• Mademoiselle ; Jacqueline Duchêne

    « A force de trop sentir, on ne sent plus rien. »

     

     

     

     

       Publié en 1999

      Editions JC Lattès

      240 pages 

     

     

     

     

     

     

    Résumé :

    C'était la princesse la plus titrée et la plus fortunée d'Europe. Petite-fille d'Henri IV, fille de Gaston d'Orléans, cousine de Louis XIV, Anne-Louise duchesse de Montpensier avait à ses pieds les splendeurs du monde entier. 
    Et pourtant...
    Elle voulut tout. Elle voulut trop. Gagner l'estime de son père, le cœur de son roi ou l'amour d'un grand prince. Pendant la Fronde, elle prit parti contre Mazarin, s'empara -telle Jeanne d'Arc- d'Orléans, fit tonner les canons de la Bastille. Mais tant de passion et d'énergie finirent par se retourner contre elle. On ne lui pardonna pas ses exploits. Elle aime au point d'effrayer ceux qu'elle aimait. On l'exile et lorsqu'elle s'éprit follement d'Antoine de Lauzun, on lui refusa ce dernier bonheur. 

    Alors, avec rage, elle prit la plume et rédigea ses Mémoires pour dessiner avec brio et mordant une chronique de ce grand siècle aux contrastes si violents. 

    C'est autour de cette femme, à partir de ces Ecrits, que Jacqueline Duchêne a construit son roman : un destin extraordinairement flamboyant qu'elle fait vivre en reconstituant avec précision les mœurs et les coutumes de l'époque. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    On l'appelle Mademoiselle ou encore, la Grande Mademoiselle, surnom sous lequel l'Histoire l'a retenue. Elle, c'est Anne-Marie-Louise d'Orléans, la fille aînée de Gaston d'Orléans et de la richissime Marie de Bourbon, sa première épouse, duchesse de Montpensier, héritière d'une fortune fabuleuse qu'elle léguera à son unique fille.
    Mademoiselle est la fille de Monsieur, frère du roi. Orpheline de mère dès la naissance puisque Marie de Bourbon meurt en couches, elle passera ses premières années dans le giron de Louis XIII et Anne d'Autriche, ses oncle et tante : encore stérile et se désolant d'avoir des enfants à lui, le couple royal entoure d'affection la petite fille délaissée par un père trop occupé à comploter et qui, bientôt, lui préférera sa seconde épouse, une princesse étrangère de Lorraine et les filles que celle-ci lui donnera.
    Unique cousine germaine de Louis XIV du côté français, Anne-Marie-Louise a onze ans de plus que lui. Connue pour avoir été Frondeuse, à l'instar de sa cousine Madame de Longueville ou du frère de cette dernière, le prince de Condé, ses faits d'armes sont encore racontés aujourd'hui et sont dignes d'Alexandre Dumas : elle a fait ouvrir les portes de la ville d'Orléans, telle une Jeanne d'Arc moderne. Puis, en pleine Fronde des princes, devançant son père, éternel indécis, elle s'est portée à la Bastille d'où elle a fait tirer les canons sur les troupes royales pour protéger celles de Condé.
