• Romans Historiques

    Romans Historiques « Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux. »

    Jules Renard

     

    SOMMAIRE ROMANS HISTORIQUES

     

    - A - 

    Ashford Lindsay, La Dame de l'Orient-Express

    Audouard Antoine, Adieu mon Unique 

    - B - 

    Baker Jo, Une saison à Longbourn 

    Barthel Jocelyne, Mademoiselle de Pâquelin 

    Benzoni Juliette, Ces Femmes du Grand Siècle 

    Benzoni Juliette, De Deux Roses l'Une 

    Benzoni Juliette, La Florentine, Intégrale, t1 : Fiora et la Vengeance

    Benzoni Juliette, La Florentine, Intégrale, t2 : Fiora et l'Amour

    Benzoni Juliette, La Guerre des Duchesses, t1 : La Fille du Condamné

    Benzoni Juliette, La Guerre des Duchesses, t2 : Princesse des Vandales 

    Benzoni Juliette, La Petite Peste et le Chat Botté 

    Benzoni Juliette, Les Chevaliers Intégrale 

    Benzoni, Un Aussi Long Chemin 

    Berest Claire et Anne, Gabriële

    Berest Claire, Rien n'est Noir

    Bourassa Marie, Le Maître des Peines, t1 : Le Jardin d'Adélie 

    Bourassa Marie, Le Maître des Peines, t2 : Le Mariage de la Licorne 

    Bourassa Marie, Le Maître des Peines, t3 : Le Salut du Corbeau

    Bourdon Françoise, Le Maître Ardoisier 

    Bourdon Françoise, Les Tisserands de la Licorne 

    Boysson (de) Emmanuelle, Le Temps des Femmes, t1 : Le Salon d'Emilie

    Boysson (de) Emmanuelle, Le Temps des Femmes, t2 : La Revanche de Blanche

    Boysson (de) Emmanuelle, Le Temps des Femmes, t3 : Oublier Marquise 

    Broca (de) Alexandra, Monsieur mon Amour 

    Brussolo Serge, Marion des Pierres, t1 : Pèlerins des Ténèbres 

    Brussolo Serge, Marion des Pierres, t2 : La Captive de l'Hiver

    - C - 

    Caillé-Bastide Virginie, Le Sans Dieu

    Calmel Mireille, La Marquise 

    Calmel Mireille, Les Lionnes de Venise, t1 

    Carolis (de) Patrick, Letizia R. Bonaparte : dans l'intimité de la mère de Napoléon

    Chandernagor Françoise, L'Enfant des Lumières 

    Charréard Alex, Philis : une Héroïne, une Femme 

    Chauveau Sophie, Fragonard, l'Invention du Bonheur 

    Chauveau Sophie, Le Siècle de Florence, t2 : Le Rêve Botticelli 

    Chauveau Sophie, Le Siècle de Florence, t3 : L'Obsession Vinci 

    Chevalier Tracy, A l'Orée du Verger 

    Chevalier Tracy, La Dernière Fugitive 

    Chouraqui Véronique, D'un Rouge Incomparable 

    Cilento Antonella, Lisario ou le Plaisir Infini des Femmes 

    Contrucci Jean, La Vengeance du Roi-Soleil 

    - D - 

    Dédéyan Marina, De Tempête et d'Espoir, t1 : Saint-Malo

    Dédéyan Marina, De Tempête et d'Espoir, t2 : Pondichéry 

    Dédéyan Marina, Moi, Constance, Princesse d'Antioche 

    Deschamps Fanny, La Bougainvillée, t1 : Le Jardin du Roi

    Deschamps Fanny, La Bougainville, t2 : Quatre-Épices 

    Desprat Jean-Paul, Les Couleurs du Feu, t3 : Rouge de Paris 

    Desprat Jean-Paul, Les Princesses Assassines

    Di Fulvio Luca, Le Gang des Rêves 

    Diwo Jean, Demoiselles des Lumières 

    Duchêne Jacqueline, La Dame de Vaugirard

    Duchêne Jacqueline, La Femme du Roi-Soleil 

    Duchêne Jacqueline, Madame l’Étrangère 

    Dufaux Jean et Delaby Philippe, Murena, t1 : La Pourpre et l'Or (BD)

    Dufaux Jean et Delaby Philippe, Murena, t2 : De Sable et de Sang (BD) 

    Dupuy Marie-Bernadette, Angélina, t1 : Les Mains de la Vie 

    Dupuy Marie-Bernadette, Angélina, t2 : Le Temps des Délivrances 

    Dupuy Marie-Bernadette, Les Enfants du Pas du Loup 

    - E - 

    Ebershoff David, Danish Girl

    - F - 

    Fajardie Frédéric H., La Lanterne des Morts 

    Fellowes Julian, Belgravia 

    Fernandez Dominique, La Course à l'Abîme

    Fischer Elise, Mystérieuse Manon 

    Ford Mackenzie, Un Amour Dérobé 

    Fraser Emma, Quand soufflera le Vent de l'Aube

    Frydman Sarah, La Saga des Médicis, t1 : Contessina

    Frydman Sarah, La Saga des Médicis, t2 : Le Lys de Florence

    Frydman Sarah, La Saga des Médicis, t3 : Lorenzo ou la Fin des Médicis 

    - G - 

    Glasfurd Guinevere, Les Mots entre mes Mains 

    Grèce (de) Michel, Le Rajah Bourbon 

    Grèce (de) Michel, Le Vol du Régent 

    Gregory Philippa, La Dernière Reine

    Gregory Philippa, La Princesse Blanche

    Gregory Philippa, La Reine Clandestine 

    Grissom Kathleen, La Colline aux Esclaves

    Grissom Kathleen, Les Larmes de la Liberté

    Grondin Nicolas, L’Énigme de la Diane, t1 : De l'Iroise aux Caraïbes

    Grondin Nicolas, L’Énigme de la Diane, t2 : Des Antilles aux Mascareignes 

    Gyasi Yaa, No Home

    - H - 

    Hermary-Vieille Catherine, La Bourbonnaise 

    Hermary-Vieille Catherine, Le Rivage des Adieux 

    Hope Anna, Le Chagrin des Vivants 

    Hug Nathalie, 1, Rue des Petits-Pas 

    - I - 

    - J -

    Janzing Jolien, Audrey et Anne 

    - K - 

    Keane Mary Beth, La Cuisinière 

    Kertanguy (de) Inès, Les Héritiers de Kervalon 

    Khadra Yasmina, Ce que le Jour doit à la Nuit 

    - L - 

    Lapierre Alexandra, Je te vois Reine des Quatre Parties du Monde 

    Le Nabour Eric, Retour à Tinténiac

    Lenormand Frédéric, Mademoiselle Chon du Barry ou les Surprises du Destin 

    Lesage Mireille, Les Ailes du Matin, t1

    Lesage Mireille, Les Ailes du Matin, t2 

    Leyshon Nell, La Couleur du Lait 

    Lyndon Robert, La Quête 

    - M -

     

