• Mémoires d'Outre-Tombe, livres XIII à XXIV ; François-René de Chateaubriand

    « Mes années sont mes secrétaires ; quand l'une d'entre elles vient à mourir, elle passe la plume à sa puînée, et je continue de dicter ; comme elles sont sœurs, elles ont à peu près la même main.  »

    Mémoires d'Outre-Tombe, livres XIII à XXIV ; François-René de Chateaubriand

     

    Publié en 2001

    Date de publication originale : 1849

    Editions Le Livre de Poche (collection Les Classiques de Poche)

    798 pages

    Deuxième tome des Mémoires d'Outre-Tombe

    Résumé : 

    Le temps du Consulat et de l'Empire qui couve cette deuxième partie des Mémoires, Chateaubriand le définissait comme celui de sa carrière d'écrivain. Et ce sont en effet de belles années de fécondité littéraire, puisque alors s'écrivent Atala, le Génie du Christianisme et Les Martyrs. Mais comme toujours s'entrecroisent l'histoire privée et l'histoire publique que les deuils ici réunissent : en 1803, la mort de Pauline de Beaumont à Rome dans les bras de l'écrivain-diplomate, et, en 1804, l'assassinat du duc d'Enghien qui entraîne la rupture avec Napoléon. Un empereur détesté, et pourtant assez admiré pour que la seconde partie de ce volume en retrace longuement la vie et que sa disparition contresigne la fin d'un monde : « Pourquoi ai-je survécu au siècle et aux hommes à qui j'appartenais par la date de ma vie ? Pourquoi ne suis-je pas tombé avec mes contemporains, les derniers d'une race épuisée ? Pourquoi suis-je demeuré seul à chercher leurs os dans les ténèbres et la poussière d'une catacombe remplie ? Je me décourage de durer. »

