de son clan, cette reine dissolue, ce roi perdu, ce neveu bien faible, cette nièce prête à tout pour asseoir son orgueil et assouvir son ambition. Et, se tournant vers Bourgogne, il murmura dans un sourire : "Je suis bien aise, mon frère ; enfin, la famille est réunie." »

    Couverture Le Roi fol

     

     

     

     Publié en 2019

     Editions XO

     336 pages

     

     

     

     

     

    Résumé :

    AU DÉBUT DE L’ANNÉE 1392, tous les rêves sont permis à Charles VI. La reine Isabeau vient d'accoucher d'un fils, le pays retrouve la prospérité, la guerre avec l'Angleterre touche à sa fin. Mais, en quelques mois, un scandale d'adultère, un attentat contre son Premier ministre, une maladie inexplicable s'abattent sur le jeune roi. 

    Charles diminué par ses crises de démence, les factieux s'agitent en coulisse. A la cour, le vice est l'affaire de tous et l'ambition n'est pas l'apanage des grands. Dans l'incroyable entreprise de démolition d'un règne, le spéculateur Nicolas Flamel, l'Italienne Valentine Visconti, le peintre Paul de Limbourg et le cuisinier Taillevent auront tous un rôle à jouer. 

    La France en sera quitte pour cinquante années de chaos. 

     