    Marchal Eric, La Part de l'Aube 

    Marchal Eric, Le Soleil sous la Soie 

    Marcus Mary, Le Refuge des Souvenirs 

    Mansiet-Berthaud Madeleine, Les Nuits Blanches de Léna

    Mantel Hilary, Le Conseiller, t1 : Dans l'Ombre des Tudors

    Mantel Hilary, Le Conseiller, t2 : Le Pouvoir

    Mazetti Katarina, Le Viking qui voulait épouser la Fille de Soie 

    Michelet Claude, Des Grives aux Loups, t1

    Michelet Claude, Des Grives aux Loups, t2 : les Palombes ne passeront plus 

    Montaldi Valeria, La Rebelle : Femme médecin au Moyen Âge

    Moore Viviane, La Saga de Tancrède le Normand (Intégrale des trois premiers tomes)

    Morell Léon, Le Ciel de la Chapelle Sixtine 

    Mutch Barbara, Une chanson pour Ada 

    - N - 

    Noblet Maryvonne, Médiévales 

    Nohant Gaëlle, La Part des Flammes 

    - O - 

    - P - 

    Perez Chiara, Les Deux Orphelines 

    Perri Audrey, Une Bonne Âme 

    Pesnot Patrick, La Rose et le Bourreau 

    Peyramaure Michel, Le Roman de Catherine de Médicis 

    Poole Sara, Francesca, empoisonneuse à la Cour des Borgia, t1 

    Poole Sara, Francesca, empoisonneuse à la Cour des Borgia, t2 : La Trahison des Borgia 

    Poole Sara, Francesca, empoisonneuse à la Cour des Borgia, t3 : Maîtresse de Borgia 

    - Q - 

    Quinn Kate, Borgia, t1 : Le Serpent et la Perle 

    Quinn Kate, Rome t2 : L'Impératrice des Sept Collines 

    Quinn Kate, Rome t3 : Les Héritières de Rome 

    - R - 

    Renucci Clélia, Concours pour le Paradis 

    Révay Theresa, L'Autre Rive du Bosphore 

    Rindell Suzanne, Fascinante Odalie 

    - S - 

    Sauvage-Avit Jeanne-Marie, Perline, Clémence, Lucille et les autres... 

    Schackis Jean-Pierre, Amitiés rouge Sang - Le Sang des Âmes 

    Signol Christian, Ce que Vivent les Hommes, t1 : Les Noëls Blancs

    Signol Christian, Ce que Vivent les Hommes, t2 : Les Printemps de ce Monde 

    Simonson Helen, L’Été avant la Guerre 

    Solomons Natasha, Le Manoir de Tyneford 

    Spitzer Sébastien, Ces Rêves qu'on Piétine 

    - T - 

    Troyat Henri, Les Semailles et les Moissons, Intégrale

    - U - 

    - V - 

    Vlérick Colette, L'Herbe à la Reine 

    - W - 

    Willocks Tim, Trilogie Tannhauser, t1 : La Religion

    Willocks Tim, Trilogie Tannhauser, t2 : Les Douze Enfants de Paris 

    Wood Barbara, Inavouable Héritage 

    Wood Barbara, La Fille du Loup 

    Wood Barbara, Séléné 

    - X - 

    - Y - 

    Young Robyn, Les Maîtres d'Ecosse, t1 : Avènement

    Young Robyn, Les Maîtres d'Ecosse, t2 : Renégat 

    Yvert Sylvie, Mousseline la Sérieuse 

    - Z - 

    Zusak Marcus, La Voleuse de Livres 

  • « Depuis qu’elles avaient choisi cette vie d’artiste, elles savaient confusément que, sans être tout à fait des femmes déclassées, elles ne correspondraient plus jamais aux normes sociales régissant la gent féminine. »

    Couverture L'atelier des poisons

     

     

     

        Publié en 2017

      Editions Pocket

      408 pages 

     

     

     

     

     

     

    Résumé :

