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    Classiques

    « Le but suprême du romancier est de nous rendre sensible l'âme humaine, de nous la faire connaître et aimer dans sa grandeur comme dans sa misère, dans ses victoires et dans ses défaites. Admiration et pitié, telle est la devise du roman. »

    Georges Duhamel

     

    SOMMAIRE ROMANS CLASSIQUES 

     

    - A - 

    - B - 

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    - D - 

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    - F - 

    - G - 

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    - W - 

    - X - 

    - Y - 

    - Z - 

     

      

  • « La lumière du jour chassa de l'esprit d'Emilie les vapeurs de la superstition, mais non pas celles de la crainte. »

    Les Mystères d'Udolpho ; Ann Radcliffe

    Publié en 2012

    Date de publication originale : 1794

    Titre original : The Mysteries of Udolpho 

    Editions Archipoche 

    617 pages 

    Résumé : 

    A la mort de son père, la jeune et innocente Emilie de Saint-Aubert, désormais orpheline, tombe sous la coupe de sa tante. Le mari de celle-ci, le suspect et brutal Montoni, les envoie toutes deux à Udolpho, une citadelle à demi délabrée, perchée sur un piton des Apennins. Loin de son cher Valancourt, Emilie s'y retrouve emprisonnée...et témoin de phénomènes terrifiants.  

    Dédale de couloirs et d'oubliettes, pièges et salles de torture, apparitions et tableaux maudits : ce château est un théâtre d'horreurs, plein de fantômes et de rumeurs. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 1584, la jeune Emilie Saint-Aubert est confiée à sa tante, après la mort de son père. Celle-ci se remarie rapidement avec un Italien du nom de Montoni, qui emmène la tante et la nièce dans son pays, d'abord à Venise puis dans son château d'Udolpho, perdu dans les Appenins. La demeure, inhabitée depuis longtemps, est un grand château plein de courants d'air, de murmures et d'histoires plus effrayantes les unes que les autres. Incertaine de son sort, prisonnière de cette demeure sinistre et à moitié en ruines, Emilie va découvrir à ses dépens les secrets de cette antique demeure et connaître des frayeurs auxquelles elle n'aurait jamais songé.
    Ce roman, publié à la fin du XVIIIème siècle, 1794 si mes souvenirs sont bons, est connu pour être l'un des premiers romans gothiques, un roman qui va hisser Ann Radcliffe au rang de reine de ce genre littéraire. Pour moi, Les Mystères d'Udolpho navigue dans une zone ténue et floue entre gothique anglais et romantisme, même si ce mouvement ne se développera véritablement que quelques décennies plus tard. Quoi qu'il en soit, j'étais très curieuse de découvrir ce roman qui met mal à l'aise dès la couverture, avec ce détail assez effrayant du tableau Le Cauchemar, de Füssli. J'avais envisagé de lire ce roman fin octobre, pour Halloween parce que je me disais qu'il se prêtait bien à cette période de l'année et je redoutais autant que je les attendais ces fameuses scènes qui font peur et qui, pour moi, sont assez consubstantielles au roman gothique.
    Au final, et pourtant je ne fais pas partie des gens qui aiment se faire peur (je ne lirais jamais Stephen King et le simple fait de songer à un film d'horreur me fait partir en courant), je dois bien avouer que ce roman ne m'a absolument pas fait angoisser. Oui, ça l'est parfois et certaines scènes peuvent mettre mal à l'aise, on sent le cœur qui palpite un peu mais je m'attendais assez naïvement à une ambiance à la Dracula, sinistre, sombre et poisseuse, qui file vraiment les pétoches. Pour moi, Les Mystères d'Udolpho est surtout un roman romantique dans sa forme et m'a évoqué les tableaux de Friedrich, les grandes œuvres romantiques du XIXème siècle, lord Byron, Walter Scott : l'héroïne jeune et confrontée aux difficultés de la vie, le grand château quasi ruiné (ce n'est pas pour rien que l'on parle de ruine romantique, par exemple), l'ambiance grandiose, l'histoire d'amour en toile de fond. En ce cas, La Fiancée de Lammermoor pourrait très bien être un roman gothique, parce que j'ai trouvé beaucoup de similitudes entre le roman de Radcliffe et celui de Scott.