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    En janvier dernier, après beaucoup d'hésitations, j'ai enfin sorti de ma PAL le premier volume des mémoires de Chateaubriand.
    Au final, j'avais été très agréablement surprise par ce livre et j'avais eu rapidement envie de sortir le deuxième tome des rayonnages de ma bibliothèque. C'est chose faite.
    Ce livre m'a occupée un bon moment et je me suis surprise à lire bien moins rapidement que d'habitude. Je crois que ce rythme un peu plus lent s'imposait de toute manière.
    On ne se plonge pas dans un classique, à plus forte raison, des mémoires, comme dans un roman contemporain. Je crois que ce temps que j'ai pris et m'a donc fait délaisser un peu le reste de ma PAL était nécessaire, afin de bien prendre la mesure de ce livre, très riche. Prendre son temps ne veut pas dire pour autant qu'on le perd.
    Mémoires d'Outre-tombe est une oeuvre majeure de notre paysage littéraire classique, une oeuvre qui traverse les époques mais est encore très lue et très étudiée. Pour moi qui n'ai jamais ouvert un livre de Chateaubriand pendant ma scolarité, il était évident que ces livres feraient un jour partie de ma vie de lectrice. J'ai commencé par hasard par ses mémoires. Cela dit, je n'exclus pas de lire un jour certains de ses romans.
    Dans ce deuxième et avant-dernier volume des mémoires, nous retrouvons les livres XIII à XXIV et nous quittons le XVIIIème siècle pour le XIXème. François-René de Chateaubriand, en ce début des années 1800, n'est plus un émigré. Il a regagné la mère patrie, après avoir passé plusieurs années en Angleterre. Issu d'une famille de la noblesse bretonne, hostile aux idées de la Révolution, il a intégré l'Armée des Princes avant de s'installer en Angleterre, dont il ne rentrera qu'à l'avènement du Consulat, qui marque les dernières années de la Révolution et amorce l'Empire. Si le nom de Chateaubriand est bien vite radié des listes des émigrés, il n'en est pas pour autant un fidèle de Napoléon, dont il n'hésite pas à condamner sévèrement certaines de ses actions dans ses mémoires.
    Dans ce second volume, après s'être attelé dans le premier à la relation de la prime jeunesse, de l'adolescence et de l'entrée dans l'âge adulte -mouvementée pour Chateaubriand puisqu'elle coïncide avec les débuts de la Révolution-, l'auteur évoque pour nous les débuts de sa renommée littéraire et de sa carrière politique, qui démarre à Rome, en 1803, comme secrétaire d'ambassade auprès du cardinal Fesch, oncle maternel de Bonaparte. Carrière politique qui ne cessera ensuite de croître puisque Chateaubriand, sous la Restauration, occupera un siège de ministre et traversa les premières décennies mouvementées, politiquement parlant, du XIXème siècle en étant aux premières loges.
    Ce qui caractérise aussi Chateaubriand, c'est qu'il aima beaucoup voyager et ne s'en priva pas. Ainsi, dans le premier tome des Mémoires d'Outre-tombe, il nous entraînait à sa suite dans les forêts encore sauvages du Canada et de la jeune Amérique. Là, en sa compagnie, nous découvrons, grâce au voyage qu'il entreprit entre 1806 et 1807, dans le bassin méditerranéen et qui l'emmena jusqu'en Terre Sainte, l'aspect de cette partie du globe, avec ses traditions et ses curiosités : lire Chateaubriand, c'est voir se réveiller un monde endormi depuis si longtemps !
    Mais il nous raconte aussi ses périples plus locaux, en terre de France, en Provence par exemple, sur les traces de Laure et de Pétrarque ou encore en Savoie, dans les pas de Rousseau.
    Globe-trotter, Chateaubriand donne parfois à ses mémoires des allures de carnets de voyage, dans la plus pure tradition des grands explorateurs et j'avoue avoir beaucoup aimé cet aspect de son oeuvre.
    Autre aspect de l'oeuvre qui m'a, très vite, sauté aux yeux, c'est l'aspect politique, que j'ai déjà soulevé plus haut. Celle-ci n'était pas absente dans le premier volume, puisque Chateaubriand y raconte la Révolution. Mais ici, c'est la relation d'une politique dont il est acteur à laquelle l'auteur s'attache. Comme Lamartine, Chateaubriand est un drôle d'animal, avec de multiples casquettes, si l'on peut dire. Et le poète, le romancier s'efface, dans ces livres, derrière l'homme politique, accompli ou en devenir. Chateaubriand fait ses armes dans l'opposition, sous l'Empire, puisqu'il n'hésite pas à s'opposer assez franchement à Napoléon. Puis Chateaubriand, pur produit de cette noblesse provinciale attachée aux principes monarchiques, ancien combattant de l'Armée des Princes, anéanti par l'exécution sommaire et allant à la rencontre de toutes les règles de l'honneur du duc d'Enghien, dans les fossés de Vincennes, se montrera un serviteur zélé des Bourbons restaurés. C'est cependant sous l'Empire, un régime qu'il condamne dans ses mémoires, que l'auteur d'Atala et René, devient un politique, au détriment de sa carrière littéraire qui prend fin relativement tôt, au début des années 1810...

    Le Premier Consul traversant le col du Grand Saint-Bernard, par Jacques-Louis David (1801)