    Paris, 1880. A l'académie Julian, le premier atelier à ouvrir ses portes aux femmes, la vie n'est pas facile. L'apprentissage du métier de peintre est ardu, long et coûteux. Seules les jeunes filles dotées d'un véritable talent et, surtout, d'une grande force de caractère, parviennent à en surmonter les obstacles. Du talent, Zélie Murineau n'en manque pas. De la force de caractère non plus. Pourtant, lorsque le commissaire Alexandre d'Arbourg lui demande de faire le portrait de sa filleule, sa belle assurance est ébranlée : comment ne pas croire que cette commande dissimule d'autres motifs ? Mais même si elle en connaît les risques, elle n'est pas en mesure de refuser le marché du beau commissaire : elle sera donc « ses yeux » dans cette famille cachant bien des secrets.
    Des auberges mal famées jusqu'aux salons de la grande bourgeoisie, elle va l'aider à discerner ce que les grands maîtres de la peinture sont seuls à voir : les vérités qui se cachent derrière les apparences. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    A Paris, dans les années 1880, il est difficile de vivre de son art quand on est peintre. A plus forte raison quand on est une femme : les jeunes artistes de l'académie Julian en savent quelque chose. Peu importe leur talent, le fait d'être des femmes freine immanquablement leur carrière. Et quand, dans un contexte d'émulation et de mutation artistiques, les artistes s'éloignant de la norme, même masculins, parviennent à peine se faire un nom, on imagine aisément ce qu'il peut en être pour les femmes, qui doivent se battre deux fois plus.
    Zélie Murineau est de ces femmes artistes, débarquées à Paris pour y vivre leur rêve, quoi que cela leur en coûte... Un jour qu'elle peint au jardin des Tuileries, elle est abordée par le commissaire de police Alexandre d'Arbourg qui, enquêtant sur des pickpockets, lui demande son témoignage. Par la suite, se souvenant du talent de la jeune peintre, il lui propose de faire leur portrait de sa filleule, Juliette. Et parce qu'il soupçonne de sombres secrets sous le toit de sa cousine, Henriette, la mère de Juliette, il demande à Zélie d'être ses yeux et d'enquêter discrètement, sous couvert de réaliser le portrait de la petite fille.
    En compagnie du commissaire et de Zélie, nous découvrons le Paris de la fin du XIXème siècle. Encore marquée par les horreurs de la Commune et par la chute de l'Empire, dix ans plus tôt, la capitale française est une ville fourmillante où se côtoient les plus riches et les plus miséreux, une ville aux faubourgs encore campagnards et modestes, qui s'étendent à ses portes. Paris n'est pas encore la mégapole très urbaine que nous connaissons aujourd'hui et qui ne cesse de grandir, elle est cernée de petits villages qui inspirent les peintres et les guinguettes s'égrainent en bords de Seine, dans des décors bucoliques et ruraux...
    La fin du XIXème est surtout une époque de prospérité à nulle autre pareille, l'industrialisation fait galoper le temps, la modernité est aux portes de l'Europe. Et cette grande modernité s'accompagne aussi malheureusement d'une paupérisation de plus en plus importante...Les beaux quartiers jouxtent les plus défavorisés, la richesse côtoie la misère, Paris est entouré de petits bourgs proprets et prospères comme de bouges sordides où sévissent malfrats de bas étage, alcoolisme, prostitution, violence, trafics en tous genres... Dans les pas d'Alexandre d'Arbourg, Zélie découvre aussi cet envers du décor peu reluisant, et nous avec. C'est l'un des aspects du livre que j'ai le plus aimés : parce que je m'attendais à ce que le roman tourne essentiellement autour du monde de l'art, je ne m'attendais pas à cette description presque ethnographique du Paris des années 1880, qui rappelle les portraits naturalistes de Zola.

    L'Académie Julian, par Marie Bashkirtseff (1881) : Marie, surnommée Mousse, apparaît dans L'Atelier des Poisons


    Le roman de Sylvie Gibert est finalement bien plus dense et plus profond, plus dénonciateur aussi peut-être, que ce que l'on pourrait attendre à la lecture du résumé...l'auteure aurait pu se contenter de centrer son récit sur Zélie et ses compagnes peintres de l'académie Julian, leur lutte pour se faire un nom, une place, les nuits sans sommeil, les doutes qui précèdent l'exposition de leurs oeuvres au Salon, parfois leur découragement quand elles se rendent compte du traitement reservé à leurs tableaux, sous prétexte que le pinceau a été tenu par une femme...franchement, il y'aurait déjà eu matière à faire un bon roman. Mais Gibert est allée plus loin, étendant son champ de vision : si Zélie symbolise ce monde de l'art en pleine mutation à la fin du XIXème siècle, l'autre personnage fort du roman, Alexandre d'Arbourg, commissaire à la Sûreté, symbolise cet autre aspect du roman, finalement tout aussi important : la police des années 1880, qui exerce encore avec des moyens limités pour traquer le crime et la malhonnêteté qui sont légion dans une capitale aussi vivante que Paris. Personnage mystérieux dont on ne sait que peu de choses avant la fin du roman, il attire immanquablement, on aimerait savoir ce qui se cache derrière son physique lisse et impeccable. Et finalement, l'intérêt du lecteur leur est accordé à parts égales : Zélie n'est pas la seule héroïne du roman et j'ai trouvé qu'elle formait un bon duo avec d'Arbourg.
    Peut-être vous attendez-vous à ce que Zélie et Alexandre forment un couple...je ne vous dirais rien concernant cela mais vous aurez sûrement une surprise si vous lisez L'Atelier des Poisons et j'ai trouvé intéressante la manière dont l'auteure se sert de leur relation...
    Finalement, dans une ambiance bien plus sombre que ce que pourrait laisser entrevoir les quelques lignes de la quatrième de couverture, ce roman nous entraîne, nous capture et ne nous lâche plus. Je ne me suis pas vraiment attachée aux personnages ni identifiée à eux, mais ils ont capté mon intérêt autrement, ce qui fait que je les ai finalement toujours retrouvés avec plaisir. Une fois lancée, j'ai eu du mal à poser le roman, j'avais l'impression de ne plus pouvoir m'arrêter, l'histoire s'est déroulée toute seule, avec simplicité, avec facilité, comme un ruban que l'on défait.
    J'ai eu l'impression d'une très agréable surprise parce que je m'étais fait une toute autre idée de ce roman en le commençant : j'en ai aimé le propos comme la plume et je ne peux que vous inciter à le lire, bien entendu, si vous aimez le monde des arts et les romans historiques. 

    En Bref :

    Les + : un roman captivant et difficile à lâcher une fois commencé ! L'auteure s'est autorisée à traiter beaucoup de sujets dans un même roman, tout en revenant toujours au monde l'art et sa difficulté, bien symbolisés par Zélie et sa force de caractère et sa ténacité. En un mot, une bonne surprise ! 
    Les - : aucun point négatif à soulever.  

     

    Les soeurs Brontë : la Force d'Exister ; Laura El Makki

    Thème de septembre, « Palettes et pastels », 9/12


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  • « Parigné-l’Évêque était vidé de sa population masculine. On ne voyait que des vieillards assis devant la porte de leur maison, les mains rassemblées sur le pommeau de la canne et, dodelinant douloureusement de la tête, ils regardaient le monde s'agiter autour d'eux avec un regard apitoyé. »

    Couverture Le courage de Louise

     

     

     

         Publié en 2020

      Editions Archipoche

      312 pages 

     

     

     

     

     

     

    Résumé :

    C'est la fête à Parigné-l’Évêque, dans la Sarthe. En ce jour de la Saint-Jean, Louise, 20 ans, se laisse séduire par Justin, un fermier des environs. Le garçon, qui vient de reprendre l'exploitation familiale après la mort de ses parents, tombe sous le charme de la jeune lavandière. 

    A peine sont-ils mariés que la guerre éclate - la grande, celle de 14. Justin troque la fourche pour le fusil et s'en va labourer les champs de bataille. Son épouse, qui ignore tout des travaux de la ferme, se retrouve seule. 