    Maintenant, le plus important est de savoir si j'ai aimé ou pas. Eh bien, je suis contente d'avoir lu un roman gothique et d'avoir découvert ce genre littéraire que je connaissais surtout travesti à travers le roman Northanger Abbey, de Jane Austen, qui est un pastiche affiché des Mystères d'Udolpho, justement. Malgré cela, mon ressenti n'est pas évident et je ne suis pas sûre de pouvoir dire que j'ai aimé ce roman. Déjà, c'est extrêmement long et je me suis sentie lassée par pas mal de passages. Alors oui, c'est un classique et souvent, qui dit classique dit longueurs, je le sais et je suis toute prête à l'accepter mais quand c'est Zola, Dumas ou Hugo, je signe tout de suite (et encore, pas toujours). Mais là, j'ai trouvé que c'était parfois superflu, de l'écriture pour de l'écriture et ça n'apporte pas forcément quelque de chose de plus au récit. Le début m'a beaucoup plu même s'il ne s'y passe pas grand chose et j'ai vraiment aimé découvrir la vie d'Emilie dans cette Gascogne où elle est si heureuse, fantasmée par l'esprit d'une auteure originaire des brumes britanniques et qui nous décrit une petite Sicile ou une petite Andalousie perdue entre Méditerranée et Garonne, avec des oliviers, des agrumes et des amandiers dont je doute vraiment de la véracité. Si la vraisemblance n'est pas au rendez-vous, j'ai retrouvé cette fantaisie dans la description, cette imagination prolixe et assumée des livres anciens. Et puis, paradoxalement, les moments où cela devrait devenir intéressant, où l'on devrait frémir en même temps qu'Emilie, derrière les murs inhospitaliers d'Udolpho m'ont, peut-être pas laissée de marbre, parce que j'avoue avoir eu un peu peur de temps en temps, mais je n'ai pas forcément été autant effrayée que je l'attendais. L'ambiance n'est pas aussi sombre que je le croyais au départ et au final, je me suis dit : oui, d'accord... bof.
    Peut-être que je n'ai rien compris au roman et que je suis passée à côté. Peut-être que le roman gothique n'a pas pour seul but d'effrayer le lecteur. Peut-être Ann Radcliffe a-t-elle voulu faire passer un message, dans ce roman, que je n'ai pas vu. En fait, je n'en sais rien et étant novice, je n'ai pas d'éléments de comparaison.
    Je ne dirais pas que je n'ai pas aimé parce que ce n'est pas vrai mais je n'ai pas été aussi emballée que je l'espérais, que je le croyais en démarrant cette lecture. Ce livre me rendait extrêmement curieuse et je m'en faisais tout un monde. Au final, il n'a pas été à la hauteur de mes attentes et c'est surtout cela qui me déçoit, je crois. A part ça, c'est très bien écrit et j'ai apprécié de retrouver ce style suranné et que j'aime tant des romans classiques : parfois, c'est un peu ardu à lire mais tellement agréable. Il n'y a pas à dire mais autrefois, on savait manier et magnifier les mots, vraiment.
    Si vous n'avez pas lu ce roman, je ne peux pas vous le déconseiller. Soyez curieux comme j'ai pu l'être et lisez-le mais ne le faites pas si vous vous attendez à des sensations fortes. Dans le même genre, un bon thriller contemporain fera toute aussi bien l'affaire. Et surtout, armez vous de courage parce que vous ne manquerez pas, j'imagine, de ressentir aussi les longueurs. Pour autant, il est intéressant de lire le roman dans sa globalité, de le découvrir entièrement notamment parce que le roman gothique, au contraire du roman fantastique, a un petit aspect cartésien qui peut rassurer les plus rationnels d'entre nous et finalement apaiser nos craintes instinctives les plus enfouies.

