• Le Rajah Bourbon ; Michel de Grèce

    « Pour moi tout est fini du côté de la France puisque rien n'y a commencé. »

    Le Rajah Bourbon ; Michel de Grèce

     

    Publié en 2007

    Editions JC Lattès

    255 pages

    Résumé :

    « Il existait en Bourbonnais une tradition au dire de laquelle le Connétable de Bourbon avait laissé un fils, qui avait été envoyé aux Indes pour le soustraire aux rancunes de François Ier... »

    Annales bourbonnaises, 1892



    Qui mieux que Michel de Grèce pouvait, avec sa connaissance intime de l'Histoire et son inimitable talent de conteur, nous faire découvrir le destin de ce héros oublié ? 
    Voici l'histoire fabuleuse et inédite de Jean de Bourbon, héritier du trône de France, devenu Rajah indien.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Voilà un roman vraiment surprenant !
    Michel de Grèce est connu pour s'intéresser à des épisodes plutôt méconnus de notre Histoire, qu'il exhume patiemment des limbes du temps. Par exemple, dans La Nuit du Sérail, c'est à Aimée Dubuc de la Riverie qu'il s'intéresse : une jeune cousine de Joséphine Tascher de la Pagerie, future impératrice des Français. Tandis que le bateau emmenant sa cousine arrive à bon port, Aimée, elle, sera enlevée par des pirates barbaresques et deviendra une sultane.
    Et, dans Le Vol du Régent, c'est aux vols méthodiques qui eurent lieu plusieurs nuits de suite au Garde-Meuble national en septembre 1792 que s'intéresse l'auteur, vols qui auraient peut-être permis d'acheter la décisive victoire de Valmy... A ce jour, Le Vol du Régent était le seul roman de Michel de Grèce que j'avais lu. Mais comme j'en garde un bon souvenir, évidemment, j'ai très vite été attirée par Le Rajah Bourbon et j'ai eu très envie de lire ce roman, qui laissait présager une histoire assez surprenante et hors du commun !
    Ainsi, au XVIème siècle, un membre de la maison de Bourbon aurait fait souche en Inde, où des descendants vivaient toujours il y'a une vingtaine d'années et vivent toujours certainement, portant toujours le nom de Bourbon et entretenant la mémoire de cet ancêtre légendaire dont le destin aujourd'hui, n'est connu qu'au travers de textes incohérents et qui se contredisent.
    Alors qui est exactement ce Jean de Bourbon qui aurait, à la Renaissance, quitté l'Europe pour ne jamais y revenir ? Est-il bien l'ancêtre des Bourbons de Bhopal que rencontra Michel de Grèce il y'a une quinzaine d'années ? Ce mystère, évidemment, avait tout pour attirer l'amoureuse de l'Histoire que je suis et, comme tout le monde, j'aime les mystères, les incertitudes propres à faire alors travailler l'imaginaire...
    Si vous lisez un jour Le Rajah Bourbon, ne perdez pas de vue que nous sommes ici dans un roman. Michel de Grèce, à partir de textes et de témoignages, s'est livré à une reconstitution historique qui, si elle est fiable et cohérente, n'est pas pour autant la vérité vraie. Comment l'atteindre de toute façon quand on ne peut s'appuyer que sur des bases historiques fuyantes et insuffisantes ?
    Le personnage que nous suivons donc dans ce roman serait un fils de Charles III de Bourbon, plus connu sous son titre de Connétable de France, charge qu'il occupa de 1515 à 1523. Aujourd'hui encore, il est plus connu pour sa trahison au profit de Charles Quint et sa mort sous la bannière des Impériaux en 1527, lors du sac de Rome, que pour le reste de son existence. Issu de la branche aînée de la famille de Bourbon, descendant donc par Robert de Clermont, de saint Louis, et époux de Suzanne de Bourbon, riche héritière et petite-fille de Louis XI, Charles III est mort sans descendance. Un premier fils, né en 1517, vécut à peine un an. L'année suivante, naquirent des jumeaux mort-nés. A l'issue d'un procès inique, l'héritage de la duchesse Suzanne revint à sa cousine Louise de Savoie, mère de François Ier. Plusieurs décennies plus tard, lorsque la branche des Valois Angoulême se fut éteinte avec la mort sans descendance d'Henri III, c'est à la branche cadette des Bourbons, représentée par le roi de Navarre, que la couronne des lys échut.
    Si le connétable de Bourbon avait eu des enfants et surtout, un fils, l'Histoire aurait pu être tout autre. Si la parenté des Bourbons d'Inde avec lui était confirmée, cela pourrait bouleverser notre manière de voir les choses et d'appréhender l'Histoire.
    On le sait, cette dernière aime les mystères et les interrogations. Les humains aussi : qui ne s'est jamais passionné un temps pour une histoire mystérieuse qui n'a pas de réponse, pour une survivance ? Et l'Histoire du monde en est émaillée : en France, nous avons cet Italien, qui, au XIVème siècle se présenta comme le fils légitime du roi Louis X. Il y'a eu le masque de fer, que l'on a longtemps cru être un frère jumeau du Roi-Soleil, escamoté et dissimulé sa vie durant. En Russie, le XXème siècle connut plusieurs revendications de survivance de la grande-duchesse Anastasia : Anna Anderson reste aujourd'hui encore la plus célèbre des « fausses Anastasia ».
