• Une Année Folle ; Sylvie Yvert

    « Il était une fois une histoire vraie, ensemble drame et farce. Une histoire au présent, et sans dates, car intemporelle. L'histoire d'une année de paroxysme politique, à elle seule métaphore du XIXe siècle. Une histoire où la grandeur côtoie la bassesse. »

     

     

     

       Publié en 2020

      Editions Pocket

      368 pages 

     

     

     

     

     

     

    Résumé :

     Entrez dans la danse : une des plus sidérantes années de l'Histoire de France commence. Fraîchement débarqué de l'île d'Elbe, Napoléon déloge Louis XVIII pour remonter sur son trône. Son trône ? Après Waterloo, le voilà à son tour bouté hors des Tuileries. Le roi et l'Empereur se disputent un fauteuil pour deux, chacun jurant d'incarner la liberté, la paix et la légitimité. 
    Sur la scène de ce théâtre méconnu des Cent-Jours, deux couples, fidèles de l'Aigle, sont dans la tourmente. Des héros oubliés liés par un sens de l'honneur et une loyauté hors du commun, qu'ils vont payer cher...
    Au bal du pouvoir, la valse des courtisans bat la mesure face à un peuple médusé. La fable reste intemporelle, enjouée et amorale. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    1815, année héroïque (oui, je sais ma vanne est nulle mais c'est pas grave). Après le triste et tragique destin de la fille de Louis XVI et Marie-Antoinette, Marie-Thérèse Charlotte, raconté dans Mousseline la Sérieuse, Sylvie Yvert s'attelle à l'une des années les plus folles de notre Histoire ! 1815. L'année de Waterloo (morne plaine) mais surtout, l'année du vol de l'Aigle, l'année des Cent-Jours, l'année ou Napoléon, délogé de son trône l'année précédente par Louis XVIII l'en chasse pour se réinstaller aux Tuileries avant d'en être à nouveau délogé à son tour par...Louis XVIII. Vous suivez ? 1815, c'est aussi l'année des retournements de veste, des basses vengeances et des piètres ambitions, des élévations bien peu méritées, de l'injuste épuration et de la criante obséquiosité. 1815 est une année à nulle autre pareille.
    Pour la restituer dans son contexte, 1815 est censée être la première année de la Restauration des Bourbons : l'année précédente, Napoléon Ier, lâché de tous les côtés (même par son épouse l'impératrice Marie-Louise, sommée de rentrer en Autriche avec son fils, le petit roi de Rome âgé de trois ans), a abdiqué. Le vainqueur d'Arcole, Austerlitz, Iéna, Eylau, vient de connaître des campagnes désastreuses et notamment celle, terrible, de Russie en 1812. En 1814, Napoléon Ier se retire et part en exil sur l'île d'Elbe, petit caillou perdu de Méditerranée, non loin de sa Corse natale et des côtes italiennes. A Paris, c'est le retour des Bourbons : Louis XVIII, frère cadet de Louis XVI, ceint enfin la couronne de France.