    En Bref :

    Les + : j'ai beaucoup aimé le style de l'auteure, délicieusement ancien, si maîtrisé comme savaient le faire les auteurs classiques. J'ai aussi apprécié le début du roman...
    Les - : mais beaucoup trop de longueurs et un résumé légèrement racoleur et qui ne reflète en rien le contenu du roman m'ont un peu déçue. Je m'attendais à frissonner avec ce roman et il n'en a rien été. Dommage.


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  • «  Il serait beau, s’il n’avait pas les yeux fermés.
    Un visage sans yeux, c’est un palais sans fenêtres.  »

    Lucrèce Borgia ; Victor Hugo

    Publié en 2011

    Date de publication originale : 1833

    Editions Pocket

    160 pages 

    Résumé : 

    Indifférente à la haine de l'Italie entière, Lucrèce Borgia parade au carnaval de Venise. Qui pourrait inquiéter cette femme de pouvoir qui baigne dans l'adultère, l'inceste et le crime ? Elle a peur cependant, et tremble pour un simple capitaine qu'elle cherche parmi la foule. Il se nomme Gennaro. Il est amoureux d'elle, lui qui tient les Borgia en aversion et insulte leur blason. Or Gennaro n'est autre que son fils, né de ses amours incestueuses avec son propre frère, et le jeune homme ignore tout de son passé et de ses origines. Lucrèce est un monstre, mais aussi une femme et une mère. Comment protéger son enfant, comment le soustraire à la fureur d'un mari qui le croit son amant ? 
    En 1833, ce mélodrame tragique surpasse tous les triomphes de Victor Hugo. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 1832, Victor Hugo écrit cette pièce, Lucrèce Borgia, qui est un drame en prose. Elle est jouée pour la première fois au théâtre de La Porte-Saint-Martin le 2 février 1833 -et, pour la petite anecdote, c'est lors d'une des lectures publiques de cette pièce que Hugo va rencontrer l'amour de sa vie, Juliette Drouet. 
    Même si vous n'aimez pas l'Histoire, vous ne pouvez pas ne pas avoir entendu parler de Lucrèce Borgia, personnages central de la pièce et qui lui donne même son nom.
    Lucrèce, de son vrai nom Lucrezia Borgia, est née à Rome vraisemblablement en 1480. Elle est la fille de Rodrigo Borgia, alors cardinal et de Vanozza Cattanei. Elle a deux frères aînés, les célèbres Juan et César. Elle aura un frère puiné, Goffredo et elle est la seule fille de la fratrie. Lucrèce est une toute jeune fille de douze ans quand son père devient pape, sous les nom d'Alexandre VI. Un pape qui, en cette fin de XVème siècle, est plus un chef d'Etat temporel qu'un homme d'Eglise et qui va utiliser sa fille unique comme un pion politique, mariable à l'envi, pour s'assurer le soutien de telle ou telle famille. Elle sera mariée trois fois, d'abord avec Giovanni Sforza, seigneur de Pesaro : leur mariage sera annulé. Ensuite, elle se marie avec Alfonso d'Aragon, duc de Bisceglie, qui sera assassiné par son beau-frère César. Enfin, elle épousera Alphonse d'Este, duc de Ferrare dont elle aura plusieurs enfants. Elle mourra en couches en 1519, à l'âge de trente-neuf ans et emportera dans la tombe sa vérité. Qui est Lucrèce Borgia ? Peut-on accorder foi à la légende noire qui lui colle à la peau depuis le XVIème siècle ? Ou au contraire doit-on nuancer son propos ? Aujourd'hui, les historiens s'accordent pour dire que Lucrèce n'a certainement pas été aussi sulfureuse ni scandaleuse qu'on veut bien le croire. A-t-elle eu des amants ? Peut-être, mais en cela, elle n'est pas si différente d'autres femmes de l'époque, à commencer par Giulia Farnese, la maîtresse d'Alexandre VI, à la limite autrement plus scandaleuse que la petite Lucrèce ballottée au gré des intérêts paternels. La plupart de ses biographes réfutent l'inceste qu'on lui prête avec ses frères et même son père ! Lucrèce, comme le reste de la fratrie Borgia, de part sa naissance, vient au monde avec une tâche scandaleuse contre laquelle elle ne peut rien, certes. Cela ne veut pas dire pour autant qu'elle est une criminelle incestueuse, un monstre femelle comme elle a été souvent dépeinte. Aujourd'hui on découvre une Lucrèce mécène, installée dans une vie harmonieuse, au milieu de sa famille à Ferrare. Elle a été une femme cultivée et lettrée qui personnifie assez bien les débuts de la Renaissance et de l'humanisme.
    Nuancer un peu le portrait d'une femme qui certainement le mérite ne veut pas dire tout nier en bloc pour autant et on sait que l'Église à l'époque est corrompue et pleine de vices mais finalement, les Borgia ne se comportent ni plus ni moins que les grandes familles qui tiennent alors les différentes villes et provinces italiennes.
    Autant vous dire que Victor Hugo, influencé par l'Histoire très partiale telle qu'on la pratique au XIXème siècle, une Histoire souvent empreinte de légende et de romanesque, n'y va pas avec le dos de la cuillère et sa Lucrèce est un personnage cruel, monstrueux, sulfureux à qui il insuffle un peu d'humanité via la maternité -ce qui sera aussi son drame.
    De Victor Hugo, je connaissais le romancier et le poète. C'est via ses poésies et notamment le très beau et très poignant Demain dès l'aube que j'ai découvert Hugo quand j'avais une dizaine d'années. Ensuite j'ai lu Les Misérables, une saga formidable et que j'ai beaucoup aimée. Et il y'a presque dix ans j'ai lu Notre-Dame de Paris qui est un chef d'oeuvre monumental.
    Lire ses pièces ne faisait cela dit pas forcément partie de mes objectifs ni de mes envies. Comme pour la poésie, le théâtre est un domaine que je connais peu et qui ne me passionne pas. Au collège, j'avais pris plaisir à découvrir certaines oeuvres de Molière par exemple mais c'est un genre littéraire que j'ai délaissé par la suite.
    Du coup, lire Lucrèce Borgia n'allait pas de soi et j'ai d'ailleurs hésité entre cette pièce et le Lorenzaccio d'Alfred de Musset. Et puis finalement c'est Lucrèce qui l'a emporté parce que je la trouve fascinante, cette femme. Et elle le devient d'autant plus sous la plume de Hugo, qui en fait un monstre de perversion et en même temps une femme et une mère comme les autres, protectrice et combative pour sa progéniture, preuve que l'humanité est forte et peut se manifester même chez ceux qu'on croyait en être dépourvus. L'humanité fait partie de notre essence à tous. On sent le drame de Lucrèce se nouer, l'étau qui se resserre et on pressent l'issue fatale. Le drame, le tragique sont très présents dès le début de la pièce et même s'ils ne sont pas forcément tangibles, ils sont là, on les sent. J'ai lu ces cent-soixante pages avec intérêt et attention. Le Hugo dramaturge ne détrône pas le Hugo romancier pour moi mais c'est une question de goût : je préfère les romans, donc forcément ceci explique cela. Mais je suis très contente d'avoir lu cette pièce, encore jouée et mise en scène par de très talentueux artistes comme, dernièrement, Marina Hands, Guillaume Gallienne ou encore Denis Podalydès (pour la mise en scène). Si vous connaissez Victor Hugo vous le retrouverez dans cette oeuvre, dans les phrases qui tombent comme des couperets, dans la musicalité et l'harmonie des mots.
    Pour moi une lecture agréable et une belle découverte !

