• Mademoiselle Chon du Barry ou les surprises du destin ; Frédéric Lenormand

    « J'eus quinze ans. On me dit que j'étais laide. Je pensai que cela n'avait guère d'importance dans ce trou de province où j'étais destinée à mener une vie de jeune fille pauvre. J'ignorais que cette disgrâce, justement, ferait un jour ma fortune, et combien seraient nombreuses les personnes appelées à les commenter. »

    Mademoiselle Chon du Barry ou les surprises du destin ; Frédéric Lenormand

     

    Publié en 2014

    Auto-édition

    147 pages

    Résumé :

    Comment réussir quand on est pauvre et laide dans un monde où rien ne se fait hors du plaisir et de l’argent ? Frédéric Lenormand raconte les aventures picaresques et enlevées de Chon du Barry, belle-sœur de la favorite de Louis XV, depuis la cour de Versailles jusqu’aux tempêtes de la Révolution. Bien vu, aussi rigoureux que léger, ce joyeux divertissement ressuscite avec allégresse la société insouciante du XVIIIe siècle à travers le regard incisif d’une aventurière de salon.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    Quelle bonne idée d'aborder un grand personnage et sa notoriété, au travers du destin de l'un de ses proches, condamné à rester dans l'ombre, me suis-je dit en lisant le résumé de ce roman !
    Je voulais découvrir l'oeuvre de Frédéric Lenormand à travers sa fameuse saga Voltaire enquête, au final, ce sera avec ce roman et je ne le regrette pas.
    Les lecteurs qui me suivent depuis un moment savent mon amour inconditionnel pour le XVIIIème siècle. Je ne pourrais vous dire ce qui me passionne autant, mais voilà... j'adore cette période de notre Histoire, alors vous comprenez bien que mon intérêt a été forcément été attrapé quand j'ai vu passer ce bouquin ! Frédéric Lenormand est en plus un auteur que je voulais découvrir, donc il était presque obligé que j'ajoute ce roman à ma PAL.
    Après l'y avoir fait dormir pendant près d'un an, je n'ai qu'un regret : c'est de ne pas l'en avoir sorti plus tôt. Enfin, non, j'ai deux regrets en fait : maintenant que j'ai terminé cette lecture, j'aurais aimé qu'elle dure plus !
    Vous l'aurez compris, j'ai été extrêmement satisfaite par cette lecture. Honnêtement, je ne m'attendais pas à ça. Mais j'ai tout aimé dans ce bouquin, du début jusqu'à la fin.
    Déjà, de quoi parle-t-il ? Si vous lisez attentivement le titre, vous allez y lire un nom connu : du Barry. Autrement dit, le nom de celle qu'on surnomma la Sultane et qui fut la dernière passion charnelle sinon le dernier amour, de Louis XV : Jeanne Bécu, comtesse du Barry.
    Mais ce qu'on oublie souvent, c'est que son nom, factice peut-être, mais nom quand même, fut aussi celui de son mari et de sa belle-famille, à commencer par sa belle-sœur, Chon, qui sera sa dame de compagnie -d'aucuns diraient son âme damnée- et sa confidente.
    Le monde n'aurait pu créer deux femmes aussi dissemblables et pourtant, la force des choses va les accorder.
    La future belle-sœur de la Du Barry, née Françoise-Claire voit le jour entre 1730 et 1734, près de Toulouse. Son véritable nom est Dubarry, un nom que l'on retrouve dans la région de Toulouse dès la fin du Moyen Âge. Sa famille, si elle n'est pas des plus modestes, ne fait pas partie non plus des grands noms de France. Laide mais intelligente, Françoise, surnommée Chon, s'est résignée à un destin sans éclat de vieille fille de province. C'était sans compter sur son frère Jean-Baptiste, installé à Paris et qui vit d'affaires louches. En cette fin des années 1760, le souteneur entretient une jolie prise, la jeune Jeanne Bécu, petite bâtarde lorraine, dont on murmure qu' elle est fille de moine. Ravissante, mais un peu idiote, la jeune femme, âgée de vingt-cinq ans, a déjà beaucoup d'expérience et notamment des amours tarifées. Mais voilà que Jean-Baptiste est approché par Lebel, valet de Louis XV, pour faire de Jeanne la nouvelle favorite. En effet le roi, vieillissant, est seul, depuis la mort en 1764 de son ancienne amante et amie nécessaire, Madame de Pompadour. L'âge n'a cependant pas estompé les ardeurs du souverain et le voilà qui s'entiche de cette belle jeune femme toute fraîche et qui le divertit par sa spontanéité et sa naïveté, qui confine parfois un peu à la bêtise.