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

     En 1392, la France des Valois ne va pas trop mal. Certes, elle porte les stigmates des cinquante dernières années, marquées par des épidémies récurrentes de peste et surtout, la guerre contre l'Anglais. Mais le règne sage de Charles V, mort en 1380, a consolidé le royaume des lys.
    En 1388, son fils et héritier, Charles VI, a mis fin au gouvernement de ses oncles et, de fait, à sa régence. C'est un jeune roi d'une vingtaine d'années, il a toute la vie devant lui, un avenir radieux qui se profile : la reine vient d'accoucher d'un fils, ils sont jeunes... à l'exception des oncles, la famille royale est représentée par des membres dont les plus jeunes, en cette année 1392, ont vingt-et-un ans (Isabeau de Bavière et son beau-frère Louis d'Orléans) et les plus âgés, vingt-quatre (le roi et sa belle-soeur, Valentine Visconti).
    Pourtant, Charles ne le sait pas encore, mais ses plus belles années sont déjà derrière lui. Bientôt, il va être rattrapé par un mal contre lequel on ne peut rien : un mal non pas physique mais mental, qui va l'aliéner petit à petit jusqu'à la fin de ses jours. Un mal héréditaire, puisqu'il lui a probablement été transmis par sa mère, Jeanne de Bourbon.
    La maladie du roi sera la porte ouverte, pour le royaume de France, à bien des avanies : le déferlement des ambitions personnelles, l'opposition croissante de Louis d'Orléans à ses oncles, la montée en puissance du parti bourguignon, d'abord représenté par le duc Philippe le Hardi puis par son fils, Jean sans Peur...Cette crise connaîtra son paroxysme au début du siècle suivant, quand les deux factions se livreront une guerre ouverte, que l'Histoire a retenu sous le nom de guerre civile des Armagnacs et des Bourguignons. Le pouvoir royal affaibli, mal dominé par une reine étrangère dont on se sert comme un pion, basculera progressivement dans le camp anglais, avec le traité de Troyes en 1420, avant d'être repris, petit à petit, lopin par lopin, par Charles VII.
    Mais ceci est une autre histoire. En ce qui concerne Le Roi Fol, son intrigue ne se concentre finalement que sur quelques mois, du printemps à l'automne 1392. Au printemps, le roi contracte une première maladie dont on pense qu'il ne se sauvera pas et qui semble être les prémices du mal qui l'atteindra plus sévèrement dans les années à venir. Mal remis, peut-être surmené, Charles VI bascule définitivement dans la folie le 5 août, dans la plaine du Mans, alors que règne sur cette terre pelée et sans abri une touffeur caniculaire : alors que le roi a convoqué l'ost pour aller châtier le duc de Bretagne, dont un cousin, Pierre de Craon, a tenté d'assassiner le connétable de France, on l'arrête en l'exhortant de ne pas aller plus loin car il est trahi. Fragilisé, le roi est pris d'un coup de folie après qu'un mouvement de troupe l'ait effrayé et s'en prend à son frère, qu'il tente de tuer, tandis que des pages tombent sous les coups de son épée... Le 5 août 1392 est la première manifestation d'un mal qu'on ne connaît pas encore au Moyen Âge, qu'on a encore du mal à déterminer aujourd'hui : des médecins contemporains ont avancé l'hypothèse que Charles VI souffrait de schizophrénie, sans certitude. Au Moyen Âge, on dit tout simplement que le roi est fou. Et celui que l'on avait surnommé le Bien-Aimé deviendra, pour l'Histoire, le roi fou ou le roi fol. Cette maladie ne prendra fin qu'avec la mort du roi, le 22 octobre 1422, trente ans plus tard. Pendant tout ce temps, le roi alternera entre des périodes de lucidité et des périodes d'aliénation plus ou moins longues, qui précipiteront le royaume dans un long tunnel d'amertume et de larmes.
    Le règne de Charles VI est peu connu et pourtant, quelle page d'Histoire passionnante ! Jamais le royaume de France n'est passé si près de sa fin ; jamais les Anglais n'ont été si proches de voir enfin leur vieux rêve réalisé, c'est-à-dire voire leur roi ceindre la couronne des lys...alors que tout commençait si bien.
    Laurent Decaux présente dans ce roman rythmé et vivant une année-charnière, une année où tout va basculer : d'un destin sinon riant, du moins optimiste la France des Valois, soudain, bascule dans l'incertitude. En partant d'une base historique solide et documentée, l'auteur brode un roman historique plein du souffle des grandes fresques.
    Passée la première surprise où je me dis : « Ah oui, mais c'est quand même très très romancé, tout ça », je me laisse porter. Et j'ai bien fait ! Peut-être parce que cette époque me passionne et que je la connais plutôt bien, n'ai-je pas réussi à passer complètement au-dessus du fait que Le Roi Fol est surtout une fiction, où l'imagination de l'auteur a pris une grande part. Mais en même temps, ce que nous donne à lire Laurent Decaux est d'une cohérence folle, tout s'imbrique, tout fonctionne : c'est là que j'ai pris la mesure de la passion qui l'animait, une passion dans laquelle je me suis retrouvée parce que j'ai la même. J'en ai lu, des romans historiques, j'en ai lu beaucoup et je crois que c'est la première fois que je ressens une passion aussi vibrante, qui a coulé de la plume de l'auteur jusqu'aux pages de son roman, pour nous être ensuite communiquée, à nous, lecteurs. Bon, en ce qui me concerne, c'était prêcher une convertie, parce que je ne demandais qu'à vibrer avec l'Histoire passionnante de cette fin de XIVème siècle et ces personnages qui me sont familiers et que j'aime tant retrouver, que ce soit le roi, la reine ou encore le couple Orléans, Louis et son épouse Valentine Visconti, qui ne cessent de me fasciner.
    Il faut dire que Laurent Decaux a été à bonne école : fils d'Alain Decaux et filleul d'André Castelot, il a probablement dès son plus jeune âge baigné dans l'Histoire, une passion qui ne demande qu'à se transmettre, j'en sais quelque chose. J'ai ressenti son amour pour la discipline, sa complète passion et je n'en ai donc que plus aimé Le Roi Fol. Ce n'est pas un coup de cœur mais je l'avoue, je me suis régalée à lire ce roman, comme j'avais pu me régaler, il y'a plus de dix ans, avec la fresque médiévale de Druon, Les Rois Maudits. On ne s'ennuie pas une seule seconde et on croise des personnages si représentatifs de l'époque : outre la famille royale, il y'a aussi les conseillers du roi, ceux que l'on a appelé les Marmousets, ces hommes pas forcément nobles de naissance mais qui seront les premiers à jeter les bases d'un Etat stable et centralisé, prémices de la France moderne ; Paul de Limbourg, peintre de génie, futur illustrateur des fameuses Très Riches Heures du duc de Berry, le cuisinier Taillevent, qui nous a laissé un livre de cuisine encore connu aujourd'hui, Le Viandier ou encore, Nicolas Flamel, dont la réputation d'alchimiste transcende le temps et les frontières (ne le retrouve-t-on, personnage à part entière, dans la fameuse saga de J.K Rowling, Harry Potter ?)

