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    Classiques

     

    SOMMAIRE ROMANS CLASSIQUES 

     

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  • « J'aime le sol qu'il foule, l'air qu'il respire, et tout ce qu'il touche, et tout ce qu'il dit. J'aime tous ses regards, et tous ses gestes, je l'aime entièrement et complètement. »

    Les Hauts de Hurlevent ; Emily Brontë

     

     

         Publié en 2020

      Date de publication originale : 1847

      Titre original : Wuthering Heights

      Editions RBA (collection Romans Eternels / Cranford    Collection)

      300 pages 

     

     

     

    Résumé :

    Les Hauts de Hurle-Vent sont des terres balayées par les vents du nord. Une famille y vivait, heureuse, quand un jeune bohémien attira le malheur. Mr. Earnshaw avait adopté et aimé Heathcliff. Mais ses enfants l'ont méprisé. Cachant son amour pour Catherine, la fille de son bienfaiteur, Heathcliff prépare une vengeance diabolique. Il s'approprie la fortune de la famille et réduit les héritiers en esclavage. La malédiction pèsera sur toute la descendance jusqu'au jour où la fille de Catherine aimera à son tour un être misérable et fruste.

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    2020 aura été l'année d'une rencontre et d'un challenge perso que je me suis lancé en novembre dernier. Ma participation au Pumpkin Autum Challenge et la découverte des beaux ouvrages de la Cranford Collection, édités depuis quelques mois par RBA (je ne reviendrai pas dans cet article sur le débat de la traduction et des coquilles d'impression, ce n'est pas le sujet) m'auront donc motivée à lire enfin un classique dans lequel j'hésite à me plonger depuis...des années ! Peut-être pas dix ans, mais presque.
    Je connais les sœurs Brontë depuis longtemps mais je me suis aperçue que beaucoup de lecteurs les avaient découvertes justement via l'unique roman d'Emily, peut-être la plus connue des trois sœurs, avant de s'intéresser à Charlotte et Anne. Pour moi, c'est un peu le contraire : j'ai d'abord lu Jane Eyre, le roman emblématique de l'oeuvre de Charlotte. Ce classique m'avait beaucoup plu et beaucoup secouée aussi : je me souviens que c'est le premier roman dont la lecture m'avait mise si mal à l'aise, littéralement je traînais ma lecture avec moi, j'y pensais sans cesse, avec un sentiment de malaise assez particulier. Mais lorsque j'ai eu tourné la dernière page, j'ai refermé le livre avec le sentiment d'avoir découvert un monument, vraiment. Les romans d'Anne, Agnes Grey et La Dame du Manoir de Wildfell Hall ont été aussi de très bonne découvertes : Agnes Grey est un classique comme j'ai l'habitude d'en lire, qui m'a rappelé Jane Austen, par exemple ou Elizabeth Gaskell...En revanche, j'avais été extrêmement surprise (et agréablement, je dois bien le dire) par la modernité de La Dame du Manoir de Wildfell Hall, la vision de la femme, de son indépendance etc... Pour des auteures qui écrivent au milieu du XIXème siècle, on peut dire que les Brontë sortent vraiment des précurseurs. 
    Et puis il manquait Emily. Emily et son fameux Les Hauts de Hurlevent, au titre sinistre et qui évoque les landes désolées et battues par les vents du Yorkshire natal des trois sœurs. Ce roman, sans l'avoir lu, je le connaissais quand même un peu, mais je m'en faisais toute une histoire... J'avais peur de ne pas aimer, j'avais peur de ce que j'allais y trouver, surtout après avoir lu Jane Eyre (qui fait partie de mes romans préférés mais je n'ai jamais réussi à me défaire tout à fait de ce sentiment étrange qu'il avait fait naître en moi). Je crois aussi que l'aspect gothique du roman me freinait parce que j'associais forcément le gothique à quelque chose de très sombre et d'effrayant.
    Au final, Les Hauts de Hurlevent n'est pas si terrifiant que ça mais c'est un roman sans nul doute perturbant. On découvre l'histoire de cette demeure isolée à travers les yeux de Lockwood, qui loue la maison de Trushcross Grange à Heathcliff. Un jour, sa gouvernante, Ellen Dean, surnommée Nelly, se met à lui raconter l'histoire des Hauts de Hurlevent, cette maison étrange tenue d'une main de fer par Heathcliff, tout aussi mystérieux et inquiétant que sa demeure.

