• Charlotte et Thomas Pitt, tome 3, Le Crime de Paragon Walk ; Anne Perry

    « En un sens, un crime, c’est excitant, à condition qu’il ne nous touche pas de trop près. On répète à satiété que c’est atroce, que le simple fait d’en parler nous rend positivement malades, mais, en même temps, on profite de la moindre occasion pour remettre le sujet sur le tapis. »

    Une Enquête de Charlotte et Thomas Pitt, tome 3, Le Crime de Paragon Walk ; Anne Perry

     

    Publié en 1981 en Angleterre ; en 2012 en France (pour la présente édition)

    Titre original : Paragon Walk

    Editions 10/18 (collection Grands Détectives)

    383 pages 

    Troisième tome de la saga Charlotte et Thomas Pitt

    Résumé :

    Un crime sordide vient troubler la quiétude huppée de Paragon Walk. Tandis que l'inspecteur Pitt, chargé de l'affaire, se heurte à l'hostilité et au mutisme des résidents du quartier, son épouse Charlotte, assistée de sa sœur Emily, la charmante Lady Ashworth, ne se laisse pas intimider par cette omerta de classe. De garden-parties en soirées, les façades respectables de l'Angleterre victorienne ne tarderont pas à se fissurer...

    Ma Note : ★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    Quand un crime est commis à Paragon Walk, quartier huppé de Londres, c'est Thomas Pitt qui est dépêché sur les lieux pour l'enquête. Qui en voulait à la jeune Fanny Nash, dix-sept ans, discrète, sans histoires, au point de l'assassiner ? Cette affaire sordide ne manque pas de mettre sens dessus dessous le quartier, où vivent des familles fortunées dont la vie est soudain bousculée par ce drame. Mais surtout, elle ne manque pas d'intéresser Charlotte, l'épouse de Thomas Pitt, puisque sa sœur Emily y vit avec son époux, lord Geoge Ashworth.
    Quel plaisir, vraiment, de retrouver les deux enquêteurs victoriens d'Anne Perry. Ma lecture du deuxième tome remontait à septembre 2017 et je me suis rendu compte en démarrant ma lecture du Crime de Paragon Walk que Charlotte et Thomas m'avaient manqué. J'ai beaucoup aimé les deux premières enquêtes de cette longue saga : L’Étrangleur de Cater Street et Le Mystère de Callander Square. Ce troisième tome n'est, ma foi, pas bien différent de ses deux prédécesseurs mais je l'ai malgré tout trouvé plaisant à lire et je me suis rapidement intéressée au déroulement de cette enquête.
    Alors soyons honnêtes, si vous cherchez une enquête très enlevée, pleine de rebondissements, passez votre chemin parce que ce n'est pas ce qu'Anne Perry propose et même si l'enquête policière est, évidemment, au centre du récit et ce, dès les premières pages, ce que j'ai bien plus ressenti dans ce volume-là mais qui est au final aussi très présent dans les deux premiers, c'est l'aspect social et d'ailleurs très finement rapporté par l'auteure.
    Charlotte et Thomas Pitt vivent en plein cœur du XIXème siècle, dans une Angleterre en plein essor : c'est l'époque victorienne et les belles heures de l'industrialisation. La société se modernise mais en générant des inégalités de plus en plus fortes entre les classes les plus riches et les plus pauvres. Ainsi, à Londres, peuvent vivre à quelques centaines de mètres des familles très fortunées telles celles qui occupent les beaux hôtels particuliers de Paragon Walk et d'autres qui connaissent la misère, le fléau des maladies, la promiscuité, la saleté, la criminalité.
    Quand un meurtre est commis, en revanche, sur une jeune fille de bonne famille, cela bouleverse tout le monde, proches, amis et voisins. Et tandis que la saison estivale s'ouvre, dans une atmosphère tendue et caniculaire, la tâche de Thomas Pitt ne sera pas aisée. D'hypothèses en allusions mauvaises, du silence méprisant à la condescendance ouverte, le policier va se heurter à la famille Nash, dont les frères et leurs épouses sont aussi différents les uns des autres que possible. Il va rencontrer des vieilles dames excentriques mais à cheval sur la morale et très attentives au qu'en-dira-t-on. Et surtout, il va devoir ménager les Ashworth, puisqu'il s'avère que George est aussi son beau-frère. Pour tout dire en peu de mots, enquêter chez ces gens fortunés ne s'avère pas une mince affaire !
