• La Malédiction de Gabrielle, tome 1, Le Fléau de Dieu ; Andrea H. Japp

    « C'est l'diable, j'vous dis ! Ou Dieu qui nous punit. »

    La Malédiction de Gabrielle, tome 1, Le Fléau de Dieu ; Andrea H. Japp

     

    Publié en 2016

    Editions J'ai Lu

    347 pages

    Premier tome de la saga La Malédiction de Gabrielle 

    Résumé :

    La peste ! Le fléau de Dieu s'abat sur le royaume de France et sur les hommes sans distinction de richesse ni de classe. Pourtant, en 1347, personne ne veut y croire. Mais lorsqu'elle gagne Paris, elle bouleverse les âmes et les consciences et menace les ordres établis. Même la cour du roi succombe à ses pires démons. 

    Gabrielle d'Aurillay, tout récemment arrivée dans la capitale, pourra-t-elle sauver sa vie et celle de son enfant ? Parviendra-t-elle à comprendre la personnalité de son mari ? Le diptyque mystérieux que celui-ci gagne au jeu est-il un talisman ou une malédiction supplémentaire ? Et pourquoi rend-il fou tant d'hommes de foi ? Amours, trahisons, mystères, superstitions, disparitions suspectes...Il est à croire que la peste n'est pas le mal le plus terrifiant du royaume de France. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    Il y'a quelques années, j'ai découvert Andrea H. Japp après beaucoup d'hésitations... J'ai lu sa saga La Dame sans Terre qui m'a beaucoup plu et, petit à petit, j'ai découvert les aventures de ses autres héros : Hardouin cadet-Venelle, bourreau de Mortagne, le mire Druon de Brévaux et d'autres encore. Entre roman policier et roman historique, ses reconstitutions précises d'un Moyen Âge sombre et poisseux, mâtiné d'un peu de superstitions et d'ésotérisme m'ont plu tout de suite ! Pourquoi ? Je serais bien en peine de vous l'expliquer mais voilà, j'ai été emballée et cet engouement ne s'est jamais arrêté. J'ai toujours pris un grand plaisir à lire les romans historiques d'Andrea H. Japp et si certains m'ont plus convaincue que d'autres, je n'ai jamais été déçue, bien au contraire.
    Ainsi, j'ai été ravie de voir il y'a quelques mois que sa dernière saga La Malédiction de Gabrielle, était enfin sortie en poche parce que, évidemment, j'avais très envie de la lire !
    Nous sommes en 1348 et Gabrielle est une jeune mariée très amoureuse, en attente de son premier enfant. Installée à Paris, elle s'ennuie un peu, alors que son époux travaille tout le jour et parfois même la nuit, pour soit-disant, lui offrir une belle vie ainsi qu'à l'enfant à naître. Aveuglée par son amour, Gabrielle ne se rend pas compte qu'il se moque d'elle.
    Et puis, en plein été, alors que Paris est écrasé de chaleur, voilà qu'un mal mystérieux mais terriblement mortel se répand progressivement dans la ville, anéantissant des quartiers entiers. Foudroyante, cette fièvre très violente tue en quelques heures voire quelques jours. Sur les 17 millions de Français de l'époque, on sait aujourd'hui que cette pandémie en tuera 7. La moitié de la population européenne sera décimée. Cette pandémie, c'est la fameuse peste noire du XIVème siècle, qui épouvanta les populations tout autant qu'elle les a tuées. Cette pandémie est restée dans les mémoires comme un moment de chaos complet, un fléau de Dieu parce qu'elle a touché tout le monde, riches ou pauvres, enfants et vieillards et aucun pays ne fut vraiment épargné. L'épidémie se propagea sur plusieurs décennies mais finit par toucher tous les pays d'Europe et même d'Asie. On comprend alors, à une époque où la médecine est encore relativement peu développée, l'horreur qui se répandit en même temps que la maladie.