    Mais, à l'heure de la moisson, une extraordinaire entraide s'organise. Louise peut compter sur le soutien de ses voisines, privées comme elle de leur mari. Et sur celui d'un capitaine belge en mission au Mans. Ingénieur agronome dans le civil, l'homme va se montrer d'un grand secours. Peut-être même trop...

    Un magnifique hommage aux femmes qui ont contribué à la survie du pays aux heures les plus terribles de son histoire. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Le Courage de Louise raconte une histoire vraie. Certes, c'est un roman et le personnage de Louise, jeune paysanne sarthoise, n'a sûrement jamais existé, hormis dans l'imagination de Raphaël Delpard et pourtant... cette jeune femme qui est au centre de ce roman historique personnifie toutes ces femmes, mères, filles, épouses, sœurs qui, en Quatorze, ont vu partir les hommes pour un conflit qui dura quatre ans et fit près de dix millions de morts.
    Nous sommes donc au début de l'été 1914. Louise et Justin sont jeunes mariés quand la mobilisation générale est décrétée début août. C'est le départ des plus jeunes, parfois la fleur au fusil, comme on dit, tandis que les femmes, à l'arrière, s'organisent. A Parigné-l’Évêque, Louise, comme les autres femmes, va devoir apprendre à vivre seule, à s'occuper de la ferme, alors qu'elle ne l'a jamais fait. Elle va apprendre la solitude mais aussi la solidarité qui s'instaure spontanément entre les femmes du village, toutes concernées par le conflit : car elles ont toutes un homme au front, un ou plusieurs, pour lequel s'inquiéter. Louise, pendant ces quatre ans de guerre, va grandir, s'enhardir, découvrir qu'elle est capable de faire des choses auxquelles elle n'aurait jamais songé avant : gérer son argent, vendre les produits de la ferme au marché, porter des pantalons... La guerre de Quatorze, c'est une horreur sans nom qui aura pourtant permis aux femmes de se rendre compte de leur valeur, que leur voix compte et elles seront bien déterminées, à la fin du conflit, à être reconnues, ce qui sera le cas petit à petit, même si le processus sera long (n'oublions pas que le droit de vote ne sera accordé aux Françaises qu'en 1944).
    Ce roman c'est une histoire vraie et une histoire qui nous touche tous. Aucun autre conflit ne fédère autant le souvenir que celui-ci : peut-être parce que chaque famille, sans distinction, sera touchée...peut-être parce que chacun d'entre nous, aujourd'hui, a le nom d'un ou plusieurs ancêtres inscrits sur un monument aux morts...peut-être aussi parce que toutes ces femmes mises en scène dans les romans ou les films, nous évoquent nos arrière-grand-mères ou arrière-arrière-grands-mères. Ces femmes que l'ont n'a pas connues, hormis sur le papier jauni des vieilles photos, restent malgré tout, dans l'imaginaire commun, celles qui, avec beaucoup de courage, soutinrent le pays alors que tout s'effondrait.

     les  femmes pendant  la  guerre de  14..18

    Près de 850 000 femmes prirent la tête de l'exploitation agricole de leur époux, en 1914. 

    Évidemment, il ne me viendrait pas à l'idée de comparer ce que nous vivons actuellement avec le cataclysme que fut la déclaration de guerre en août 1914. Mais on peut aisément imaginer la sidération des gens, leur désarroi devant une situation incontrôlable, l'angoisse à l'idée de vivre dans un monde qui ne sera plus jamais comme avant, par rapport à ce que nous-mêmes avons vécu ces derniers mois. Nous avons vu combien il est difficile de vivre dans une actualité constamment anxiogène. On peut donc comprendre combien la vie, pendant ces quatre années, fut difficile. Surtout quand un ou plusieurs proches risquent leur vie à des centaines de kilomètres de chez eux, sans qu'on en ait de nouvelles pendant des semaines, voire des mois...
    Les femmes de Quatorze furent des précurseurs, elles furent celles, citadines ou rurales, qui pour la première fois prirent vraiment conscience de leur valeur en tant qu'individu. Non, les femmes ne sont pas que les faire-valoir des hommes, non elles ne sont pas nées pour n'être que des épouses et des mères. Et après en avoir pris conscience, elles bouleverseront la société de leurs revendications. De ces femmes, nous sommes les héritières...
    Ce que j'ai aimé en Louise, la jeune héroïne du roman, c'est que justement, elle n'a rien d'une héroïne ni d'une femme puissante, au départ. On ne sait pas quel âge elle a exactement (même s'il est mentionné dans le résumé qu'elle a 20 ans, son âge n'est jamais dit clairement dans le roman) mais on sent qu'elle est toute jeune. 

    Ayant passé une enfance et une jeunesse isolées, Louise découvre les interactions sociales, l'entraide et la solidarité, elle apprend à recevoir mais aussi à donner sans contrepartie, à aider et à se faire aider sans fierté. En quatre années de guerre, elle grandit, devient plus forte et plus sûre d'elle, après des débuts difficiles. Louise m'a beaucoup plu pour ces raisons. Elle est touchante et souvent attendrissante de part sa naïveté. Contrairement aux héroïnes très féministes et presque révoltées de Jeanne-Marie Sauvage-Avit, Louise, elle, est une jeune femme comme il y'en a beaucoup à l'époque, pour qui la vie conjugale est une fin en soi. Elle apprendra sa valeur à la faveur du conflit, se rendant compte de ses limites mais aussi des champs des possibles. C'est une autre approche, mais que j'ai appréciée aussi : Louise, les premiers mois, est perdue et démunie et il est intéressant que l'auteur ait bien décrit ces sentiments. 
    La seule chose que je regrette, c'est que le roman démarre très rapidement, on est tout de suite dans le bain sans savoir qui sont Louise et Justin, à part quelques informations distillées dans les premières pages. Et puis d'un coup, le rythme se ralentit, peut-être un peu trop... j'avoue avoir eu un sentiment d'inégalité par moments qui n'a cependant pas entaché pour autant mon intérêt pour cette lecture. 
    Cette jeune Louise est attachante et on se plaît à mettre nos pas dans les siens, découvrant le bocage sarthois du début du XXème siècle, qui symbolise si bien cette France d'antan qui fut celle de nos ancêtres...pas si lointains que ça

    JE REMERCIE LES ÉDITIONS DE L'ARCHIPEL ET MYLÈNE POUR CET ENVOI ! 

