• Zita, Impératrice Courage ; Jean Sévillia

    « On ne construit rien de durable si on méconnaît les leçons du passé. Puisse la figure de la dernière impératrice éclairer ce débat. »

    Zita, Impératrice Courage ; Jean Sévillia

    Publié en 2016

    Editions Perrin (collection Tempus)

    398 pages

    Zita, Impératrice Courage ; Jean Sévillia

    Résumé :

    Zita de Bourbon-Parme (1892 - 1989), dernière impératrice d'Autriche et reine de Hongrie, a tout connu du XXe siècle : les fastes de l'empire des Habsbourg, l'accession au trône en pleine guerre de 1914, la fin de l'empire, l'exil, la ruine de l'Europe, avant le retour triomphal dans une Autriche enfin apaisée. La biographie magistrale d'une femme d'exception.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    Lire une biographie de Zita, c'est aussitôt s'attacher au personnage. On peut penser ce qu'on veut de la monarchie, quand on a sous les yeux une figure comme celle-ci, si grande humainement et historiquement, on ne peut que s'attacher et être admiratif. La fascination exercée par la dernière impératrice n'est pas la même que celle que l'on peut éprouver pour Sissi...Mais elle est présente quand même. Par sa simplicité, son humanité, Zita est un personnage grandiose.
    Zita, c'est cette silhouette noire tenant un petit garçon par la main, lors des funérailles de François-Joseph en 1916. C'est cette ombre discrète mais toujours présente, soutenant et conseillant son époux aux pires heures de la guerre puis de la chute de l'empire. C'est cette vieille dame au beau sourire, de solides lunettes sur le nez, dans les années 1980, quand elle fut autorisée à rentrer en Autriche, plus de soixante ans après l'avoir quittée... Mais entre ces deux images, entre ces deux stades d'une existence longue et bien remplie, qui est-elle ?
    Née en 1892, elle a connu le vieux monde. Par son père, elle descend du duc de Berry et de Marie-Caroline de Naples. Par sa mère, des Bragance, la famille royale portugaise. Les Bourbon-Parme, italiens, sont, comme leur nom l'indique, issus de Louis XIV et descendent notamment de la fille de Louis XV, par sa fille Élisabeth. Elle est donc apparentée à tout ce que l'Europe compte ou a compté de grandes familles.
    Elle a connu François-Joseph, qui lui-même a côtoyé, enfant, le duc de Reichstadt, le fils de Napoléon Ier. Et elle est morte en 1989, à l'aube d'une ère nouvelle, la nôtre, alors que le mur de Berlin se fissure et que l'empire soviétique craque de toutes parts. Elle a traversé un siècle immensément riche en événements de toute sorte, joyeux, tragiques, horrifiants à l'image de son propre destin.


    Zita est une figure historique mais en même temps très proche de nous. Décédée il y'a moins de trente ans, elle a laissé un souvenir vivace, en Autriche mais aussi dans tous les pays où elle vécut exilée (en Espagne, Belgique, à Madère, aux États-Unis) et même en France, où elle eut des attaches profondes : non seulement elle descendait de la dernière dynastie régnante mais deux de ses frères, Xavier et Sixte, y vécurent aussi et y participèrent à la Première guerre mondiale, contre l'Allemagne. On possède d'elle des photos, des films puisqu'elle accorda des entretiens, notamment pour la télévision autrichienne. Des historiens comme Jean des Cars eurent le privilège, au début des années 1980, de s'entretenir avec elle. Les souvenirs sont bien présents, comme ceux d'une attachante grand-mère. Zita n'est pas un personnage historique figé dans une époque révolue. Ou plutôt, elle n'est pas que cela. Elle est un trait d'union entre l'Histoire, la grande et notre époque, qui est en train de l'écrire.
    Jean Sévillia a su prendre la mesure de cette femme au destin surprenant et hors du commun. Sans bons sentiments ou admiration naïve, il a su brosser de Zita de Bourbon-Parme un portrait objectif et documenté, en l'inscrivant complètement dans son contexte. L'impératrice ne fut pas que la douce jeune femme que les photographies peuvent laisser croire. Épouse et mère certes dévouée et aimante, elle fut aussi une femme politique clairvoyante et combative, qui traversa des époques troublées : les conflit mondiaux, la guerre froide, la montée du nazisme puis l'éclatement est-ouest, sur tous ces événements, Zita eut un avis, une opinion. C'est elle qui apprit à son fils aîné Otto (mort en 2011) son métier d'empereur, après la mort prématurée de Charles. C'est elle qui supporta ses huit enfants jusqu'à ce qu'ils soient indépendants. Forte, combattive, courageuse, portée par une foi sincère, cultivée, polyglotte, voyageuse -même si c'est par la force des choses- , libre et engagée Zita est une femme moderne dans un monde qui ne l'est pas encore tout à fait. Je crois qu'elle aurait très bien pu comprendre notre monde et le faire sien...
    Avec ce livre, l'image que l'on a de Zita se nuance et se renforce. On oublie les portraits brossés à la va-vite, ne consacrant à Zita qu'un encart dans la grande histoire des Habsbourg. Elle n'a pas été que l'épouse de l'empereur Charles et la mère de ses enfants, un simple trait d'union qui permet d'assurer la continuité de la lignée. La jeune femme aux ascendances multiples est devenue, viscéralement, sincèrement, autrichienne. Elle a vécu avec douleur la chute de l'empire puis l'invasion de l'Autriche par le Reich. Le combat monarchiste est devenu le sien et elle n'a jamais lâché. Sa constance et sa détermination ne peuvent que faire naître chez le lecteur un sentiment sincère d'admiration. Zita, par sa proximité avec nous, est un personnage que l'on visualise, que l'on connaîtrait presque ou que l'on croit connaître.
    Je suis ressortie de cette lecture avec une connaissance meilleure de l'Histoire autrichienne, de la chute de son empire et de cette femme admirable qui se battit toute sa vie pour sa souveraineté : car finalement, plus qu'à l'idée d'une Autriche monarchiste et impériale, c'est surtout à une Autriche souveraine, une Autriche en tant que nation et non pas en tant que région allemande que Zita croyait et elle n'en varia jamais.
    On termine cette lecture avec le sentiment que Zita fait partie de ces femmes que l'on peut prendre comme modèle. Une femme qui ne fut jamais terrassée par l'adversité et qui illustre à merveille l'adage : « ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort » et à laquelle on peut volontiers penser quand ça ne va pas : elle aussi a traversé des heures sombres et si elle a flanché, elle a toujours relevé la tête, pour ses enfants, pour sa patrie, pour ses convictions. Une femme amoureuse aussi et qui forma avec l'empereur Charles un couple romantique et touchant.
    Peut-être moins fascinante que Sissi parce que moins insaisissable, elle est surtout plus chaleureuse et moins figée par le papier glacé de l'Histoire. En lisant cette biographie j'ai eu l'impression de lire l'histoire de la grand-mère de l'Europe et qui est un peu la nôtre un peu, aussi.

     

    Zita et Charles avec leurs enfants, en exil en Suisse (1921)

    En Bref :

    Les + : une biographie riche et bien écrite, qui aborde le personnage de Zita sous plein de facettes différentes.
    Les - : Aucun point négatif à soulever.


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