    La Malédiction de Gabrielle se situe dans un contexte spatio-temporel un peu différent que celui auquel Andrea H. Japp nous a habitués dans ses autres sagas : ici l'intrigue se déroule au milieu du XIVème siècle et non pas au début et nous quittons le Perche pour Paris et ses proches alentours, où vivent les personnages et surtout Gabrielle, notre jeune héroïne de vingt ans. J'aimais beaucoup, dans ses autres sagas, retrouver un lien entre elles toutes, retrouver des lieux connus ou même, parfois, des personnages qui se mêlent et se rejoignent d'une saga à une autre, comme Hardouin cadet-Venelle, bourreau de Mortagne, que l'on retrouve aussi brièvement dans Les Mystères de Druon de Brévaux.
    Avec La Malédiction de Gabrielle, Andrea H. Japp nous amène ailleurs. Le changement est-il complet cependant ? Non. L'auteure n'innove pas non plus du tout au tout et on retrouve bien sa patte, son univers particulier et personnel, entre Moyen Âge violent et torturé et mystère spirituel ou ésotérique... Là, alors que Paris puis tout le royaume se prépare à l'arrivée d'un fléau sans précédent, que la reine est terrée avec ses dames à Vincennes et que le peuple cède à la panique, un mystérieux diptyque sur lequel apparaît un texte en vieille langue hébraïque semble, malgré son peu de facture, déchaîner les passions et occasionne même quelques meurtres.
    Le côté policier est peut-être un peu mis de côté pour se concentrer sur une description d'un Paris lentement plongé dans un marasme sans nom. Les meurtres sont moins nombreux, on ne peut pas à proprement parler d'enquête... Contrairement aux autres héros de Japp, la jolie Gabrielle d'Aurillay n’enquête pas dans ce tome. Peut-être cela viendra -t-il dans le second opus, toujours est-il que, dans ce tome, Gabrielle est une jeune femme comme les autres, une jeune femme qui croit avoir fait un bon mariage, pardonne tout à un époux bien aimé et attend avec impatience l'arrivée de son premier enfant. Pas de quoi fouetter un chat vous me direz et pourtant, on sent vite que Gabrielle n'est pas qu'une jolie bécasse, au contraire, qu'elle a de la détermination et que des embûches ne manqueront pas de naître sous ses pas.
    Je sais que cette saga a un peu moins plu que les autres de Japp et je peux comprendre même si j'ai apprécié Le Fléau de Dieu et que j'espère tout autant aimer A l'Ombre du Diable, le deuxième opus. Il est vrai que le roman n'est pas très enlevé et qu'il ne s'y passe, en apparence, pas grand chose. Au départ, j'ai même eu l'impression que les chapitres étaient une compilation, un empilement, sans que je ne puisse établir un lien entre eux. Et puis cela se fait, tout doucement et le mystérieux diptyque devient un lien entre tous les personnages. Finalement, dans Le Fléau de Dieu, l'auteure prend le temps de poser son intrigue et, assez vite j'ai eu le sentiment que tout allait se jouera dans le deuxième tome.
    Ici, plus que sur une intrigue policière, c'est essentiellement sur la propagation de la maladie que repose toute la tension narrative. Notre coeur bat en même temps que ceux des personnages. On comprend la terreur de plus en plus sourde qui envahit les habitants, l'horreur impuissante de voir mourir les siens sans pouvoir les accompagner ni même les assister dans une mort terrible ; la terreur d'un mal qu'on n'explique pas mais qui tue, tout le temps, sans arrêt, sans prévenir.
    Pour nous Hommes du XXIème siècle, la Grande Peste du XIVème est effrayante mais aussi fascinante. Aujourd'hui, nos connaissance médicales nous permettent d'aborder cette épidémie d'une ampleur considérable avec recul : identifié en 1894 par le médecin Alexandre Yersin, le bacille de la peste est aujourd'hui connu, étudié et, même s'il existe encore dans certains pays et que certains cas sont encore diagnostiqués en Europe, cette maladie est soignable, grâce aux antibiotiques.