    Alors pourquoi le Connétable de Bourbon n'aurait-il pas pu avoir un fils qu'on aurait cherché à soustraire à la vindicte du roi François Ier et de sa mère, Louise de Savoie ? Personnellement, même si je n'y crois pas vraiment, je dois avouer que l'idée est à prendre en considération. L'Histoire est une science, certes mais pas une science exacte et susceptible d'évoluer au gré des découvertes des chercheurs. À ce jour, il est vrai que nous ne connaissons aucune descendance avérée ou supposée au connétable et à son épouse Suzanne. Aucune descendance illégitime non plus.
    Pourtant, les Bourbons d'Inde existent et viennent bien de quelque part. La plupart des textes, bien que se contredisant, donnent un même nom et une époque : au XVIème siècle, vers 1560, un Européen répondant au nom de Jean Philippe de Bourbon se mit au service du Grand Moghol, Akbar. Militaire de génie, il devint un conseiller écouté de l'empereur et épousa une Portugaise, Julia, sœur de l’épouse chrétienne d'Akbar, Maria. Ils eurent deux enfants, dont l'aîné, Saviel, est l'ancêtre des Bourbons que Michel de Grèce rencontra à Bhopal en 2005.
    Dans son roman, exotique et dépaysant, qui pourrait presque se lire comme une enquête ou un carnet de bord, c'est l'existence d'un aventurier qui est racontée : entre Europe et Orient, l'histoire riche et pleine de rebondissements de Jean se déroule sous nos yeux. Élevé en Italie puis fait prisonnier par des marchands d'esclaves, il échoue un temps en Égypte avant de séjourner en Éthiopie, le plus vieux royaume chrétien. De là, Jean avec l'aide des Portugais combattant auprès des Éthiopiens, passe en Inde, où il découvre un pays étrange, mosaïque de peuples et de petits états à la stabilité politique vacillante. L'Inde est déjà un pays de comptoirs, où sont représentés les Européens et notamment les Portugais, dont les missionnaires jésuites répandent la bonne parole à ces peuplades musulmanes, hindouistes ou encore bouddhistes mais considérées comme païennes par les chrétiens. Jean y deviendra le conseiller très écouté du Grand Moghol, y mourra, y sera enterré. Il ne reviendra jamais en France et les actuels Bourbons d'Inde sont hindous et uniquement hindous.
    J'ai parfois eu l'impression de lire un conte des Milles et une nuits, dans un Orient grandiose, fantasmé, rêve des Européens à cette époque, qui découvrent un mode de vie radicalement éloigné du leur : pays écrasés de soleil, coutumes étranges, architectures et nourritures surprenantes, pays regorgeant de richesses - épices, tissus, pierres précieuses.
    Comme pour Le Vol du Régent, j'ai eu du mal avec le début du roman : les chapitres étaient très courts et cela donnait un rythme un peu trop rapide, un peu trop saccadé au roman. Par moments, j'aurais voulu que l'auteur s'attarde plus, qu'il nous donne plus de détails et notamment, plus de repères : l'absence de dates précises m'a manqué parfois.
    Je crois que j'ai été moins séduite par ce roman que par Le Vol du Régent, un très bon roman historique, très complet. Cependant, j'ai été éminemment intéressée par l'histoire personnelle de ce rajah aux origines françaises et royales. J'ai hésité tout au long de ma lecture, je n'ai pas réussi à me forger une véritable opinion. Pour moi, ceci dit, Jean de Bourbon, s'il a existé, n'était peut-être pas exactement celui pour qui on a voulu le faire passer. François Ier aurait-il laissé en vie un héritier d'un traître et qui plus est en possession de l'un des plus importants apanages du royaume ? Certes, on peut avancer que cet enfant aurait pu naître et présenté comme mort avant d'être discrètement emmené ailleurs. Pour autant, j'ai du mal à croire à la thèse du connétable même si au fond, elle est plausible. Ensuite, qu'un membre de la maison de Bourbon ait quitté la France, puis ait échoué en Inde après bien des épreuves... pourquoi pas, ai-je envie de dire ? Qu'est-ce qui nous permet aujourd'hui de toute façon de confirmer ou infirmer telle ou telle assertion ?
    Cette histoire est en tous cas merveilleuse, merveilleuse dans le sens où elle fait rêver et exerce notre imaginaire. Très vite, j'ai eu envie d'y croire me dire que, peut-être, Louis XIV, s'il n'a pas eu de frère jumeau, a peut-être eu dans ce pays si lointain qu'était alors l'Inde, des cousins, des cousins probablement d'ailleurs plus proche en parenté de saint Louis que lui-même. Pourquoi pas ? Peut-on tout connaître d'une famille, surtout celle des Bourbons, très vaste, aux nombreuses ramifications et, à plus forte raison, à une époque si lointaine ?
    Le Rajah Bourbon est un roman que j'ai pris grand plaisir à découvrir, même si je l'ai moins aimé que mon premier Michel de Grèce, que j'avais trouvé plus riche et complet et plus enlevé, surtout. Entre roman historique pur et enquête, Le Rajah Bourbon est un roman qu'il est difficile de situer dans une case. Pour autant, je ne doute pas qu'il saura intéresser les amateurs du genre et tout lecteur un tant soit peu curieux.
    Je recommande

