• La Petite Couturière du Titanic ; Kate Alcott

    « Souvenez-vous pourtant que le courage est rarement un trait dominant chez les humains. »

    La Petite Couturière du Titanic ; Kate Alcott

     

    Publié en 2012 aux Etats-Unis ; en 2017 en France (pour la présente édition)

    Titre original : The Dressmaker

    Editions Archipoche (collection Romans Étrangers)

    442 pages

    « Cette pute me fera mourir », Mémoires du duc de Saint-Simon, Extraits ; Saint-Simon

    Résumé :

    Avril 1912. Tess Collins, jeune Anglaise aspirant à percer dans le milieu de la mode, a de la chance. A peine sur le Titanic, elle fait connaissance de Lucy Duff Gordon, célébrité de la haute couture qui va présenter sa nouvelle collection en Amérique. 

    Sa femme de chambre lui ayant fait faux bond, la créatrice de mode décide de prendre Tess à son service. A bord, la jeune femme fait la connaissance de deux hommes. Mais, tandis qu'un triangle amoureux se forme, le paquebot, sans que ses passagers s'en doutent, fonce vers un iceberg...

    A New-York, Tess intègre l'atelier de lady Lucy. Les talents de modiste de la jeune femme se révèlent bien vite, ses premiers modèles font sensation. Mais son ascension pourrait connaître un coup d'arrêt. Ne se murmure-t-il pas en effet que lady Lucy aurait eu une conduite répréhensible lors du naufrage ? 

    Ma Note : ★★★★★★★★★  

    Mon Avis :

    En avril 1912, Tess Collins, jeune bonne à Cherbourg, quitte tout et s'embarque sur le Titanic, après s'être fait embaucher comme femme de chambre par Lucile Duff Gordon, styliste en vogue. Malgré le naufrage du paquebot, quelques jours plus tard, Tess et sa patronne ainsi que le mari de celle-ci sont saufs. Rentrée à New York, Lucile fait de Tess une couturière dans ses ateliers. Tess touche du doigt son rêve : mais il se pourrait que le comportement de sa patronne lors du naufrage fasse tout voler en éclats...
    Voilà en quelques lignes l'intrigue de La Petite Couturière du Titanic, roman de Kate Alcott : avec cette lecture, je découvre un univers, un récit mais aussi une auteure. Jusqu'à présent, je ne connaissais absolument pas Kate Alcott.
    La Petite Couturière du Titanic est un roman historique intéressant, qui ne se passe que sur quelques jours mais qui est étonnamment riche et dense. Basé sur l'une des plus grandes tragédies du début du XXème siècle, ce roman a quelque chose de fascinant...
    Parti de Southampton début avril, le paquebot de la White Star Line construit entre 1909 et 1912 est un monstre des mers, prouesse de modernité et de technique. Et surtout, réputé insubmersible. Alors, lorsque dans la nuit du 14 au 15 avril 1912, le bateau lance des appels de détresse, après avoir heurté un iceberg au large de Terre-Neuve et coule en quelques heures, on n'y croit pas. Et surtout, le monde est paralysé d'horreur devant les milliers de victimes qui se noient dans les eaux glacées de l'Atlantique : la plupart voyageaient dans l'entrepont et ne purent accéder aux canots de sauvetage. De là, naquit un scandale sur fond de lutte des classes et de féminisme, qui embrasa les États-Unis comme l'Europe. Chacun fut choqué qu'un tel paquebot, emportant à son bord tant de passagers, ait été commandé par un équipage novice et ait pu avoir été mis à la mer avec un nombre de canots insuffisant. Alors, évidemment, quand la rumeur commença à se propager que des nantis avaient délibérément refusé l'accès des canots à des naufragés, le scandale a été complet.
    Aujourd'hui, on retient avant tout du Titanic la catastrophe humaine, les nombreux morts... On oublie que ce naufrage a donné lieu à une audition retentissante en Amérique, entre avril et mai 1912. Menée par une commission sénatoriale, elle visait à faire la lumière sur ce qui avait pu se passer pendant le naufrage et notamment, les possibles manquements.
    Dans le roman, c'est au travers des yeux de Tess Collins que l'on suit, pendant quelques semaines, le déroulé de ce que l'on pourrait presque appeler un procès même s'il n'y eut pas à proprement parler de sanctions à son issue. Ni très riche ni trop pauvre, la jeune femme, qui a eu la chance -si on peut dire- d'être embauchée par une styliste de talent au dernier moment, ne voyage pas à l'entrepont et pourra trouver une place dans un canot avant d'être secourue, avec d'autres survivants. Tess est un personnage de fiction mais elle personnifie finalement la grande masse de ceux qui se sont embarqués sur ce paquebot au printemps 1912 : l'envie d'un nouveau départ, d'une nouvelle vie, en Amérique, le nouvel eldorado.
    Sa patronne dans le roman est, elle, un personnage ayant existé, tout comme Margaret Brown, redoutable femme d'affaires du Colorado que l'on retrouve tout au long du récit. Comme ce que décrit Kate Alcott dans son roman, Lucile Duff Gordon et son époux ont bien pris place dans un canot qui arriva à moitié vide près du Carpathia, navire qui s'était porté au secours des naufragés du Titanic : une douzaine de personnes y avaient pris place alors qu'il aurait pu en accueillir une soixantaine. Sans jamais avoir été prouvé, le comportement supposé de la styliste et de son mari, Cosmo, baronnet britannique, a durablement entaché leur réputation. Tout ceci est vrai comme le déroulement de cette fameuse audition qui agita les États-Unis, dont Kate Alcott reprend ainsi les minutes : dans les grandes lignes, ce que raconte ici l'auteure est basé sur des textes authentiques et j'ai trouvé ça intéressant parce que je ne savais rien de ce qui s'était réellement passé après le naufrage...
    Au-delà de cet aspect juridique et presque froid, qui cherche avant tout à faire la lumière sur un drame affreux, j'ai aimé la description que l'auteure fait du ressenti des survivants, entre euphorie d'être encore en vie et culpabilité innée à l'idée d'être encore là alors que tant d'autres sont morts. Tess symbolise un peu tous ces passagers qui ne firent pas parler d'eux mais portèrent toute leur vie une blessure terrible et un traumatisme qui peut-être à l'époque n'a pas été considéré à sa juste valeur. On peut rapprocher Tess de Pinky, la jeune journaliste du Times à qui est confiée l'investigation sur le naufrage et qui est déterminée à faire la lumière sur cette affaire, quitte à perdre son objectivité : elle est cependant bien déterminée à montrer que, encore une fois, ce sont les plus pauvres qui ont trinqué pour les plus riches... Une histoire vieille comme le monde en somme mais qui, en ce début de XXème siècle, est intolérable.