    En Bref :

    Les + : un bel hommage à toutes ces femmes qui, en 1914, prirent en charge les exploitations agricoles et la vie à l'arrière. Ces femmes, elles évoquent forcément quelque chose à chacun d'entre nous, puisque ce sont nos aïeules...si Louise est un personnage fictif, elle n'en personnifie pas moins toutes ces femmes courageuses qui découvrirent leur valeur à la faveur de l'un des conflits les plus meurtriers de l'Histoire. 
    Les - :
    un début peut-être un peu trop rapide, précédant des chapitres plus descriptifs et plus lents, ce qui donne un sentiment d'inégalité.


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  • « Je suis une personne ordinaire, mais l'époque ne l'était pas, et quelques fois le destin nous réserve des moments intenses où nous pouvons nous croire des êtres exceptionnels. »

    Couverture Sous le velours, l'épine

     

     

     

       Publié en 2017

     Editions Pocket 

     730 pages 

     

     

     

     

     

     

    Résumé : 

    Une rencontre imprévue, un visage d'autrefois croisé par hasard à la gare de Toulouse, c'est tout ce qu'il faut pour faire ressurgir du passé les souvenirs enfouis d'une mystérieuse octogénaire.
    Ancienne résistante, Rose dissimule un secret dont elle cherche désespérément à se libérer. Après avoir connu l'insouciance d'avant-guerre, cette jeune provinciale va plonger au cœur de la barbarie et de la cruauté humaine. Amours, haine, courage, lâcheté, cette fresque est celle d'une inexorable obsession de vengeance. Celle d'une femme que la guerre va bouleverser jusqu'au point de non-retour. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 2003, Hervé Berthier fait la connaissance de Rose Calmont, une vieille dame de 84 ans, croisée près de la gare de Toulouse alors qu'il y attend sa femme, Sylvie.
    Prenant prétexte d'une ressemblance frappante entre Hervé et son frère Marius, Rose décide de raconter à son nouvel ami sa vie pendant l'Occupation et son passé de résistante.
    Arrivée à Toulouse à la veille de la guerre pour ses études de droit, Rose, âgée d'à peine vingt ans, découvre les réalités d'un pays gangrené par l'incertitude et la violence des haines raciales, alimentées par le contexte européen.
    Quand éclate la guerre et que la France est occupée, avec une poignée d'amis et son compagnon, Xavier, Rose crée un réseau de résistance, le groupe Dantès, baptisé ainsi en référence au fameux héros de Dumas dans Le Comte de Monte-Cristo. Faisant d'abord passer des messages, le groupe Dantès s'investit de plus en plus dans la Résistance, allant jusqu'à traquer les gros bonnets de la Milice ou de la collaboration toulousaines.
    Pendant toutes ces années, Rose connaît l'exaltation des combats clandestins, la griserie de se battre pour ses idéaux et ses convictions mais aussi l'horreur de la détention et des interrogatoires et la détresse de voir disparaître ses compagnons d'armes, tués ou déportés vers l'Allemagne, dont beaucoup ne reviendront pas...
    Derrière la frêle image d'une dame âgée et fatiguée, apparaît celle de la jeune femme qu'elle a été, courageuse et digne, même dans l'adversité. Se dévoilent aussi tous les paradoxes d'une époque où la noblesse d'âme a côtoyé le pire de l'humanité. Et l'inévitable question, lorsqu'on aborde cette époque, de savoir dans quel camp nous nous serions nous-mêmes trouvés si nous avions été confrontés aux mêmes choix que toutes les personnes qui ont connu la guerre, apparaît ici comme bien insoluble et peu évidente...sans manichéisme et sans jugement, l'auteur aborde l'époque de l'Occupation dans toute sa complexité, pointant subtilement du doigt l'idée reçue et largement répandue que la France d'alors n'était divisée qu'entre Résistants courageux et patriotes et collabos fascites à la solde de l'Allemagne nazie, de la Gestapo et de la Milice.
    Je ressors de cette lecture assez agréablement surprise. Si je n'ai pas toujours été séduite par le style de l'auteur, il ne faut pas oublier que Sous le Velours, l'épine est un premier roman et que, dans l'ensemble, il est bien mené, bien ficelé et cohérent. Si l'auteur n'en parle pas, je pense toutefois qu'il lui a fallu consacrer pas mal de temps aux recherches historiques qui sont venues étayer l'histoire de Rose et lui apporter cette véracité qui, pour moi, est si importante dans les romans historiques. Que l'on soit dans le romanesque, d'accord, mais un peu d'authenticité historique ne fait pas de mal et je crois qu'Alain Roquefort a su vraiment s'approprier son sujet, restituer l'ambiance délétère, dangereuse et angoissante qui fut celle de ces années de guerre et d'Occupation, dans une France presque à l'arrêt, engourdie par la défaite aussi amère qu'inattendue de mai 1940 puis l'instauration de la Collaboration avec l'Allemagne par le régime de Vichy. La Résistance et les maquis, qui se développent progressivement après l'appel du 18 Juin, puis la mise en place du STO, sont aussi bien décrits par l'auteur : des jeunes hommes et des jeunes femmes qui mettront leurs vies en danger pour défendre leur patrie et surtout, leur idéaux. Des jeunes hommes et des jeunes femmes qui, parfois, la perdront de la pire des manières, torturés ou exécutés dans les sinistres locaux de la Milice, à la botte de l'occupant.
    Si vous aimez les romans historiques, comme moi, je pense que vous aimerez Sous le Velours, l'épine. L'histoire est dense et riche, elle émeut, parfois elle serre la gorge d'angoisse, on a envie de tourner les pages pour s'assurer que nos héros vont bien, on ressent de la colère, parfois du dégoût face au comportement nauséabond de certains ou alors, une véritable émotion devant le dévouement des autres.
    Je me suis attachée assez rapidement à Rose, que l'on découvre à divers âges de la vie : jeune femme encore, nouvellement arrivée en ville et étudiante en droit ; puis résistante convaincue et n'hésitant pas à prendre des risques ; enfin, femme plus mûre, ayant connu bien des épreuves ; puis, pour finir, vieille dame de plus de quatre-vingts ans désireuse de parler de son passé, de laisser une trace, un héritage...j'ai trouvé le personnage plein de profondeur et vraiment travaillé, ce qui peut manquer parfois dans un premier roman. Tous les personnages sont tout à fait à leur place dans cette intrigue qui, par certains aspects, m'a rappelé la série Un Village Français, qui aborde un peu les mêmes thématiques.
    J'ai quitté à regret le Toulouse des années 40 et nos héros, donc je pense que, malgré quelques petites faiblesses, c'est le signe que ce roman est bon (du moins, à mes yeux). J'ai passé un agréable moment en compagnie de Rose et d'Hervé et surtout...je n'ai pas vu arriver la fin, qui m'a beaucoup émue.
    Une belle surprise, vraiment, que ce roman mi-historique, mi-régionaliste qui décrit très bien une période pas évidente de notre Histoire mais dont nous devons nous souvenir même si elle nous met mal à l'aise