    Mais ce qu'on sait moins, c'est qu'Anne-Marie-Louise d'Orléans, duchesse de Montpensier, fut une éternelle malheureuse. Déceptions et désillusions émaillent une vie riche tout en étant pauvre et qui s'éteint définitivement en 1693, dans l'amertume de ne s'être jamais mariée et d'avoir été manipulée. Bercée pendant ses jeunes années par l'idée d'épouser un jour le petit Louis, né en 1638, elle doit céder sa place à une infante inconnue (une autre cousine), pour sceller la paix avec l'Espagne. Prenant fait et cause avec les frondeurs, contre Mazarin, elle se met à dos la reine Anne d'Autriche et connaîtra même un long exil loin de la Cour, à Saint-Fargeau en Bourgogne. Manipulée, aimée et respectée pour sa fortune et les largesses qu'elle est susceptible de dispenser, courtisée par de bons partis qui finiront tous par se dérober, à commencer par son cousin le roi Charles II d'Angleterre, Mademoiselle tombe amoureuse sur le tard d'un cadet gascon laid mais roué et au charisme certain, faisant tomber toutes les femmes dans ses rets : cet homme, c'est Lauzun, qui la traitera aussi mal qu'elle l'aimera. Entichée de lui au point de demander à son cousin le roi Louis XIV l'autorisation de se marier avec lui -autorisation qui lui sera accordée puis retirée-, elle verra avec désespoir son amant partir pour la forteresse de Pignerol puis différentes prisons dont il ne sortira que pour la maltraiter, lui reprochant avec ingratitude de n'avoir jamais rien fait pour lui.
    Le destin de Mademoiselle est grandiloquent, romanesque et, en même temps, infiniment triste et solitaire. Trop riche pour trouver un parti à sa mesure et pour pouvoir se marier selon son cœur, la fille aînée de Gaston d'Orléans chemine dans la vie comme une Amazone : on en garde l'image d'une vieille fille un peu flétrie et aigrie par une vie qui ne lui a pas fait de cadeaux. Une femme un peu hors normes, en dehors des codes de son époque où une princesse devait se marier.
    Née à la fin des années 1627, morte presque à l'aube du XVIIIème siècle, sans mari, sans enfants, dépouillée de son héritage par la rapacité de Mme de Montespan, qui manœuvrera habilement pour que l'argent et les terres de la cousine riche revienne à son fils préféré, le duc du Maine, elle verra le petit Louis, chassé de Paris par les frondeurs, devenir le puissant roi de gloire que l'on connaît encore, mettant à genoux sa noblesse et la tenant en coupe réglée. Mademoiselle n'en restera pas moins rebelle dans l'âme : son combat pour imposer l'homme qu'elle aimait, peu importe son rang, en est bien la preuve.
    Encore une fois, Jacqueline Duchêne brosse le portrait d'une grande figure du Grand Siècle. Après Madame l'Etrangère, consacré à la Palatine, seconde épouse du frère de Louis XIV, Philippe et La Dame de Vaugirard, qui a pour héroïne la fameuse Madame de La Fayette ainsi que La Femme du Roi-Soleil, dédié à Marie-Thérèse d'Autriche, voilà que la romancière et historienne s'intéresse à un autre personnage féminin qui a marqué son temps pour bien des raisons.

    Portrait d'Anne-Marie-Louise d'Orléans, duchesse de Montpensier, dite Mademoiselle, par Louis Ferdinand Elle l'Aîné (XVIIème siècle)


    J'ai toujours eu une certaine affection pour cette Grande Mademoiselle que l'Histoire se plaît volontiers à égratigner. Parce qu'elle est femme ? Peut-être. Parce qu'elle est rebelle et ne rentre dans aucun moule ? Certainement aussi. Anne-Marie-Louise d'Orléans est une femme à part, ni un modèle, ni une antithèse non plus. Son destin fait sens au XVIIème siècle et, en même temps, elle est étonnamment moderne. Pour moi, on est injuste avec cette femme pour qui sa trop grande fortune sera la croix de toute une vie, la coupant de ses contemporains. Suscitant la jalousie et la convoitise, on s'émeut du fait que cette adolescente, puis jeune femme, délaissée par un père versatile et irrésolu puis par une tante déçue, ne trouvera jamais nulle part aucun réconfort. Aimée et trahie, donnant avec largesse et naïveté ce qu'on lui extorque en fait avec la pire des perfidies...devant nous se déroule le portrait d'une femme qui cherchera toute sa vie une reconnaissance sincère, une reconnaissance humaine, en dehors des titres, de l'argent, du rang. Son amour flamboyant pour Lauzun qui la met plus bas que terre, elle, la petite-fille d'Henri IV, en est bien la preuve pitoyable. On a envie de la prendre dans nos bras, cette Anne-Marie-Louise d'Orléans, tellement naïve à force de vouloir casser un peu la solitude terrible dans laquelle elle vit et qui, elle le sait à mesure que les années passent, sera irrémédiable.
    Par certains aspects, le destin de Mademoiselle est aussi grandiose que pathétique et l'historienne Jacqueline Duchêne décrit bien cela dans son roman. En ne laissant jamais la grande Histoire de côté, elle fait la part belle, cela dit, à l'histoire personnelle. Ces femmes qui ont eu, par la naissance ou par le mariage, parfois par les deux, des destinées fabuleuses n'en sont pas moins des êtres humains comme les autres, avec des joies, des peines, des qualités et des défauts. Mademoiselle, au-delà de sa naissance, n'eut pas une belle vie et ne fut jamais heureuse, preuve, s'il en est, que l'argent ne fait pas le bonheur.
    Le XVIIème siècle de Louis XIV ne fut pas tendre pour les femmes : la reine Marie-Thérèse ne fut jamais qu'une ombre pâle dans le sillage de son soleil de mari, Mademoiselle fut sacrifiée à la raison d'Etat et à la gloire de son cousin germain préparant d'une main de maître un règne qui resterait dans les annales comme l'un des plus fantastiques, voire le plus fantastique de l'Histoire de France. Il sacrifia aussi ses filles, ses brus, à sa propre grandeur. Mademoiselle ne fut pas la dernière, ni la première. Il n'empêche que son destin émouvant et que cette femme qui toute sa vie ne chercha qu'à se faire aimer est touchante. Elle nous parle au-delà des siècles parce que, au fond, ses aspirations ne sont-elles pas les nôtres aussi ?

    En Bref :

    Les + : en alliant politique, Histoire et histoire personnelle, Jacqueline Duchêne dresse le portrait nuancé d'une princesse à la personnalité complexe et hors normes. 
    Les - : 
    Aucun ! C'est toujours aussi passionnant. 


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  • Commentaires

    1
    Samedi 15 Août à 14:12

    Je ne connais pas bien l'histoire de la Grande Mademoiselle, mas je vais ajouter ce livre dans ma longue liste de romans à découvrir. Comme toujours, tu parles vraiment bien de ces personnages historiques délaissés mais au destin hors norme. L'argent ne fait pas le bonheur, c'est certain, surtout quand on se retrouve comme un pion au milieu d'un échiquier. Rien qu'en lisant ta chronique j'ai de la peine pour cette femme qui n'a pas eu la chance de vivre la vie qu'elle voulait.

      • Lundi 17 Août à 20:28

        J'ai trouvé que le personnage apparaissait comme infiniment touchant sous la plume de Jacqueline Duchêne, qui l'a bien cerné. On sent tout l'intérêt de l'auteure, qui est historienne, pour son objet d'études. Elle n'a pas fait qu'écrire une biographie, c'est chaleureux, on la sent proche de Mademoiselle, on sent que l'auteure a essayé de la comprendre et c'est vraiment ce que j'ai aimé dans ce roman. 

        La vie de cette femme a été une longue suite de déceptions et d'intérêts divers motivés par de mauvaises raisons : il n'y a qu'à voir la manière dont elle a été traitée par le duc de Lauzun, qui ne voyait en elle qu'un moyen de s'élever et de s'enrichir alors qu'elle-même en a été follement amoureuse. C'est tellement triste et pathétique...La pauvre... ce roman m'a beaucoup peinée par instants, j'ai senti beaucoup de compassion pour elle et puis, à d'autres moments j'ai eu l'impression de lire un destin romanesque, tout droit sorti des oeuvres de Dumas ! Vraiment, si on peut dire une chose de la Grande Mademoiselle, c'est qu'elle a eu un destin hors normes ! 

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