    En Bref :

    Les + : une pièce pleine de souffle et de vie, où le drame côtoie la légèreté, l'humanité la monstruosité la plus grande. Ce n'est pas très fiable historiquement mais c'est assez jubilatoire à lire. 
    Les - : Aucun. Victor Hugo est décidément un auteur talentueux quel que soit le genre qu'il utilise. 

     

    Les Enquêtes de Quentin du Mesnil, Maître d'Hôtel à la Cour de François Ier, tome 1, Le Sang de l'Hermine ; Michèle Barrière 

    Thème de septembre, « Didascalies », 9/12


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  • « Et tout d'un coup, le souvenir m'est apparu. Ce goût, c'était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray ma tante Léonie m'offrait après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. »

    Couverture Du côté de chez Swann

    Publié en 2011

    Date de parution originale : 1913

    Editions Le Livre de Poche (collection Les Classiques de Poche)

    478 pages 

    Premier tome de la saga A la Recherche du Temps Perdu 

     

    Résumé : 

    Alors que le narrateur a pris désormais l'habitude de s'endormir tard, le livre s'ouvre sur un premier souvenir : « Longtemps, je me suis couché de bonne heure ». Mais la pensée qu'il était temps de chercher le sommeil le réveillait bientôt, et tandis qu'il attendait de se rendormir, il passait la plus grande partie de la nuit à se rappeler la vie de son enfance à Combray - une vie dont il va nous offrir le récit. 
    Dès ce premier volume de la Recherche que Proust fait paraître en 1913, bien des personnages de son grand roman apparaissent, en particulier Charles Swann : c'est du côté de sa propriété que s'orientent souvent les promenades de Combray, et c'est de son amour pour Odette de Crécy que nous lisons ensuite le récit. Swann, plus tard, donnera au héros le désir d'aller à Balbec, et, au moment de commencer à écrire, le narrateur du Temps Retrouvé nous reconduira de son côté encore lorsqu'il confiera : « La matière de mon expérience laquelle serait la matière de mon livre venait de Swann ». 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    Quand j'ai posé les doigts sur le clavier pour commencer à rédiger cette chronique, immédiatement la question a été : Mais comment chroniquer un livre comme celui-ci qui nous fait nous sentir si petit ? Comment poser ses propres mots, qui seront forcément inférieurs à ceux de Proust, sur une oeuvre comme celle-là ? Comment décrire un ressenti qui sera tellement différent des ressentis habituels que font naître la littérature et qui, en lui-même, est si complexe parce que, dans mon cas, absolument pas tranché ? 
    Car oui, comme beaucoup je pense, j'ai un peu de mal à me positionner quant à cette lecture. Difficile de dire, comme pour certains autres livres, j'aime ou ne n'aime pas parce que je crois que ça ne reflète en rien ce qu'on ressent au cours d'une lecture pareille. On est au-delà de ça et il n'est pas question d'aimer ou pas un roman comme celui-ci. Mais nous y reviendrons... Commençons d'abord par présenter l'oeuvre... 
    En utilisant le roman et l'imaginaire pour raconter, pudiquement, des souvenirs d'enfance, Proust remonte dans le temps à la recherche de ce temps perdu des jeunes années. Du Côté de chez Swann est le premier tome d'une vaste saga, qui est composée de sept volumes. Avec un style très personnel, l'auteur, en utilisant un narrateur anonyme mais qu'on devine être son alter ego, relate maints souvenirs d'enfance et d'adolescence : la maison familiale de Combray, en Champagne, la découverte de la littérature, les premiers émois amoureux, la vie parisienne... On retrouve dans ces pages des personnages dont le nom nous est familier -les Guermantes, Monsieur Swan-, même sans avoir lu Proust, ce qui prouve qu'il fait partie de notre patrimoine, à part entière. 
    Alors, en démarrant une lecture comme celle-là, on tomberait presque dans la facilité, le confort de se dire qu'on va retrouver un univers familier et douillet... Et finalement il s'avère que ce n'est pas le cas. Proust fait partie des auteurs inclassables... Ça ressemble à plein d'autres univers et ça ne ressemble à rien d'autre en même temps. C'est la France de Zola, de Balzac, de Colette mais racontée d'une toute manière et ce style, surtout, que dire d'un style comme celui-là à part que celui à qui il appartient est forcément un génie ? Maîtriser à tel point la langue est assez extraordinaire, quand même, surtout que le français n'est pas évident, on le sait bien. 

