• Un amour fou ; Catherine Hermary-Vieille

    « J'ai tout livré de moi, mon corps, ma mémoire, mes rêves d'avenir. Ma chair était sa terre où il venait se reposer, trouver son plaisir, jeter sa semence. Lui en moi, j'étais assouvie, invincible. M'imposer ? Jamais je n'ai su, jamais je n'ai pu. Dans mon palais d'amour, j'étais prisonnière. »

    Couverture Un amour fou

     

     

     

     

         Publié en 2021

      Editions Archipoche

      503 pages 

     

     

     

     

     

    Résumé :

    En 1509, à trente ans, Jeanne de Castille, fille d'Isabelle la Catholique et de Ferdinand d'Aragon, héritière du plus grand empire au monde, est enfermée dans la sombre citadelle de Tordesillas : elle y restera quarante-six ans au secret absolu. 

    Veuve de Philippe le Beau, souverain des Flandres, elle l'a aimé d'un amour fou. Qu'a-t-elle fait pour mériter ce châtiment ? Pourquoi son fils Charles Quint la surveille-t-il si étroitement ? On la dit démente : un prétexte pour la tenir éloignée du pouvoir ? 

    Catherine Hermary-Vieille s'est penchée sur le destin de cette reine d'Espagne, au temps de sa splendeur. Une multitude d'indices lui ont permis de donner une réponse à l'énigme de Tordesillas, un sens à l'existence de cette femme solitaire, amoureuse, abandonnée par son père, trompée par son mari et trahie par son fils en un siècle raffiné et violent : celui de l'Inquisition, de la colonisation des Amériques et de la Reconquista. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Jeanne de Castille a trente ans : elle ne le sait pas encore mais elle va passer les quarante-six années qui lui restent à vivre en captivité dans la forteresse de Tordesillas, où elle mourra en 1555 sans jamais avoir effectivement régné, victime des hommes, son père, son mari, son fils… L’Histoire a retenu une chose de Jeanne, sa « folie ». Ainsi on parle d’elle comme de « Juana la loca » ou Jeanne la Folle. Au mieux, on parle d’elle comme la fille de (Isabelle la Catholique et Ferdinand d’Aragon), l’épouse de (Philippe le Beau) ou la mère de (Charles-Quint) en oubliant que si ce dernier a un jour été à la tête d’un immense empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais, de l’Europe aux Amériques, c’est en partie grâce à sa mère, qu’il a dépouillée de son héritage après son propre père, Ferdinand d’Aragon, qui l’a manipulée à l’envi.
    Tout commence pour elle relativement bien : née en 1479 à Tolède, elle est la fille du couple royal parmi les plus puissants de cette fin de Moyen Âge : Isabelle la Catholique et Ferdinand d’Aragon ont uni leurs deux royaumes et, ensemble, se consacrent à reconquérir les terres espagnoles en les arrachant aux mains des souverains musulmans. Le point d’orgue de cette « Reconquista » étant la prise de Grenade en 1492, à laquelle les enfants du couple royal assistent. Parmi eux, Jeanne, jeune adolescente secrète et débordante d’un amour un peu envahissant, notamment pour son père qui reste au mieux absent voire indifférent.
    En 1496, pour contrer l’influence française en Italie, les Rois Catholiques, après s’être alliés avec le Portugal via leur aînée, Isabelle, décident de marier Jeanne à l’héritier de l’Empereur Maximilien, Philippe dit « le Beau ». Ce mariage donne naissance à l’une des plus puissantes lignées régnantes de l’Europe moderne, les Habsbourg, possesseurs de l’Empire, de l’Espagne, de terres en Italie et surtout de l’Amérique espagnole dont on ramène chaque année des galions chargés d’or et de richesses. Jeanne et Philippe auront six enfants, dont le fameux Charles Quint qui, avec François Ier et Henry VIII, domine la scène politique au XVIème siècle.
    Dans les Flandres, Jeanne découvre une vie bien différente de celle qu’elle a connue en Espagne : loin de la chaleur et des palais de son pays natal, elle s’ennuie. Elle découvre sans intérêt les riches villes flamandes, Malines, Anvers, Bruxelles. La seule chose qui intéresse la jeune femme, c’est son époux, Philippe, un jeune homme sensuel et très beau auquel elle s’accroche immédiatement, d’un amour puissant, étouffant et exclusif. Jeanne est amoureuse de son mari mais surtout, dépendante de lui. Et plutôt que de lui attacher le jeune et trop volage Philippe, cette adoration le repousse. Jeanne tombe alors dans une spirale d’amour nocif et de jalousie qu’elle ne quittera jamais plus…même à la mort de son époux, qui la laisse démunie dans un monde de loups et de rapaces qui ne cherche qu’à manipuler et dépouiller cette femme trop fragile à la santé mentale chancelante. Trahie par tous les hommes de sa famille, de son père à son fils en passant par son époux, Jeanne meurt effectivement dans un état de déchéance physique et morale, oubliée de tous. Qui sait aujourd’hui qu’entre les Rois Catholiques et Charles-Quint, une reine légitime mais sans pouvoir a régné sur la Castille pendant cinquante ans ?
    Un amour fou est un titre particulièrement bien trouvé. On parle souvent avec légèreté d’un « amour fou », d’aimer quelqu’un « à la folie ». Pour Jeanne, malheureusement, c’est la réalité, la réalité de toute une vie et le point de départ d’une véritable descente aux Enfers.

