• L'Herbe à la Reine ; Colette Vlérick

    « Il ne faudrait jamais laisser partir les gens qu'on aime, mon petit Nicolas, ou bien les accompagner là où ils vont. »

    L'Herbe à la Reine ; Colette Vlérick

     

    Publié en 2014

    Editions Pocket

    320 pages 

    Résumé : 

    En 1740, s'ouvre la nouvelle manufacture royale des tabacs de Morlaix. L'herbe à la reine, surnom du tabac inspiré par Catherine de Médicis, assure aux ouvriers un salaire régulier et des avantages sociaux uniques. Dans le port arrivent des navires chargés de marchandises du monde entier, source de richesse pour l'ensemble de la ville. La prospérité bénéficie à tous : à Anna, la jolie domestique ; à l'opulente famille Le Dantec, négociants en gros, qui l'emploie ; à Loïc Madec, le cousin corsaire... Jusqu'aux années difficiles de la Révolution et à la fermeture de la manufacture, les destins heureux ou chahutés des trois familles s'entrecroisent sur les pavés de Morlaix.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    L'« herbe à la reine », c'est le nom que l'on donne au tabac, depuis Catherine de Médicis. Une denrée venue du Nouveau Monde, exotique donc et très...prisée -oui, le jeu de mots est pourri, je sais. Au XVIIIème siècle, comme le sucre ou les épices, le tabac est un produit venu des colonies mais que les Français se sont approprié et qui fait partie de la vie quotidienne. Il est à Morlaix ce que la porcelaine est à Sèvres. La ville bretonne vit au rythme de son commerce, de ses entrepôts et de ses manufactures, notamment de celle qui conditionne le tabac, envoyé ensuite dans tout le royaume. Des ouvriers les plus modestes aux riches familles commerçantes, comme les Le Dantec, que l'on suit, beaucoup à Morlaix vivent du tabac, un produit auquel on prête même des vertus à l'époque. Qu'on le fume, qu'on le prise ou qu'on le chique, le tabac est consommé partout et par tous. Qu'il soit français -le tabac au XVIIIème siècle a déjà été acclimaté en France- ou d'importation, notamment des colonies d'Amérique du Nord, le tabac est apprécié et surtout fait vivre les ouvriers des manufactures où il est préparé avant d'être consommé. Car cela ne se fait pas à la légère, comme on s'en rend compte à la lecture du roman de Colette Vlérick : plusieurs étapes sont nécessaires avant que les feuilles de tabac soient propres à la consommation et les manufactures sont très hiérarchisées, chaque ouvrier ayant un domaine de compétences et son importance à un moment donné de l'élaboration du produit. Rien ne se fait au hasard. 
    Je salue d'ailleurs toutes les recherches effectuées par l'auteure car son propos est très précis et très clair... On comprend rapidement les différentes étapes qui séparent la feuille de tabac juste récoltée de la poudre qui est ensuite consommée selon les préférences de chacun. On comprend aussi très bien l'organisation des manufactures en cette période pré industrielle grâce aux descriptions de l'auteure. 
    L'Herbe à la Reine est un roman historique bien documenté. En cela, c'est un gros point positif et a participé sans aucun doute à mon intérêt pour le livre. J'ai apprécié aussi l'aspect un peu plus régional du livre, le fait que Morlaix et la Bretagne soient des personnages à part entière
    Au départ, j'ai pourtant eu un peu peur... Il ne s'y passait pas grand chose, dans ce roman, même s'il était bien écrit. J'avais l'impression que l'auteure ne s'attardait pas, qu'elle allait trop vite parfois et les chapitres s'arrêtaient de façon un peu brusque. J'ai eu peur que cette impression ne persiste car raconter près de cinquante ans en 320 pages implique forcément d'aller vite ! Seulement, j'aime bien que les auteurs prennent un peu le temps, quand même... Pas trop non plus, mais un peu n'a jamais fait de mal...

    Résultat de recherche d'images pour "manufacture tabac morlaix"La manufacture des Tabacs de Morlaix au XVIIIème siècle

    Au final, la deuxième partie m'a plus convaincue. Au départ, j'ai cru que ce serait la famille Le Dantec que l'on suivrait tout au long de ce roman. Les Le Dantec sont de riches commerçants, des bourgeois, qui vivent de l'activité portuaire de Morlaix. En fait, c'est surtout aux pas de la famille Dirou, issue de leur domestique, Anna, que nous allons nous attacher et ce sont des personnages assez attachants que nous allons suivre à une période troublée de notre Histoire. Même avant la Révolution, le XVIIIeme siècle est une période de grand chambardement et pas qu'à Paris ! L'émulation culturelle, intellectuelle, la grande richesse de cette ère charnière entre époques moderne et contemporaine avaient aussi gagné les villes de province, comme, plus tard, la Révolution... j'aime d'ailleurs les romans qui nous décrivent les événements révolutionnaires ailleurs qu'à Paris : cela nous permet de nous rendre compte de la manière dont le reste du pays a pris ce bouleversement et, en cela, la Bretagne est un cas intéressant. 
    Finalement, j'ai apprécié cette lecture et son sujet... Par certains aspects, ce roman m'a fait penser à la magistrale saga de Jean-Paul Desprat Les Couleurs du Feu, qui retrace la formidable aventure des manufactures de Sèvres (porcelaine). J'ai retrouvé pas mal de points communs d'ailleurs entre les deux manufactures, de leur ascension jusqu'à la fermeture au moment de la Révolution. J'ai été surprise de constater aussi que les ouvriers morlaisiens bénéficiaient d'avantages que l'on pourrait qualifier de sociaux, qui nous paraissent aujourd'hui logiques et naturels mais étaient plutôt avant-gardistes il y'a 350 ans ! 
    Alors, qu'ai-je pensé de cette lecture ? Eh bien je l'ai appréciée, finalement ! Au départ je n'y ai pas cru mais finalement les personnages ont su me séduire, ils sont tous simples mais très attachants... 
    J'ai passé un bon moment et j'ai aimé tant le fond que la forme. Colette Vlérick a choisi un sujet peu évident, original, mais qu'elle traité bien, avec efficacité et conviction. Bon point, j'insiste, pour la restitution du contexte... Vous savez que j'y suis sensible et je n'ai rien à reprocher à ce roman. Rien ne me hérisse plus qu'un roman qui se veut historique mais qui est finalement bourré de fautes ou approximations. J'ai été contente de trouver là un roman assis sur des bases solides et des documents variés, dont les références sont réunies en une petite bibliographie bien élaborée en fin de livre.
    Je me suis glissée avec volupté dans ce roman qui m'a ramenée à une époque que j'aime d'amour ! J'en ai tourné les pages sans lassitude, avec beaucoup de plaisir et sans ennui. 
    Je recommande. 