    Description de cette image, également commentée ci-après

    Portrait photographique de Marcel Proust vers 1895


    Mais, pour le lecteur, c'est un style ardu, excessivement difficile et je bénis presque mes profs de lycée de n'avoir jamais eu l'idée de nous faire lire Proust ! Ma lecture résultait d'une démarche personnelle, d'une curiosité motivée par mon amour de la littérature, des mots et des classiques : il me paraissait, pas obligatoire parce que le mot est fort mais évident que je lirai un jour Proust. Et de cette démarche, a résulté une lecture très dense, très riche mais aussi très laborieuse. En le terminant, le premier mot qui m'est venu est : enfin ! Il est venu instinctivement, machinalement. Oui, je l'avoue, j'ai ressenti du soulagement à l'idée d'avoir terminé ce livre mais aussi beaucoup de satisfaction... peut-on mesurer, en n'ayant, comme j'avais pu le faire jusqu'ici, seulement lu quelques citations de Proust, très connues mais sorties de leur contexte, l'immense, l'incommensurable maîtrise de la langue, poussée à son plus haut niveau ? Je ne crois pas. Lire un texte comme celui-ci et certainement les suivants aussi est difficile mais c'est une expérience littéraire. Vous aimerez, vous adorerez peut-être et c'est tout ce que je vous souhaite...Ou alors vous vous ennuierez et vous ne comprendrez peut-être pas tout, comme moi et je n'ai pas honte de l'avouer. Mais malgré tout, parce que si vous vous lancez dans une lecture comme celle - là c'est que, déjà, vous avez un amour certain de la littérature, vous serez sensible à la beauté des mots subtilement agencés comme on coud des perles sur un corsage, comme on exécute des pas de danse. Ils sont rares ces auteurs qui parviennent à un si haut niveau, qu'on pourrait presque qualifier de géniaux dans leur genre. Je crois que la plume de Proust est au-delà du talent, c'est encore plus haut, c'est encore plus grand. Effectivement en ce qui me concerne, ces mots magnifiques ne m'ont pas empêchée de m'ennuyer ferme par moments et je crois même que les nombreuses considérations philosophiques de l'auteur m'ont irrémédiablement perdue mais je garderai de ce roman, Du Côté de chez Swann, émaillé de souvenirs personnels qui ajoutent à la sincérité de l'oeuvre, un souvenir qui ne sera pas mauvais. Dois-je vous recommander ce livre ? A mon avis, c'est une appréciation toute personnelle mais si vous aimez les classiques, peut-être est-il intéressant de prendre le risque. 
    Je ne pense pas lire les autres volumes de A la Recherche du Temps Perdu mais c'est malgré tout un sentiment assez positif qui perdure à la fin de cette lecture peut-être parce que j'ai retrouvé cette France - et son mode de vie- délicieusement rétro et surannée qui a définitivement disparu mais qui n'est pas si vieille pour autant et qu'il est agréable de faire revivre le temps d'une lecture.  

     

    Tableau de Gustave Caillebotte qui pourrait illustrer l'ambiance calme et campagnarde de Combray

    En Bref :

    Les + : la grande maîtrise de la langue par l'auteur ; les souvenirs d'enfance sans doute inspirés par les siens propres et qui donnent beaucoup d'authenticité et de personnalité à un récit sinon relativement ardu, philosophique et parfois un peu froid.
    Les - : beaucoup de passages vraiment complexes, un peu détachés du récit et que j'ai trouvés très complexes. 