    Les Hauts de Hurlevent, un film de 1992 - Vodkaster

    Les Hauts de Hurlevent a été adapté à plusieurs reprises au cinéma et même réécrit voire transposé à notre époque : ici, l'adaptation de 1992 avec Ralph Fiennes et Juliette Binoche dans les rôles d'Heathcliff et Catherine Earnshaw


    On découvre alors une implacable histoire de vengeance qui se couple à une superbe histoire d'amour. Les Hauts de Hurlevent est une grande fresque où se mêlent le meilleur et le plus mauvais de l'humain. A travers des personnages intéressants et complexes, sinon attachants, Emily Brontë écrit, en 1847, un roman fortement implanté dans son époque mais aussi étonnamment moderne.
    Je l'ai lu doucement, en un peu plus d'un mois, en parallèle d'autres lectures, parfois je l'ai abandonné plusieurs jours, avant de le reprendre. Mais au final, c'était bien comme ça, j'ai pris mon temps, j'ai lu à un rythme qui me convenait pour ce roman. Je l'ai savouré et je l'ai apprécié. C'est loin d'être un coup de cœur mais c'est une bonne surprise : le personnage de Heathcliff, magnétique et repoussant à la fois m'a attirée tout en me faisant peur parfois, la maison des Hauts a aussi quelque chose de sinistre et, en même temps, de singulièrement fascinant, dans son isolement et son délabrement.
    L'ambiance du roman est très particulière : je crois que c'est surtout là que le gothique se manifeste le plus et le mieux et les paysages grandioses qu'Emily Brontë nous donne à voir évoque un lieu tourmenté et inhospitalier, qui répond à la violence du récit. Parce que, oui, je crois qu'on peut dire que l'intrigue des Hauts de Hurlevent est assez violente et torturée par moments, elle bouleverse, elle ne laisse pas indifférent.
    Emily Brontë a signé un seul roman au cours de sa vie, mais quel roman, un roman qui continue aujourd'hui de fasciner, d'être lu, d'être adapté voire réécrit, ce qui prouve bien la modernité et l'universalité d'un tel récit. Grande histoire d'amour mais pas que, je me réjouis d'avoir enfin lu ce classique qui me faisait défaut. Il aurait été regrettable, après avoir lu Charlotte et Anne, que je ne lise pas Emily, dont l'oeuvre, assez semblable à celle de sa sœur Charlotte, a aussi quelque chose d'éminemment unique. Quelle intrigue, quels personnages ! C'est plein d'un souffle épique et c'est surtout une superbe histoire qui constitue la trame du récit : Emily Brontë nous prouve bien que toutes les grandes histoires d'amour n'ont pas besoin de bien se terminer pour être sublimes et puissantes. Une chose est sûre, c'est que Les Hauts de Hurlevent ne laisse pas indifférent : on n'aime ou pas mais je crois que c'est le genre de romans que l'on porte longtemps en nous, après l'avoir lu. En un mot, une véritable expérience de lecture, comme je les aime.

    Description de cette image, également commentée ci-après

    Emily Brontë, morte à trente ans en 1848 est connue pour n'avoir écrit qu'un seul roman, qui deviendra un monument de la littérature mondiale : Les Hauts de Hurlevent est publié pour la première fois un avant sa mort, en 1847. 

    En Bref :

    Les + : l'ambiance particulière, le magnétisme du personnage masculin principal, l'histoire d'amour au centre du récit, passionnée et dramatique...
    Les - :
    Aucun.

     


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  • « Rien ne peut surpasser le bonheur de se trouver là, avec dans les mains un livre plaisant reçu en cadeau pour Noël, un livre que l'on n'avait jamais vu auparavant et que personne d'autre dans cette maison ne connaît non plus, et de savoir que l'on pourra en lire les pages l'une après l'autre, pour autant que l'on sache rester éveillé. Mais que faire durant la nuit de Noël si l'on n'a pas reçu de livre ? »

     

     

      Publié en 2007

      Date de publication originale : 1945

      Titre original : Julklappsboken

      Editions Babel 

      108 pages 

     

     

     

     

    Résumé :

    Au fil de ces récits, aussi charmants que des contes dits à la veillée, on fera la connaissance d'une petite fille suédoise qui reçoit un livre d'étrennes...
    en français. On découvrira l'origine de la légende de sainte Luce, très prisée en Suède. On saura ce que font les animaux durant la nuit de Noël et comment le rouge-gorge devint rouge. On apprendra qu'une mère peut être jalouse de sa propre fille. On lira l'aventure d'un colporteur, voleur et repenti. On assistera au dialogue entre un fossoyeur et le crâne d'un homme assassiné. Et l'on sera surpris par une confrontation inédite entre Jésus et Judas.
    De ce recueil, profondément empreint de foi religieuse mais aussi de chaleur et de philosophie, émane ce que l'on appelle volontiers la magie de Noël : un mélange de générosité et de mélancolie, de compassion et de joie, sublimé par le talent de conteuse de Selma Lagerlöf.