                                           Illustration. Illustration.

     

    Miniatures médiévales représentant le roi Charles VI et la reine Isabeau de Bavière (en rouge) recevant Christine de Pisan (vers 1410)


    Certains poursuivent des ambitions personnelles qu'ils veulent voire assouvies à tout prix, (les oncles du roi, sa belle-soeur Valentine Visconti qui, avec Louis d'Orléans, carresse le rêve de se tailler un royaume en Italie, qui sera repris bien plus tard par leur petit-fils, Louis XII) tandis que d'autres ne pensent qu'à servir le roi, comme son conseiller principal, Bureau de La Rivière. D'autres, au contraire, comme la reine, ne pensent égoïstement qu'à leur plaisir.
    En parlant de la reine, Laurent Decaux ne fait que reprendre ni plus ni moins ce qui se dit sur Isabeau de Bavière depuis la fin du Moyen Âge : son propre petit-fils, Louis XI, ne se montrera pas tendre avec elle et ne mâchera pas ses mots, lorsqu'il traitera sa grand-mère de prostituée, rien de moins. Mais qu'en est-il réellement ? Encore aujourd'hui, les historiens ne peuvent réellement se prononcer sur les agissements de la reine Isabeau de Bavière. A-t-elle été la reine adultère et dispendieuse que l'on décrit ? Son amour du luxe, des tenues et des coiffures extravagantes, qu'elle ait, peut-être, à un moment ou un autre, jeté l'argent par les fenêtres, cela fait-il forcément d'elle une reine avide de sexe et d'amants, comme on se plaît à le dire ? Isabeau a été réhabilitée dernièrement, tant par des historiens étrangers que par des historiens français, comme Philippe Delorme, qui a écrit d'elle une biographie loin des clichés véhiculés par la légende noire. Pour moi, l'image qu'il nous en livre est bien plus proche, probablement, de ce qu'a dû être la vraie Isabeau que cette femme monstrueuse, cette mère dénaturée que les chroniqueurs et les historiens du XIXème siècle ont dépeinte. Et si Isabeau, reine étrangère et régente à une époque franchement pas évidente, où les factions gouvernent ni plus ni moins, n'avait jamais été qu'un pion ? Un pion au dos large sur lequel on entassera pêle-mêle la reprise de la guerre avec l'Anglais, la guerre civile, le traité de Troyes, peut-être même l'illégitimité du Dauphin Charles, ce qui arrange tout le monde... Quant aux rumeurs d'adultère, rien ne nous permet aujourd'hui de les affirmer...comme rien ne nous permet non plus de les infirmer, mais on peut penser que, la famille royale ayant déjà connu un précédent avec le scandale de la Tour de Nesle, sous Philippe le Bel, on peut supposer que les oncles et conseillers du roi, en hommes politiques avisés aient fait en sorte d'écarter la reine des affaires comme ses enfants, qui auraient alors été entâchés d'un soupçon de bâtardise. Aurait-on pris le risque, à une époque aussi troublée, et si l'adultère de la reine avait été su par tous, comme c'est le cas dans le roman, de voir le trône revendiqué par un bâtard (Charles VII) ? Parce que le personnage d'Isabeau de Bavière me passionne depuis un moment, je me suis pas mal renseignée sur elle, pour en arriver à cette conclusion que, malheureusement, l'histoire n'a jamais été tendre avec les femmes et ne le sera probablement jamais, même si cela change dans le bon sens depuis quelques temps. Isabeau de Bavière, comme Catherine de Médicis après elle ou encore Marie-Antoinette, porte déjà le lourd fardeau d'être une femme et une reine étrangère qui, malheureusement pour elle, sera confrontée à l'une des pires périodes de crise. Il fallait un bouc émissaire, une explication au désastre et à l'échec et la reine servira de prête-nom : six-cents ans plus tard, c'est toujours le cas.
    Cette divergence de points de vue ne m'a pas empêchée pour autant de prendre un grand plaisir à ma lecture. Après tout, l'imagination du romancier ne peut-elle, dans la limite du raisonnable, pallier les lacunes de l'Histoire établie ? Ce n'est sûrement pas Alexandre Dumas qui renierait cette assertion ! Laurent Decaux se place dans la lignée de ces grands romanciers qui ont su avec succès s'approprier l'Histoire et ce roman n'a rien à envier aux œuvres de ces prédécesseurs, des Rois Maudits, à La Reine Margot en passant par Les Trois Mousquetaires. A aucun moment on ne s'ennuie et on se plonge avec délice dans ce Moyen Âge certes légèrement fantasmé mais aussi terriblement...plausible et qui a le mérite de redonner sa voix et de la consistance à un personnage dont on ne retient aujourd'hui que les sombres années de la folie.