    Dessin du Titanic sombrant. La poupe est hors de l'eau.

    Dessin de Willy Stöwer représentant la catastrophe

    Et pendant ce temps, ceux qui sont appelés à comparaître, membres de l'équipage, simples passagers, officiers de la White Star Line, se tirent mutuellement dans les pattes, se dédouanant en chargeant le voisin, rendant la situation encore plus compliquée.
    Bref... Si le roman m'a plu pour son côté historique très dense et bien maîtrisé -on sent que l'auteure a fait un solide travail en amont- je l'ai parfois trouvé un peu plat, un peu monocorde. Le récit du naufrage va très vite, trop vite peut-être et même si ce n'est finalement qu'un point de départ, j'ai eu l'impression que c'était balayé en quelques phrases, quelques chapitres à peine. Alors que, a contrario, on s'étend longuement sur le procès, les auditions etc... C'est certes intéressant mais peut-être un peu trop développé par rapport à d'autres aspects du roman.
    En ce qui concerne le personnage de Tess, je l'ai trouvée gentille, courageuse, déterminée mais aussi fragile. Un personnage tout en contrastes, avec une part timide et une autre affirmée, déterminée mais pas dénuée non plus de doutes. Est-ce que je l'ai trouvée attachante ? Elle l'est, certainement, même si je ne me suis pas sentie aussi proche d'elle que je l'aurais voulu. Tess fait cependant partie de ces héroïnes ordinaires que j'aime, ces femmes au final comme les autres mais qui peuvent se montrer héroïques sans même le savoir. Elle m'a un peu rappelé le personnage d'Eilis, dans Brooklyn de Colm Tóibín  ; elle m'a aussi évoqué le personnage de Therese dans Carol de Patricia Highsmith.
    Quant à l'aspect romance eh bien...Je dois dire qu'il me laisse un peu perplexe... Je pense que l'auteure avait suffisamment de matière historique et authentique surtout pour ne pas s'encombrer avec de la romance. Pour moi cette histoire de triangle amoureux n'apporte, en soi, rien de plus au récit.
    La Petite Couturière du Titanic est un bon roman historique quoiqu'un peu inégal. Je n'y ai pas tout apprécié, loin de là et j'ai eu l'impression que le rythme était un peu en dents de scie, comme le style d'ailleurs, bien plus fin dans les derniers chapitres qu'au début du roman. Mais il est clair que le sujet choisi est intéressant, fascinant et que l'auteure s'inspire d'un événement historiquement fiable, avec des personnages ayant existé, en s'inspirant précisément des comptes rendus de la commission sénatoriale est tout à son honneur. Kate Alcott a réussi à créer un vrai univers, plutôt plaisant mais qui n'a pas su me séduire complètement. En revanche, elle restitue très bien un contexte difficile et riche, ce qui donne assurément un plus au roman.
    La Petite Couturière du Titanic saura certainement plaire aux amoureux de romans historiques mâtinés de romance mais aussi à celles qui aiment coudre et qui se retrouveront certainement dans Tess... Pas une mauvaise découverte en soi même si j'aurais voulu aimer encore plus cette lecture.

     

    Le canot de sauvetage n°1 aborde le Carpathia : à son bord, à peine une douzaine de personnes alors qu'il aurait pu en accueillir une soixantaine...

     

     

    En Bref : 

    Les + : l'intrigue, sans nul doute, basée sur des textes authentiques et un fait divers qui ne l'est pas moins et a durablement marqué avant de devenir fascinant...
    Les - : un roman un peu inégal, au style et au rythme en dents de scie. C'est dommage. 

     

     

    Brooklyn ; Colm Tóibín

     Thème de juillet, « Le grand bleu », 7/12


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