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Avec ce petit recueil, Selma Lagerlöf, auteure suédoise qui fut la première femme à recevoir le Nobel de Littérature en 1909 et dont l'oeuvre la plus connue est Le Merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède, nous offre une parenthèse enchantée qui nous ramène aux temps des Noëls de l'enfance.
    Publié de manière posthume au début des années 1990, Le Livre de Noël est un tout petit recueil d'une centaine de pages qui rassemble huit nouvelles : certaines font une dizaine de pages, d'autres à peine une et demie... Leur point commun est de toutes rappeler Noël, de manière explicite ou non. Mettant en scène des humains ou des animaux, on imagine ces histoires racontées au coin du feu des longs hivers scandinaves : il neige dehors et l'on attend la veillée de Noël. Ça sent bon la cannelle, le riz au lait et le vin chaud, comme un vrai réveillon suédois. L'ambiance des fêtes de fin d'année et les grands espaces de Scandinavie embaument ce petit recueil.
    Je l'ai lu rapidement mais malgré tout apprécié, comme un petit moment suspendu. J'ai lu ce recueil le jour même de Noël et le lendemain, avec un bon thé à la cerise et aux épices à portée de main et j'ai vraiment été transportée dans l'ambiance des ces Noëls d'autrefois, pas si différents des nôtres au final, même s'ils étaient célébrés autrement : la même magie et le même émerveillement subsistent. Ce que j'aime aussi, avec les lectures de Noël, c'est qu'elles permettent de retomber en enfance, de retrouver la saveur des Noëls quand on était petit et que l'on perd un peu quand l'on est adultes : l'attente, l'excitation, les papiers que l'on déchire, les cadeaux que l'on découvre, toute cette ambiance qui fait de Noël si particulier et si agréable dans la vie d'un enfant. Ces Noëls dont on gardera toujours le goût sur la langue, comme une madeleine de Proust et qui ne demandent qu'à se manifester de nouveau.
    Avant de lire ce recueil, j'ai lu des avis assez mitigés, notamment concernant la religiosité de certaines nouvelles ou encore, les morales surprenantes pour nous, lecteurs du XXIème siècle. Effectivement, certaines nouvelles sont mâtinées de religion chrétienne, assez consubstantielle à l'époque aux fêtes de Noël, puisque c'est la naissance du Christ que l'on célèbre à cette époque de l'année. Il ne faut pas oublier à quelle époque écrit Selma Lagerlöf et apprécier, je pense, Le Livre de Noël, comme un témoignage de temps passés et non pas tout à prendre pour argent comptant, du moins, ce n'est pas ainsi que je l'ai abordé pour ma part. Pour moi en effet, au-delà de récits de Noël parfois fortement teintés de christianisme, j'ai aussi lu le récit de traditions, un peu perdues parfois mais qui continuent de vivre au travers de ces histoires, de ces textes courts que l'on se plait à lire ou à relire et parfois à raconter, peut-être plus au coin du feu en attendant la messe de minuit mais malgré tout avec toujours la même ferveur et le même sourire au coin des lèvres. Si Noël est le moment propice, pour certains, de mettre à exécution des valeurs chrétiennes, on peut dire aussi que c'est le bon moment de mettre à exécution des valeurs tout simplement humaines, notamment de bonté, de partage et d'espoir, et qui transcendent la religion.
    Le Livre de Noël est une lecture courte mais dont j'ai apprécié chaque page, chaque nouvelle : oui, c'était vraiment une petite lecture agréable et parfaitement de saison, aussi sucrée qu'une tranche de pain d'épices.

    En Bref :

    Les + : des nouvelles variées, mais réunies par le merveilleux des Noëls d'antan, qui nous offrent une parenthèse enchantée et agréable.
    Les - :
    Aucun. Ce petit recueil a parfaitement satisfait mes attentes. Je voulais une vraie lecture de Noël, je l'ai eue.

     

    Les soeurs Brontë : la Force d'Exister ; Laura El Makki

    Thème de décembre, « Voyage en Laponie », 12/12

     


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  • « Mais qu'est-ce qui constitue un fantôme en dehors du fait qu'il se manifeste à quelqu'un ? »

    Kerfol et autres Histoires de Fantômes ; Edith Wharton

     

     

     

         Publié en 2011

      Editions Le Livre de Poche (collection Classiques) 

      256 pages 

     

     

     

     

     

     

    Résumé :