    Mais, coup de théâtre : au mois de mars 1815, Napoléon quitte l'île d'Elbe et débarque à Golfe-Juan, le 1er mars. Commence alors une marche forcée vers le nord, vers Paris, à travers des villes et des campagnes médusées : tandis que Louis XVIII quitte précipitamment les Tuileries aussi vite que lui permet son piètre état de santé et que les troupes se mutinent, se remettant les unes après les autres au service de l'Empereur, le 20 mars à 21 heures, Napoléon arrive à Paris, accueilli par une foule considérable. Ce que l'on a appelé le vol de l'Aigle est terminé ; c'est le début des Cent-Jours. Cent-Jours qui commencent triomphalement avant de se terminer dans la pire des débâcles. Cette fois, pas de mansuétude, pas de quartier : les Alliés vont se débarrasser purement et simplement du trop embarrassant Ogre de Corse en l'envoyant sur l'île de Sainte-Hélène, où il disparaîtra le 5 mai 1821. En France commence alors une épuration politique où chacun tente de se racheter une conduite et parfois, une conscience. On gratte poliment les abeilles impériales pour faire réapparaître les fleurs de lys royales, Louis XVIII revient aux Tuileries, couchant dans le propre lit de l'usurpateur, pas gêné pour trois sous d'être rassis sur son trône par la force de la coalition européenne. Surtout, les ultras, menés par son frère le comte d'Artois (futur Charles X) hurlent à sa porte comme des chiens déchaînés, réclamant vengeance. Il faudra des boucs émissaires, pour étancher la soif de sang impérial soi-disant de la France mais surtout, des plus intransigeants : c'est dans ce contexte que le prince de la Moskowa, le fameux maréchal Ney, aux côtés de Napoléon à Waterloo, paiera de sa tête sa fidélité. C'est aussi dans ce contexte que les deux héros de Sylvie Yvert, d'abord simplement nommés Charles et Antoine, joueront leurs destins. L'un en sortira presque indemne, après une évasion rocambolesque imaginée par sa femme ; l'autre servira d'exemple, de leçon et sera exécuté à vingt-neuf ans, payant de sa vie sa fidélité à un idéal. 1815 est l'année des reniements et de la punition de ceux qui ne veulent pas s'en détourner. 1815 est décidément une année où tout se joue, un drame mélangé à une farce comme le dit si bien l'auteure.
    Au départ, on ne sait pas qui sont Antoine et Charles. Leurs destins sont déroulés en parallèle l'un de l'autre même si l'on comprend rapidement ce qui les lie : leur adhésion à l'Empire. L'un est de naissance modeste et assiste à la chute de la monarchie et à l'ascension d'un petit général sur lequel on ne parierait pas trois sous mais qui va surprendre tout le monde. L'autre est issu de la noblesse provinciale et naît quelques années seulement avant le début de la Révolution. Il est né dans les derniers feux de l'Ancien Régime mais ne l'a jamais connu. Il fera ses armes sous l'Empire et refusera de reconnaître la Restauration, finalement proclamée par l'étranger en 1814, ce qu'il considère comme une tromperie. La force de sa conviction le forcera à se rallier, en mars 1815 à Napoléon, qu'il n'admire pourtant pas mais qu'il préférera toujours cent fois à un pouvoir fantoche manipulé par une coalition européenne.