    En Bref :

    Les + : un roman bien mené, avec une intrigue cohérente et solide, notamment du fait de la fine restitution historique d'une époque compliquée. L'auteur n'est pas tombé dans le manichéisme et le jugement facile et bravo à lui pour cela. 
    Les - :
    surtout dans les dialogues, parfois j'ai retrouvé quelques lourdeurs qui ont rendu ma lecture inégale, mais ce n'est rien de grave.


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  • « Tu dois t'endurcir si tu veux aller loin, Marco Polo. Car le chemin est long et effrayant. Pense au lendemain, cela t'aidera. A chaque matin suffit son aube. »

    Couverture Marco Polo, tome 1 : La caravane de Venise

     

     

         Publié en 2001

      Editions 1 (Edition°1)

      415 pages 

      Premier tome de la saga Marco Polo

     

     

     

     

     

    Résumé :

     1271. Marco Polo n'a que dix-sept ans lorsqu'il quitte Venise avec son père et son oncle pour rejoindre la cour de Khoubilaï, petit-fils de Gengis Khan et héritier de l'immense Empire mongol qui s'étend de la Russie à l'océan Pacifique. 

    A une époque où il faut près d'une année pour traverser l'Asie, la Route de la Soie est celle de tous les dangers. Quinze mille kilomètres séparent la toute puissante cité des Doges de la mystérieuse Pékin. Quinze mille kilomètres de déserts brûlants ou glacés, à travers les cols vertigineux de l'Himalaya. Pour survivre, Marco Polo est prêt à braver la fureur des éléments. Émissaire du pape Grégoire X, messager secret de l'ilkhan Abaga, il devra déjouer les pièges des hommes, brigands, guerriers ou espions, afin de poursuivre son rêve. Dans les bras d'une esclave aux yeux d'amande, il découvre l'amour. Et quand la caravane de Venise arrive devant le Grand Khan, l'adolescent fougueux est devenu un homme et, sans le savoir, le plus célèbre des aventuriers. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Au début des années 1270 à Venise, le jeune Marco est un adolescent comme les autres. Amoureux de la belle et capricieuse Donatella, il vit seul avec sa mère qui attend désespérément le retour de son époux, parti huit ans plus tôt pour l'Orient et d'où il n'est jamais revenu.
    À la mort de cette dernière, Marco est embauché par son oncle paternel et doit se satisfaire d'un travail modeste au port. Mais, le jour où Niccolo Polo revient enfin à Venise, alors qu'on ne l'y attendait plus, les bras chargés des splendeurs de l'Orient, emmenant dans son sillage des esclaves aux délicats yeux bridés comme Marco n'en a jamais vu, celui-ci n'a alors plus qu'une envie : voyager à son tour et découvrir cette route, pas exempte de dangers (« Là-bas, tout se ligue pour te faire renoncer. Là-bas, tu ne peux même pas accroire ce que tu vois. Attends-toi au pire, tu seras encore en deçà. »), qui emmènent les Occidentaux jusqu'aux merveilles de Khanbaliq, la capitale du Grand Khan Kubilaï. Cette route, c'est la fameuse route de la soie, si fascinante encore aujourd'hui et qui serpente, sur plusieurs milliers de kilomètres, entre l'Europe et la Chine, au milieu de paysages spectaculaires habités par des peuplades aux physiques aussi surprenants que leurs coutumes.
    La Caravane de Venise est le premier tome consacré à Marco Polo et ses fameux voyages. Et qu'importe si, aujourd'hui, bon nombre d'historiens remettent en cause les descriptions que l'on peut lire dans Le livre des Merveilles et de façon générale, la véracité des voyages de Polo en Asie, au milieu du XIIIème siècle. Le débat n'est pas tranché et nous ne pouvons dire aujourd'hui avec certitude si Marco Polo, marchand et explorateur vénitien, a bien voyagé jusqu'en Chine où il se serait mis au service du Grand Khan pendant plusieurs années avant de revenir à Venise, près de vingt-cinq ans plus tard. Le Devisement du Monde aussi appelé Livre des Merveilles est-il une pure invention ou une relation détaillée d'un voyage ayant bien eu lieu ? Aujourd'hui rien ne nous permet d'affirmer clairement l'un ou l'autre.
    Toujours est-il que ce fameux voyage, au cœur d'un Moyen Âge que l'on imagine volontiers sédentaire (ce qui n'est pas forcément le cas), a de quoi fasciner. Encore aujourd'hui on reste sans voix devant les splendeurs traversées par la route de la soie, qu'elles aient été érigées par la main de l'homme comme Samarcande ou bien qu'elles soient naturelles, comme les vallées du Tigre et de l'Euphrate, les sommets spectaculaires de l'Hindou Kouch, les déserts inhospitaliers à l'entrée de la Chine... La mondialisation nous permet de connaître ces régions, ne serait-ce que par des photos ou des reportages télévisés. On ne peut s'empêcher toutefois d'en ressentir le grand pouvoir dépaysant, le grand pouvoir de fascination qu'elles dégagent encore aujourd'hui. On ne peut alors qu'imaginer ce que pouvaient représenter ces régions du globe pour un voyageur du Moyen Âge dont l'horizon s'était arrêté, jusque là, aux limites de la lagune vénitienne. Certainement pour Marco Polo, adolescent d'une quinzaine d'années qui découvre la Terre Sainte puis le Moyen-Orient jusqu'aux steppes chinoises, ce fut comme découvrir un nouveau monde, une autre planète.

    L'arrivée à Boukhara, enluminure médiévale illustrant Le livre des voyages de Marco Polo (XVème siècle)


    Ce roman est dépaysant au possible. En nous plaçant dans les pas de ces explorateurs médiévaux, à qui se dévoilent les secrets de régions enclavées et discrètes, Muriel Romana nous fait découvrir le monde à travers leurs yeux. C'est donc doublement exotique que d'imaginer la surprise d'un jeune homme ayant toujours côtoyé des personnes à la peau claire et aux grands yeux découvrir des hommes et des femmes à la peau mate et aux yeux bridés, adorant d'autres dieux que lui et vivant différemment. C'est exotique et intéressant de suivre les pérégrinations d'un jeune chrétien en terre musulmane... Oui, réellement, on a le sentiment de découvrir un monde nouveau comme si on voyageait sur la Lune ou dans l'espace.
    Grâce à de solides recherches et des descriptions précises, servies par une superbe plume qui sait se faire poétique comme incisive, Muriel Romana signe un roman excellent et que j'ai pris un grand plaisir à découvrir. J'avais déjà beaucoup aimé La Sultane andalouse pour son haut potentiel dépaysant. Ici, j'en ai eu mille fois plus !!! J'ai voyagé dans le temps et dans des régions que je me plaisais à découvrir en même temps que les héros du roman, Marco, son père et son oncle, Niccolo et Matteo en tête.
    On suit littéralement le voyage initiatique d'un jeune homme qui devient un adulte, en découvrant le monde, la nature humaine et l'amour. Personnage intelligent et perspicace mais toujours en quête de l'aval et du regard paternels, Marco est un personnage attachant. J'ai apprécié aussi celui de Noor-Zade, l'esclave ouïgoure qui représente l'arrachement, le déracinement et l'espoir sans cesse vivace de revenir un jour chez soi.
    Ce roman a été une magnifique surprise dans la mesure où je ne m'attendais pas à aimer autant ! J'ai été happée, totalement : par les personnages, par l'intrigue, par les lieux décrits. Tout y est ! Voilà un roman comme je les aime, mêlant fiction et réalité, pour finalement créer une intrigue romanesque qui, je me plais à le croire, doit fortement ressembler à la réalité.
    Un conseil, si vous aimez les romans historiques, lancez-vous : des terres arides du Moyen-Orient jusqu'aux terres opulentes du Grand Khan, vous voyagerez dans des splendeurs oubliées, dans des senteurs d'épices et de neige.
    J'ai d'ores et déjà remonté tout en haut de ma pile a lire les deux autres tomes de la saga, que je vais garder un peu toutefois histoire de faire durer le plaisir de lecture !!! 

     

    La chasse au porc-épic dans la ville de Cassem, illustration du Livre des Merveilles

    En Bref :

    Les + : pour moi, il n'y a rien à dire, tout y est. Ce roman historique, assis sur des recherches solides, est excellent et en plus, très bien écrit. Que demander de plus ? 
    Les - :
    j'ai relevé deux ou trois coquilles d'impression ici ou là, mais franchement, au regard du fond, ce n'est qu'un désagrément mineur !

     

    Les soeurs Brontë : la Force d'Exister ; Laura El Makki

    Thème d'août, « Road Trip », 8/12

     


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  • « A force de trop sentir, on ne sent plus rien. »

     

     

     

     

       Publié en 1999

      Editions JC Lattès

      240 pages 

     

     

     

     

     

     

    Résumé :

    C'était la princesse la plus titrée et la plus fortunée d'Europe. Petite-fille d'Henri IV, fille de Gaston d'Orléans, cousine de Louis XIV, Anne-Louise duchesse de Montpensier avait à ses pieds les splendeurs du monde entier. 
    Et pourtant...
    Elle voulut tout. Elle voulut trop. Gagner l'estime de son père, le cœur de son roi ou l'amour d'un grand prince. Pendant la Fronde, elle prit parti contre Mazarin, s'empara -telle Jeanne d'Arc- d'Orléans, fit tonner les canons de la Bastille. Mais tant de passion et d'énergie finirent par se retourner contre elle. On ne lui pardonna pas ses exploits. Elle aime au point d'effrayer ceux qu'elle aimait. On l'exile et lorsqu'elle s'éprit follement d'Antoine de Lauzun, on lui refusa ce dernier bonheur. 

    Alors, avec rage, elle prit la plume et rédigea ses Mémoires pour dessiner avec brio et mordant une chronique de ce grand siècle aux contrastes si violents. 

