• Les Enquêtes de Louis Fronsac, tome 6, L'Exécuteur de la Haute-Justice ; Jean d'Aillon

    « Louis songeait avec force inquiétude qu'il avait accepté une affaire plus considérable et plus dangereuse qu'il ne l'avait pensé de prime abord. Réussir, c'était s'assurer des ennemis implacables. Échouer, c'était perdre ses soutiens. »

    Les Enquêtes de Louis Fronsac, tome 6, L'Exécuteur de la Haute-Justice ; Jean d'Aillon

    Publié en 2006

    Editions du Masque (collection Labyrinthes)

    465 pages

    Sixième tome de la saga Les Enquêtes de Louis Fronsac

    Résumé : 

    Nous sommes en 1645 après la Conjuration des Importants. La cour de France se déchire à nouveau et un jeune homme de quinze ans arrive inopinément des Pays-Bas. 
    Il serait le fils du duc de Rohan et pourrait devenir le chef de file des huguenots de France. Mais le duc d'Enghien laisse entendre qu'il est un imposteur...

    L'ancien notaire, Louis Fronsac, désormais chevalier, sera chargé de découvrir la vérité. Aidé de son ami de toujours, Gaston de Tilly, ils mèneront l'enquête autour de la Bastille et dans le rue de la Pute-y-Musse et recevront l'aide d'un certain Jean-Baptiste Poquelin qui vient d'installer sont Illustre Théâtre au jeu de paume de la Croix-Noire. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★ 

    Mon Avis : 