    Le retour de Napoleon de l'île d'Elbe en - Charles Baron von Steuben en  reproduction imprimée ou copie peinte à l'huile sur toile

    Le ralliement du 5e d'infanterie de ligne à l'Empereur, le 7 mars 1815 (Charles de Steuben, 1818)


    Antoine et Charles ont, en apparence, des destinées radicalement différentes. Pourtant, en 1815, ils paieront tous les deux leurs fidélités à l'Empire. On le sait, dans les périodes de fortes tensions politiques, des épurations parfois sommaires ont lieu. Il faut des coupables et on les prend où on les trouve, tant pis s'il y'a plus coupables que les coupables. L'un d'entre eux le paiera de sa vie : sa femme, sa famille, ses connaissances ne lui seront finalement d'aucun secours et c'est avec courage et panache qu'il se présentera devant le peloton d'exécution. L'autre verra tomber autour de lui tous les séides de l'Empereur en attendant son tour : il faudra toute la force et l'amour de son épouse pour s'en sortir.
    C'est l'histoire de Charles Angélique François Huchet de La Bédoyère et de Antoine-Marie Chamans, comte de Lavalette que Sylvie Yvert nous raconte ici. Je vous laisse le soin d'aller vous renseigner sur internet pour en découvrir un peu plus sur eux si vous le souhaitez ou alors, lisez le roman, c'est plus simple : d'ailleurs, si je peux me permettre un conseil, je crois qu'il est intéressant de commencer le roman sans rien savoir de ces deux personnages finalement peu connus, en comparaison de tous les autres qui gravitent dans le roman.
    Car c'est véritable la grande Histoire qui prend corps ici. Ce roman est digne d'un péplum, c'est une grande fresque que j'ai pris un grand plaisir à savourer. Ma vision de l'Histoire se rapproche beaucoup de celle de l'auteure, j'ai l'impression et je me suis sentie rapidement en communion avec ce roman, qui m'en a rappelé un autre, excellent au demeurant, que j'ai lu l'année dernière : L’Été des Quatre Rois, de Camille Pascal.
    Dans ce roman, on croise donc tout ce beau monde de 1815, tous les courants politiques : les libéraux, les royalistes bon ton, les ultras, les modérés, les bonapartistes, les jacobins. Dans ce flot de personnages plus ou moins insignifiants, la figure charismatique de Napoléon se détache, d'autant plus criante que son rival n'est qu'un pauvre roi âgé et podagre qui peut à peine marcher. On y croise aussi Joséphine de Beauharnais, la première impératrice, sa fille Hortense, reine de Hollande par son mariage avec Louis Bonaparte, l'un des frères de Napoléon, Fouché et Talleyrand (que Chateaubriand compare avec brio au vice s'appuyant au bras du crime), le roi Louis XVIII donc, son frère le futur Charles X, leur nièce, la pauvre Madame Royale seule survivante du Temple, enfermée dans une tristesse sans nom depuis des années. On y croise aussi des femmes exaltées et des hommes pour qui fidélité n'est pas un vain mot.
    Quand on dit que la réalité dépasse souvent la fiction, c'est vrai : est-ce qu'un romancier aurait pu imaginer une année telle que 1815 ? Il n'y a bien que l'Histoire des hommes capable de concentrer en si peu de temps de tels événements. On qualifierait un roman racontant de tels événements d'être peut-être un peu trop romanesque, justement, peut-être pas très crédible : ils n'en sont donc que plus puissants et plus percutants quand on sait qu'ils ont tous existé et se sont succédé, tourbillonnants, en quelques mois seulement.
    Je ne suis pas spécialement intéressée par l'Histoire du XIXème siècle, c'est peut-être la période historique qui me parle le moins avec l'Antiquité...du moins pour ce qui est des régimes qui se succèdent et des courants politiques qui émergent : j'aime l'Histoire sociale du XIXème siècle mais nettement moins son Histoire politique et je reste hermétique à l'épopée napoléonienne. Certes, on ne peut pas enlever son génie au personnage mais j'avoue que son destin ne me captive pas. Sylvie Yvert est parvenue, avec un roman de moins de 500 pages mais qui m'a donné l'impression de lire un véritable pavé, à me passionner comme jamais avant je ne l'avais été pour cette époque ! Vous pouvez lire un pavé de 1000 pages pleines de vide ou, au contraire, un roman plus modeste au premier abord mais qui se révèle d'une richesse rare à chacune de ses pages. C'est le cas d'Une Année Folle, qui confirme décidément le très bon ressenti que j'avais éprouvé en lisant Mousseline la Sérieuse, il y'a deux ans et demi.

    En Bref :

    Les + : C'est palpitant, c'est vivant ! On entend le bruit de la cavalcade des sabots, le roulement des tambours des pelotons d'exécution, les sanglots des veuves... 1815 est une année tournant, un virage à 180 degrés. Rien jamais ne sera plus pareil après cette année. 1815, année héroïque brillamment racontée ici par Sylvie Yvert, l'auteure inspirée de Mousseline la Sérieuse. Un vrai régal.
    Les - :
    Aucun, bien évidemment ! ;)


    Une Année Folle ; Sylvie Yvert

       Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle


    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    1
    Mardi 4 Mai à 15:38

    Illico dans ma WL.
    Merci pour la découverte.
    Je sens que ma PAL ne va pas du tout aimer ce blog... yes

      • Mardi 4 Mai à 21:55

        Je suis vraiment désolée pour ta PAL mais effectivement je ne peux que te conseiller ce roman. happy Il est passionnant ! Même moi qui n'aime pas spécialement la période du Premier Empire, j'ai été totalement emportée. Et Sylvie Yvert est une excellente conteuse : c'était déjà le cas dans Mousseline la Sérieuse et ça s'est confirmé ici. smile D'ailleurs, je ne sais pas si tu l'as lu mais je te le conseille aussi ! Il tourne autour du personnage de Madame Royale, la fille de Marie-Antoinette et Louis XVI. Une très bonne surprise. 

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :