• Femmes de Versailles ; Alexandre Maral

    « Enrôlées au service de l'Etat, les femmes de Versailles en furent, à bien des égards, les esclaves. »

    Femmes de Versailles ; Alexandre Maral

     Publié en 2016

    Editions Perrin (en partenariat avec Le Château de Versailles)

    350 pages

    Résumé :

    Résidence des trois derniers rois de France de l'Ancien Régime, Versailles fut aussi le séjour de leurs épouses : Marie-Thérèse, qui y mourut en 1683, Marie Leszcynska, qui y vécut de 1725 à 1768, et Marie-Antoinette, qui y fut dauphine en 1770, puis reine de 1774 à 1789. Chacune à sa manière, ces trois personnalités ont laissé leur empreinte à Versailles, celle de Marie-Antoinette étant aujourd'hui la plus lisible. Les membres féminins de la famille royale occupèrent également une place importante à Versailles, de la sémillante duchesse de Bourgogne sous Louis XIV aux inoxydables filles de Louis XV. D'autres femmes, enfin, illustrèrent Versailles : une Mme de Maintenon, devenue l'épouse secrète de Louis XIV, les nombreuses favorites de Louis XV, de Mme de Mailly à Mme du Barry en passant par l'indétrônable Mme de Pompadour, les amies de Marie-Antoinette, la duchesse de Polignac notamment.
    Conçu et rédigé sur les lieux mêmes qu'elles ont hantés, ce panorama de la composante féminine de la résidence du pouvoir offre un aperçu sur les conditions de vie des femmes à la cour, une étude sur leur rôle social, culturel et éventuellement politique, une réflexion sur leurs destinées, souvent improbables, toujours exceptionnelles.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    De 1682, date de l'installation définitive de la Cour à Versailles à 1789, quand la famille royale quitta le palais pour ne jamais y revenir, seulement trois rois et trois reines occupèrent les lieux. Mais le château, siège de l'Etat, demeure de son représentant suprême et de fait capitale du royaume, a accueilli en son sein, en un peu plus de cent ans, toute une multitude. Hommes, femmes, de toutes origines et de tous horizons vécurent dans l'ombre des souverains mais marquèrent aussi Versailles, qui fut un lieu de vie.
    Ici, c'est aux destins féminins que le conservateur général de Versailles et plus particulièrement responsable de la sculpture sur le domaine, Alexandre Maral, a choisi de s'intéresser. Dans un ouvrage riche et très dense, l'auteur se propose ainsi de nous conter une dizaine de destins de femme, plus ou moins importants mais qui ont tous, à leur manière, imprimé une marque au château et reviennent sans aucun doute à l'esprit de chaque visiteur arpentant les pièces et les jardins de Versailles.
    Épouses, officielles ou secrètes mais aussi filles, soeurs, belle-filles, belle-soeurs, favorites, chaque règne est marqué par l'influence d'une ou plusieurs femmes. Finalement assez consubstantielle à l'image du souverain, celle de ces femmes est importante et permet de mieux comprendre la personnalité des rois dont elles ont partagé la vie, parce qu'avant d'être des monarques, Louis XIV et ses successeurs étaient avant tout des hommes.
    Cette lecture vaut vraiment le coup mais nécessite beaucoup de concentration : c'est d'un peu plus de trois cents pages que le livre est composé - trois cents pages accompagnées d'une bibliographie conséquente et de références importantes- et elles sont extrêmement riches. La chronologie du livre n'est pas linéaire, de nombreux retours dans le temps sont opérés. Si le propos se déroule effectivement du début des années 1680, jusqu'aux journées d'octobre 1789, on fait ensuite de constants va-et-vient dans le temps car l'auteur prend le temps de consacrer à chacune de ces femmes l'un des chapitres de son livre. On est là dans un ouvrage semi-thématique donc très scientifique et semi-chronologique, ce qui permet de le rendre relativement abordable.
    N'attendez pas cependant une lecture simple, ce livre ne se lit pas comme un roman ! Il est passionnant, c'est un fait, c'est indéniable, mais c'est le genre de livres avec lequel il faut bien prendre son temps. Au vu de mon enthousiasme en démarrant ma lecture -ce livre me brûle les doigts depuis qu'il est dans ma PAL en juin-, je pensais dévorer le livre mais je me suis vite rendu compte que non, en fait, non. Pas par manque d'intérêt, bien au contraire mais parce que le propos nécessite vraiment de prendre son temps pour bien le saisir. Si l'auteur veut toucher un grand public avec son livre, il n'en néglige pas pour autant la qualité et, à l'instar du livre Le Siècle de Louis XIV, publié en 2015 et auquel ont collaboré historiens et chercheurs, on ressort de cette lecture avec le sentiment d'en avoir beaucoup appris et d'avoir enrichi ses connaissances.
    Ce que j'ai aimé dans ce livre c'est qu'Alexandre Maral inscrive vraiment ses objets d'études, chacune des femmes dont il a raconté les destins, dans leur univers. J'ai été surprise au départ mais j'ai très vite compris la démarche de l'auteur. Responsable des collections du domaine, il a le mérite de bien le connaître, de l'avoir étudié et d'en connaître toutes les évolutions... Les appartements occupés donc par ces femmes font l'objet d'une description assez minutieuse qui, si elle peut apparaître abstraite au lecteur, permet cependant d'avoir un aperçu de la physionomie des lieux où toutes ces femmes ont vécu et qui étaient aussi le reflet de leurs goûts, de leurs envies. Reflet aussi de leur position, de leur influence, de l'estime dont elles jouissaient, parce qu'un palais royal n'est pas une maison particulière et son agencement est aussi révélateur de la manière dont le souverain considère son pouvoir et de la façon dont il veut gratifier ceux qui lui sont proches. Ainsi, sous Louis XIV, les favorites étaient logées au plus près du roi au plus fort de leur faveur et reléguées au rez-de-chaussée lorsque leur influence et l'intérêt du roi déclinent. Sous Louis XV chacune dispose d'une marche de manœuvre conséquente pour aménager ses intérieurs comme elle l'entend. Le roi loge ses favorites parfois même au détriment de ses propres filles qui sont alors obligées de subir une valse des appartements et des déménagements réguliers.
    Quant à Marie-Antoinette, elle s'aventure hors du palais et prend possession des lieux auxquels son image est encore attachée, de manière indélébile : le Petit Trianon, le Hameau où, comme la duchesse de Bourgogne avant elle, elle se pique de jouer à la fermière.

    Madame de Pompadour par Quentin de La Tour (1748-1755)

    Chacune des femmes ayant occupé Versailles y a imprimé ses goûts et son style. On leur modela des lieux de vie ou bien elles trouvèrent justement dans cette occupation liberté et indépendance.
    J'ai vraiment aimé cet aspect du livre même si, comme je le souligne plus haut, cela peut nous paraître abstrait : nous ne pourrons jamais assurément connaître le domaine comme l'auteur lui le connaît. Mais la précision du propos apporte crédit et sérieux au texte et cela nous permet aussi d'aborder Versailles autrement que comme un espace muséographique un peu figé... jusqu'à il n'y a pas si longtemps, le palais était certes un lieu de représentation où s'ébranlait la grande machine de l'absolutisme mais c'était aussi un lieu de vie privé où se déroulait chaque jour le quotidien des souverains, des princes, des princesses et des courtisans. C'est un Versailles domestique qui est décrit ici et nous apparaît donc infiniment moins froid qu'il peut l'être aujourd'hui.
    J'ai aimé également découvrir l'évolution et les changements qui s'opèrent, en un peu plus de cent ans, en ce qui concerne l'image de la femme à Versailles et la place qu'on lui donne ou qu'elle - même se donne. Les deux premières reines de Versailles, Marie-Thérèse d'Autriche et Marie Leszczynska restèrent relativement effacées, par tempérament pour la seconde, par la force des choses pour la première. Marie-Antoinette, elle, est au devant de la scène et parce qu'aucune favorite ne vient faire écran, elle cristallisa toutes les critiques et la haine populaire, jusqu'au point de non retour.
    Si j'ai bien sûr trouvé normal et aimé retrouver ces trois figures centrales, j'ai aussi aimé les chapitres consacrés aux favorites ou aux femmes dont la présence à Versailles n'allaient pas de soi, comme Madame de Maintenon qui, en tant qu'épouse secrète resta toujours en retrait ou Mesdames de Pompadour ou du Barry, qui font entrer le peuple à Versailles.
    Découvrir aussi les filles, belle-filles, belle-sœurs, éventuellement petite-filles -un chapitre assez étoffé est consacré à la duchesse de Bourgogne, que Louis XIV aima beaucoup- permet d'appréhender le souverain autrement qu'au travers du représentant de l'Etat un peu figé et un peu au-dessus du commun des mortels. Les rois furent aussi des pères de famille, des hommes doués de sentiments. Louis XIV eut quelques faiblesses pour ses filles, Louis XV s'attacha à elles de façon un peu tardive et ne sacrifia jamais sa vie privée au profit de ses enfants. Quant à Louis XVI, il se rapproche de l'image moderne que l'on se fait du père, n'hésitant à se montrer soucieux de sa progéniture et de son éducation.
    La place des femmes et leur considération était finalement éminemment intime avec la personnalité du roi sous lequel elles vécurent. Un Louis XIV qui éclipsait même les hommes éclipsera forcément les femmes... Louis XV, certainement marqué par la perte prématurée de sa mère, la recherche peut-être inconsciemment dans les femmes qui jalonneront sa vie. Toujours est-il qu'il s'entoura de femmes et sembla prendre plaisir à leur compagnie, bien plus que Louis XIV. Sous Louis XVI, plus effacé que ses prédécesseurs, les femmes furent forcément plus mises en lumière, au grand détriment de la reine qui en pâtira sérieusement.
    On ressort de cette lecture en se disant que, finalement, être femme n'a jamais été simple, à plus forte raison à cette époque - là et dans ce monde - là. Les princesses étaient des pions que l'on sacrifiait à la politique, les favorites à la vindicte populaire. Les femmes étaient condamnées à rester dans l'ombre du roi. Parfois de grands destins se révélèrent... d'autres durent se contenter d'une vie sans vraiment de relief et qui, parfois, se termina brutalement et prématurément...
    Femmes de Versailles est un livre extrêmement enrichissant et qu'on ne peut en aucun cas déconseiller. Il faut prendre son temps pour le lire mais on en ressort assurément avec beaucoup de connaissances d'autant plus que l'auteur ne se contente pas de l'évidence. Ce sont aussi des femmes moins connues, comme la dauphine Marie-Anne-Christine de Bavière par exemple ou encore les princesses royales, en général peu valorisées, qui sont présentées ici.
    Lire ce livre c'est se sentir encore plus proche de ces femmes qu'on croit pourtant bien connaître. C'est entrer dans leur particulier, découvrir les lieux où elles ont vécu, aimé, où parfois, elles sont mortes. Des lieux qui sont différents aujourd'hui mais qui ont cependant conservé leurs traces et leur souvenir.
    Femmes de Versailles est un très bon essai, dense et foisonnant mais bien mené et donc, passionnant. A mettre entre toutes les mains.

    Marie-Antoinette à la rose, par Elisabeth Vigée-Lebrun (1783)

    En Bref :

    Les + : un livre conséquent et ambitieux, dont on ressort avec une meilleure connaissance des lieux et des personnages.
    Les - : Aucun. Ce livre est parfait.

     


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  • Commentaires

    1
    Dimanche 19 Novembre 2017 à 15:27

    Quel avis :D on sent vraiment que tu as adoré! ça ne peut que m'encourager à me le procurer rapidement :)

      • Dimanche 19 Novembre 2017 à 15:47

        Oui, je ne me suis pas rendu compte en l'écrivant ! C'est en enregistrant le document sur mon ordi que je me suis dit : oh là là mais c'est quoi, ce pavé ? sarcastic En même temps, le livre le mérite. Vraiment ! J'ai eu beaucoup de choses à dire parce que effectivement j'ai adoré et que je ne peux vraiment que le conseiller ! cool Ce genre de livres peut faire peur et pourtant... l'auteur est passionnant et communique son intérêt ! ^^ 

        Je vais me répéter mais ce livre est vraiment à mettre entre toutes les mains ! wink2 Contente de voir que mon billet t'a donné envie de te lancer à ton tour ! J'espère que tu ne regretteras pas ! sarcastic

    2
    Mercredi 29 Août à 15:58

    C'est exactement le genre de livres que j'aime. Et ça tombe bien car j'adore apprendre des choses, alors j'espère qu'il ne me décevra pas car j'ai l'impression, sans être non plus une experte, que je connais assez bien les reines de l'époque de Versailles, notamment Marie-Antoinette

      • Vendredi 31 Août à 13:42

        J'ai savouré ce livre comme un roman. Je l'ai lu à une période où j'étais en vacances, donc disponible pour cette lecture, pour prendre mon temps, la savourer... happy Il est juste passionnant ! Alexandre Maral y met tout son amour de l'Histoire et de Versailles et je suis persuadée qu'il pourrait te plaire ! Je connais ton intérêt pour Marie-Antoinette et je le comprends puisque je l'ai aussi : je peux donc t'assurer que Femmes de Versailles est fait pour toi ! wink2

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