    Kerfol, la « maison de la folle », en breton. Un ancien manoir isolé, hanté par une étrange meute de chiens, les fantômes du lieu, selon les paysans du coin.
    « Mais par son aspect, Kerfol suggérait quelque chose de plus : une perspective de souvenirs graves et cruels qui se perdait, comme ses propres avenues grises, pour se fondre dans l'obscurité. Assurément, nulle demeure n'avait aussi profondément et radicalement rompu avec le présent. »
    Publiés entre 1910 et 1930, les cinq récits qui composent ce recueil proposent une facette différente de la romancière américaine, celle que Henry James surnommait « l'ange de la dévastation ». Elle revisite les principaux thèmes fantastiques de sa plume élégante, redéfinissant les contours du roman noir à l'anglaise : ambiance feutrée, « pression de l'invisible », délicieuse angoisse qui s'inscrit dans l'architecture des lieux mêmes, jouant sur les secrets des anciennes demeures et les vieux démons intérieurs de ses personnages. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Avant de lire Kerfol, d'Edith Wharton je connaissais seulement de nom ses deux plus grands succès, ses romans certainement les plus connus : Chez les heureux du monde et Le temps de l'innocence, parus respectivement en 1905 et 1920. D'elle, je ne savais absolument rien et, au final, je ne connaissais que peu de choses de sa carrière, à l'exception de ses deux romans que je prévoyais de lire un jour (au moins Le temps de l'innocence).
    Edith Wharton est une auteure américaine de la fin du XIXème siècle et du début du XXème. Née dans une famille new-yorkaise aisée en 1862, elle visite l'Europe dans son enfance avant de s'y installer (elle meurt d'ailleurs en France, non loin de Paris, en 1937). Amie d'Henry James mais aussi de Marcel Proust ou encore d'André Gide, elle est connue pour avoir écrit essais, nouvelles, romans, poèmes et avoir produit des écrits autobiographiques, notamment une correspondance (The Letters of Edith Wharton, 1989, publié en français sous le titre Lettres, 1900-1915, publié en 2000 au Seuil).
    Kerfol et autres Histoires de Fantômes est un recueil contemporain qui contient cinq récits fantastiques publiés entre 1910 et 1930 : Kerfol, Les yeux, Ensorcelé, Le miroir et Après coup. Chaque nouvelle, d'une vingtaine ou d'une trentaine de pages nous emmène, au fil de la lecture de ce recueil, d'un univers à l'autre (ce peut être un vieux château breton ou une ancestrale demeure britannique, comme les espaces désolés et enneigés de la Nouvelle Angleterre) mais elles ont, bien évidemment, toutes un point commun : nous sommes sûrs de croiser, dans chacune d'elles, un ou plusieurs fantômes.
    Cette lecture était évidemment tout à fait propice pour la fin octobre et la période d'Halloween même si, au final, comme d'autres lecteurs, je n'ai pas forcément trouvé les fantômes whartoniens très effrayants. Frissonnants, peut-être, mais pas horrifiques et c'est finalement ce qui m'a plu. Je n'aime pas forcément être terrifiée en lisant mais j'aime les ambiances qui instaurent le malaise, qui serrent un peu la gorge et font battre le cœur un peu plus fort, sans forcément nous faire refermer le livre avant d'aller se terrer dans un trou de souris ! C'est pour ça que j'aime les auteurs classiques et leur vision du fantastique : ce n'est jamais horrible, ce n'est jamais dégueulasse, ça peut parfois faire peur mais ça ne terrorise pas. Et souvent, plus que le récit en lui-même, c'est la plume de l'auteur et sa manière de raconter qui instaurent le malaise, l'ambiance un peu noire, instable, qui fait retenir son souffle.
    Ces cinq nouvelles m'ont beaucoup plu, chacune à leur manière. Moi qui suis assez réfractaire en général aux récits fantastiques, je me suis laissée emporter sans me poser de questions et j'ai adoré tourner les pages de ce petit recueil. Finalement, j'ai eu l'impression qu'Edith Wharton convoquait, plus que des peurs vraiment personnelles, des peurs ancestrales, innées, propres à chaque être humain : le fantôme reste un personnage fascinant et effrayant pour bon nombre d'entre nous. Et elle n'a pas besoin d'en rajouter pour nous faire sentir prenante de son récit, pour nous donner envie d'aller plus avant. Ses fantômes se suffisent à eux-mêmes et, comme ses personnages, on n'est finalement à deux doigts de les sentir tous proches, à quelques centimètres de nous. Loin de l'image du fantôme traînant son drap blanc et son boulet dans les couloirs austères et humides d'une vieille demeure en Ecosse, les fantômes de ce recueil sont si impalpables, finalement si peu décrits qu'on peut leur donner chacun une image particulière et y cristalliser nos propres craintes. Ainsi, peut-être trouverez-vous plus effrayant le fantôme de Kerfol alors que, en ce qui me concerne, c'est plutôt celui des Yeux qui m'a mise mal à l'aise ! Les fantômes d'Edith Wharton ne sont pas de gentils fantômes pour autant et nul doute que, lorsque la pleine lune se lèvera et que les bougies de Samhain s'allumeront une à une, vous sentirez votre cœur battre un peu plus fort et vous regarderez plus souvent derrière votre épaule...
    Ces cinq histoires de fantômes ne sont pas anecdotiques dans l'oeuvre de Wharton, américaine élevée pourtant de manière très cartésienne : parce que les Etats-Unis sont une nation neuve, ils ne cultivent pas comme la vieille Europe les souvenirs de milliers de fantômes enfouis dans de vieilles abbayes et de vieux châteaux. Le gothique et le roman noir américains n'ont donc rien à voir, à la fin du XIXème siècle et au début du XXème, avec les productions européennes que l'on peut, pour certaines, faire remonter beaucoup plus tôt (c'est le cas des romans de Matthew Lewis ou encore Ann Radcliffe, considérés comme les maîtres du genre et qui inspireront les auteurs du siècle suivant, comme Mary Shelley ou encore, Edgar Allan Poe ou Bram Stoker...), même s'ils s'en inspirent évidemment. Wharton, comme son grand ami Henry James, auteur du fameux Tour d’Écrou, seront donc les tenants d'un genre nouveau qui s'enracinera pourtant dans la tradition du roman gothique européen et surtout, anglais (qui inspirera pléthore d'auteurs, à commencer par les très célèbres sœurs Brontë que Wharton avait, dans sa jeunesse, interdiction de lire !). Le gothique américain est un héritier de l'européen : il prétend en descendre mais s'en émancipe aussi, d'une certaine manière.
    C'est toutefois avec autant de sérieux que pour ses autres écrits que Wharton s’attellera à rédiger ses histoires de fantômes, ce qui peut donc nous les faire élever au même rang que ses œuvres les plus connues. Si on le sentiment que certains auteurs ont écrit du fantastique parce que c'était à la mode, ce n'est pas l'impression que l'on a en lisant ce recueil, bien au contraire. Kerfol et autres Histoires de Fantômes mérite d'être lu, ne serait-ce que pour la qualité et la variété de la langue. Une lecture bien sympathique et que je recommande si vous aimez le fantastique du XIXème siècle où les lectures de saison : voilà un livre de circonstance au mois d'octobre, quand les esprits se réveillent doucement.... 