     

    Les Enquêtes de Quentin du Mesnil, Maître d'Hôtel à la Cour de François Ier, tome 1, Le Sang de l'Hermine ; Michèle Barrière 

    Thème d'avril, « Ménage de printemps », 4/12


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  • « Mélange donc de religiosité chrétienne et de superstitions païennes, les histoires fantastiques de Noël sont aussi l'expression d'une peur - de cette peur inspiratrice, mère des fantômes- que génèrent les nuits les plus longues de l'année, traversées de vents hurleurs, et que les ombres, projetées sur les murs par les flammes dansant dans l'âtre, rendent plus inquiétantes encore. »

    Chroniques de Noël ; Jean-Pierre Croquet

    Publié en 2018

    Editions de l'Archipel

    295 pages 

    Résumé :

    Convier spectres et assassins au traditionnel festin de Noël ? Se réunir autour du pied du sapin pour entendre une histoire à dresser les cheveux sur la tête ? Pourquoi donc mêler, à ces moments de bonheur familial, tant de récits effrayants ? 

    C'est un fait, depuis Charles Dickens, le conte horrifique de Noël est devenu presque aussi rituel que la bûche et les cadeaux. Il traduit la noirceur des nuits les plus longues de l'année, traversées de vents hurleurs que les ombres projetées par les flammes de l'âtre rendent plus inquiétantes encore... Il est si bon de se faire peur, au coin d'un feu de bois ! 

    Composée par Jean-Pierre Croquet, romancier et spécialiste de littérature fantastique, cette anthologie rassemble douze histoires angoissantes signées Charles Dickens, Arthur Conan Doyle, Erckmann-Chatrian, Robert Louis Stevenson, Sheridan Le Fanu, Gaston Leroux ou Thomas Hardy. D'autres nouvelles criminelles, issues de la plume de Saki, W.W Jacobs ou Edith Nesbit, constituent d'agréables découvertes. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    Des fantômes et des enquêtes policières à Noël ? Ça paraît surprenant non ? A une période de l'année où tout n'est qu'illuminations et réjouissances, c'est vrai que c'est on ne peut plus décalé...
    Et pourtant... Pas tant que ça... Si, actuellement, l'auteure de romans policiers à succès Anne Perry est connue pour ses romans se passant pendant les fêtes de Noël, on se rend compte avec ce recueil que, depuis le XIXème siècle, les auteurs de romans policiers et autres romans noirs et gothiques se sont essayés à la nouvelle effrayante en pleines réjouissances de la Nativité et qu'ils ont rencontré du succès, à commencer par Dickens... Pourquoi ? Tout simplement parce que la période de Noël est propice à ces histoires pleines de frissons, dignes de Halloween... Les nuits longues et épaisses, le solstice d'hiver... Depuis longtemps, Noël, fête chrétienne à la souche païenne incontestable a été, dans bien des régions, une époque où contes et autres légendes n'ont jamais été plus tangibles : ainsi on raconte en Bretagne que les menhirs se mettent à bouger la nuit de Noël et vont boire aux rivières... Dans le Berry, les animaux cette nuit - là sont soudain dotés de la faculté de parler...
    Et, surtout en Angleterre, les veillées de Noël s'accompagnaient souvent de récits effrayants et édifiants que l'on se racontait au coin du feu... C'est bien connu, les Hommes ont toujours aimé se faire peur... Et les nouvelles rassemblées dans ce recueil et soigneusement choisies par Jean-Pierre Croquet en sont une belle illustration.
    En piochant dans les œuvres de Conan Doyle, Sheridan Le Fanu, Gaston Leroux -seul auteur francophone représenté ici-, Dickens bien sûr ou encore Thomas Hardy mais aussi des auteurs moins connus comme Édith Nesbit ou Ethel Lina White, il nous livre là un panel d'histoires à faire peur absolument parfaites et si certaines restent relativement pragmatiques et vraisemblables -quoique touchantes comme Le Noël du petit Vincent Vincent-, d'autres font vraiment froid dans le dos et on se met à guetter les bruits autour de nous et à regarder nerveusement derrière son épaule... Peut-être aussi parce que les auteurs ne cherchent pas forcément à apporter une explication... Ce qui se passe dépasse l'entendement, un point c'est tout.
    La nouvelle de ce recueil qui m'a certainement fait le plus impression, c'est L'Ombre de Édith Nesbit. Je ne m'attendais pas à ça en lisant les premières lignes et j'avoue que à mesure que j’avançais dans ma lecture, mon rythme cardiaque s'est considérablement accéléré ! Quant au Noël du petit Vincent Vincent, de Gaston Leroux, c'est celle qui m'a peut-être le plus touchée, car elle illustre bien que, si Noël est une période joyeuse pour beaucoup d'entre nous, elle peut aussi être très difficile pour certains ; les vagues de suicides à ce moment là de l'année ne sont sûrement pas dues au hasard.
    Ce livre relativement court nous emmène, en un peu plus de 300 pages, d'Angleterre en Allemagne, en passant par le port de Marseille, à la découverte d'histoires toutes différentes et de personnages tout aussi hétéroclites. Entre fantastique et enquêtes policières solutionnées par la plus pure des logiques, on referme ce recueil un peu ébranlé, un peu effrayé mais avec ce sentiment grisant malgré tout d'avoir voulu se faire peur et d'y être parvenu, grâce aux mots de ces auteurs talentueux mais aussi grâce aux pouvoirs de l'auto suggestion !
    Une bonne lecture, différente de celles que l'on peut avoir envie de lire à cette période de l'année, loin des romances et autres contes oniriques mais intéressantes aussi par bien des aspects... Non les fantômes ne sont pas réservés uniquement à la période d'Halloween et c'est diablement efficace !! Et le mieux, c'est que je crois que j'ai été ensorcelée moi aussi ! Au cours du réveillon la discussion a dérivé, je vous le donne en mille... mais sur les fantômes bien sûr ! 