    En Bref :

    Les + : un sujet original et bien traité, une jolie saga familiale, un roman historique assis sur de solides bases. Un bon point pour l'auteure qui s'est beaucoup renseignée et restitue le contexte à merveille. 
    Les - : des chapitres peut-être un peu trop rapides sur la première partie du roman...


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  • Commentaires

    1
    Mardi 6 Mars à 10:57

    Le côté historique et notamment l'histoire régionale à l'air intéressante, mais j'avoue avoir un peu peur de me lancer... peut-être un jour qui sait ! 

      • Mardi 6 Mars à 14:30

        C'est une lecture vraiment intéressante pour peu qu'on soit intéressé par le sujet et l'époque ! Je comprends ceci dit que tu hésites un peu en plus ce livre n'est pas très connu ! Mais je le conseille ! yes Qu'est-ce qui te fait peur ? Le sujet, peut-être ? Je dois dire que, depuis que j'ai lu la saga de J-P Desprat, La Couleur du Feu, qui est vraiment magistrale (il n'y a pas d'autres mots et peu d'auteurs l'égalent, il faut bien le sire), j'aime bien découvrir ce qu'était la vie...industrielle, si on peut dire, avant l'ère industrielle, justement... ^^ Mais c'est vrai que ce n'est pas un sujet évident ! 

    2
    Dimanche 11 Mars à 10:05
    Cellardoor

    Pour le coup, ce roman a l'air très sympa car contre toute attente, le sujet m'intéresse. Malgré ton petit bémol au sujet des premiers chapitres, il me tente bien ! Je trouve ça super intéressant, en plus, de voir la révolution ailleurs que sous le ciel parisien.

      • Dimanche 11 Mars à 10:20

        Je suis comme toi ! J'adore voir la Révolution ailleurs qu'à Paris parce que, finalement, chaque province y a répondu à sa manière. ^^ On a souvent tendance à présenter la Révolution comme un mouvement très uniforme, sans tenir compte de l'histoire et des particularismes locaux. Or, on s'en rend bien compte, si certaines régions vont embrasser la Révolution parisienne, pour d'autres, comme la Vendée, c'est nettement moins évident. yes C'est sympa de sortir un peu de cette centralisation très contemporaine et qu'on essaie d'appliquer à l'Histoire. Non, la France, ce n'est pas que Paris, et encore heureux ! Et chaque région présente une Histoire propre qui est intéressante d'étudier. Colette Vlérick s'est beaucoup renseignée sur l'époque, on le sent à la lecture de ce roman. Elle s'est aussi beaucoup renseignée sur la production du tabac au XVIIIème siècle et c'est un sujet très original, qui m'a d'ailleurs donné envie d'acheter ce roman en 2016 ! Je trouvais ça intéressant de découvrir une production dont on parle peu, finalement et qui s'avère être très importante. 

        Ce roman est vraiment sympathique... il est un peu court, d'où le bémol soulevé dans ma chronique : j'a eu l'impression que l'auteure ne prenait pas le temps d'asseoir vraiment son intrigue. Parfois, j'aime bien que les premiers chapitres soient un peu étoffés, cela permet à la lectrice que je suis de prendre ses marques. Mais franchement, à part ça, pas beaucoup de reproches à adresser à ce roman historique. Une assez bonne découverte ! wink2

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    3
    Jeudi 12 Juillet à 08:22

    Un sujet original, une saga familiale et de l'Histoire... autant dire que je ne peux pas passer à côté de ce récit. Je vais aussi être embêtée si cela va trop vite... Si j'adore le XVIIIe siècle, je lis surtout des biographies ou romans sur des familles royales alors ce livre me changera :-))

      • Jeudi 12 Juillet à 19:13

        Oui c'est mon cas aussi mais j'avais énormément aimé la saga Les couleurs du feu de l'historien Jean-Paul Desprat : un contexte historique et économique passionnant, les débuts de ce qu'on pourrait appeler une forme d'industrie dans le royaume de France... Je pense que tu connais les romans Bleu des Sèvres et Jaune de Naples : il s'agit des deux premiers tomes de cette trilogie et on retrouve un peu la même ligne directrice dans L'Herbe à la Reine, même si, sans nul doute, j'ai préféré les romans de Desprat ! happy Le roman de Colette Vlérick est peut-être plus un roman de terroir, un roman régionaliste qu'un vrai roman historique ! Malgré tout je ne le déconseille pas ! Tu adores le XVIIIème siècle, comme moi et je pense que tu peux y trouver ton compte ! smile

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