• Lizzie Martin, tome 5, Le Témoignage du Pendu ; Ann Granger

    « On ne remarque que ce que l'on cherche. »

    Lizzie Martin, tome 5, Le Témoignage du Pendu ; Ann Granger

    Publié en 2014 en Angleterre ; en 2016 en France (pour la présente édition)

    Titre original : The Testimony of the Hanged Man

    Editions 10/18 (Collection Grands Détectives)

    336 pages

    Cinquième tome de la saga Lizzie Martin

     

    Résumé :

    Un homme destiné à la corde dirait n'importe quoi pour sauver sa vie. Mais que faire si son témoignage était vrai ? Lorsque l'inspecteur Ben Ross est appelé à la prison de Newgate par un homme condamné à mort, il ne s'attend pas à accorder le moindre crédit à sa parole. Mais le récit d'un assassinat dont il a été témoin il y'a plus de dix-sept ans est si convaincant que Ben ne peut s'empêcher de se demander si ce qu'il a entendu est vrai. S'il est trop tard pour sauver la vie de l'homme, peut-il encore enquêter sur un crime passé inaperçu pendant toutes ces années ? 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Un soir de septembre 1868, l'inspecteur Ben Ross de Scotland Yard est appelé à la prison de Newgate pour prendre la déposition d'un condamné à mort. Mr Mills a été condamné à être pendu pour le meurtre de son associé et doit monter sur l'échafaud le lendemain mais prétend avoir, auparavant, des révélations à faire à la police concernant un assassinat perpétré dans une maison tranquille de Putney en 1852 à savoir... seize ans plus tôt ! L'homme n'avait jamais jugé bon en informer les autorités mais Ben Ross prend cependant au sérieux ce qui pourrait bien n'être pourtant que les élucubrations d'un homme promis à une mort certaine et qui cherche à y échapper.
    Pour couronner le tout, une respectable londonienne disparaît subitement avec sa petite fille de trois ans et le mari et père, riche négociant en vins et phobique du scandale ne cesse d'entraver l'enquête des policiers avec ses exigences et sautes d'humeur ! Une enquête qui pourrait bien faire oublier à Ben la malheureuse affaire de Putney si celle-ci ne venait pas, malheureusement, se rappeler à lui de la plus funeste manière...mais c'est sans compter sur la perspicacité de son épouse, Lizzie et de la curiosité maladive de leur bonne, Bessie ! Et les deux femmes vont alors, avec plus de succès, tenter de prêter main forte à Ben et enquêter sur le mystérieux défunt de Putney qui, comme l'avait affirmé Mills, n'est pas mort de sa belle mort. Et si effectivement, le futur pendu, n'avait pas menti ?
    Avec ce cinquième tome de la saga Lizzie Martin, nous retrouvons l'atmosphère si particulière du Londres victorien et des personnages que l'on apprend à connaître depuis cinq intrigues maintenant.
    Celle-ci diffère d'ailleurs très légèrement de ce qu'Ann Granger nous a habitués à lire depuis Un Intérêt Particulier pour les Morts. Certes, l'intrigue policière est toujours au centre du récit. Évidemment, me direz-vous, cela va de soi... mais cette fois nous ne nous concentrons pas sur une seule et même affaire mais bien sur deux, menées de front par Ben et le sergent Morris, son efficace bras droit. J'ai trouvé cette idée assez sympa même si, du coup, les deux enquêtes sont moins développées que si elles avaient été uniques. J'ai même pensé pendant un temps qu'elles étaient liées toutes deux pour me rendre compte que non, au final. Elles seront cependant élucidées toutes les deux grâce à l'efficacité de Ross et Morris et la logique impitoyable de Lizzie, qui a toujours le don d'aller se fourrer dans des affaires délicates, qui ne résistent cependant jamais à son flair de fin limier. Ceci dit en passant, j'ai encore une fois apprécié de la retrouver ! Lizzie se bonifie avec le temps et si elle m'avait un peu tapé sur les nerfs dans les premiers tomes, je la trouve de plus en plus digne d'intérêt ! ! 
    Au-delà de ça, l'auteure nous décrit toujours aussi bien cette période victorienne si riche en bouleversements et en inégalités. Lizzie et Ben, au cours de leurs pérégrinations et enquêtes sont souvent confrontés à des bourgeois aux revenus et aux demeures plus qu'enviables mais cette opulence assez ostentatoire côtoie également la misère la plus noire... à Londres par exemple, les quartiers de l'East End et des Docks sont majoritairement pauvres voire indigents, soumis à une forte natalité, une criminalité de plus en plus importante, un manque d'hygiène chronique, vecteur de maladies en tous genres et d'épidémies mortelles. C'est un immense fossé qui séparent alors les couches de la population, mais aussi les hommes et les femmes, les différences de traitement selon que l'on appartienne à un sexe ou à l'autre étant flagrantes. Le XIXème siècle reste donc une époque d'émulation et un siècle charnière, tant en Angleterre que certainement partout ailleurs en Occident au même moment, mais aussi une période extrêmement compliquée, l'essor industriel s'accompagnant d'un appauvrissement systématique des classes défavorisées. Ben Ross en est lui-même un bon exemple, étant un ancien enfant mineur du Derbyshire. 
    La société reste aussi extrêmement codifiée et pleine de conventions qu'il est scandaleux d'outrepasser. Ainsi la police se trouve parfois entravée par le souci de ne pas faire de vagues au risque, alors, de ne pas parvenir à faire toute la lumière sur les affaires qui lui sont confiées : l'affaire de disparition qui se trouve au centre de ce tome-là, et qui touche une famille respectable de la bourgeoisie londonienne, en est un bon exemple !
    Un peu moins palpitant que ses prédécesseurs, parce qu'on sent que les intrigues ont été moins fouillées et restent plus en surface, j'ai cependant trouvé l'idée de départ intéressante : enquêter sur un meurtre non élucidé depuis près de vingt ans en prenant le risque de s'appuyer sur le témoignage d'un criminel promis à la corde, voilà qui n'est pas commun ! Quant à L'intrigue parallèle, qui se concentre sur la disparition de l'épouse d'un riche négociant en vins et de leur fille, elle permet de mieux comprendre les codes de l'époque et d'en arriver à la conclusion que ceux-ci n'étaient alors vraiment pas tendres pour les femmes... ! En cela, notre héroïne Lizzie peut finalement se considérer comme relativement chanceuse !
    Bien qu'un peu moins enlevé que les précédents, Le Témoignage du Pendu reste un bon roman policier et il me donne envie de poursuivre ma découverte de cette saga prometteuse et aux qualités indéniables.

    En Bref :

    Les + : une bonne idée de départ, une ambiance toujours aussi ciselée et bien présente, une intrigue représentant objectivement une époque intéressante et riche. 
    Les - : un tome peut-être un peu plus lent et moins fouillé que les précédents. 

     


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