• La Petite Peste et le Chat Botté ; Juliette Benzoni

    « De l'épouse d'un simple sergent devenu général, il avait fait une duchesse, et peu s'en fallut qu'elle ne devînt reine du Portugal, et aussi l'une des femmes les plus brillantes, une étoile de sa cour. »

    La Petite Peste et le Chat Botté ; Juliette Benzoni

     

    Publié en 2018

    Editions Pocket 

    410 pages 

    Résumé :

    La « Petite Peste », c'est elle : Laure Junot, duchesse d'Abrantès et femme de général, grande figure du Paris impérial. Le « Chat Botté », c'est Bonaparte, ainsi surnommé par elle lorsque, frais émoulu de l'école militaire, il lui parut bien trop maigre pour ses grandes bottes. 
    Ces deux-là se connaissent depuis longtemps. La gloire les a portés, l'un et l'autre, aux sommets. Il n'est pas jusqu'à leurs peines de coeur qui ne soient liées, d'une manière ou d'une autre. Et qui décident, entre alcôves de palais et arcanes du pouvoir, du destin de l'Empire...

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 1807, Laure Junot est l'une des étoiles montantes du tout jeune Premier Empire. Mariée à un général de Napoléon, Alexandre Junot, qui est aussi gouverneur de Paris, la jeune femme fréquente la Cour et goûte aux magnificences de ce tout nouveau régime.
    Née Laure Permon, en 1784, la jeune femme a connu Napoléon fraîchement sorti de l'école militaire de Brienne quand, tout jeune encore, il portait des bottes trop grandes pour lui. L'espiègle jeune fille l'avait alors affublé de ce sobriquet : le Chat Botté, tandis qu'elle devenait pour Napoléon, la Petite Peste -surnom tout à fait tendre et chaleureux, soit dit en passant et qui n'a rien d'insultant.
    Laure n'a pas trente ans quand l'Empire s'épanouit et, dans l'entourage proche des Bonaparte -elle est dame d'honneur de Madame Mère, amie d'enfance des sœurs de Napoléon puisque sa mère, Panoria Comnène, était d'origine corse-, elle devient un témoin de premier choix de ce régime flamboyant mais aussi éphémère qu'une comète. Plus âgée, elle écrira ses mémoires et c'est d'ailleurs surtout pour cela qu'elle a marqué l'Histoire. Sinon, qui se souviendrait de l'épouse de Junot, un parmi les innombrables généraux d'Empire ?
    Dans ce roman, Juliette Benzoni, de sa plume enlevée qu'on lui connaît bien, redonne une voix et une vraie consistance à cette jeune femme un peu oubliée. Qui se souvient encore aujourd'hui et lit les mémoires de Laure Junot ? Pas grand monde.
    Je ne sais pas si la Laure Junot présentée ici est fidèle au personnage qu'elle a été. Mais ce qu'en fait l'auteure est intéressant : cette petite jeune femme vive, pleine de fougue, d'allant et de répondant est attachante et on suit le destin fabuleux et brillant qui fut le sien, mais aussi éphémère, parce que la chute de l'Empire signifie aussi, pour les proches de Napoléon, que la fête est finie.
    J'ai, ma foi, passé un moment assez agréable avec cette lecture... J'ai trouvé ce roman différent des sagas romanesques et pleines d'aventures auxquelles Juliette Benzoni nous a habitués mais je pense aussi qu'il est peut-être plus abouti, plus travaillé, probablement. Si j'ai toujours été assez heureuse de lire un roman de Juliette Benzoni, parfois, certaines choses m'y dérangeait comme des dialogues un peu lourds, parfois, ce que je n'ai pas retrouvé ici.

     

    Laure et son époux, le général Alexandre Junot par Marguerite Gérard (vers 1800)