    Ce qui m'a aussi beaucoup surprise dans cet opus, c'est que Chateaubriand s'éloigne du principe essentiel des mémoires, qui est de se raconter. Il se fait en quelque sorte historien voire historiographe de l'Empire et des années qui le précèdent. En cela, on fait un bond dans le temps puisque l'auteur délaisse le XIXème siècle pour revenir au XVIIIème ! C'est cependant avec beaucoup de fantaisie et d'approximations que Chateaubriand nous dresse là un portrait de Napoléon et de son temps : lapsus et dates erronées se succèdent, heureusement détrompées par les notes de bas de page ! Mais c'est avec beaucoup de gravité et d'émotion qu'il nous rapporte la mort du duc d'Enghien, certaines pièces du procès et les réactions que cette exécution inique entraîna, avec beaucoup de justesse aussi qu'il juge le bilan de Napoléon Ier : en cela, toutes ses réflexions ne sont pas dénuées de sens et certaines même, sont particulièrement fondées. On peut donc pardonner à Chateaubriand quelques fantaisies chronologiques.
    Ce tour plus général, s'il m'a surprise, ne m'a pas gênée pour autant. Au contraire, on s'éloigne un peu du romantisme et du pessimisme qui caractérisaient les premiers livres des Mémoires et qui peuvent surprendre voire lasser, parce qu'un peu redondants.
    Chateaubriand n'est cependant pas un historien et sa méthode est bien loin d'être parfaite mais on sent chez lui la volonté de rapporter des événements marquants, pas encore très éloignés dans le temps mais qui sont déjà en passe de devenir historiques et incontournables. La relation de cette époque, en bascule entre l'ancienne et la vieille France et qui forge la nation contemporaine donne lieu à de subtils et très justes commentaires, qui ne font d'ailleurs que confirmer l'immense talent de l'auteur. Car si Chateaubriand n'est qu'un piètre historien, il est dans nul doute un grand homme de lettres !
    Justement, venons-en au style. Si vous avez lu ma chronique du premier tome qui contient les livres I à XII, vous avez certainement remarqué que ce qui m'avait énormément plu, c'était justement ce style, inimitable et très personnel, que je ne connaissais absolument pas : style très chaleureux, vivant, mais soigné, émaillé de latinismes, anglicismes, provincialismes et autres néologismes, le style de Chateaubriand est unique !
    C'est bien simple, j'avais presque eu l'impression de lire un roman ! J'ai retrouvé cette sensation dans le deuxième opus, malgré un début qui m'a un peu moins captivée : j'ai donc mis pas mal de temps pour passer les cents premières pages. Ensuite, j'ai enchaîné plus facilement et les chapitres se sont déroulés de façon bien plus fluide, même si l'aspect très général de l'oeuvre, assez opposé à l' idée que je me fais des mémoires, n'a pas laissé de me surprendre !
    Il est vrai que Chateaubriand traverse une époque tellement riche en événements divers qu'il aurait été encore plus surprenant qu'il les passe sous silence : la Révolution, le Consulat, l'Empire puis la Restauration des Bourbons, après les Cent-Jours et Waterloo font aujourd'hui partie des événements fondateurs du XIXème siècle français et de l'époque contemporaine. J'ai aimé les voir au travers des yeux de Chateaubriand. C'est l'homme politique et non plus l'homme de lettres qui écrit, ici. Les événements prennent donc le pas sur la vie personnelle.
    Vous l'aurez certainement compris, loin de me rebuter, cet aspect du livre m'a plu et je ressors de cette lecture aussi enthousiasmée que lors de ma lecture du premier tome ! Chateaubriand est décidément un auteur dont j'apprécie l'univers ainsi que le style littéraire, qui a une vraie qualité, du relief et une personnalité, ce qui est extrêmement important à mon sens.
    Mémoires d'Outre-tombe fait partie de ces classiques qu'on est heureux d'avoir lu au moins une fois dans sa vie, même si, effectivement, ce sont des livres qui peuvent faire peur et dissuader au premier abord. 

    En Bref :

    Les + : des mémoires surtout orientées sur la politique mais particulièrement intéressants et qui éclairent le début du XIXème siècle français d'un jour nouveau ; un style toujours aussi parfait.
    Les - :
      un début un peu lent à démarrer...en d'autres termes, des premiers chapitres un peu difficiles à lire, mais qui laissent heureusement la place à quelque chose de bien plus intéressant par la suite. 

    Mémoires d'Outre-Tombe, livres XIII à XXIV ; François-René de Chateaubriand

    Bingo littéraire du printemps

     


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  • Commentaires

    1
    Samedi 27 Mai à 10:53

    Comme je l'ai dit déjà au premier tome, je les lirai certainement un jour. En attendant d'avoir plus de temps pour m'y consacrer, je compte lire "Atala" et "René" que tu cites (cela fait très longtemps que je dois le faire). Cela me permettra de me faire une première idée de son style :-)

      • Samedi 27 Mai à 19:28

        Atala et René font aussi partie de mes projets mais bon, tu sais ce que c'est : j'ai déjà beaucoup de lectures de prévu ces prochains mois donc ça ne sera sûrement pas pour tout de suite ! yes Il y'a donc de fortes chances pour que tu les lises avant moi ! En ce cas, c'est avec intérêt que je lirai tes impressions ! cool Sinon, pour en revenir aux Mémoires d'Outre-tombe, je pense que c'est une lecture à faire au moins une fois, si on a de l'intérêt pour les classiques ou pour l'Histoire. Tu aimes les deux, je suis donc presque sûre que tu seras comblée... personnellement, le style m'a régalée et j'ai aimé voir l'Histoire au travers du prisme romantique de Chateaubriand, qui raconte son époque avec brio ! Certes, il n'est pas un très bon historien, mais ses mémoires restent des textes à découvrir à mon avis. Moins passionnée par ce tome parce qu'il y est beaucoup question du Premier Empire je n'en ressors, cependant, qu'avec une envie : celle de lire le troisième volume ! ^^

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