    Comme je le disais un peu plus haut, c'est surtout l'aspect social du roman qui m'a plu, cette étude des mœurs à laquelle Anne Perry se livre avec brio. L'enquête est intéressante mais effectivement pas sensationnelle -même si, je l'avoue, je n'avais pas vu arriver le dénouement : ce qui fait vraiment l'atout de ce roman, c'est le portrait au vitriol de cette bonne société ou du moins qui se considère comme telle et s'avère parfois être la plus corrompue. Et les habitants de Paragon Walk en sont une bonne illustration car chacun a quelque chose à cacher : péchés anciens ou véniels, petites manies voire carrément des secrets beaucoup plus importants à cacher et que cette enquête risque de mettre en lumière ce que l'on ne veut, bien sûr, à aucun prix. Dans cette rue où chacun se fréquente et rivalise, l'hypocrisie et la fausseté font loi, l'acidité des paroles ne le dispute qu'à l'allusion mais s'il y'a bien une chose qui les lie tous, ces habitants futiles et au train de vie réglé comme une horloge entre cérémonies du thé, réceptions et garden-parties, c'est le mépris de ceux qu'ils considèrent comme leurs inférieurs et notamment les policiers qui se heurtent lors de leurs investigations, à un mépris à peine dissimulé et parfois particulièrement violent. Et lorsque Charlotte, inquiète pour Emily, décide d'enquêter de son côté, elle met le pied dans un cercle échauffé autant par le meurtre affreux de la jeune Fanny que par la canicule ambiante en cet été où bien des masques vont tomber, dans une fourmilière grouillante où chacun essaie de cacher ce qu'il ne veut absolument pas voir divulguer tout en bavassant allègrement sur les voisins et les voisines. Et ils sont tellement hypocrites, d'une telle superficialité, ces habitants de Paragon Walk, qu'ils en deviennent presque risibles et quand, enfin, le voile se lève, on arrive à la conclusion souvent vérifiée que ce sont souvent dans ces milieux où l'on mène grand train qu'il se passe en fait les choses les plus laides et les plus sales.
    Cette lecture a su me convaincre et j'ai été ravie de renouer avec ces deux enquêteurs dont j'avais apprécié la personnalité dans les deux premiers tomes : Thomas Pitt, qui a connu la pauvreté enfant mais s'en est sorti à force de ténacité, Charlotte, esprit libre et indépendant, issue d'un milieu privilégié mais qui n'hésitera pas à imposer ses choix et notamment en ce qui concerne son époux. Elle n'hésite pas non plus à perdre son rang et à mener une vie modeste, différente de ce qu'elle a connu enfant et adolescente, dans la maison familiale de Cater Street pour pouvoir partager celle de l'homme qu'elle aime, préférant renoncer à des privilèges dont on n'a pas vraiment besoin plutôt qu'à lui.
    Bref, ce troisième tome m'a encore une fois accompagnée pendant quelques jours de manière très plaisante et même si son dénouement est assez abrupt, je dois dire que c'est un roman vraiment bien menée. Anne Perry expérimente encore une fois et de manière très réussie une méthode d'écriture qui fait sa patte et donne envie à ses lecteurs de retrouver, de volume en volume, ses personnages. Charlotte et Thomas Pitt m'ont fortement évoqué Lizzie et Ben Ross, les deux héros d'Ann Granger que j'aime aussi beaucoup et je me suis amusée à les comparer, en lisant Le Crime de Paragon Walk, retrouvant souvent des traits similaires entre eux.
    Entre satire sociale et enquête policière, Le Crime de Paragon Walk est un bon roman historique qui égratigne méchamment, mais sans avoir l'air, la société victorienne et son mode de vie. Avec ce flegme tout britannique et cette ironie mordante mais qui n'a pas l'air d'y toucher, Anne Perry affirme son univers et ses personnages. J'ai hâte de lire les autres enquêtes de Charlotte et Thomas Pitt. 