    Edith Wharton en 1907, quelques années avant la rédaction de ses premières nouvelles fantastiques....

    En Bref :

    Les + : la langue variée et protéiforme, qui s'adapte aux circonstances, ambiances et personnages mis en scène dans les cinq nouvelles, l'ambiance bien travaillée et subtile, qui fait un peu battre le cœur et retenir son souffle sans pour autant nous terrifier... 
    Les - :
    la préface, très intéressante pour en savoir un peu plus sur Edith Wharton si on ne la connaît pas mais qui en dit malheureusement un peu trop sur le contenu du recueil, enlevant du même coup un peu de surprise à la découverte.

     


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  • « La lumière du jour chassa de l'esprit d'Emilie les vapeurs de la superstition, mais non pas celles de la crainte. »

    Les Mystères d'Udolpho ; Ann Radcliffe

    Publié en 2012

    Date de publication originale : 1794

    Titre original : The Mysteries of Udolpho 

    Editions Archipoche 

    617 pages 

    Résumé : 

    A la mort de son père, la jeune et innocente Emilie de Saint-Aubert, désormais orpheline, tombe sous la coupe de sa tante. Le mari de celle-ci, le suspect et brutal Montoni, les envoie toutes deux à Udolpho, une citadelle à demi délabrée, perchée sur un piton des Apennins. Loin de son cher Valancourt, Emilie s'y retrouve emprisonnée...et témoin de phénomènes terrifiants.  