    Jeanne Bécu, comtesse du Barry (1743-1793), dernière favorite de Louis XV


    Avant de devenir favorite du roi, Jeanne a contracté un mariage blanc avec Guillaume, le frère de Jean-Baptiste et devient, par une entourloupe de haut vol, comtesse. Elle se voit flanquée de leur sœur, Chon, qui joue auprès de la nouvelle favorite le rôle de conseillère occulte en quelque sorte (  «Je restai. Je restai comme gardienne de vache, comme fille publique, comme fausse noble, chargée de tous ces mots mauvais rôles que l'on m'avait donnés. Je restai comme une pauvre âme qui n'avait nulle part où aller. » ). Nous sommes en 1769, les deux femmes ont près de dix ans d'écart, deux personnes n'ont jamais été aussi éloignées l'une de l'autre qu'elles deux mais, plongées dans le monde venimeux et décadent de la Cour de Louis XV, Jeanne et Chon vont devoir se soutenir pour s'en sortir sans trop de dommages et affronter les langues aiguisées des courtisans qui les dédaignent.
    Moins vulgaire que ce que les pamphlets ont bien voulu dire, plus inexpérimentée qu'on ne pourrait le croire, Jeanne du Barry apparaît sous un jour authentique mais relativement éloigné de l'image véhiculée depuis le XVIIIème siècle, image qui tend d'ailleurs à se nuancer chez les historiens d'aujourd'hui.
    J'ai aimé le parti-pris de l'auteur : choisir Chon comme héroïne à la place de Jeanne est intéressant et très bien trouvé. Chon n'a peut-être rien pour elle, physiquement parlant, mais son intelligence et son esprit caustique m'ont plu aussitôt. Chon est un personnage atypique, un héros de roman auquel on ne s'attend pas et pourtant, ça fonctionne très bien : elle nous change des héroïnes trop belles et trop lisses, qui peuvent en devenir parfois un peu lassantes, à force d'être prévisibles !
    Frédéric Lenormand lui prête une plume acérée et précise qui a fini de me séduire : il est sûr que le style, très imagé, de Chon, est aussi imaginaire et absolument pas XVIIIème, mais qu'importe ? J'ai littéralement adoré la manière de raconter de l'auteur et j'espère retrouver ce mélange d'humour et de maîtrise dans Voltaire enquête, parce que j'ai vraiment savouré chaque mot de ce roman.
    Sous nos yeux défile le siècle et les années, les courtisans gangrenés par l'ambition et une quête effrénée de la reconnaissance, la décadence d'une monarchie agonisante et qui vacille déjà sur ses bases.
    Puis ce sont les horreurs de la Révolution, la mort de Jeanne, la prison, la survivance de Chon, qui meurt, vers soixante-quinze ans, en 1809 et connaît donc le nouveau siècle. Chon qui, sur ses vieux jours, prend la plume pour nous raconter sa vie et immortaliser le passage de sa belle-sœur, joli météore, à Versailles, où, après la mort de Louis XV, on se hâta de l'oublier et de la refouler dans les limbes.
    Le portrait que Frédéric Lenormand, au travers de ces faux mémoires de Chon du Barry, nous livre un portrait de la favorite qui m'a plu et m'a semblé relativement conforme à l'image que j'ai moi-même de Jeanne, qui était certainement plus une ravissante idiote manipulée par les circonstances et l'ambition de ses protecteurs, qu'une dangereuse intrigante, vulgaire et envahissante.
    La véritable intrigante du duo était assurément Chon, qui mit son intelligence et sa ruse au service de sa belle-sœur. Mais, elle aussi ne fut finalement qu'une victime de l'ambition de ses frères, tirée de sa retraite provinciale pour aller se faire haïr à Versailles puis y risquer sa vie... Cruauté des temps, cruauté des hommes...
    Mademoiselle Chon du Barry ou les Surprises du Destin est un bon roman, qui parvient à faire vivre sous nos yeux une époque révolue. Sans forcément en réemployer la langue, Frédéric Lenormand nous offre ici un vrai roman historique, efficace et cohérent. Un vrai moment de lecture aussi, parce que son style est juste un plaisir à découvrir. J'aime les mots et quand on me les assemble avec tant de finesse, je ne peux que valider.
    Ce roman était trop court, vraiment. J'en ai tourné la dernière page à contrecœur. J'ai aimé découvrir Jeanne du Barry, au travers du regard de Chon, trop intelligente pour la jalouser mais trop fine pour ne pas la mépriser. Et surtout, je me suis attachée à cette héroïne, qui, en apparence n'a rien pour elle mais s'avère être, au milieu de ces courtisans veules, une femme d'exception, philosophe et suffisamment critique envers la royauté pour en saisir toute l'agonisante complexité ( « [...] elle était à la fois en retard, mal élevée, idiote et prétentieuse, elle avait tout ce qui faisait le charme des vrais nobles. » ).
    Je conseillerais ce roman à tous les amoureux d'Histoire et plus précisément à ceux qui, comme moi, ont une passion pour le XVIIIème.