    En Bref :

    Les + : la critique sociale est vive et aussi acide que les allusions et le mépris des habitants de Paragon Walk, l'auteure décrit finement l'existence quelque peu superficielle des hautes classes de l'Angleterre victorienne. Entre ironie et flegme tout britannique, Anne Perry expérimente encore une fois une méthode qui a fait ses preuves dans les deux premiers volumes de sa saga policière. 
    Les - :
    pas vraiment de points négatifs à soulever. Peut-être aimerait-on que l'enquête soit peut-être un peu plus complexe, mais au final, le roman fonctionne malgré tout.


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  • Commentaires

    1
    Mardi 28 Janvier à 20:20
    Mypianocanta

    J'avais trouvé ce tome un peu moyen parce que finalement assez redondant avec les deux précédents ; mais je ne regrette pas d'avoir continué car les choses bougent dans les tomes suivants.
    Pour l'instant, je préfère Charlotte et Thomas à Lizzie et Ben (mais je n'ai lu que 2 tomes pour ces derniers).

      • Mercredi 29 Janvier à 12:17

        Effectivement, je ne le dis pas dans ma chronique mais j'ai trouvé beaucoup de points communs avec les deux tomes précédents : l'enquête dans les hautes sphères, les embûches rencontrées par la police dans ce milieu particulier et relativement méprisant, d'ailleurs. ^^

        Mais finalement, Anne Perry décrit vraiment très bien l'époque ! Tout va très vite et se modernise à une vitesse folle et en même temps, les inégalités sont de plus en plus criantes et l'aristocratie garde un pouvoir encore important, notamment parce qu'elle a des moyens. C'est une analyse fine des paradoxes d'une époque. Ensuite, malgré quelques longueurs, je me suis laissée prendre au jeu, j'avais envie de connaître le fin mot de l'histoire et de comprendre pourquoi cette jeune fille de 17 ans en apparence effacée et sans histoire avait bien pu être assassinée de la sorte. Et j'avoue ne pas avoir forcément pressenti le dénouement.

        Pour ce qui est de la comparaison avec Lizzie et Ben Ross, j'avoue que ma préférence va encore à eux, mais il faut dire que je les ai découverts en premier et qu'ils m'accompagnent depuis plus longtemps. A mesure que j'avance dans ma découverte de la saga d'Anne Perry, je ne peux pas m'empêcher de penser cependant qu'Ann Granger s'est beaucoup inspirée de son univers pour créer ses deux limiers victoriens. Mais ils sont tous les quatre intéressants à leur manière. Je retrouve toujours avec un même plaisir Charlotte et Thomas ou Lizzie et Ben.

    2
    Dimanche 2 Février à 18:28

    Je suis beaucoup moins emballée que toi par ces livres. J'ai lu les 2 premiers tomes il y a un moment alors, comme toi, il faudrait que je me replonge dedans prochainement. Mais cela n'avait pas été un coup de coeur. Je ne lis que peu de romans policiers mais ceux-ci m'intriguaient par l'époque. En fait, j'aimerais des enquêtes plus poussées et plus de rebondissements dans les ouvrages d'Anne Perry...

      • Dimanche 2 Février à 20:00

        Je n'ai pas eu de coup de cœur non plus pour cette saga (pour l'instant, peut-être que ça va venir) mais je suis finalement assez convaincue par la forme qu'Anne Perry donne à ses romans, privilégiant finalement l'aspect social à l'enquête policière : certes, celle-ci est importante, je suis d'accord mais par exemple dans Le Crime de Paragon Walk, j'ai finalement été plus captivée par la manière dont l'auteure décrit cette bonne société soudainement confrontée au pire : un meurtre, mais comment est-ce possible chez nous ? Et surtout, on ne fait rien pour aider la police parce qu'après tout, ces commissaires et inspecteurs sont vraiment bien en dessous de nous...

        Le mépris de cette classe privilégiée en devient risible et l'auteure parvient à la restituer parfaitement. 

        Après, c'est vrai que si on s'attend à une véritable enquête policière, avec beaucoup de rebondissements, des fils très entrelacés etc, c'est vrai que ce n'est pas vraiment ce que propose cette saga mais elle a malgré tout ses points positifs et j'ai aussi aimé retrouver Charlotte et Thomas, un peu comme de vieux amis. ^^

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