    Dédale de couloirs et d'oubliettes, pièges et salles de torture, apparitions et tableaux maudits : ce château est un théâtre d'horreurs, plein de fantômes et de rumeurs. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 1584, la jeune Emilie Saint-Aubert est confiée à sa tante, après la mort de son père. Celle-ci se remarie rapidement avec un Italien du nom de Montoni, qui emmène la tante et la nièce dans son pays, d'abord à Venise puis dans son château d'Udolpho, perdu dans les Appenins. La demeure, inhabitée depuis longtemps, est un grand château plein de courants d'air, de murmures et d'histoires plus effrayantes les unes que les autres. Incertaine de son sort, prisonnière de cette demeure sinistre et à moitié en ruines, Emilie va découvrir à ses dépens les secrets de cette antique demeure et connaître des frayeurs auxquelles elle n'aurait jamais songé.
    Ce roman, publié à la fin du XVIIIème siècle, 1794 si mes souvenirs sont bons, est connu pour être l'un des premiers romans gothiques, un roman qui va hisser Ann Radcliffe au rang de reine de ce genre littéraire. Pour moi, Les Mystères d'Udolpho navigue dans une zone ténue et floue entre gothique anglais et romantisme, même si ce mouvement ne se développera véritablement que quelques décennies plus tard. Quoi qu'il en soit, j'étais très curieuse de découvrir ce roman qui met mal à l'aise dès la couverture, avec ce détail assez effrayant du tableau Le Cauchemar, de Füssli. J'avais envisagé de lire ce roman fin octobre, pour Halloween parce que je me disais qu'il se prêtait bien à cette période de l'année et je redoutais autant que je les attendais ces fameuses scènes qui font peur et qui, pour moi, sont assez consubstantielles au roman gothique.
    Au final, et pourtant je ne fais pas partie des gens qui aiment se faire peur (je ne lirais jamais Stephen King et le simple fait de songer à un film d'horreur me fait partir en courant), je dois bien avouer que ce roman ne m'a absolument pas fait angoisser. Oui, ça l'est parfois et certaines scènes peuvent mettre mal à l'aise, on sent le cœur qui palpite un peu mais je m'attendais assez naïvement à une ambiance à la Dracula, sinistre, sombre et poisseuse, qui file vraiment les pétoches. Pour moi, Les Mystères d'Udolpho est surtout un roman romantique dans sa forme et m'a évoqué les tableaux de Friedrich, les grandes œuvres romantiques du XIXème siècle, lord Byron, Walter Scott : l'héroïne jeune et confrontée aux difficultés de la vie, le grand château quasi ruiné (ce n'est pas pour rien que l'on parle de ruine romantique, par exemple), l'ambiance grandiose, l'histoire d'amour en toile de fond. En ce cas, La Fiancée de Lammermoor pourrait très bien être un roman gothique, parce que j'ai trouvé beaucoup de similitudes entre le roman de Radcliffe et celui de Scott.
    Maintenant, le plus important est de savoir si j'ai aimé ou pas. Eh bien, je suis contente d'avoir lu un roman gothique et d'avoir découvert ce genre littéraire que je connaissais surtout travesti à travers le roman Northanger Abbey, de Jane Austen, qui est un pastiche affiché des Mystères d'Udolpho, justement. Malgré cela, mon ressenti n'est pas évident et je ne suis pas sûre de pouvoir dire que j'ai aimé ce roman. Déjà, c'est extrêmement long et je me suis sentie lassée par pas mal de passages. Alors oui, c'est un classique et souvent, qui dit classique dit longueurs, je le sais et je suis toute prête à l'accepter mais quand c'est Zola, Dumas ou Hugo, je signe tout de suite (et encore, pas toujours). Mais là, j'ai trouvé que c'était parfois superflu, de l'écriture pour de l'écriture et ça n'apporte pas forcément quelque de chose de plus au récit. Le début m'a beaucoup plu même s'il ne s'y passe pas grand chose et j'ai vraiment aimé découvrir la vie d'Emilie dans cette Gascogne où elle est si heureuse, fantasmée par l'esprit d'une auteure originaire des brumes britanniques et qui nous décrit une petite Sicile ou une petite Andalousie perdue entre Méditerranée et Garonne, avec des oliviers, des agrumes et des amandiers dont je doute vraiment de la véracité. Si la vraisemblance n'est pas au rendez-vous, j'ai retrouvé cette fantaisie dans la description, cette imagination prolixe et assumée des livres anciens. Et puis, paradoxalement, les moments où cela devrait devenir intéressant, où l'on devrait frémir en même temps qu'Emilie, derrière les murs inhospitaliers d'Udolpho m'ont, peut-être pas laissée de marbre, parce que j'avoue avoir eu un peu peur de temps en temps, mais je n'ai pas forcément été autant effrayée que je l'attendais. L'ambiance n'est pas aussi sombre que je le croyais au départ et au final, je me suis dit : oui, d'accord... bof.
    Peut-être que je n'ai rien compris au roman et que je suis passée à côté. Peut-être que le roman gothique n'a pas pour seul but d'effrayer le lecteur. Peut-être Ann Radcliffe a-t-elle voulu faire passer un message, dans ce roman, que je n'ai pas vu. En fait, je n'en sais rien et étant novice, je n'ai pas d'éléments de comparaison.
    Je ne dirais pas que je n'ai pas aimé parce que ce n'est pas vrai mais je n'ai pas été aussi emballée que je l'espérais, que je le croyais en démarrant cette lecture. Ce livre me rendait extrêmement curieuse et je m'en faisais tout un monde. Au final, il n'a pas été à la hauteur de mes attentes et c'est surtout cela qui me déçoit, je crois. A part ça, c'est très bien écrit et j'ai apprécié de retrouver ce style suranné et que j'aime tant des romans classiques : parfois, c'est un peu ardu à lire mais tellement agréable. Il n'y a pas à dire mais autrefois, on savait manier et magnifier les mots, vraiment.
    Si vous n'avez pas lu ce roman, je ne peux pas vous le déconseiller. Soyez curieux comme j'ai pu l'être et lisez-le mais ne le faites pas si vous vous attendez à des sensations fortes. Dans le même genre, un bon thriller contemporain fera toute aussi bien l'affaire. Et surtout, armez vous de courage parce que vous ne manquerez pas, j'imagine, de ressentir aussi les longueurs. Pour autant, il est intéressant de lire le roman dans sa globalité, de le découvrir entièrement notamment parce que le roman gothique, au contraire du roman fantastique, a un petit aspect cartésien qui peut rassurer les plus rationnels d'entre nous et finalement apaiser nos craintes instinctives les plus enfouies.

    En Bref :

    Les + : j'ai beaucoup aimé le style de l'auteure, délicieusement ancien, si maîtrisé comme savaient le faire les auteurs classiques. J'ai aussi apprécié le début du roman...
    Les - : mais beaucoup trop de longueurs et un résumé légèrement racoleur et qui ne reflète en rien le contenu du roman m'ont un peu déçue. Je m'attendais à frissonner avec ce roman et il n'en a rien été. Dommage.


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  • «  Il serait beau, s’il n’avait pas les yeux fermés.
    Un visage sans yeux, c’est un palais sans fenêtres.  »

    Lucrèce Borgia ; Victor Hugo

    Publié en 2011

    Date de publication originale : 1833

    Editions Pocket

    160 pages 

    Résumé : 

    Indifférente à la haine de l'Italie entière, Lucrèce Borgia parade au carnaval de Venise. Qui pourrait inquiéter cette femme de pouvoir qui baigne dans l'adultère, l'inceste et le crime ? Elle a peur cependant, et tremble pour un simple capitaine qu'elle cherche parmi la foule. Il se nomme Gennaro. Il est amoureux d'elle, lui qui tient les Borgia en aversion et insulte leur blason. Or Gennaro n'est autre que son fils, né de ses amours incestueuses avec son propre frère, et le jeune homme ignore tout de son passé et de ses origines. Lucrèce est un monstre, mais aussi une femme et une mère. Comment protéger son enfant, comment le soustraire à la fureur d'un mari qui le croit son amant ? 
    En 1833, ce mélodrame tragique surpasse tous les triomphes de Victor Hugo. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 1832, Victor Hugo écrit cette pièce, Lucrèce Borgia, qui est un drame en prose. Elle est jouée pour la première fois au théâtre de La Porte-Saint-Martin le 2 février 1833 -et, pour la petite anecdote, c'est lors d'une des lectures publiques de cette pièce que Hugo va rencontrer l'amour de sa vie, Juliette Drouet. 
    Même si vous n'aimez pas l'Histoire, vous ne pouvez pas ne pas avoir entendu parler de Lucrèce Borgia, personnages central de la pièce et qui lui donne même son nom.
    Lucrèce, de son vrai nom Lucrezia Borgia, est née à Rome vraisemblablement en 1480. Elle est la fille de Rodrigo Borgia, alors cardinal et de Vanozza Cattanei. Elle a deux frères aînés, les célèbres Juan et César. Elle aura un frère puiné, Goffredo et elle est la seule fille de la fratrie. Lucrèce est une toute jeune fille de douze ans quand son père devient pape, sous les nom d'Alexandre VI. Un pape qui, en cette fin de XVème siècle, est plus un chef d'Etat temporel qu'un homme d'Eglise et qui va utiliser sa fille unique comme un pion politique, mariable à l'envi, pour s'assurer le soutien de telle ou telle famille. Elle sera mariée trois fois, d'abord avec Giovanni Sforza, seigneur de Pesaro : leur mariage sera annulé. Ensuite, elle se marie avec Alfonso d'Aragon, duc de Bisceglie, qui sera assassiné par son beau-frère César. Enfin, elle épousera Alphonse d'Este, duc de Ferrare dont elle aura plusieurs enfants. Elle mourra en couches en 1519, à l'âge de trente-neuf ans et emportera dans la tombe sa vérité. Qui est Lucrèce Borgia ? Peut-on accorder foi à la légende noire qui lui colle à la peau depuis le XVIème siècle ? Ou au contraire doit-on nuancer son propos ? Aujourd'hui, les historiens s'accordent pour dire que Lucrèce n'a certainement pas été aussi sulfureuse ni scandaleuse qu'on veut bien le croire. A-t-elle eu des amants ? Peut-être, mais en cela, elle n'est pas si différente d'autres femmes de l'époque, à commencer par Giulia Farnese, la maîtresse d'Alexandre VI, à la limite autrement plus scandaleuse que la petite Lucrèce ballottée au gré des intérêts paternels. La plupart de ses biographes réfutent l'inceste qu'on lui prête avec ses frères et même son père ! Lucrèce, comme le reste de la fratrie Borgia, de part sa naissance, vient au monde avec une tâche scandaleuse contre laquelle elle ne peut rien, certes. Cela ne veut pas dire pour autant qu'elle est une criminelle incestueuse, un monstre femelle comme elle a été souvent dépeinte. Aujourd'hui on découvre une Lucrèce mécène, installée dans une vie harmonieuse, au milieu de sa famille à Ferrare. Elle a été une femme cultivée et lettrée qui personnifie assez bien les débuts de la Renaissance et de l'humanisme.
    Nuancer un peu le portrait d'une femme qui certainement le mérite ne veut pas dire tout nier en bloc pour autant et on sait que l'Église à l'époque est corrompue et pleine de vices mais finalement, les Borgia ne se comportent ni plus ni moins que les grandes familles qui tiennent alors les différentes villes et provinces italiennes.
    Autant vous dire que Victor Hugo, influencé par l'Histoire très partiale telle qu'on la pratique au XIXème siècle, une Histoire souvent empreinte de légende et de romanesque, n'y va pas avec le dos de la cuillère et sa Lucrèce est un personnage cruel, monstrueux, sulfureux à qui il insuffle un peu d'humanité via la maternité -ce qui sera aussi son drame.
    De Victor Hugo, je connaissais le romancier et le poète. C'est via ses poésies et notamment le très beau et très poignant Demain dès l'aube que j'ai découvert Hugo quand j'avais une dizaine d'années. Ensuite j'ai lu Les Misérables, une saga formidable et que j'ai beaucoup aimée. Et il y'a presque dix ans j'ai lu Notre-Dame de Paris qui est un chef d'oeuvre monumental.
    Lire ses pièces ne faisait cela dit pas forcément partie de mes objectifs ni de mes envies. Comme pour la poésie, le théâtre est un domaine que je connais peu et qui ne me passionne pas. Au collège, j'avais pris plaisir à découvrir certaines oeuvres de Molière par exemple mais c'est un genre littéraire que j'ai délaissé par la suite.
    Du coup, lire Lucrèce Borgia n'allait pas de soi et j'ai d'ailleurs hésité entre cette pièce et le Lorenzaccio d'Alfred de Musset. Et puis finalement c'est Lucrèce qui l'a emporté parce que je la trouve fascinante, cette femme. Et elle le devient d'autant plus sous la plume de Hugo, qui en fait un monstre de perversion et en même temps une femme et une mère comme les autres, protectrice et combative pour sa progéniture, preuve que l'humanité est forte et peut se manifester même chez ceux qu'on croyait en être dépourvus. L'humanité fait partie de notre essence à tous. On sent le drame de Lucrèce se nouer, l'étau qui se resserre et on pressent l'issue fatale. Le drame, le tragique sont très présents dès le début de la pièce et même s'ils ne sont pas forcément tangibles, ils sont là, on les sent. J'ai lu ces cent-soixante pages avec intérêt et attention. Le Hugo dramaturge ne détrône pas le Hugo romancier pour moi mais c'est une question de goût : je préfère les romans, donc forcément ceci explique cela. Mais je suis très contente d'avoir lu cette pièce, encore jouée et mise en scène par de très talentueux artistes comme, dernièrement, Marina Hands, Guillaume Gallienne ou encore Denis Podalydès (pour la mise en scène). Si vous connaissez Victor Hugo vous le retrouverez dans cette oeuvre, dans les phrases qui tombent comme des couperets, dans la musicalité et l'harmonie des mots.
    Pour moi une lecture agréable et une belle découverte !

    En Bref :

    Les + : une pièce pleine de souffle et de vie, où le drame côtoie la légèreté, l'humanité la monstruosité la plus grande. Ce n'est pas très fiable historiquement mais c'est assez jubilatoire à lire. 
    Les - : Aucun. Victor Hugo est décidément un auteur talentueux quel que soit le genre qu'il utilise. 

     

    Les Enquêtes de Quentin du Mesnil, Maître d'Hôtel à la Cour de François Ier, tome 1, Le Sang de l'Hermine ; Michèle Barrière 

    Thème de septembre, « Didascalies », 9/12


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