    En Bref :

    Les + : un parti-pris intéressant et un style parfait qui a su me séduire. 
    Les - : Aucun. Ce roman est un coup de cœur. 

     

    Mademoiselle Chon du Barry ou les surprises du destin ; Frédéric Lenormand

    Bingo littéraire du printemps

     

     

    Coup de cœur 

     

     


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  • Commentaires

    1
    Mardi 16 Mai à 12:23
    Cellardoor

    Merci pour la découverte ! Ta critique m'intrigue et me donne vraiment vraiment envie de le découvrir.  J'ai vu qu'il existait en ebook et je vais me l'acheter pour mes vacances de cet été ! :) Non pas que je sois fan de livres numériques mais bon, dans certains contextes je n'ai pas le choix et je suis certaine que j'apprécierai cette lecture le temps d'un voyage en avion ! A moins que je craque et ne le lise avant ! ^^

      • Mardi 16 Mai à 15:11

        De rien,  Cellardoor ! J'espère que tu aimeras, en tous cas ! Je pense que ce sera le cas, nous avons des goûts relativement semblables. happy J'ai vraiment aimé la manière dont l'auteur aborde son histoire. Le livre est court, c'est presque une nouvelle, du coup c'est vrai que c'est une lecture idéale en vacances ou bien pendant le voyage : voilà de quoi occuper utilement son temps. yes D'autant plus que la compagnie de Jeanne et Chon est assez sympathique. 

    2
    Jeudi 6 Juillet à 10:51

    Ravie que cette lecture ait été un coup de <3 pour toi ! Alors, évidemment, tu devines ce que je vais dire. Aimant aussi le XVIIIe siècle, je ne passerai certainement pas à côté de ce roman. Je connais l'auteur juste de nom mais j'ai très envie de découvrir sa plume. Sa série, Voltaire enquête, me tente aussi beaucoup 

      • Jeudi 6 Juillet à 10:58

        Je pensais aussi démarrer avec Voltaire Enquête ! happy J'ai d'ailleurs le premier tome, La Baronne Meurt à Cinq Heures (j'adore ce titre wink2) dans ma PAL et puis finalement, c'est Mademoiselle Chon du Barry qui s'est imposé à moi. Quelle belle découverte ! Le style n'est clairement pas d'époque, mais je l'ai trouvé fin et racé, j'ai été séduite. Je sais que des lecteurs n'ont pas été emballés par la façon dont Frédéric Lenormand écrit, pour ma part, ça n'a pas été du tout le cas, bien au contraire ! 

        Quant au reste, eh bien, tout y est. Je ne peux que te conseiller ce roman ! Le fait que l'histoire soit racontée du point de vue de Françoise du Barry, surnommée Chon, m'a beaucoup plu. Cette femme est en quelque sorte l'antithèse de sa belle-soeur : aussi laide que Jeanne est belle, aussi intelligente que la comtesse peut s'avérer sotte, elle sera son soutien et, parfois peut-être, sa conseillère occulte, son âme damnée, si on peut dire. Pour autant, on s'attache aux deux personnages féminins qui, à leur échelle, ont toutes deux été le jouet des hommes et ont été manipulées à l'envi par eux pour servir leurs intérêts et leurs désirs. 

        Une belle lecture qui, je suis sûre, saura te séduire ! ^^

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