    Illustration.

    Portrait de Jeanne de Castille par Jean de Flandres


    Étrangement, Jeanne n’est pas forcément attachante mais plutôt désarmante. On comprend sa détresse, sa solitude mais elle peut aussi parfois se montrer dure et cassante et déroute le lecteur. On découvre une jeune femme instable, que l’on prendrait peut-être en charge aujourd’hui mais qui, à l’époque, est taxée arbitrairement de folie parce que la médecine n’en sait pas plus et parce qu’on est démuni devant ces affections psychiques qui ne se manifestent pas toujours régulièrement et pas toujours pareil. Détentrice d’un pouvoir qui la dépasse mais suscite la convoitise de plus âpres au gain qu’elle, elle sera manipulée sans vergogne, son entourage ne cessant de jouer double jeu avec elle et de l’orienter selon les ambitions de chacun. Certes, Jeanne, drapée dans sa froideur, suscite peu d’empathie. Mais on ne peut pas rester sans pitié non plus, surtout devant l’amour sans bornes et si mal récompensé qu’elle nourrit, pour Ferdinand d’Aragon comme pour Philippe le Beau, aussi agréable physiquement qu’il peut être vain et superficiel.
    Et pourtant, on lit comme en apnée ce roman qui retrace un destin qui avait tout pour être flamboyant et ne sera finalement que vallée de douleurs et de larmes, de déceptions remâchées et de coups du sort.
    Catherine Hermary-Vieille signe ici un roman historique dense et bien documenté. J’ai retrouvé ce style que j’avais aimé dans La Marquise des Ombres, dans Les dames de Brières. L’Histoire, sous sa plume, devient accessible et ses personnages, familiers. J’ai aimé ce voyage dans le temps mais surtout dans des espaces dont on n’a pas forcément l’habitude : les Flandres, l’Espagne des Rois Catholiques, encore alanguie dans les beautés orientales. Je me suis sentie bien dans cette intrigue et j’ai trouvé que l’auteure s’était approprié avec habileté l’époque pour la transformer en récit romancé mais solide en même temps.
    Ce roman n’a rien à envier aux grandes fresques de Philippa Gregory et surtout, Catherine Hermary-Vieille nous prouve que le roman historique n’a pas eu besoin d’attendre ses grandes prêtresses contemporaines (Gregory, Chadwick, Halls et j’en passe) pour gagner ses lettres de noblesse. Bref, je n’ai pas vu passer les cinq cents et quelques pages de ce roman qui commence déjà à ressembler à une belle brique mais qui ne m’a pas ennuyée une seule minute. Bref, une agréable surprise !

    En Bref :

    Les + : un roman riche et bien documenté qui redonne une voix à une grande oubliée, Jeanne de Castille.
    Les - :
    aucun point négatif à soulever !


    Un amour fou ; Catherine Hermary-Vieille

       Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle


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  • Commentaires

    1
    Dimanche 16 Janvier à 00:13

    Voilà une figure historique qui m'intrigue fortement et dont je ne sais, pour l'heure, encore rien. Un livre que je note !

      • Dimanche 16 Janvier à 10:23

        Je ne me souviens pas du tout de la manière dont j'ai découvert Jeanne de Castille mais je crois que c'est à travers un livre de Juliette Benzoni, Reines tragiques. J'avais trouvé son histoire assez extraordinaire mais plutôt dans le sens négatif : cette jeune femme tellement amoureuse de son mari qu'elle ne peut supporter sa mort, refuse qu'il soit enterré et sombre peu à peu dans la folie. Mais en fait, c'est un peu réducteur : ce que nous montre le roman de Catherine Hermary-Vieille, c'est surtout le jeu du pouvoir qui se fait autour de cette femme inapte à régner et dont le colossal héritage éveille les appétits de plus forts qu'elle, à commencer par son père puis par son mari Philippe le Beau, qui n'hésite pas à la manipuler à ses fins. 

        Bref c'était une chouette lecture, c'est bien écrit, j'ai trouvé que la recherche historique était solide et ciblée. Vraiment pas mal du tout. happy

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