     

    Le 5 août 1392, le roi Charles VI est atteint d'une crise de folie, première manifestation d'un mal qui ne le quittera plus. 

    En Bref :

    Les + : un roman historique plein d'aventures et de drames, portrait d'une époque passionnante et charnière de l'Histoire de France.
    Les - :
    Aucun, pour moi ! Oui, c'est très romancé, mais c'est passionnant à lire.


    Le Roi Fol ; Laurent Decaux

    Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle

     


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  • « La vie n'obéit pas toujours à notre volonté. »

    Couverture La saga des vikings, tome 1 : Ragnvald et le loup d'or

     

     

     Publié en 2017 aux Etats-Unis  

     En 2019 en France (pour la présente édition) 

     Titre original : The Half-Drowned King

     Editions Pocket

     679 pages 

     Premier tome de la saga La Saga des Vikings

     

     

     

    Résumé :

     Norvège, IXe siècle. Parce qu'on l'a spolié des terres de son père, Ragnvald s'engage à bord d'un navire pour prendre aux pillages d'été et prouver sa valeur au combat. Quant à sa sœur, la rebelle Svanhild, rien ne saurait la retenir chez elle, où le destin des femmes se limite à tisser et enfanter. 
    Le sort s'acharne sur la fratrie : Ragnvald manque de se faire tuer par le capitaine du drakkar, jaloux de cet impétueux guerrier. Il réchappe de peu aux eaux glacées du fjord et, dès lors, réclame justice pour l'honneur de son nom. Mais saura-t-il faire face à sa propre sœur, l'indomptable Svanhild, qui a succombé aux charmes de son pire ennemi ?