    En Bref :

    Les + : une intrigue surprenante et intéressante, bien traitée par l'auteur, entre récit historique, conte oriental et enquête. 
    Les - : quelques passages qui s'essoufflent...


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  • Commentaires

    1
    Mardi 29 Mai à 17:07

    je ne connais pas du tout, mais tu donnes envie de découvrir l'auteur. merci pour ton billet éclairé! ;)

      • Mardi 29 Mai à 18:20

        Oh merci à toi pour ton compliment surtout ! yes Je crois que ce roman n'est pas très connu... personnellement, je ne l'ai découvert que cet hiver et je ne connaissais absolument pas l'histoire traitée dans ce roman ! Un rajah bourbon ? J'étais vraiment super étonnée ! happy Michel de Grèce se livre à une très bonne reconstitution historique et même si j'ai préféré Le Vol du Régent, j'ai trouvé cette lecture vraiment enrichissante. ^^ 

        Merci pour ton passage ici ! yes

         

    2
    Mardi 3 Juillet à 07:55

    Le titre met côte à côte deux termes qui renvoient a priori à des univers très différents, et c'est ce qui m'intrigue ! Ce ne sera pas un livre de vérité historique mais j'ai bien envie de me lancer dans cette "enquête". En plus, pour ma part, je n'ai encore jamais lu de Michel de Grèce alors cela tombe bien :-)

      • Mardi 3 Juillet à 10:33

        Oui, c'est exactement ça ! La famille de Bourbon est intimement liée à l'Histoire de France et on ne l'imagine nullement s'exporter, à plus forte raison en Inde ! ^^ Et pourtant... 

        Il existe bien une famille de Bourbon à Bhopal, une famille que Michel de Grèce a bien rencontrée lors d'un voyage là-bas dans les années 1990. Après, il est vrai que, partant de ce postulat, l'auteur a brodé, faisant de l'ancêtre de cette famille indienne un fils caché du connétable de Bourbon : historiquement, rien ne nous permet de prouver que Charles de Bourbon a eu des enfants illégitimes et surtout, aucun de ses enfants légitimes n'a passé le cap des deux ans. Son fils aîné est mort à cet âge-là, je crois et il eut ensuite des jumeaux qui sont morts bébés. Mais le roman est vraiment intéressant et nous fait voyager. ^^ L'Egypte, l'Ethiopie, l'Inde... J'ai retrouvé du Marek Halter, parfois, du Laurent Gaudé aussi (l'Ethiopie du XVIème siècle ressemble tellement à cette Afrique imaginaire au centre de La Mort du Roi Tsongor cool) ! ! Et surtout, il n'est pas besoin de comparer le style de Michel de Grèce à celui d'autres auteurs pour lui trouver du talent : c'est un très bon conteur. J'avoue que j'ai préféré Le Vol du Régent, peut-être aussi parce que ce roman se passait à une époque qui me passionne un peu plus. Mais Le Rajah Bourbon est un livre intrigant et qui a le mérite d'être extrêmement dépaysant. 

        Je sais que tu aimes l'Histoire et je te le conseille vivement ! ! yes Cela m'a fait plaisir de te revoir par ici, j'espère que tu vas bien ? 

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