    C'est autour de cette femme, à partir de ces Ecrits, que Jacqueline Duchêne a construit son roman : un destin extraordinairement flamboyant qu'elle fait vivre en reconstituant avec précision les mœurs et les coutumes de l'époque. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    On l'appelle Mademoiselle ou encore, la Grande Mademoiselle, surnom sous lequel l'Histoire l'a retenue. Elle, c'est Anne-Marie-Louise d'Orléans, la fille aînée de Gaston d'Orléans et de la richissime Marie de Bourbon, sa première épouse, duchesse de Montpensier, héritière d'une fortune fabuleuse qu'elle léguera à son unique fille.
    Mademoiselle est la fille de Monsieur, frère du roi. Orpheline de mère dès la naissance puisque Marie de Bourbon meurt en couches, elle passera ses premières années dans le giron de Louis XIII et Anne d'Autriche, ses oncle et tante : encore stérile et se désolant d'avoir des enfants à lui, le couple royal entoure d'affection la petite fille délaissée par un père trop occupé à comploter et qui, bientôt, lui préférera sa seconde épouse, une princesse étrangère de Lorraine et les filles que celle-ci lui donnera.
    Unique cousine germaine de Louis XIV du côté français, Anne-Marie-Louise a onze ans de plus que lui. Connue pour avoir été Frondeuse, à l'instar de sa cousine Madame de Longueville ou du frère de cette dernière, le prince de Condé, ses faits d'armes sont encore racontés aujourd'hui et sont dignes d'Alexandre Dumas : elle a fait ouvrir les portes de la ville d'Orléans, telle une Jeanne d'Arc moderne. Puis, en pleine Fronde des princes, devançant son père, éternel indécis, elle s'est portée à la Bastille d'où elle a fait tirer les canons sur les troupes royales pour protéger celles de Condé.
    Mais ce qu'on sait moins, c'est qu'Anne-Marie-Louise d'Orléans, duchesse de Montpensier, fut une éternelle malheureuse. Déceptions et désillusions émaillent une vie riche tout en étant pauvre et qui s'éteint définitivement en 1693, dans l'amertume de ne s'être jamais mariée et d'avoir été manipulée. Bercée pendant ses jeunes années par l'idée d'épouser un jour le petit Louis, né en 1638, elle doit céder sa place à une infante inconnue (une autre cousine), pour sceller la paix avec l'Espagne. Prenant fait et cause avec les frondeurs, contre Mazarin, elle se met à dos la reine Anne d'Autriche et connaîtra même un long exil loin de la Cour, à Saint-Fargeau en Bourgogne. Manipulée, aimée et respectée pour sa fortune et les largesses qu'elle est susceptible de dispenser, courtisée par de bons partis qui finiront tous par se dérober, à commencer par son cousin le roi Charles II d'Angleterre, Mademoiselle tombe amoureuse sur le tard d'un cadet gascon laid mais roué et au charisme certain, faisant tomber toutes les femmes dans ses rets : cet homme, c'est Lauzun, qui la traitera aussi mal qu'elle l'aimera. Entichée de lui au point de demander à son cousin le roi Louis XIV l'autorisation de se marier avec lui -autorisation qui lui sera accordée puis retirée-, elle verra avec désespoir son amant partir pour la forteresse de Pignerol puis différentes prisons dont il ne sortira que pour la maltraiter, lui reprochant avec ingratitude de n'avoir jamais rien fait pour lui.
    Le destin de Mademoiselle est grandiloquent, romanesque et, en même temps, infiniment triste et solitaire. Trop riche pour trouver un parti à sa mesure et pour pouvoir se marier selon son cœur, la fille aînée de Gaston d'Orléans chemine dans la vie comme une Amazone : on en garde l'image d'une vieille fille un peu flétrie et aigrie par une vie qui ne lui a pas fait de cadeaux. Une femme un peu hors normes, en dehors des codes de son époque où une princesse devait se marier.
    Née à la fin des années 1627, morte presque à l'aube du XVIIIème siècle, sans mari, sans enfants, dépouillée de son héritage par la rapacité de Mme de Montespan, qui manœuvrera habilement pour que l'argent et les terres de la cousine riche revienne à son fils préféré, le duc du Maine, elle verra le petit Louis, chassé de Paris par les frondeurs, devenir le puissant roi de gloire que l'on connaît encore, mettant à genoux sa noblesse et la tenant en coupe réglée. Mademoiselle n'en restera pas moins rebelle dans l'âme : son combat pour imposer l'homme qu'elle aimait, peu importe son rang, en est bien la preuve.
    Encore une fois, Jacqueline Duchêne brosse le portrait d'une grande figure du Grand Siècle. Après Madame l'Etrangère, consacré à la Palatine, seconde épouse du frère de Louis XIV, Philippe et La Dame de Vaugirard, qui a pour héroïne la fameuse Madame de La Fayette ainsi que La Femme du Roi-Soleil, dédié à Marie-Thérèse d'Autriche, voilà que la romancière et historienne s'intéresse à un autre personnage féminin qui a marqué son temps pour bien des raisons.

    Portrait d'Anne-Marie-Louise d'Orléans, duchesse de Montpensier, dite Mademoiselle, par Louis Ferdinand Elle l'Aîné (XVIIème siècle)


    J'ai toujours eu une certaine affection pour cette Grande Mademoiselle que l'Histoire se plaît volontiers à égratigner. Parce qu'elle est femme ? Peut-être. Parce qu'elle est rebelle et ne rentre dans aucun moule ? Certainement aussi. Anne-Marie-Louise d'Orléans est une femme à part, ni un modèle, ni une antithèse non plus. Son destin fait sens au XVIIème siècle et, en même temps, elle est étonnamment moderne. Pour moi, on est injuste avec cette femme pour qui sa trop grande fortune sera la croix de toute une vie, la coupant de ses contemporains. Suscitant la jalousie et la convoitise, on s'émeut du fait que cette adolescente, puis jeune femme, délaissée par un père versatile et irrésolu puis par une tante déçue, ne trouvera jamais nulle part aucun réconfort. Aimée et trahie, donnant avec largesse et naïveté ce qu'on lui extorque en fait avec la pire des perfidies...devant nous se déroule le portrait d'une femme qui cherchera toute sa vie une reconnaissance sincère, une reconnaissance humaine, en dehors des titres, de l'argent, du rang. Son amour flamboyant pour Lauzun qui la met plus bas que terre, elle, la petite-fille d'Henri IV, en est bien la preuve pitoyable. On a envie de la prendre dans nos bras, cette Anne-Marie-Louise d'Orléans, tellement naïve à force de vouloir casser un peu la solitude terrible dans laquelle elle vit et qui, elle le sait à mesure que les années passent, sera irrémédiable.
    Par certains aspects, le destin de Mademoiselle est aussi grandiose que pathétique et l'historienne Jacqueline Duchêne décrit bien cela dans son roman. En ne laissant jamais la grande Histoire de côté, elle fait la part belle, cela dit, à l'histoire personnelle. Ces femmes qui ont eu, par la naissance ou par le mariage, parfois par les deux, des destinées fabuleuses n'en sont pas moins des êtres humains comme les autres, avec des joies, des peines, des qualités et des défauts. Mademoiselle, au-delà de sa naissance, n'eut pas une belle vie et ne fut jamais heureuse, preuve, s'il en est, que l'argent ne fait pas le bonheur.
    Le XVIIème siècle de Louis XIV ne fut pas tendre pour les femmes : la reine Marie-Thérèse ne fut jamais qu'une ombre pâle dans le sillage de son soleil de mari, Mademoiselle fut sacrifiée à la raison d'Etat et à la gloire de son cousin germain préparant d'une main de maître un règne qui resterait dans les annales comme l'un des plus fantastiques, voire le plus fantastique de l'Histoire de France. Il sacrifia aussi ses filles, ses brus, à sa propre grandeur. Mademoiselle ne fut pas la dernière, ni la première. Il n'empêche que son destin émouvant et que cette femme qui toute sa vie ne chercha qu'à se faire aimer est touchante. Elle nous parle au-delà des siècles parce que, au fond, ses aspirations ne sont-elles pas les nôtres aussi ?

    En Bref :

    Les + : en alliant politique, Histoire et histoire personnelle, Jacqueline Duchêne dresse le portrait nuancé d'une princesse à la personnalité complexe et hors normes. 
    Les - : 
    Aucun ! C'est toujours aussi passionnant. 


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