    En Bref :

    Les + : des intrigues et des styles diversifiés ; la plupart des nouvelles remplissent leur mission et font froid dans le dos. Pour moi, ce livre est absolument efficace et suffisamment décalé pour être intéressant !
    Les - :
    les premières nouvelles ne sont peut-être pas aussi effrayantes qu'on pourrait l'espérer...

     

    Brooklyn ; Colm Tóibín

     Thème de décembre, « Let it snow », 12/12


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  • « Dans une gorge des montagnes qui s'élèvent au milieu des plaines fertiles du Lothian oriental, existait autrefois un château considérable dont on n'aperçoit plus aujourd'hui que les ruines. Ses anciens propriétaires étaient une race de barons puissants, nommés Ravenswood, nom qui était aussi celui du château. »

    La Fiancée de Lammermoor ; Walter Scott

    Publié en 2018

    Date de publication originale : 1819

    Date de publication originale en France : 1819

    Titre original : The Bride of Lammermoor

    Editions Archipoche

    408 pages

    Résumé :

    Sur la tombe de son père, l'impétueux Edgar Ravenswood a promis de venger son clan, dépossédé de son château et de ses terres par le Garde des Sceaux d'Ecosse, sir William Ashton. Sur le point de châtier l'usurpateur, il tombe sous le charme d'une pure jeune femme aux tresses d'or. Il ignore que Lucie n'est autre que sa fille...

    Prudent et craintif, sir Willim encourage leur amour, pourvu que retombe la colère de son jeune rival. Guidé par l'intérêt politique, il multiplie les gestes de concorde. Mais l'irascible lady Ashton, au contraire, est décidée à empêcher cette union. Elle envoie auprès de Lucie une guérisseuse, chargée de lui conter de vieilles légendes et de sinistres prophéties concernant la famille Ravenswood. La fiancée de Lammermoor, douce et influençable, y perd peu à peu la santé et la raison. Hélas, le contrat de mariage est déjà signé...