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Bienvenue en Norvège au IXème siècle ! Non, je vous vois arriver, ce n'est pas de la fameuse série Vikings dont je vais vous parler, même si des personnages et des lieux qui apparaissent dans la série sont aussi mentionnés dans ce roman de l'auteure américaine d'origine norvégienne, Linnea Hartsuyker.
    Ragnvald et le Loup d'Or est le premier tome d'une trilogie dont le titre est très bien trouvé, à mon sens : La saga des Vikings fait ainsi référence à ces fameux textes fondateurs scandinaves qui racontent l'histoire plus ou moins fantasmée de héros comme Ragnar Lothbrok ou encore Eirik le Rouge, qui voyagea au Groenland et jusqu'aux côtes américaines.
    Nous sommes donc dans la seconde moitié du IXème siècle, quelque part en Norvège : Ragnvald est un tout jeune homme qui revient de sa première mission en Irlande. Alors que tout semble lui sourire, il manque être tué par un homme qu'il croyait être son camarade. Laissé pour mort, puis sauvé de la noyade, Ragnvald découvre alors que son beau-père en a profité pour s'approprier les terres d'Ardal qui lui appartiennent. Dès lors, Ragnvald n'aura de cesse de se venger de ce Olaf qui l'a élevé mais surtout, a voulu l'évincer d'une manière plus que radicale : en le faisant assassiner.
    Ce roman m'a fait l'effet d'un roman d'apprentissage et m'a fortement rappelé le premier tome des Maîtres d'Ecosse, de Robyn Young, qui raconte l'ascension du jeune Robert Bruce au XIVème siècle. J'ai trouvé pas mal de points communs entre ce personnage et celui de Ragnvald : tous deux confrontés à de dures épreuves, ils vont devoir s'en sortir par la seule force de leur volonté et apprendre sur la vie et sur les hommes.
    En mélangeant fiction et réalité, comme le font tous les auteurs de romans historiques, avec souvent beaucoup de réussite à la clé, Linnea Hartsuyker a produit un livre dense et foisonnant, un récit plein d'aventures que ne renieraient pas les vieilles sagas des scaldes scandinaves du Moyen Âge.
    Tout n'y est pas parfait, il y'a parfois des longueurs mais dans l'ensemble, le roman est cohérent, bien mené et appuyé sur un contexte maîtrisé et, au demeurant, passionnant, ce qui ne gâche rien : car si ce premier opus est le récit de l'apprentissage et de l'accession à l'âge d'homme de Ragnvald, il est aussi celui du roi Harald de Norvège, surnommé Harald à la Belle Chevelure et qui, dans les années 870, deviendra le premier souverain de la Norvège unifiée à seulement vingt-deux ans. 
    On sait peu de choses au final des Vikings : quand on les évoque c'est aussitôt l'image de guerriers téméraires, féroces et sanguinaires, montés sur leurs effrayants drakkars et partant ravager des terres loin de chez eux qui nous vient à l'esprit. Mais les Vikings, c'est bien plus que ça quand on y pense : si, au début du Moyen Âge, la Scandinavie est encore morcelée en une mosaïque de petits royaumes et de terres tenues par des jarls, la société viking est déjà profondément enchâssée dans cette région et possède une société très hiérarchisée, que l'on pourrait presque notamment qualifier de démocratique, notamment grâce au ting, une assemblée annuelle qui permet de trancher et de régler les litiges.
    Oui, les Vikings sont violents et conquérants et s'appuient sur un panthéon de dieux issus de la mythologie germanique et particulièrement effrayants et belliqueux. Mais, quand on y pense, leur société n'est peut-être pas plus violente ni plus belliqueuse qu'une autre à la même époque.
    Quand on évoque par exemple les luttes de pouvoir des Mérovingiens et des Carolingiens, ils n'ont rien à leur envier !
    J'ai découvert avec intérêt la vie quotidienne des Vikings, les paysages grandioses quoique assez inhospitaliers de la Norvège médiévale, ses fjords et ses terres battues par les vents et par les neiges.
    En revanche, j'ai eu un peu plus de mal avec les personnages : j'ai même eu un peu peur parce qu'il m'a quand même fallu plus d'une centaine de pages pour arriver à bien situer tous les personnages et ne plus les confondre ! Et encore : l'auteure avait simplifié leur orthographe, ce qui n'était pas de trop !
    Globalement, j'ai passé un très bon moment avec ce roman historique, pas toujours facile à suivre mais riche et foisonnant et qui a le mérite de nous faire découvrir un pan méconnu de l'Histoire européenne, premier pas de l'unification scandinave.
    Il est certain que je lirai avec beaucoup de plaisir la suite des aventures de Ragnvald et de sa jeune sœur, l'intrépide Svanhild, dignes des meilleures sagas !

    En Bref :

    Les + : un contexte riche et foisonnant, des personnages pléthoriques et intéressants, des paysages grandioses...j'ai eu l'impression de lire une vraie saga scandinave racontant les exploits de quelque héros !
    Les - :
    quelques longueurs, par moments un désagréable sentiment de confusion (du genre : « mais pourquoi il parle de ça maintenant, je comprends pas ? » qui, heureusement, se dissipe rapidement.


     

    La Saga des Vikings, tome 1, Ragnvald et le Loup d'Or ; Linnea Hartsuyker

    Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle

     


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