    En 1630, alors que la ville d'Aix-en-Provence est en pleine agitation politique, le pouvoir local tolérant mal l'ingérence que le roi et le cardinal voudraient instituer dans leur ville, une jeune femme accompagnée de sa fille, de sa demoiselle d'honneur et flanquée d'hommes d'armes qui ressemblent plus à des malandrins, arrive dans la ville où elle séjourne un peu avant de remonter vers Paris. Arrivant de Venise, la duchesse de Rohan, enceinte doit ensuite gagner Paris où elle va accoucher. L'enfant est-il l'héritier légitime des Rohan ou le rejeton naturel d'un des amants de la duchesse, réputée d'avoir la cuisse légère ? C'est la grande question.
    Marguerite de Rohan n'est pas n'importe qui : elle est l'épouse du duc de Rohan et porte peut-être son héritier. Petite famille bretonne, elle a connu une ascension fulgurante et, au début des années 1630, le duc est le chef de file des huguenots. Il s'est battu dans les Cévennes et dans le Languedoc contre le prince de Condé, tenant du parti royal et catholique.
    En 1645, à Paris, Louis Fronsac est approché par le duc d'Enghien. Vainqueur de Rocroi, le jeune prince est entouré d'une aura et d'une influence importante : à la mort de son père, il sera prince de Condé et deviendra l'un des plus importants prince du sang. Il informe l'ancien notaire du prochain mariage de la jeune Rohan, la fille du duc et de la duchesse nommés plus haut, avec son compagnon, Chabot. Le but avoué de cette union est que Chabot récupère, par sa femme, la fortune des Rohan et le titre de duc. Seulement, la duchesse ne cesse de clamer depuis peu de temps que le fils qu'elle a mis au monde en décembre 1630 à Paris et que l'on croyait mort depuis plusieurs années est en fait en vie, a quinze ans et a été élevé à Leyde en Hollande. Pour Chabot, la déconvenue est grande, lui qui se voyait déjà duc. Pour Enghien, fils du prince de Condé, la possible existence d'un héritier des Rohan pourrait rallumer les anciennes tensions entre Rohan et Condé, vieilles d'une quinzaine d'années.
    Louis, qui est connu pour son incroyable capacité à démêler les affaires les plus embrouillées va donc devoir enquêter sur ce possible héritier de la famille Rohan et décider s'il est un imposteur ou bien le fils de feu le duc de Rohan et de la duchesse, dont la réputation sulfureuse n'incline pas à la croire quand elle proclame que son fils n'est pas un bâtard.
    Commence alors une enquête difficile pendant laquelle Louis va marcher sur des oeufs et s'attirer maints ennuis... Qui est donc ce mystérieux seigneur protestant qui semble tout faire pour lui mettre des bâtons dans les roues, envoyant même, pour ce faire, des hommes de main le rosser en pleine rue ? Et cette femme, tout aussi mystérieuse, qui semble s'attacher tant aux pas de Louis qu'à ceux de ses ennemis implacables ?
    La sixième aventure de Louis Fronsac est encore une fois assez captivante, malgré quelques longueurs au départ : l'intrigue met du temps à se mettre en marche et on en retrouve aussi quelques-unes avant les derniers chapitres, de nouveau captivants. Je dirais que le roman est un peu inégal, un peu en dents de scie, pour cette raison, sans que ce ne soit très, très gênant pour autant. Au final, quand on connaît bien l'univers de Louis Fronsac, on fait vite abstraction de ces petites imperfections
    On s'éloigne un peu de l'enquête policière convenue pour s'orienter vers quelque chose de moins criminel mais de tout aussi intéressant puisqu'il s'agit de rétablir une vérité, de démasquer un imposteur ou, au contraire, de confirmer une personne de bonne foi dans ses droits. Le souci c'est que l'enquête de Louis se passe à une période d'agitation politique intense et l'affaire finirait presque par ressembler à une affaire d'État. Quoique Louis conclue, il se fera forcément des ennemis, de l'un ou l'autre parti et pourrait perdre le soutien important du duc d'Enghien, ce qui n'est pas rien.
    En parallèle, nous retrouvons son grand ami Gaston de Tilly, commissaire au Châtelet qui enquête sur la mort étrange de l'un de ses sergents du guet retrouve roué dans le charnier près de la rue Saint-Antoine qui sert de cimetière à la Bastille. Y'aurait-il un lien entre l'affaire qui occupe Louis et celle-ci, qui s’avérerait alors être autre chose qu'un simple crime sordide comme il y'en avait tant à Paris à l'époque ?
    Après L'Homme aux Rubans Noirs, cinquième opus des fameuses Enquêtes de Louis Fronsac qui nous faisait faire un bon dans le temps grâce à cinq nouvelles se passant sous la régence d'Anne d'Autriche, nous « rétropédalons » -je ne crois pas que ce mot existe, hein, mais je l'aime bien et puis vous avez compris, non ?- pour revenir en 1645 et je dois dire que j'ai parfois été un peu perdue me souvenant de faits ou de détails du précédent tome et que l'on ne retrouve que de façon superficielle dans ce tome, tel ou tel événement n'étant pas censé s’être encore passé. Pour autant, cette sensation a vite disparu parce que j'ai été très intéressée par l'intrigue tournant autour de Tancrède de Rohan ou du moins, autour du jeune homme prétendant être Tancrède de Rohan. Cela nous change des enquêtes criminelles lambda et plus ou moins toutes menées de la même manière ! Je ne dis pas que ce n'est pas intéressant mais c'est parfois bien aussi de changer la façon de faire. D'autant plus qu'on retrouve quand même une enquête criminelle menée en parallèle de celle de Louis, par son acolyte de toujours, le commissaire de Tilly. Cela dit, au final, le parallélisme et la distinction entre les deux enquêtes s'avèrent un peu moins évidents à mesure que l'on avance dans la lecture car Jean d'Aillon, avec son habileté notoire, a bien sûr réussi, grâce à force pirouettes et cabrioles, à faire en sorte que les deux affaires soient bien plus liées qu'il n'y paraît de prime abord ! Elles finissent même par se télescoper en fin de volume pour finalement n'en plus devenir qu'une seule, ce que j'avais commencé à soupçonner dès le milieu de l'ouvrage sans savoir comment l'auteur allait amener cette fusion.
    Ce sixième m'a bien plu, vous l'aurez compris, même si ce n'est peut-être pas mon préféré. Passons sur deux trois petites incohérences, rien de grave en soi : mais c'est vrai que, parfois, cela a gêné ma compréhension de quelques passages. A part ça, le Paris des années 1640 revit sous nos yeux et Jean d'Aillon nous fait même faire un crochet par l'Aix-en-Provence des années 1630, une ville en proie aux troubles et en révolte ouverte contre les prérogatives royales.
    J'ai été peut-être un peu moins captivée que d'habitude mais l'intrigue a le mérite d'être originale et bien menée. Parce que j'ai des éléments de comparaison avec les précédents tomes, j'ai trouvé celui-là peut-être un peu moins enlevé mais c'est quand même un bon cru : je dois dire que, même si j'ai ressenti quelques longueurs en milieu d'ouvrage, les derniers chapitres m'ont vraiment captivée et je suis restée vraiment surprise devant le dénouement des investigations de Louis mais aussi de Gaston.
    L'enquête autour de Tancrède de Rohan ou, du moins, le prétendu Tancrède de Rohan est intéressante pour les conséquences politiques qu'elle implique et illustre bien le contexte de l'époque, les hostilités et tiraillements entre castes ou religions.
    Jean d'Aillon s'est basé ici sur une histoire authentique, rapportée par Gédéon Tallemant des Réaux dans ses Historiettes et qui secoua la Cour de France dans la seconde moitié des années 1640 : il y'eut bien une affaire Tancrède de Rohan. Partant ensuite de ce fait plus ou moins avéré et authentique, Jean d'Aillon brode pour nous fournir, un peu à la Alexandre Dumas, un roman d'aventures dans lequel s'entremêlent Histoire et romanesque. Et ça marche. Il nous fait faire connaissance également avec le bourreau de Paris, que l'on qualifie d'un doux euphémisme, l'exécuteur des hautes œuvres ou de la haute justice, terme qui a d'ailleurs donné son nom au roman et sa mystérieuse fille, Mathurine... 

    Et, encore une fois, on ne peut que louer l'immense travail de Jean d'Aillon. Une bonne bibliographie complète l'ouvrage, ce qui lui confère une certaine crédibilité. L'auteur est très investi dans chacune de ses sagas et on sent tout l'attachement, sinon l'amour, qu'il porte à chacun de ses personnages et peut-être plus particulièrement à Louis Fronsac qui est un peu son personnage phare, comme Sherlock Holmes a pu être celui de Conan Doyle.
    Je continuerai cette saga, parce que moi aussi je me suis attachée aux personnages notamment à Julie et Louis. Et revenir voyager dans le Paris de la régence d'Anne d'Autriche et les débuts du règne de Louis XIV, en compagnie de Louis et de ses compagnons, est toujours un plaisir

    En Bref :

    Les + : une enquête intéressante, avec des conséquences politiques et religieuses importantes et bien cernées par l'auteur. 
    Les - : quelques longueurs et, peut-être, deux trois petites incohérences. 


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