    La Petite Peste et le Chat Botté est un roman où, en soi, il se passe peu de choses, dans le sens où il n'y a pas vraiment d'aventures ni de rebondissements. On suit Laure et ses amis des salons dorés parisiens où sont données de sublimes fêtes qui tentent de rivaliser avec celles de l'Ancien Régime, tout en rejetant cette époque, à la folie Saint-James où elle s'installe avec ses enfants vers 1810 et jusqu'aux fabuleux jardins du domaine du Raincy -un château aujourd'hui disparu qui se trouvait à une vingtaine de kilomètres à l'est de Paris où elle passera quelques belles années.
    Le roman est assez court et se déroule sur à peine dix ans. Il s'ouvre en 1807 et on pourrait presque dire que c'est là l'apogée du Premier Empire. Moins de cinq ans plus tard va avoir lieu la retraite de la Bérézina en plein hiver russe et l'Empire commence à craquer de toutes parts. On a l'impression d'une course contre la montre, une course effrénée aux plaisirs de la vie, comme si chacun, à commencer par Laure, avait la prescience que tout ça aura une fin, une fin rapide et qu'il faut profiter tant qu'il est encore temps. On s'étourdit en même temps qu'eux, dans une atmosphère légère, parfumée et tourbillonnante bien restituée par Juliette Benzoni. Dans l'intimité du couple Junot et dans l'ambiance mondaine de ces salons du XIXème siècle, on découvre autrement le Premier Empire et on côtoie l'attachante Pauline Bonaparte, princesse Borghèse, l'hautaine Caroline Murat, future reine de Naples, la discrète Julie Clary, la gentille reine Hortense, fille adoptive de Napoléon, la belle impératrice Joséphine, supplantée en 1810 par la trop jeune et trop naïve archiduchesse Marie-Louise qui ne saura jamais se faire aimer des Français, malgré le petit héritier qu'elle donne à Napoléon en 1811 -d'ailleurs, je ne suis pas forcément d'accord avec l'image assez négative que l'auteure nous livre ici de Marie-Louise, présentée comme une sotte arrogante et envieuse. Pour moi, elle a surtout été un pion politique sans vraiment de pouvoir ni de latitude pour agir et n'a peut-être pas été la mauvaise femme, traîtresse et mal élevée qu'on a bien voulu décrire. Mais fermons la parenthèse.  
    Je ne suis pas spécialement intéressée par le Premier Empire, ce n'est pas une époque qui me passionne et je trouve que Napoléon est un personnage assez subversif qu'on encense peut-être un peu trop en oubliant les parts d'ombre d'un règne et d'une personnalité. Pour autant, je trouve qu'il est entouré de personnalités féminines intéressantes, à commencer par Laure, que j'ai bien envie de découvrir un peu mieux après avoir lu ce roman, Laure qui a presque vécu au sein même de la famille Bonaparte et les a connus intimement quand elle était petite et a été d'une fidélité inébranlable - ce qui est beau quand on sait que beaucoup ont rapidement quitté le navire quand ils l'ont senti chavirer. Du coup, je me suis prise au jeu et cette plongée en plein cœur des splendeurs de l'Empire n'était finalement pas pour me déplaire. 
    La Petite Peste et le Chat Botté est un roman historique intéressant et agréable à lire. Je me suis vraiment attachée à Laure, peut-être parce qu'elle m'était totalement inconnue jusqu'ici et que je la découvrais, à tel point que j'aimerais bien trouver une biographie d'elle pour découvrir son enfance et sa vie après le Premier Empire, puisque Laure meurt en 1838 et connaît donc une bonne partie du XIXème siècle et ses premiers bouleversements.
    Je le conseille à tous ceux qui aiment Juliette Benzoni et les romans historiques. Et même aux autres ! Vous passerez un bon moment de lecture en compagnie de cette jeune femme entière et pleine d'esprit que l'Empereur n'avait pas surnommée pour rien la petite peste !

    En Bref :

    Les + : un roman vif et enlevé, à l'image de son héroïne et bien écrit. Je n'ai pas retrouvé les lourdeurs et les petites maladresses qui, parfois, m'ont gênée dans d'autres romans de Benzoni. 
    Les - :
     
    peut-être la chronologie aurait-elle mérité d'être légèrement plus précise parce que j'ai parfois eu tendance à me perdre dans les dates, mais sinon, vraiment rien de grave. 

     


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  • Commentaires

    1
    Mercredi 14 Août à 20:50

    J'aime beaucoup ta conclusion ! :-P

     

    Comme toi, je ne suis pas passionnée par le Premier Empire, c'est même une période que je trouve un peu repoussante pour ne rien te cacher... Pareil pour Napoléon, qui n'est pas une figure historique qui m'attire. Mais je suis très curieuse de découvrir qui est cette Petite Peste, dont je n'ai jamais entendu parler jusque là ! C'est bien à cela que servent les romans historiques :-)

      • Jeudi 15 Août à 11:26

        Ah ah, merci ! happy

        Nous avons beaucoup de points communs en fait : nous adorons Marie-Antoinette mais carrément pas Napoléon ! wink2 Ce n'est pas que l'époque n'est pas intéressante mais je ne sais pas, moi aussi, j'ai beaucoup de mal avec ce régime créé de toutes parts, héritier de la Révolution et en même temps, essayant de recréer une étiquette de Cour, un protocole, une noblesse, comme l'Ancien Régime. Et si Napoléon a peut-être été un génie militaire (effectivement, on ne peut pas le lui enlever), il a malgré tout ligué toute l'Europe contre la France, a rétabli l'esclavage dans les colonies et en plus, ce qui n'arrange rien, il était misogyne ! Ca fait beaucoup... Je comprends qu'il puisse fasciner par certains aspects de sa personnalité et c'est vrai qu'il est assez charismatique mais non, avec moi, ça ne passe pas. Cela dit, comme je le dis dans ma chronique, j'aime beaucoup les femmes qui l'entourent, je les trouve intéressantes, que ce soit Joséphine, Hortense, Marie-Louise, ses sœurs. 

        Quant à Laure Junot, je ne la connaissais que de nom et j'ai apprécié de la retrouver aussi vivante sous la plume chaleureuse de Juliette Benzoni. Je ne peux que te conseiller ce roman. Je pense que, avec un peu de chance, tu ne seras pas déçue toi non plus. sarcastic

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