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    Des malades de la peste


    On peut alors se pencher avec intérêt sur cet épisode extraordinaire de notre Histoire, une Histoire commune puisque peu de pays y échappèrent.
    On comprend aisément ce que fut la peur terrible de populations confrontées à un tel mal, d'une rare violence contre lequel aucun remède, même des plus rudimentaires, était efficace. On comprend leur sentiment d'abandon face à une Église aussi démunie qu'eux, un Dieu absent, que l'on prie désespérément mais qui ne répond pas, et pour cause. De là l'émergence des Flagellants, d'un antisémitisme particulièrement violent et parfois meurtrier et d'un sentiment que la fin du monde est proche. J'ai trouvé que Andrea H. Japp avait réussi à saisir ce que devait être l'angoisse des gens de l'époque, la peur irraisonnée de la contagion, l'idée que cela n'allait pas s'arrêter, la peur de la mort sans aucun remède pour soulager.
    Enfin, c'est avec grand intérêt que j'ai lu la postface du roman. Peut-être le savez-vous si vous avez déjà lu Japp, mais celle-ci a fait des études scientifiques, notamment de biochimie, en France et aux États-Unis. Elle possède aussi des connaissances en bactériologie, qui lui ont permis de se pencher sur des études sur la grande pandémie du XIVème siècle et j'ai été sidérée de découvrir que plusieurs thèses s'affrontent, thèses que malheureusement le grand public ne connaît pas puisqu'on croit, sans forcément aller plus loin, que cette épidémie fut uniquement une épidémie de peste, qu'elle soit bubonique ou pulmonaire. Eh bien non, il se pourrait finalement que ce soient plusieurs maladies qui aient sévi en même temps, comme des virus s'apparentant au charbon ou à Ebola. Thèse intéressante et très bien expliquée par l'auteure, qui m'a permis d'en apprendre un peu plus et surtout de découvrir que, parfois, nos livres d'Histoire sont un peu lacunaires et que la science proprement dite peut alors y remédier en avançant des preuves quasi irréfutables.
    La Grande Peste inspire nos romanciers et, en général, en bien. Le dernier roman que j'aie pu lire sur cette période est le très bon La Compagnie des Menteurs de Karen Maitland. Et justement, j'ai toujours trouvé des parallèles entre les univers de Maitland et de Japp : un Moyen Âge sombre et quelque peu angoissant, des intrigues noires et tendues ou l'on a l'impression d'un danger constant tapi quelque part, une tension latente qui se communique au lecteur. Peut-être les intrigues de Maitland sont-elles les plus violentes mais il est vrai qu'on peut trouver des points communs, notamment parce qu'on est loin du Moyen Âge onirique et peut-être un peu policé des grands. Maitland et Japp nous immergent toutes deux dans la cruelle réalité quotidienne du peuple, sa violence et sa lutte constante pour survivre. Si La Compagnie des Menteurs est sûrement bien plus angoissant que Le Fléau de Dieu, j'ai trouvé que les deux auteures, à leur manière, parvenaient à toucher du doigt un contexte pas évident et à se l'approprier. Chacune le raconte à sa manière, avec des personnages tous intéressants à leur échelle.
    La Malédiction de Gabrielle a l'air d'être une bonne saga et j'ai le sentiment que tous les questionnements qui ont pu apparaître au cours de cette lecture trouveront une réponse dans le deuxième tome.
    Une bonne lecture historique, où j'ai retrouvé la patte de Japp mais aussi un souffle de renouveau assez bienvenu. 

     

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    Une danse macabre, où les vivants sont emportés par les morts

    En Bref :

    Les + : une saga un peu différente des autres, avec un souffle nouveau plutôt agréable. Le contexte assez fascinant est également un gros point positif à mon sens. 
    Les - : au final, je n'en ai pas vraiment trouvé... 


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  • Commentaires

    1
    Kat
    Vendredi 20 Avril à 21:23

    Bonsoir,

    J'avais la croix de perdition dans ma pal depuis pas mal de temps!et en consultant votre blog je me suis aperçue qu'il vallait mieux lire Monestarium pour commencer;ce que j'ai donc fait et dans la foulée,j'ai enchainé avec la croix de perdition;autant dire que je me suis régalée! j'ai bien l'intention de continuer ma decouverte de cette auteure,il ne me reste plus qu'a choisir la  prochaine saga(en m'aidant de vos articles bien sur!)

    Bonne soirée et bonnes lectures

     

      • Vendredi 20 Avril à 23:11

        Bonsoir Kat, 

         

        Oui, en effet, je ne m'en suis pas rendu compte tout de suite, pour ma part, mais effectivement, même si le fait que Monestarium et La croix de perdition forment une saga n'est pas très explicite, il vaut mieux les lire dans l'ordre. ^^ Et c'est vrai qu'elle est vraiment bien, cette petite duologie ! Andrea H. Japp nous a habitués à des sagas plus longues, avec trois ou quatre tomes, parfois : c'est le cas pour La Dame sans Terre ou encore Les Mystères de Druon de Brévaux. Mais j'ai apprécié de lire Monestarium, qui est plus courte et qui, déjà, préfigurait un peu La Malédiction de Gabrielle, avec des romans qui étaient un peu différents de ce qu'elle nous propose en règle générale. 