    Dans le décor sauvage des Highlands, au début du XVIIIème siècle, le plus shakespearien des romans de Walter Scott mêle la tragédie romantique aux croyances populaires de l'ancienne Ecosse. Parue en 1819, cette histoire d'amour et de mort inspira à Donizetti l'un de ses plus célèbres opéras.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    La Fiancée de Lammermoor est mon premier Walter Scott et j'en profite d'ailleurs pour remercier les éditions de l'Archipel pour cet envoi !
    J'avais au départ prévu de découvrir Walter Scott au travers de son roman le plus connu, le fameux Ivanohé, qui mêle roman historique, Moyen Âge et littérature classique... Et qui a donc tout pour me plaire !
    Finalement, le hasard a voulu que ce soit avec celui-ci que je découvre la plume et l'univers de l'auteur...
    Nous sommes donc en Écosse au début du XVIIIème siècle, une Écosse déchirée entre les partisans des Stuarts et les tenants du pouvoir en place. Edgar de Ravenswood, dépouillé de ses terres familiales par le lord Garde des Sceaux, William Ashton, a juré de se venger de l'affront qui lui a été fait et de la mort de son père, causée par le chagrin d'avoir tout perdu.
    Dans les grandioses et sauvages paysages de l’Écosse du début du XVIIIème siècle se noue alors un vrai drame passionnel et familial, digne des plus grandes œuvres de Shakespeare. Car l'amour, dans ce roman, loin de combler les cœurs, les brise et de ce, de façon irrémédiable. Il y'a effectivement un soupçon de Roméo et de Juliette dans nos deux personnages, Edgar Ravenswood et Lucie Ashton, que l'amour jette au bas du précipice. Il y'a aussi un fond de vrai puisque c'est dans l'histoire, authentique, de la famille Stair que Walter Scott a puisé l'inspiration de son roman : la jeune Lucie du roman s'appelait en réalité Janet Dalrymple et elle était la fille du vicomte de Stair. Elle se serait fiancée, à l'insu de ses parents, à un certain lord Rutherford, que la famille n'agréait point. Le vicomte de Stair et son épouse, Margaret Ross, qui deviennent dans le roman lord et lady Ashton, auraient alors poussé leur fille dans les bras d'un autre prétendant, qui leur convenait mieux : David Dunbar de Baldoon. Le mariage eut lieu, lord Rutherford étant débouté car, malgré le serment échangé avec Janet, les parents de la jeune fille firent valoir que leur consentement avait force de loi. Le serment était donc nul et non avenu puisqu'ils n'étaient pas d'accord. Le soir des noces, on trouva Baldoon blessé dans la chambre nuptiale et la pauvre Janet Dalrymple qui avait perdu la raison. On dit que c'est le premier prétendant qui avait blessé le mari sous les yeux de la jeune mariée qui en était devenue folle.. Les documents nous disent que lord Baldoon survécut à cet attentat. En revanche, Janet mourut une quinzaine de jours après ses noces, le 12 septembre 1669.
    En changeant les noms et l'époque, c'est finalement, dans les grandes lignes, cette tragédie familiale que reprend Walter Scott dans La Fiancée de Lammermoor. Nous ne sommes plus au XVIIème siècle mais au début du XVIIIème, sous le règne de la reine Anne, sans que la date, cependant, ne soit réellement précisée. Janet ne s'appelle plus Janet mais Lucy...quant à lord Rutherford, il devient le fameux maître de Ravenswood, jeune homme étrange mais fascinant, sur lequel les griffes de la malédiction et de la fatalité semblent se refermer sans qu'il puisse rien y faire.
    La Fiancée de Lammermoor est un roman historique extrêmement riche et dense, servi par une langue d'une grande finesse et d'une grande qualité. Malheureusement, le début est très laborieux et si j'ai réussi à sentir poindre un intérêt sincère dans la deuxième partie du roman, j'avoue que les premiers chapitres m'ont vraiment plombée ! Et pourtant, tout le brio d'un auteur de talent comme Scott transparaît dans ce roman ! S'il y'a bien une chose dont il n'est pas dénué, c'est bien le talent ! Entre drame et comédie, entre accents shakespeariens et humour, Walter Scott nous livre un roman très abouti et qui se termine en apothéose. Seulement voilà, le début est assez ardu et on peine parfois à comprendre où l'auteur veut en venir et veut nous emmener... Ce n'est pas inintéressant, mais, malheureusement, ça n'est pas captivant non plus.
    J'ai assurément préféré la deuxième partie, qui se déroule finalement aussi vite que la première partie met de temps pour décoller ! Un peu comme un écheveau très emmêlé que l'on parvient à dénouer d'un coup ! La fin est finalement aussi abrupte que le début est lent et laborieux mais j'ai aimé la montée en puissance dramatique, avant qu'elle n'explose dans le marasme le plus complet, pour le plus grand malheur des deux héros, que rien ni personne ne sauvera : et on retrouve bien là ce fameux drame shakespearien, si présent dans Roméo et Juliette...
    Si j'ai cependant trouvé l'intrigue aboutie et maîtrisée, en un mot, de qualité, si je n'ai rien trouvé à redire également au style, malheureusement, il m'a manqué ce petit quelque chose pour me sentir happée dès le départ... Il m'a manqué ce petit truc qui nous fait tomber tête la première dans un livre ! L'impression de naviguer à vue dans les premiers chapitres y est pour beaucoup, assurément...
    Je ressors en fait de cette lecture ni complètement déçue, ni complètement satisfaite non plus... Cette première lecture me donne maintenant envie de lire Ivanohé et je pense que c'est bon signe... mais j'aurais aimé l'aimer encore plus ! J'aurais voulu que ce classique me séduise comme ils savent si bien le faire en général. C'est dommage mais je ne doute pas que ce roman pourra peut-être trouver son public. Et, si je n'en fais pas partie, je ne le déconseille pas pour autant...

    En Bref :

    Les + : une intrigue aboutie et maîtrisée, un style d'une grande finesse...
    Les - : un début très laborieux qui peine à captiver...on ne comprend pas où l'auteur veut en venir.


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