        En tous cas, l'univers de Japp est à découvrir ! Si vous avez aimé Monestarium, qui est assez particulière, comme saga, alors nul doute que vous aimerez aussi ses autres séries ! Je vous le souhaite en tous cas et je serai ravie si mes articles peuvent vous permettre d'y voir plus clair ! happy

        De très bonnes lectures également et une bonne fin de soirée. ^^

    2
    Mercredi 25 Avril à 09:50
    Cellardoor

    J'ai dû mettre ma lecture entre parenthèses lundi et mardi mais je commence le tome 2 ce soir :)

    Tout comme toi, j'ai trouvé que dans ce premier volume, l'histoire met un peu de temps à se mettre en place. J'ai été un peu déstabilisée par tous ces personnages. Je savais que tout finirait par se mettre en place mais passer d'un lieu à un autre, d'un point de vue à un autre, c'est un peu "compliqué" dans le sens où on ne sait pas du tout où on va...

    J'ai aimé le livre de A à Z, je l'ai trouvé intriguant dès le départ tout en me disant qu'il fallait que l'histoire commence pour de bon pour que j'accroche. Et puis heureusement, c'est arrivé et j'ai vraiment dévoré le dernier tiers.

    Tout comme toi, j'ai vite compris que Gabrielle avait du potentiel et je n'ai pas été déçue !

    ps : quand j'aurais terminé ces 2 tomes, quel autre roman de l'auteure tu me conseilles de lire ? Celui que tu as préféré entre tous ?

     

      • Mercredi 25 Avril à 10:46

        C'est avec un petit frisson d'appréhension que j'ai olu mes commentaires ce matin ! ^^ Quand j'ai vu que tu avais commenté le premier tome de La Malédiction de Gabrielle je me suis dit : oh mon dieu a-t-elle aimé ? J'espérais tellement que ce soit le cas ! C'est une grosse responsabilité finalement de conseiller un livre à quelqu'un ! happy Je suis donc très heureuse de voir que tu as apprécié cette lecture et que tu as d'ores et déjà envie de découvrir la suite ! C'est bon signe ! 

         

        Sans hésiter, pour continuer à decouvrir Japp, c'est sa saga Les Mystères de Druon de Brévaux que je te conseille ! Sans hésiter ma préférée entre toutes même si j'ai aussi beaucoup aimé La Dame sans Terre. ^^

      • Jeudi 26 Avril à 13:54
        Cellardoor

        Tu vois, ce n'est pas un coup de coeur dans le sens où je n'ai pas a-do-ré ce premier volume mais j'ai malgré tout vraiment, vraiment apprécié ma lecture. L'idée de ne pas enchainer avec le second volume était impensable pour moi et je suis allée l'acheter direct ! J'aime beaucoup les personnages de Gabrielle et d'Adeline mais je ne suis pas encore allée voir ta chronique du tome 2 car je ne veux pas trop en savoir à l'avance ! Je te remercie pour la découverte et note le titre que tu me suggères :)

      • Jeudi 26 Avril à 15:12

        Pour moi non plus, la saga La Malédiction de Gabrielle ne sera pas un coup de coeur. J'ai préféré ses autres séries et notamment celles qui se passent en Normandie. Une certaine continuité s'installe entre elles et j'aime beaucoup ça. ^^ Ici, l'auteure innove un peu, quoique ce ne soit pas non plus un changement radical. ^^

        J'ai eu tout de suite envie de lire le tome deux moi aussi ceci dit, parce que la saga est quand même de qualité on ne peut pas dire le contraire  ! Autant te le dire tout de suite : je ne pensais pas que ce serait le cas mais il y'aura bien un tome 3 ! J'ai halluciné en lisant la fin du tome 2 ! aww J'espère que ce tome sortira vite parce que l'auteure a fait naître en moi plein de questions et il me faut absolument les réponses ! Mais qu'est-ce que ce diptyque ? On sent vite toute son importance et on échafaude plein de conjectures ! ^^

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